Nucléaire, schiste : la France est un grand pays.

Sans jeu de mots, ni sous-entendus, la France est un grand pays. Indéniablement.

En voici la preuve.

La France est l’un des champions du monde du nucléaire. En France, l’électricité provient pour 75% du nucléaire, contre seulement 20% pour les Etats-Unis !

Le président Emmanuel Macron a annoncé mardi 12 octobre que son pays miserait sur le nucléaire pour les décennies à venir. Une partie 30 milliards d’euros d’investissements annoncés pour assurer la réindustrialisation de la France d’ici 2030 sera consacrée à ce secteur.

La France a réussi à présenter le nucléaire comme une énergie propre, écologique, alors que le nucléaire était perçu, pendant un demi-siècle, comme le premier danger pour l’environnement et pour l’avenir de l’humanité. Les premières générations de militants écologistes, dans la plupart des pays occidentaux, ont d’ailleurs été formées et se sont imposées dans la lutte contre le nucléaire.

Il faut, indéniablement, rendre hommage à la communication qui a transformé cette image du nucléaire, passé d’un monstre dangereux et non maitrisé, à un secteur propre et prometteur.

La France a très peu de gaz et de pétrole de schiste. Elle a décrété le schiste dangereux, haram, et en a fait une menace grave pour l’environnement.

Les activistes algériens ont été contaminés par la propagande française. Fortement imprégnés des débats politiques en France, ils ont décidé que le schiste est haram, dangereux, alors que l’Algérie détient potentiellement les troisièmes réserves mondiales de schiste.

L’Algérien sera le premier être humain à mourir de soif en se noyant dans une rivière.

Quand le gouvernement algérien fait la leçon au FMI

Ce texte est un vrai bijou. Il révèle, à lui seul, un mode de fonctionnement qui empêche le pays de réformer son économie.

On y apprend que :

  • La réponse du gouvernement algérien à l’analyse du FMI est fait de manière anonyme. Elle n’est pas assumée publiquement par celui qui devrait en être l’auteur, le chef de gouvernement, qui est en même temps ministre des finances.
  • le gouvernement algérien reconnait que des réformes économiques sont nécessaires, mais il estime que ce n’est pas le moment de les appliquer. Cela fait un quart de siècle que cela n’a pas été fait, et ce n’est toujours pas le moment.
  • Dès que le prix du baril monte, l’Algérie se met à détester le mot réformes économiques.
  • Quand le prix du baril augmente, le gouvernement algérien ne se contente pas d’oublier les réformes. Il se met à faire la leçon au FMI.
  • Le gouvernement accuse le FMI d’être enfermé dans une doctrine. On sait bien que le FMI est l’antre du libéralisme, mais tout de même: à la doctrine du FMI, l’Algérie oppose un dogmatisme qui cache, en fait, l’incapacité d’innover, de faire du nouveau.
  • Sur le plan technique, la plupart des économistes algériens savent, en gros, ce qu’il faut faire. Qui va mener ces réformes? A quel rythme? Quelles en sont les séquences? De quel légitimité dispose leur auteur? Là, évidemment, les interlocuteurs du FMI n’ont aucune idée.
  • Les responsables économiques algériens reprennent une langue de bois bien rôdée. Voilà ce qu’il faut faire, mais pour le faire, il faut réunir telles conditions (pour réviser les subventions, il faut recenser les pauvres, mettre en place un mécanisme pour les aider, dégager les financements nécessaires, etc.). Mais tout le monde sait que ça ne se fera pas.
  • Résultat: la hausse du prix du pétrole a permis aux bureaucrates-fonctionnaires de reprendre la main.
  • https://bit.ly/2YrKk0E

A l’origine de la pénurie d’eau potable en Algérie: sécheresse, mauvais choix, et beaucoup de corruption

Quatre anciens ministres des ressources en eau sont en détention, poursuivis pour corruption.

https://bit.ly/2UnTpWq

ما يمنع شعب الحراك من اكتساح المجالس المنتخبة؟

(كتبت هذا النص في جوان 2020  http://bit.ly/3bA4msl)

كيف تكون المرحلة القادمة للحراك؟

يفضل أبرز وجوه الحراك العودة إلى المسيرات الشعبية بمجرد أن تسمح الظروف بذلك. ويعتبر أصحاب هذا الرأي أنه على الحراك ان يتمسك بمطالبة تغيير النظام واللجوء إلى مسار تأسيسي كمطلب غير قابل للتفاوض. هذا الموقف تتبناه شخصيات من الحراك وبعض الدوائر التي تريد أن تعود إلى المواجهة مع السلطة في أقرب الآجال.

هذا الموقف واضح وبسيط، ولا يدع مجالا للتأويل. ولكنه موقف جامد وغير منتج، وسيؤدي إلى توتر أكبر، مع احتمال الوصول إلى مواجهة عنيفة.

في نظري انه من الضروري فتح نقاش حول هذه الاستراتيجية التي يراد منها ان تكون راديكالية، كما أنه من الضروري التساؤل هل أن هذه الطريقة هي الوحيدة المتوفرة، أم انه بإمكان شعب 22 فبراير أن يتصرف بشكل مختلف. و من دون أية مساومة حول المبادئ والقضايا الأساسية (الحريات ، الديمقراطية ، سيادة القانون ، الفصل بين السلطات ، استقلال القضاء ، حرية الصحافة) ، فإنه من الممكن للحراك ان يلجأ إلى طرق وأساليب أخرى لتحقيق أهم مطلب الشعب 22 فيفريي. هذه القضية تستحق نقاشا حقيقيا.

صحيح أن النظام لم يتغير بشكل جذري. لكن القول بأن لا شيء تغير منذ 22 فبراير أمر سخيف. يكفي أن نقول إن حوالي 25 وزيرا سابقا قيد الاعتقال أو المحاكمة ، إلى جانب عدد مماثل من الجنرالات. إن القول بأن هذا كله لا يشكل الا حلقة جديدة في حرب العصابات تحليل سخيف. إن الأمور تتغير، وهناك فرص تأتي وأخرى تضيع.

يمكن لمن يطالب بالتغيير أن يقول يتنحاو ڨاع وينتظر سقوط السلطة. يمكن للمناضل أيضًا أن يقول أنه يجب بناء أشياء جديدة، واقتراح بدائل عملية. يمكن للمناضل من أجل التغيير ان يعتبر أن الدستور الجديد لا حدث، ولكن في إمكان هذا المناضل وضع خطة طريق أخرى لتنظيم وتأطير شعب فيفريي بهدف اكتساح المجالس المنتخبة، من بلدية وولائية و برلمان.

اني أعرف وأدرك كل الاعتراضات التي تشكك في هذا المسعى، من نظام انتخابي و تزوير والمال الفاسد ودور الإدارة وانعدام الثقة ، إلخ. لكني احتج بأربعة نقاط لأتجاوز هذه الاعتراضات:

1. إن الأحزاب التقليدية قد اندثرت، ويمكن لأي شبكة جديدة و ذات مصداقية أن تفوز بالانتخابات .

2. إن الاعتقاد بأن السلطة تريد تجديد واجهتها من خلال الاعتماد على جبهة التحرير الوطني و الأرندي وما تبقى من زبائنها التقليدية، ان هذا الاعتقاد يوحي اننا نعتبر أن هذه السلطة عاجزة عن أي تفكير وانها خالية من أي محتوى سياسي. إن احتقار السلطة هذا منتشر في أوساط الحراك ولدى المعارضة بصفة عامة، ولعله من اعوامل التي تفسر عجز المعارضة في مواجهة السلطة.

3. إن الجزائر عاشت 22فبراير. ومع الحراك، فإن الاحتيال والتلاعب التقليدي بالانتخابات أصبح غير ممكن الي حد بعيد.

4. إذا لم يكن الحراك قادرًا على هزيمة الجثث التي تسمى أحزابا في عملية انتخابية قادمة، وإذا لم يكن الحراك قادرًا على مراقبة صناديق الاقتراع ، فلا داعي لمواصلة الحراك.

لقد ابتلي الجيش بالدخول في مغامرة خطيرة في الماضي. وبفضل الحراك، استفاق الجيش، واختار أن يسلك طريقا آخر، وكضمان لهذا المسعى الجديد، قام الجيش بالقضاء على قلب السلطة القديمة، وشن معركة كبرى ضد الفساد. هذه معطيات تستحق أن يؤخذ في الاعتبار

Mon point de vue sur le hirak face aux échéances électorales: Quelle suite au hirak?

(J’ai écrit ce texte en juin 2020, avec une vidéo. il reste d’actualité http://bit.ly/2P7NFx5)

Yetnehaw_ga3 est un slogan, mais pas un programme politique.

Reprendre les marches dès que les conditions le permettent, exiger le changement du système, revendiquer un processus constituant ? C’est la position vers laquelle poussent des figures du hirak, et certains cercles qui ont hâte d’en découdre. Cela a le mérite d’être clair, simple. Mais c’est aussi une attitude figée, non productive, qui mène vers une crispation, voire un choc frontal.

Le peuple du 22 février a la possibilité d’opérer autrement. Sans rien céder sur le fond (libertés, démocratie, État de droit, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse), il est possible d’aller vers d’autres choix, pour que le peuple puisse conquérir, ou au moins participer au pouvoir. Ça mérite débat.

Il est vrai que le système n’a pas fondamentalement changé. Mais dire que rien n’a changé depuis le 22 février est absurde. Il suffit de rappeler que près de 25 anciens ministres sont en détention ou poursuivis en justice, et autant de généraux. Imputer cela à une simple lutte de clans relève d’une analyse primaire. Des choses bougent, des opportunités s’offrent. On peut dire yetnehaw_ga3 et attendre que le pouvoir tombe. On peut aussi se dire que des choses sont à construire, des alternatives à mettre en place, on peut considérer que la nouvelle constitution est un non-événement, mais il est tout à fait possible de se fixer un autre agenda: s’organiser et agir pour prendre les assemblées élues.

Je connais toutes les objections. Système électoral, fraude, chkara, clientélisme, poids de l’administration, manque de confiance, etc. Je note quatre arguments pour évacuer tout ça :

1. les partis traditionnels sont morts, n’importe quel réseau crédible peut rafler la mise.

2. Penser que le pouvoir veut se régénérer en comptant sur le FLN, le RND et ce qui reste de ses clientèles, c’est considérer ce pouvoir comme totalement stupide et dépourvu de tout sens politique. Ce mépris des autres, malheureusement largement partagé au sein du hirak, est une garantie d’échec.

3. Le pays a connu le 22 février. Les fraudes et manipulations traditionnelles ne sont plus possibles.

4. Si le hirak n’est pas capable de battre des cadavres de partis, s’il n’est pas capable de surveiller les urnes, vivement qu’on l’oublie.

L’armée à été entraînée dans une aventure dangereuse. Elle s’est ressaisie en éliminant le cœur de l’ancien pouvoir et en engageant une lutte d’envergure contre la corruption. Cela mérite d’être pris en compte.Yetnehaw_ga3 est un slogan, mais pas un programme politique

La lourde responsabilité du Conseil Constitutionnel

Le conseil constitutionnel peut sortir l’Algérie de la crise, comme il peut prouver qu’il est inutile. Ça se décidera dans le courant de la semaine.

Par Abed Charef

Le Président et les membres du Conseil Constitutionnel sont acculés. En cette dernière semaine de novembre 2020, ils se trouvent, individuellement et collectivement, face à une très lourde responsabilité. D’un côté, ils ont la clé pour débloquer la situation du pays et l’orienter vers un processus juridique et politique positif ; d’un autre côté, ils peuvent faire une lecture restrictive de la constitution et des lois, et dans ce cas, ils assumeront la lourde responsabilité de laisser la situation évoluer vers un pourrissement dangereux pour le pays. Ce qui friserait la forfaiture.

Le Président et les membres du Conseil Constitutionnel sont en effet face à une épreuve très délicate. Ils sont face à trois éléments : d’abord, l’article 102 de la constitution ; ensuite, l’information dont ils disposent sur l’état de santé du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune ; enfin, le sens des responsabilités que leur dictent à la fois la constitution, leur fonction et leur conscience.

L’article 102

L’article 102 de la constitution de 2016, toujours en vigueur, repris dans la constitution Tebboune dans l’article 94, est ainsi rédigé : « Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose à l’unanimité, au parlement, de déclarer l’état d’empêchement ».

L’article 94 de la nouvelle constitution, officiellement adoptée après le référendum dub 1er novembre 2020, pousse le luxe jusqu’à dire que « le conseil constitutionnel se réunit de plein droit et sans délai » en cas de « maladie grave et durable du chef de l’Etat ». Cette formulation était visiblement dictée par le souci d’éviter que soit rééditée l’expérience amère vécue avec Abdelaziz Bouteflika, maintenu à la présidence de la république d’avril 2013 à avril 2019 alors qu’il était totalement impotent.

La Covid-19 est-elle « une maladie grave » ? Oui, si on se réfère aux statistiques publiques. Est-elle « durable » ? On note que la constitution prévoit, en cas d’empêchement, un intérim de 45 jours. Cela suppose qu’une incapacité qui s’approche de 45 jours est « durable ». Or, M. Abdelmadjid Tebboune n’est plus en mesure d’exercer ses fonctions depuis bientôt un mois et demi lorsqu’un premier conseil des ministres a été officiellement reporté.

L’article 102 de la constitution charge le président et des membres du Conseil Constitutionnel d’une lourde mission. Il leur donne la prérogative de mettre « tous les moyens » en œuvre pour établir les faits quant à une éventuelle incapacité, temporaire ou définitive, du président de la république à exercer ses fonctions. Cela suppose que le conseil constitutionnel déclenche une mécanique juridique dès qu’il apprend que le chef de l’Etat est transporté à l’étranger pour des soins. Formellement, le conseil constitutionnel peut interpeller s’adresser publiquement au staff médical du chef de l’Etat, pour obtenir les réponses nécessaires. Que chacun assume ses responsabilités.

Le président absent depuis cinq semaines

Les éléments d’information dont dispose le président et les membres du Conseil Constitutionnel sont publics. Le président Abdelmadjid Tebboune n’est plus apparu en public depuis le 15 octobre. Un conseil des Ministres a été annulé le 18 octobre. Ensuite, M. Abdelmadjid Tebboune a été placé en confinement le 24 octobre, puis admis à l’hôpital militaire de Aïn-Naadja le 27 octobre, avant d’être évacué en Allemagne le lendemain 28 octobre. Au total, en ce 22 novembre 2020, M. Tebboune a déjà dépassé cinq semaines dans un état qui ne lui permet pas d’exercer ses fonctions de Président de la République, six semaines depuis qu’il n’est pas apparu en public. Il n’a en effet eu aucune activité officielle, ni tenu aucune réunion, alors que la situation du pays impose un rythme de décision d’une grande intensité.

Une longue convalescence en vue

Sur ce, deux dirigeants étrangers sont venus ajouter à la confusion. D’un côté, le président français Emmanuel Macron a rendu hommage au « courage » de M. Tebboune, et a affirmé sa volonté d’appuyer sa volonté de transformation de l’Algérie. D’un autre côté, la chancelière allemande, Mme Angela Merkel, a indirectement informé les Algériens que M. Tebboune est remis de sa contamination par la Covid-19, mais elle a, dans le même temps, annoncé une « convalescence » qui risque de poser problème. Combien va-t-elle durer ? Va-t-il l’effectuer en Algérie ? Sera-t-il en état de gérer les affaires du pays pendant cette période ? De ce que l’on sait à travers l’expérience de personnes atteintes par la Covid-19, la convalescence est pénible, longue et difficile.

Lourde responsabilité et plusieurs options possibles

Face à cela, le Président et les membres du Conseil Constitutionnel se retrouvent devant une situation inédite, avec une lourde responsabilité à assumer.

Ils peuvent choisir d’appliquer la Constitution, dans sa lettre et dans son esprit, et prendre acte de l’état de santé du président de la République, pour estimer qu’il n’est, au moins momentanément, pas en mesure d’exercer ses prérogatives. Dans ce cas, ils peuvent déclencher une mécanique constitutionnelle qui mènera, au bout de 45 jours, soit à un retour du chef de l’Etat une fois que son état de santé le lui permettra, soit à une élection dans les délais prévus par la constitution.

Déclencher cette mécanique constitutionnelle aura un effet énorme sur le pays. Cela aura un effet pédagogique très important, pour montrer aux Algériens qu’il est possible de fonctionner dans le cadre de la constitution et de la loi, et de découvrir ce qu’est la séparation des pouvoirs. Ce choix permettrait aussi, au Président et aux membres du Conseil constitutionnel, à titre personnel, de marquer l’histoire, car ils auront contribué à pousser l’Algérie à fonctionner dans le cadre du droit, et non pas du seul rapport de forces. Ce serait un immense progrès pour le pays.

A défaut, le Président et les membres du Conseil Constitutionnel ne seront pas loin d’une forfaiture. Particulièrement si la situation se dégrade, et s’il s’avère que le président Tebboune ne peut plus exercer ses fonctions de manière convenable sur le long terme. Dans ce cas de figure, l’attitude du Président et des membres du Conseil Constitutionnel sera similaire à celle des présidents et des membres du conseil constitutionnel qui les ont précédés : le refus de M. Mourad Medelci, Tayeb Louh et Tayeb Belaïz d’assumer leurs responsabilités a mené le pays à l’impasse qu’on connait : Belaïz, Louh et Medelci ont été broyés par l’histoire.

Déclencher une mécanique constitutionnelle

Par ailleurs, le Président et les membres du Conseil Constitutionnel disposent d’un autre atout pour agir. Il leur suffirait d’agir juste pour dégager leur responsabilité personnelle. Ils peuvent, à ce titre, demander publiquement aux médecins du chef de l’Etat de leur fournir des éléments d’information concernant l’état de santé de M. Tebboune et des précisions sur sa capacité à exercer ses fonctions de chef de l’Etat, conformément à la lettre et à l’esprit de la constitution. Dans ce cas de figure, le conseil constitutionnel se retrouvera face à trois options. Soit les médecins de M. Tebboune affirment qu’il est en mesure d’exercer ses fonctions, et on clôt ce chapitre ; soit M. Tebboune est dans l’incapacité d’accomplir convenablement la lourde tâche de président de la République, et le pays s’oriente vers de nouveaux choix, avec le déclenchement d’une mécanique constitutionnelle ; Soit le pouvoir trouve un médecin, aussi menteur que celui avait déclaré que le président Bouteflika avait été victime d’un « accident ischémique transitoire sans séquelle », ou celui qui avait déclaré M. Bouteflika apte à effectuer un ridicule quatrième mandat puis un infamant cinquième mandat, et dans ce cas, le pays va droit dans le mur. Mais dans tous les cas de figure, le conseil constitutionnel aura fait le nécessaire pour sauver son honneur et celui des juristes qui le composent. Ils auront la reconnaissance de M. Tebboune lui-même, car ils lui offriraient une porte de sortie honorable, une issue qu’il ne peut rejeter, lui qui a assisté à la déchéance de l’ère Bouteflika.

Le temps presse

Tout ceci ne serait évidemment que le prélude à autre chose. Ce sera la clé pour débloquer la situation, mais tout restera à faire pour sortir de la crise. Il faudra alors mener le processus constitutionnel à son terme, avec une autre ingénierie, d’autres acteurs. Mais si la mécanique constitutionnelle est déclenchée, cela permettra au moins de partir sur une base acceptable. Cela permettra à tous les acteurs, y compris l’armée, de s’accrocher à la légalité.

A défaut, si le conseil constitutionnel reste silencieux lorsque le président Tebboune aura bouclé 45 jours d’absence, délai constitutionnel d’un intérim du chef de l’Etat, le pays sera contraint de repartir à zéro, et de se demander à quoi sert un conseil constitutionnel.

Le vieux sage sort de sa réserve

Le texte de Mouloud Hamrouche décortiqué par le Pr Farid Chaoui

https://www.elwatan.com/edition/contributions/le-vieux-sage-sort-de-sa-reserve-30-09-2020?fbclid=IwAR0fAJPll3DfIvjn2RCcFVNpSsbJ66xuDqo1JvisiNkdQSi-Gj0erHaCnZA

La gouvernance Tebboune peine à sortir des archaïsmes

Le président Abdelmadjid Tebboune a promis une « Algérie nouvelle ». Sa manière de gouverner ne porte cependant guère d’innovation, en termes de méthode et de mécanismes. Sur beaucoup de volets, elle reconduit les anciennes pratiques administratives qui ont fait la lourdeur du système politique algérien.

Abed Charef

Dimanche 13 septembre 2020, l’Algérie a replongé dans l’archaïsme, avec une de ces décisions sécuritaire-bureaucratique dont elle a le secret. En cette journée où 637.000 lycéens passaient le bac, les autorités ont décidé de couper l’internet pour éviter la triche. Cette mesure supposée éviter des échanges via les réseaux sociaux, se répète chaque année. La coupure a duré toute la journée, durant toute la semaine, les épreuves du baccalauréat devant s’étaler jusqu’à jeudi 17 septembre.

D’un simple clic, un fonctionnaire a donc détruit tout le discours officiel sur la numérisation de l’administration et des banques, la modernisation du système financier, et ruiné jusqu’à certaines mesures supposées lutter contre le la pandémie de la Covid-19.

Depuis plusieurs semaines, les banques et agences postales connaissaient une insuffisance des liquidités, provoquant de longues files d’attente devant les postes, des bousculades et des rassemblements dangereux en cette période de Covic-19. Le président Abdelmadjid Tebboune s’en était lui-même inquiété, et avait parlé d’un complot, ordonnant une enquête sur la question. Parmi les solutions proposées, des mesures considérées comme primaires un peu partout dans le monde : le recours au paiement électronique et sur internet, ou l’utilisation du chèque. Le blocage de l’internet détruit ce discours, décrédibilise le discours officiel aussi bien sur les mesures de protection contre la Covid-19 que sur la numérisation de l’économie, et offre du grain à moudre aux activistes qui insistent sur l’incompétence de l’administration gouvernementale.

Le cas Rezig

Ce mode de gestion est poussé jusqu’à la caricature par le ministre du Commerce, M. Mohamed Rezig, devenu à plusieurs reprises la risée des réseaux sociaux à la suite de sorties hasardeuses. Au printemps, au plus fort de l’épidémie de Covid-19, il s’était rendu au marché de gros de Boufarik, près de Blida, wilaya qui avait été le premier foyer de la pandémie. M. Rezig s’était fait photographier sans protection, sans masque, devisant avec les commerçants au milieu de la foule.

Cette semaine, voulant apparaitre à la pointe d’une nouvelle mode économique qui consiste à exporter des produits algériens vers les pays du Sahel, il a publiquement déclaré qu’il fallait opter pour le troc dans les zones frontalières avec ces pays. Se référant sans doute aux échanges de siècles passés, quand des caravanes sillonnaient le Sahel pour échanger sel, ivoire, or, épices et autres, il veut revenir à une période où il était possible de se passer de la monnaie.

Aucun gouvernement, depuis un quart de siècle, ne s’est attaqué à la valeur du dinar, une monnaie très surévaluée, ce qui encourage les importations, freine les exportations, et favorise les trafics de toutes sortes, comme les surfacturations et l’exportation illicite de devises. Des décennies de fonctionnement selon ce modèle ont désarmé le pays, qui ne possède ni structure, ni mécanisme, ni tradition d’exportation. Comme le système bancaire algérien est faible, et ne dispose pas de réseau bancaire pour appuyer les exportations vers le Sahel, le ministre du commerce pense avoir découvert la solution miracle, en proposant de revenir au troc. Et personne dans l’équipe gouvernementale ne peut le recadrer !

Un lourd héritage

Ces archaïsmes ne se limitent pas au comportement des ministres. Ils se prolongent jusqu’au mode de gouvernance à l’œuvre sous le président Tebboune. Certes, celui-ci est piégé par la conjoncture, avec une situation économique difficile, une épidémie de Covid-19, et surtout une situation politique très compliquée. Héritant d’une constitution obsolète, d’un parlement décrié avec des députés corrompus, d’assemblées locales inefficaces, et d’une administration en lambeaux, il était évident que sa démarche serait fortement critiquée, quel que soit son choix lorsqu’il fixerait son calendrier.

Mais M. Tebboune a choisi le mode de gouvernance des anciens présidents algériens : il s’occupe de tout, ordonne des enquêtes sur tout et n’importe quoi, comme sur les inondations de début septembre à Alger ou sur la coupure de l’alimentation en eau potable durant la fête de l’Aïd El-Adha. Le gouvernement n’arrive pas à avoir de visibilité, le chef de gouvernement ne s’est toujours pas forgé une identité politique, et tout le monde fonctionne selon la vieille recette d’un chef de l’Etat omnipotent, dont les autres responsables appliquent les instructions.

Un calendrier difficile à défendre

Sur un autre terrain, le président Tebboune a fait un choix très contesté pour faire adopter une nouvelle constitution. Le texte est inabouti. Il contient des dispositions qui relèvent de la loi ou du règlement (lutte contre la corruption), d’autres qui dénotent des choix politiques ou de simples professions de foi, comme les passages consacrés à encourager les jeunes à participer à la vie politique. Ces aspects limitent la portée de certaines avancées, comme le retour au système déclaratif pour la presse et les manifestations publiques.

Tel que formulé, le projet de constitution met en place un régime hybride. C’est un régime parlementaire si les élections législatives débouchent sur une majorité parlementaire ; un régime semi-présidentiel si aucune majorité ne se dégage. Cela débouchera forcément sur des incertitudes, alors que le pays n’a pas encore réussi à asseoir de véritables traditions constitutionnelles. Avec ce régime, il ne reste de fait au chef de l’Etat qu’à empêcher la victoire nette d’un parti pour rester maitre du jeu.

En outre, ce texte, qui sera soumis à référendum à la date symbole du 1er novembre, a été au préalable validé par un Parlement fortement décrié. Le vote du parlement a d’ailleurs coïncidé avec le procès de l’ancien secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbas, procès durant lequel des révélations ont été faites sur la manière dont les sièges de députés ont été achetés. Les propres fils de M. Ould Abbas, dont l’un a été condamné à huit années de prison, s’occupaient de marchander les sièges. Organiser le vote du parlement sur la nouvelle constitution en parallèle au procès relève d’une maladresse rare. Ou d’une arrogance inégalée.

En tout état de cause, le mode de gouvernance de M. Tebboune hésite entre des intentions de modernisation affichées, et une gestion bureaucratique traditionnelle. M. Tebboune est à l’évidence l’héritier d’une gestion à l’ancienne. En moins d’une année, il a déjà présidé deux réunions des walis, un corps auquel il a longtemps appartenu. Il a de nouveau confié aux walis la tâche de développement du pays, alors que l’administration est l’un des blocages à l’activité économique ; sans oublier les nombreuses affaires de corruption qui ont secoué ce corps, avec une dizaine de walis actuellement en détention.

Maîtrise de la pandémie de Covi-19

Mais ce qui fait défaut dans la démarche de M. Tebboune, c’est l’absence d’un projet mobilisateur, aussi bien pour les élites, qui ne voient pas « l’Algérie nouvelle » prendre corps, que pour l’opinion, qui commence à retomber dans la résignation. M. Tebboune n’a pas réussi à trouver les mots, les formules et les actions qui redonnent confiance, rétablissent l’espoir et suscitent l’enthousiasme. Il n’a pas réussi à insuffler cet élan qui pourrait changer le cours de l’histoire. Il s’est contenté d’afficher de bonnes intentions, alors qu’il ne dispose ni de partis crédibles, ni d’une administration efficace pour concrétiser ses objectifs.

Seul réconfort pour M. Tebboune : il a peu de chose à redouter de l’opposition dans l’immédiat. Celle-ci s’est avérée encore plus indigente que le gouvernement. Inapte à élaborer et à imposer un projet, emportée par les guerres d’égo, les querelles idéologiques et une faiblesse structurelle, elle n’est, au bout du compte, qu’un reflet du pouvoir, lequel peut au moins se targuer de deux succès relatifs : avoir évité un écroulement de l’Etat, et avoir maitrisé la pandémie du Covid-19, du moins jusqu’à l’automne 202.

Boualem Charef appelle les footballeurs professionnels à faire preuve de solidarité

Je republie ce texte mis à jour de Boualem Charef, professeur à l’ISTS, ancien co-entraineur de l’équipe nationale. Il appelle à la concertation et à la solidarité pour reprendre les compétitions dans un autre état d’esprit.

 

Par Boualem Charef

 

Dans le contexte actuel que vit l’humanité entière, l’activité footballistique ne doit pas constituer une exception. Le gel de toute activité sportive collective ou causant le regroupement de plusieurs personnes en public ou à huit-clos est d’une logique implacable. Tout groupe social, quel que soit son importance numérique ou démographique, doit en cas de situation difficile ou conflictuelle se référer à ses repères scientifiques, religieux, juridiques ou sécuritaires, selon la spécificité de la situation.

Actuellement, et avec ce que vit l’humanité, on doit avoir deux priorités, à savoir gérer la situation actuelle qui doit préserver les vies, et le maintien d’une activité, privée et publique, pouvant garantir la survie socio-économique (besoins quotidiens de consommation). Le plus grand effort doit cependant être orienté vers l’assainissement des comportements afin de combattre positivement le fléau covid-19.

Les conséquences du covid-19 ne sont pas nés d’une crise financière proprement dite, mais d’une crise liée à l’interruption des activités humaines. Les gens vont cesser de voyager, de sortir, de dépenser de l’argent, de partir en vacances, d’assister à des événements, d’assister aux cérémonies et fêtes sociales, et même d’aller aux lieux de culte au cimetière. Il reste à voir ce que l’avenir nous réserve exactement.

Les problèmes qui nous préoccupaient quelques semaines auparavant, et qui revêtaient une grande importance, sont devenus insignifiants pour les gens responsables. La situation actuelle exige de nous, footballeurs, en tant que personnes et citoyens, d’observer deux choses essentielles : renoncer à nos désirs individuels et afficher une solidarité à tous les niveaux.

Avant de signer la reddition de son pays en 1945, l’empereur Hirohito du Japon a convoqué son premier ministre pour s’inquiéter de deux choses : l’école et la justice. Notre baromètre et repère de planification et de travail avec les jeunes catégories est et restera toujours le calendrier scolaire.

LES EFFETS DU COVID-19

Peut-être que certaines choses seront différentes. Et si ce n’était plus la même chose qu’avant ? Voilà à ce que nous devons nous préparer, réfléchir et agir ensemble.

Est-ce que la « crise du Covid-19 » pourra constituer un événement historique ? Oui, certains scientifiques parlent déjà d’une crise profonde (ou de bifurcation), qui signifie changement de cap.

Selon Horx, nous apprenons à nouveau à communiquer correctement entre nous et nous ne nous cachons plus derrière des messages. Mieux encore, nous nous écoutons à nouveau ! Nous prenons plus de temps pour les besoins mutuels, nous sommes atteignables, les négociations sont courtoises car nous souhaitons pouvoir compter les uns sur les autres !

Il y’aura surement beaucoup de changements comportementaux. Le virus est là et pourrait même permettre d’accélérer l’un ou l’autre changement. Comment équilibrons-nous notre balance entre vie privée et vie professionnelle ? Comment concevrons-nous nos plans quotidiens ? Comment nous, techniciens, procèderons à l’avenir dans notre façon d’agir (planification et gestion de la performance) ? Prenons-nous suffisamment de temps pour notre développement personnel ? Et qui sait, peut-être même que certains de ces comportements se poursuivront au-delà de la phase actuelle du Covid-19.

LA REINITIALISATION DES VALEURS

Nous devons nous préparer à cette transformation à venir, car nous avons besoin de solutions durables, pour la période post-Covid-19 immédiate et pour le futur.

Le monde tel que nous le connaissons est en train de se dissoudre. Au lieu de revenir à la normale, la vie et la pensée changeront, il y aura un avant et un après covid-19virus mais, rassurez-nous, les choses iront bien. « Se pourrait-il que le virus ait changé nos vies vers une direction dans laquelle elles voulaient de toute façon aller ? » (Al kadha wa Al kadar).

Selon Edelkoort, le virus covid-19 offre « une page vierge pour un nouveau départ ». C’est également une réinitialisation des valeurs, car le fléau nous a imposé une « quarantaine de consommation ». Cela signifie que les gens s’habituent à posséder moins, à voyager moins, à dépenser moins. Il nous force à avoir plus de contact avec nos proches (famille, amis, voisins), et à apprendre à devenir autonomes et conscients. De cette façon imposée, nous remettons chaque jour en question tous les systèmes que nous connaissons depuis notre naissance et sommes obligés de penser à leur disparition éventuelle.

Alors au lieu d’être tétanisé par la peur, regardez plutôt vers l’avenir. Faisons face ensemble au fléau.

Scientifiquement parlant cela veut dire : se préparer. « Sur le plan neurobiologique, la peur et l’adrénaline sont remplacées par la dopamine, une sorte de futur médicament de l’organisme. Alors que l’adrénaline nous amène à fuir ou à combattre (ce qui n’est productif ni sur le fauteuil du dentiste, ni dans la lutte contre le covid-19virus), la dopamine ouvre nos synapses cérébrales : nous sommes excités par ce qui va arriver, curieux, prévoyants, inventifs. Si nous avons un niveau de dopamine optimal, nous faisons des plans, nous avons des visions qui nous conduisent à l’action prospective, le cas contraire où nous nous soumettrons à la pression de la rue, et des intérêts malveillants, nous courons encore une fois vers l’inconnu.

LA SOLIDARITE

La solidarité n’est pas quantifiable, elle est surtout relative, car chaque apport, chaque contribution est le bienvenu. L’idéal, c’est qu’ils soient opportuns, spontanés et touchent en premier l’environnement proche à savoir la famille et les voisins (confinement oblige). Ils ne doivent pas être seulement matériels mais aussi par l’acte (comportement exemplaire et discipline) et la parole (s’enquérir de l’état d’autrui).

Montrer aux gens comment se laver les mains est absurde pour un musulman qui est censé faire ses ablutions au minimum cinq fois par jours. Jongler avec du papier hygiénique est lui immoral devant des gens qui ne peuvent se le permettre ou ne l’ont jamais utilisé est devient par conséquence un acte d’indécence.

La solidarité dans le milieu footballistique doit être mesurée et évaluée à tous les niveaux. Elle doit avant tout sauver le football de masse -amateurs et jeunes- qui représentent la grande majorité des pratiquants.

Le football est une force motrice de la société algérienne, il a été, à tort ou à raison, utilisé selon les circonstances et les opportunités. Jouer dans des stades vides est certes aberrant, reprendre rapidement avec tous les risques le serait plus. La raison doit l’emporter sur la tentation et la passion. Donnons le temps de murir nos idées, de bien les retourner comme un café bien torréfié dont la saveur future plaira et conviendra à tout le monde.  L’avenir collectif du football national passe avant le profit et le trophée individuel.

Nous algériens, malheureusement d’ailleurs, pensons tout savoir, pouvons tout faire et croyons tout permis. Et c’est ainsi que l’égoïsme et le profit individuel guident nos réflexions, et nos comportements deviennent incontrôlables.

Enfin, ce qui reste, c’est la famille, le respect de la vie humaine sacrée par Dieu, la solidarité, l’humilité, et le respect des personnes, des lois et du savoir.

Certes la charité n’est pas toujours ostentatoire, mais elle le doit aussi pour inciter et susciter l’acte noble afin de servir d’exemple. L’élan de bravoure de Ronaldo (d’ailleurs pas seulement cette fois-ci), de Mohamed Salah, de Lewandowski, de Gundugan, des joueurs de la Juventus, de la Nationalmannschaft et, localement d’autres, doivent être loués et leurs auteurs félicités.  Reus, à lui seul, en plus de sa contribution collective, a octroyé 250.000 euros pour les entreprises de sa localité. Alors Messieurs les pros, vous qui peut-être, êtes mieux nantis et que Dieu vous en rajoute, où êtes-vous ? Ne nous parlez surtout pas de jalousie !

LA PAROLE AUX SAGES

Le report des compétitions internationales qui dépendent et engrangent des sommes d’argent colossales est une décision courageuse, responsable et importante basée sur des motifs scientifiques rationnels (FIFA, CAF, UEFA…)

A partir de cela le football recule ainsi en arrière-plan de nos préoccupations quotidiennes. Nous tous devons-nous conformer aux règles fixées par l’autorité (Scientifique, religieuse et sécuritaire), afin que les efforts soient les plus optimaux possibles dans notre lutte contre ce fléau. Et c’est pour cela que notre abstinence d’organiser les matchs de football reflète le premier pas de notre part de contribution afin de bloquer l’expansion de celui-ci. Egal si cela durera, deux semaines, deux mois ou plus. L’essentiel est la préservation des vies humaines.

Alors que la santé de toute la société algérienne est en danger, son économie, sa stabilité et son intégrité menacée, alors le football et l’activité sportive doivent donner l’exemple dans l’unité, la solidarité et l’altruisme. Imaginons un stade du 5 Juillet avec 50.000, un 19 Juin avec 40.000 et un Hamlaoui aven 30.000 spectateurs, et parmi eux se trouvent des personnes porteuses du virus. Ce qui est sûr c’est qu’au moins le tiers serait infecté et le propageront dans leur environnement immédiat dès leur retour. La responsabilité est plus que grande, elle est immense, insupportable. Là-dessus Klopp avait déjà qualifié l’organisation du match Liverpool-Atletico Madrid d’acte criminel.

La quarantaine, le confinement sanitaire, le couvre-feu nous privent certes de nos libertés et habitudes sociales reflétant notre chaleur humaine qui varie selon la région et les couches sociales, mais développer notre patience. Seulement nous devons continuer notre chemin de survie avec des rythmes et des activités appropriées et vitales (éducation, lecture, recueillement, agroalimentaire et sécuritaire). Oui à propos de lecture, l’Algérie a depuis longtemps oublié de lire !

Pour ce qui du religieux (ne plus revivre le spectre des années 90) et sécuritaire, il faut laisser la responsabilité et la parole aux personnes compétentes et reconnues, chacune dans son domaine, et aux services de sécurité. Quant à nous, responsables du mouvement sportif national d’une manière générale et du football en particulier, nous devons regarder vers l’avenir, réfléchir à la conception de différentes variantes de scénarios afin de garantir le nouveau départ et pas seulement la continuité de l’exercice actuel (saison 2019-2020) gestion de la pratique de notre discipline à tous les niveaux. Pour cela nous devons trouver des solutions dont le principal bénéficiaire serait l’intérêt du football national. En ce sens toutes les structures d’organisation et d’accompagnement (FAF, Ligues, structures et commissions, encadrement technique, administratif et médical) faisons tout pour le maintien des structures de pratiques existantes (ligues et clubs). Il ne faut pas profiter des situations difficiles que vivent certains, ni se baser des critères régionalistes, politiques, clubards, mais privilégier le « Football National » : revivons le 15 Avril 1958 (naissance de l’équipe du FLN).

Nous devons exploiter cette situation comme opportunité de changer nos mentalités et penser autrement, avec plus de flexibilité, rationalité et objectivité. C’est seulement après avoir vaincu notre adversaire commun, le corov-19, qu’on retrouvera nos libertés individuelles. Et c’est pour cela que notre deuxième pas est l’abstinence en respectant le confinement à la lettre.

Au vu du développement dramatique du fléau et des prévisions de retour à la normale, il serait sage de bien réfléchir à l’avenir du football et non pas seulement à la programmation du reste de la compétition de la catégorie senior. Toute programmation doit être assujettie à l’approbation des autorités sanitaires, le MJS et sécuritaires et doit prendre comme repère les dates fixées par les instances internationales (FIFA et CAF). Dans cet ordre d’idée, les autorités compétentes de la gestion du football (FAF et ligues) doivent avoir une concertation régulière et officielle avec les clubs. Dans ce contexte l’apport des techniciens avérés est primordial.

Le covr-19 a mis à nu beaucoup de carences dans les comportements et le mode de gestion de la société algérienne et spécialement le football. En premier la FAF, qui doit disposer d’un Collège Technique National censé être la boîte à idées en matière de réflexion sur le développement du football. Celui-ci n’existe plus et la FAF ne voit pas son utilité.

L’absence de l’association des entraîneurs qui n’a jamais fonctionné et qui a été toujours phagocytée par la FAF. Il est de même pour celle des joueurs.

 

Les conditions de la reprise

Au lieu de lancer des ballons d’essais individuels selon l’intérêt individuel à travers des canaux lobbyistes, il serait recommandé de faire une étude exhaustive sur les différents scénarios de la reprise de la pratique compétitive qui, au vu de la situation vécue, doit être précédée d’une préparation appropriée.

L’utilisation de la visio-conférence et le Net seraient un moyen idéal afin d’échanger directement puis de développer des suggestions et les envoyer aux concernés pur enrichissement et avis.

La problématique de l’organisation de la reprise de l’activité doit toucher les points suivants :

  • Début de la saison prochaine (comme référence essentielle) ;
  • Le mode de continuité de la saison actuelle ;
  • La situation règlementaire des joueurs, entraîneurs et staffs administratifs et médicaux par rapport à la saison actuelle et la saison 2020-2021 ;
  • L’organisation des jeunes catégories par âge pour la saison 2020-2021 ;
  • La prise en considération du reste de la scolarisation des enfants et jeunes avec l’approche des dates d’examen.
  • La présence du moins de ramadhan et les conditions climatiques (chaleur) et sécuritaires pour les matchs en nocturne ;
  • Comment allier programme scolaire et programme sportif ?
  • L’incidence du carême sur les jeunes en âge de croissance, surtout que ceux-ci sont programmés en début de journée avec des températures accablantes. Doit-on maintenir les mêmes règlements ? etc.
  • Autre question pertinente : qu’adviendra-t-il du championnat du sud si les matchs sont reportés au-delà du moins de mai ? Qui pourrait jouer par 44 degrés ?

 

Concertation et sagesse

La FAF et les ligues ne doivent faire ni de déclaration ni de prendre des décisions hâtives, mais au contraire mettre sur table toutes les probabilités avec discernement, arguments, sagesse et responsabilité et ne pas donner l’occasion aux profanes de faire des propositions egocentriques :

  • Arrêter le championnat et ne pas déclarer de vainqueur ;
  • Jouer un championnat à blanc ;
  • Reporter la coupe d’Algérie ;
  • Pas d’accession et pas de rétrogradation ;
  • Faire accéder selon le classement actuel des divisions inférieure, etc.

Le sport en général et le football en particulier représente quelque chose d’important, pour beaucoup de gens. Il y’a des enjeux financiers (clubs, joueurs, managers, médias, industriels et équipementiers), pour d’autres c’est la passion, l’émotion, voire un moyen d’expression (amateurs et supporteurs). Mais il y’a plus important encore, la préservation de la vie humaine, la cohésion sociale et la stabilité sécuritaire. Et dans cette dernière optique, nous devons peut être patienter quelques mois encore, et non pas quelques semaines!

Face au coronavirus, les fetwas n’ont aucune valeur

Abed Charef

On le sait : le système de santé algérien est défaillant.

On le sait : l’Algérie est un pays était mal géré. Ce n’est pas pour rien que 25 ministres de l’ère Bouteflika ont aujourd’hui affaire à la justice, nombre d’entre eux sont en détention, et deux anciens premiers ministres ont déjà été lourdement condamnés, en attendant d’autres procès où ils risquent de nouvelles peines.

On le sait : cet héritage de l’ère Bouteflika fait que l’Algérie est aujourd’hui un pays en grande difficulté face à l’épidémie de coronavirus.

Tout cela, on le sait. Le peuple algérien l’a suffisamment bien exprimé le 22 février 2019 pour que plus aucun doute ne soit permis.

Après avoir énuméré ces tares du système, que doivent faire les Algériens?

Ils continuent à dénoncer la iissaba, ou les iissaba, et à faire l’éloge du hirak, le plus beau mouvement de protestation au monde, qui a mis mis à nu le système ?

Ils continuent à dénoncer les insuffisances dans la riposte face à la pandémie, avec un personnel démuni, le manque de moyens, de matériel et de lits, l’incohérence de certaines décisions, le manque de fermeté ou le trop de fermeté qui s’annonce ? Ils continuent à dénoncer le manque de civisme des aaraya (va-nu-pieds), la voracité des uns, l’incompétence et le laxisme des autres ?

Et demain, si la situation exige une intervention de l’armée, pour contribuer à maintenir l’ordre et à déployer des hôpitaux de campagne, continueront-ils à polémique sur « madania machi aaskaria » (état civil et non militaire) ?

Priorités

Il y a, dans le pays, des priorités.

Il y a, certes, de vieux contentieux à régler : un système à changer, un mode de gouvernance à revoir complètement, des institutions à construire ou à réhabiliter, des questions politiques majeures à trancher. Ces questions seront de nouveau posées dans trois mois, dans six mois, dans un an. Elles seront abordées dans un contexte totalement nouveau, car d’ici la disparition de la pandémie du coronavirus, des bouleversements majeurs vont intervenir sur le rôle de l’Etat, la démocratie, la gestion des relations internationales et la mondialisation.

Mais d’ici là, des urgences s’imposent en Algérie. Des urgences qui font qu’un mot, un geste, une décision, peut coûter des dizaines, voire des milliers de vies humaines. Ce qui devrait inciter à plus de lucidité, plus d’humilité, plus de retenue, notamment de la part des intervenants dont la voix porte auprès des Algériens. Trop de gens disent n’importent quoi, avec une légèreté criminelle.

Il est temps, il est vital de revenir à plus de pondération, de lucidité, de raison, de bon sens.

Pour revenir à la raison, quelques rappels s’imposent.

  1. La pandémie du coronavirus est la plus grave que l’humanité ait à affronter depuis un siècle.
  2. Aucun pays au monde n’est à l’abri face à une telle situation. Ni les Etats-Unis, ni la Chine, ni l’Europe, (près de deux tiers du PIB mondial à eux trois), n’ont les capacités de faire face à ce cataclysme sans subir des milliers de morts et des dommages considérables à l’économie et à la société. L’Algérie encore moins. Qui aurait imaginé que l’Italie, la France et l’Espagne, pays de la douceur de vivre, seraient les plus vulnérables face à une épidémie ?
  3. S’acharner sur les défaillances du système de santé algérien ne mène à rien. Il y a nécessité de construire, d’innover, d’apporter des solutions. Pire : s’acharner sur le système de santé, c’est risquer de pousser à l’indiscipline, à la débandade, à la panique, qui peuvent s’avérer encore plus dangereuses que la pandémie elle-même.
  4. La riposte à la pandémie ne peut s’organiser qu’autour de l’Etat, de la santé publique et de la puissance publique. Les autres partenaires ne peuvent qu’apporter un complément, parfois déterminant, à l’action de la santé publique, non se substituer à elle. Toute idée de riposte sans l’Etat, contre l’Etat, est une œuvre de sédition dangereuse. Les appels à s’auto-organiser ou à créer des « comités populaires » supposés remplacer les institutions publiques sont particulièrement dangereux, car ils risquent de semer la confusion, de favoriser l’indiscipline et de démobiliser la population, qui a besoin de repères, de normes, de règles.
  5. Cela ne signifie pas pour autant que l’action de l’Etat n’est pas critiquable. Bien au contraire. Les décisions prises par les pouvoirs publics, en gros conformes à ce que recommande l’OMS, peuvent être critiquées, notamment à trois niveaux. D’abord, le tempo : trop tôt, trop tard, les spécialistes en mesure de donner un avis qualifié divergent; ensuite, le gouvernement a peut-être tardé à créer une autorité chargée d’assurer une veille scientifique et rigoureuse de la situation ; enfin, cette autorité devrait disposer de plus de pouvoirs : c’est elle qui devrait présenter les grandes recommandations, comme un éventuel confinement général, le recours exceptionnel à certains traitements expérimentaux, et toute autre mesure qu’elle jugerait nécessaire. Mais le débat technique sur ces questions ne devrait en aucun moment saper le fonctionnement de l’action publique.
  6. Inévitablement, la question démocratique est posée. S’exprimer librement est un droit. Mais ce droit ne peut être exercé sans responsabilité, sans lucidité, sans peser les enjeux. Sans humilité.

Des voix, nombreuses, se sont exprimées pour demander telle ou telle mesure. Prenons l’exemple du confinement général. C’est, apparemment le moyen le plus sûr pour contenir l’expansion de la pandémie. A titre personnel, j’y adhère. Mais je ne suis pas qualifié pour dire si c’est la bonne formule ou non, encore moins à exiger que c’est la mesure à prendre tout de suite. Il y a des gens plus compétents.

Je note seulement que les partisans de cette formule citent, à raison, le modèle chinois, qui a fait ses preuves en recourant à cette mesure extrême.

Je note cependant qu’il ne suffit pas de copier un modèle, encore faut-il avoir les moyens de le réaliser. La Chine dispose d’une économie puissante, avec une technologie très avancée dans le domaine des biotechnologies. De plus, la société chinoise est très disciplinée, avec un Etat autoritaire fort et apparemment peu contesté. C’est un euphémisme que de dire que le pouvoir en Algérie ne bénéficie pas de la même autorité.

La Chine a mis en confinement la région de Wuhan, avec ses 56 millions d’habitants. Cela représente l’équivalent de la France ou de l’Italie. 1,3 fois l’Algérie.

Mais cette province ne représente que 4% de la population chinoise. En gros,toutes proportions gardées, c’est comme si l’Algérie décidait un confinement total de la wilaya de Blida. Pendant ce temps, le reste de la Chine fonctionnait, et assurait le fonctionnement du pays, ce qui permet d’organiser la solidarité avec la province touchée.

Que deviendrait l’Algérie en cas de confinement général, qui devrait éventuellement se prolonger pour un mois, deux mois, voire un trimestre ou plus ? Sera-t-il possible d’assurer le ravitaillement des populations, d’assurer l’ordre, d’éviter de sombrer dans la pauvreté ? A quel prix ?

Ce sont des questions qu’il faut envisager. Qu’il faut poser. Et qui montrent à quel point sont superficielles ces affirmations selon lesquelles « il faut absolument » faire tel choix ou prendre telle décision. Tout comme sont ridicules ces condamnations de l’autorité, qu’elles émanent de Ali Belhadj, qui refuse la fermeture des mosquées, ou celles d’autres ayatollahs anonymes, heureux de criminaliser le pouvoir.