Une fausse polémique pour occulter un véritable échec

Le duo Lamamra-Messahel a occulté le départ de la paire Yousfi-Djellab. Pourtant, le changement des ministres « économiques » aura beaucoup plus d’impact sur le pays que la polémique sur l’organisation de la diplomatie.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 mai 2015)

La polémique qui a entouré la réorganisation de la diplomatie algérienne lors du remaniement du 14 mai a éclipsé l’innovation, la seule, qui touchait deux grands ministères économiques, ceux de l’énergie et des finances. Peu d’analystes ont mesuré l’ampleur de la décision de se passer de MM. Youcef Yousfi et Mohamed Djellab, alors que le côté spectaculaire de la brouille supposée régner aux affaires étrangères a focalisé toute l’attention.

Erreur ? Négligence ? Lutte de clans ? Guerre de compétences ? Tout a été dit. Pourtant, ce qui s’est passé aux affaires étrangères n’avait pas de signification particulière, ni d’impact significatif. Le même attelage qui gérait le secteur a été reconduit, avec des promotions honorifiques pour les titulaires, Ramtane Lamamra et Abdelkader Messahel. Elever le second au rang de ministre pouvait-il créer de la confusion? Oui, dans un environnement algérien, où le fonctionnement institutionnel est défaillant. Il fallait donc rétablir une sorte de préséance, en élevant M. Lamara au rang de ministre d’Etat, tout en délimitant le domaine de compétences des uns et des autres. Ces approximations ont donné la fâcheuse impression que les hauts responsables algériens se soucient plus de marquer leur territoire respectif que de travailler dans la même direction, y compris quand il s’agit des relations extérieures du pays.

Cela ne semble pas pour autant justifier le battage suscité par cette affaire, ni le rétropédalage de la présidence de la république, contrainte d’apporter les clarifications après la confusion créée par le remaniement. Affirmer qu’un ministre des affaires étrangères à deux têtes a été mis en place ne se justifie pas. Beaucoup de pays nomment en effet des ministres chargés de dossiers extérieurs spécifiques. Ainsi, nombre de pays européens ont un ministre des affaires européennes. Cela n’a jamais posé problème, même s’il s’agit de pays normalisés, avec un fonctionnement institutionnel qui fait cruellement fait défaut en Algérie.

Premier carré

En focalisant l’attention, cette affaire a occulté l’évènement du mois. Le président Bouteflika s’est en effet séparé d’un homme qui l’a accompagné depuis son arrivée au pouvoir, Youcef Yousfi, et de celui qui était chargé de trouver des solutions face à la chute des revenus extérieurs du pays, Mohamed Djellab.  M. Yousfi a été le premier chef de la diplomatie choisi par le président Bouteflika, qui l’a ensuite chargé du secteur de l’énergie pour faire oublier les frasques de Chakib Khelil. M. Djellab a été administrateur de la banque Khalifa, un des plus gros dossiers de l’ère Bouteflika. C’est dire la confiance dont bénéficiaient les deux hommes dont le chef de l’Etat a été contraint de se séparer.

Aujourd’hui, le chef de l’Etat les juge inadaptés à la nouvelle conjoncture. En les condamnant, il prononce en fait un désaveu de ses propres choix économiques antérieurs, longtemps basés sur une doctrine aussi primaire qu’inefficace : utiliser à fond la distribution de la rente pour acheter la paix sociale et préserver son pouvoir.

M. Yousfi était rassurant. M. Djellab restait discret. C’est là leur force. Mais cela ne fait pas une politique, particulièrement en cette période où la conjoncture s’est retournée. Et comme s’il voulait appuyer là où ça fait mal, pour bien montrer qu’il a misé sur les mauvais chevaux dans le passé, le président Bouteflika a choisi, pour les remplacer, deux hommes qui sont aux antipodes.

Alors que M. Yousfi était un partisan convaincu de l’énergie fossile , privilégiant la prospection pour augmenter la production d’hydrocarbures, et envisageant l’exploitation du gaz de schiste -ce qui n’est pas un mauvais choix dans l’absolu-, le nouveau ministre de l’Energie privilégie plutôt l’économie pétrolière. Yousfi était préoccupé par l’amont, son successeur semble porté vers un traitement de l’aval.

Références négatives

Quant à M. Benkhalfa, il a un profil encore plus marqué (Voir Le Quotidien d’Oran, mardi 19 mai). Son discours économique est si tranché par rapport à ses prédécesseurs que sa nomination apparait comme une remise en cause de tout ce qui a été dit et fait jusque-là par différents gouvernements du président Bouteflika, aussi bien dans le domaine de l’investissement, des transferts sociaux que dans la gestion de la rente.

Cet énorme virage économique constitue le fait majeur du remaniement du 14 mai. Cela ne signifie pas que la démarche va aboutir. Mais cela montre que tout un pays peut se focaliser sur le secondaire, quand l’essentiel est là : que signifie ce changement de cap économique? Est-ce le signe qu’on entre dans l’ère post-Bouteflika? Le pouvoir est-il prêt à assumer et à accompagner les changements politiques et institutionnels qu’il induit? Est-il prêt à assumer le modèle de gestion sur lequel pourraient déboucher les mesures prônées par M. Benkhalfa ?

C’est difficile à imaginer. Il est plus probable que M. Benkhalfa est perçu comme un simple technicien chargé d’appliquer de nouvelles mesures quoi vont permettre de passer un cap difficile, sans rien changer sur le fond. D’autant plus que le nouveau ministre des finances a montré, par le passé, des aptitudes certaines à s’adapter. Comme beaucoup de ministres, il pourra toujours faire des promesses, et dire plus tard qu’il a été empêché d’aller au bout. En tout état de cause, il ne fera pas pire que le duo Khelil-Temmar. Dans un pays où les références sont si désastreuses, M. Benkhalfa a de la marge.

Benkhalfa, le nouveau Don Quichotte de l’économie algérienne  

Le nouveau ministre des finances tient un discours résolu en faveur du changement. Mais il n’a aucune marge de manœuvre.

Abed Charef (Le quotidien d’Oran mardi 19 mai 2015)

Ceux qui attendaient du remaniement ministériel annoncé le jeudi 16 mai une clarification des choix économiques pour faire face à la crise seront déçus. Certes, le départ de M. Youcef Yousfi, ancien ministre de l’Energie, et Mohamed Djellab, qui était aux finances, annoncent l’abandon de choix qui ont mené à l’impasse, mais ils ne tracent pas de cap précis pour l’avenir. Le discours économique assez orthodoxe, dans la ligne de ce que prônent le FMI et la Banque Mondiale, développé depuis deux années par le nouveau ministre des finances, M. Aderrahmane Benkhalfa, ne suffit pas à faire une politique économique. Celle-ci a des préalables et une méthodologie qui échappent totalement au gouvernement de M. Abdelmalek Sellal.

Mais un mot d’abord pour parler des ministres « économiques » partants. M. Yousfi avait succédé à Chakib Khelil pour apporter sérénité et assurance dans un secteur essentiel. Il a échoué sur toute la ligne. Il ouvert l’option gaz de schiste, qui peut être défendable, mais il a agi de manière si malhabile qu’il s’est créé des ennemis là où il n’y avait pas. Il n’a pas réussi à ralentir le déclin de la production d’hydrocarbures, il n’a pas réussi à attirer les investissements étrangers, et il a maintenu une politique de consommation énergétique qui frise l’irrationnel. Son échec est si patent qu’il risque même d’envoyer le Mouloudia d’Alger en seconde division !

De son côté, M. Djellab avait pour principal vertu d’avoir été administrateur de la banque Khalifa. Sa nomination au ministère des finances avait été considérée comme une récompense. Mais l’homme n’avait visiblement pas l’étoffe pour faire face aux nouvelles données économiques. Depuis la chute des prix du pétrole et la baisse des revenus extérieurs du pays qui s’en est suivie, il n’a montré aucune aptitude à faire face à la tempête.

Benkhalfa, un discours novateur

A l’inverse, M. Abderrahmane Benkhalfa a réussi à se forger, au fil des mois, un profil de financier très branché, ayant parfaitement assimilé les nouveaux dogmes de l’économie. Il a acquis ce profil depuis deux ans, après avoir quitté la présidence de l’ABEF (Association des banques et établissements financiers). Mais auparavant, il tenait un autre discours, plus habile, suffisamment ouvert pour tenter de rester crédible dans les milieux financiers, mais pas trop radical pour s’attirer les foudres du pouvoir. Il était même devenu une sorte de porte-parole officieux du gouvernement, se chargeant de répercuter la bonne voix lorsque le gouvernement était gêné pour dire publiquement certaines choses. L’ABEF a d’ailleurs hérité de ce rôle : c’est elle qui a été mise en première ligne lorsqu’il a fallu imposer le nouveau cahier de charges aux concessionnaires. Par quel miracle une association d’établissements financiers doit-elle suppléer les ministères de l’industrie, des finances et du commerce pour imposer une décision commerciale de cette nature?

Depuis qu’il a quitté l’ABEF, M. Benkhalfa a toutefois pris ses distances avec la gestion économique du gouvernement. Il a abandonné la langue de bois gouvernementale pour adopter un discours plus adapté, plaidant pour une série de réformes qui relèvent du bon sens. Sans faire preuve d’une originalité exceptionnelle, il a proposé des mesures qui font aujourd’hui le consensus chez les économistes. Une sorte de SMIG de réformes, pour mettre fin aux distorsions les plus visibles : rapprocher le dinar de sa parité réelle, ramener  le poids des transferts sociaux à un seuil plus raisonnable, moderniser les banques et le système financier, en utilisant mieux les nouvelles technologies, revoir les encouragements aux investisseurs pour privilégier les producteurs plutôt que les importateurs, et transformer les banques en levier pour booster l’économie au lieu de garder les guichets actuels.

Effets en cascade

C’est là le discours de Abdelerrahmane Benkhalfa quand il était candidat au ministère des finances. Que sera Abderrahmane Benkhalfa nommé ministre? Ses choix devraient apparaitre dans la loi de finances complémentaire. Mais sa marge est si étroite qu’il n’y a guère d’illusion à se faire. Comme Abdellatif Benachenou et Karim Djoudi, il endossera le discours officiel sur la nécessité de préserver les grands équilibres et de protéger les plus vulnérables, d’opérer de manière graduelle et de ne pas prendre des mesures qui risquent de menacer la paix sociale. En un mot comme en cent, il sera encerclé par le discours qui justifie le statuquo.

Au mieux, M. Benkhalfa sera confronté à une autre alternative. Il aura le choix entre proposer des mesures qui seraient rejetées par le président Bouteflika, ou bien engager des réformes sérieuses, ce qui risque d’être périlleux en l’absence d’un accompagnement politique, institutionnel et social adéquat. Car il ne suffit pas aujourd’hui de prendre des mesures « techniques » sans tenir compte de leur impact politique. Il faudra aussi mener le travail politique et institutionnel préalable pour amortir le choc des réformes à engager. Il suffit, par exemple, de rappeler qu’une augmentation du prix des carburants provoquerait des effets en cascade sur toute la sphère économique et sociale (transports, électricité, eau, produits agricoles, produits industriels, etc.), et d’une ampleur telle qu’elle risque de mettre en péril tout l’édifice social mis en place.

Le système politique ne possède pas l’ingénierie nécessaire pour s’engager dans une telle voie de changements, mais il a gardé l’instinct de survie qui lui indiquera clairement qu’un tel choix serait dangereux pour sa survie. M. Benkhalfa devra composer avec cette réalité pesante, ceci au cas, très improbable, où il aurait des velléités d’engager de vraies réformes économiques.

Le FLN, hacha rezk rabbi

Pour éviter les sujets sérieux, on peut parler du FLN, et de son prochain congrès. Avec cette question déterminante : Belayat a-t-il un avenir au FLN?

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, jeudi 14 mai 2015) 

Abderrahmane Belayat est catégorique. Les difficultés auxquelles son groupe est confronté dans ses tentatives de prendre les commandes du FLN proviennent de deux origines : Amar Saadani, qu’il appelle « l’indu occupant » du siège du parti à Hydra, et l’administration, qui a accordé au secrétaire général actuel l’autorisation de tenir un congrès. C’est donc l’administration, se pliant aux volontés du ministère de l’intérieur, qui se place ainsi en arbitre de la crise qui secoue le vieux parti. Alors qu’elle valide les démarches de M. Saadani, elle refuse de délivrer le quitus souhaité à M. Belayat pour qu’il puisse organiser, avec ses amis, les réunions de son FLN, pour placer ses amis à la direction de ce qu’il considère comme son parti.

Aux côtés de l’administration, la justice risque, elle aussi, d’être sollicitée. Un avocat a été chargé d’engager les procédures nécessaires à cet effet. Dans un passé récent, l’appareil judicaire avait donné un sens précis à des réunions du FLN, en statuant lors de célèbres « audiences de nuit », téléguidées à partir des ministères de l’intérieur et de la justice, pour introniser des dirigeants d’un autre groupe. Abdelaziz Belkhadem, l’homme dont on annonce le retour imminent, avait largement bénéficié de ces intrusions, avant de se voir balayé à son tour par une autre manoeuvre dont il ne s’est pas encore remis.

M. Belayat n’a pas perdu espoir. Il attend. A un moment donné, espère-t-il, ceux qui ont la charge de décider pour le pays vont peut-être émettre un signe en sa faveur. Un juge qui invalide la réunion prévue par M. Saadani, un wali qui ne donne pas l’autorisation pour tenir une réunion publique, un coup de téléphone de « qui vous savez » pour redistribuer les cartes, peu importe. Il y aura bien un moment où les « amis » de M. Belayat vont intervenir pour rétablir l’ordre normal des choses, un ordre selon lequel M. Belayat doit naturellement être au pouvoir et ses ennemis naturellement refoulés vers l’opposition.

Au RND, on sait quitter la table

Dans l’autre camp, M. Amar Saadani tient un discours très convenu. C’est la base du parti qui décide, assure-t-il. Seule la base a le droit d’élire les dirigeants du FLN, en toute démocratie. (Non, M. Saadani n’est pas victime de la foudre quand il prononce le mot démocratie). Les contestataires ? Ils n’ont qu’à se plier aux règlements du parti et à la volonté de la baise, affirme le secrétaire général. Chez ses adversaires, le message est perçu différemment. Pour eux, Amar Saadani bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de l’appui du président Bouteflika. Depuis qu’il s’était attaqué au général Toufik Mediène, il y a dix-huit mois, l’homme a montré une disponibilité remarquable à se sacrifier au profit du chef de l’Etat, qui l’a remis en selle après l’avoir longtemps méprisé.

Même s’il est un peu différent dans la forme, un scénario similaire se déroule au RND, où les choses se passent de manière plus lisse. Avec des acteurs qui se veulent moins ridicules, moins loufoques. On est plus énarque que pieds nickelés. Ahmed Ouyahia et Abdelkader Bensalah savent se tenir. Ils savent quitter la table. Ils admettent que la décision n’est pas entre leurs mains, et ils savent que quand le vent tourne, il faut baisser la tête et attendre, en essayant de faire bonne figure. Pas besoin d’un spectaculaire mouvement de redressement, ni de doberman. On plie bagage avec plus de docilité, sans faire d’histoire. On reste docile, mais avec classe.

Etre dans les bonnes grâces du prince

Ce jeu dans lequel s’agitent Belayat, Belkhadem, Saadani, Abada et tant d’autres, a-t-il un quelconque intérêt ? Peut-il offrir, un jour, une solution quelconque pour une sortie de crise? En réalité, on n’en est plus là depuis longtemps. Ce qui pouvait apparaitre comme des luttes entre tendances politiques dans les années 1980 ou 1990 a déserté les rangs des partis. Il n’y a plus qu’une course pour se positionner, et se retrouver dans les bonnes grâces du prince. Ce jeu de séduction est lui aussi connu depuis deux décennies. Il n’offre plus d’intérêt. Beaucoup d’Algériens s’en lassent, et en arrivent même à se détourner de la politique à cause de ces comportements.

Mais derrière Belayat, Saadani et les autres, il y a de nouvelles générations qui arrivent à la politique, et qui n’ont connu de l’activité politique que cette forme dévoyée. Prenant exemple sur leurs ainés, ces nouveaux « militants » considèrent naturellement que faire de la politique revient à faire plaisir au potentat local, au wali, au chef d’entreprise, au responsable « sécuritaire » ou au ministre. On ne parle plus d’idées, de convictions, de programmes, de choix politiques. Le souci principal est de se rapprocher des centres de pouvoir, car on a plus de chance de devenir ministre si on connait Saïd Bouteflika ou un général, que si on est un bon idéologue, un économiste de renom ou un grand orateur. Connaitre le wali donne plus de chance de devenir député que le fait de militer dans un parti qui une bonne base ou un bon appareil. Et au sommet de la hiérarchie, Belayat, Saadani, Abada et les autres savent qu’être dans les bonnes grâces de Bouteflika ou Toufik Mediène est le chemin le plus court pour devenir ministre.

Le congrès du FLN, premier parti du pays, peut-il changer cet état de choses ? Peut-il contribuer à rétablir un état normal des choses? Non, évidemment. Car au FLN, on a totalement oublié à quoi sert un parti et quelle est la finalité de la politique.

Le voile se le lève sur les gros trafics à l’importation

La baisse des recettes budgétaires oblige l’Etat à tenter de collecter l’impôt. L’administration fiscale s’attaque alors à des opérateurs-trafiquants, connus de longue date, mais épargnés jusque-là.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 12 mai 2015)

Quand les importations algériennes avaient officiellement franchi le seuil historique de 50 milliards de dollars, il y a trois ans, un ancien haut responsable algérien avait déclaré que ces chiffres étaient erronés. Il est «impossible » que l’Algérie ait acheté autant de produits, avait-il déclaré. Pour lui, une telle somme aurait bouleversé le visage du pays et de son économie. Sans avancer une explication précise, il avait affirmé que le temps finirait par révéler les distorsions.

Dans les milieux spécialisés, de nombreuses rumeurs circulaient. Elles faisaient état d’exportations massives de capitaux. On parlait de surcoûts, de gaspillages et de mauvaise gestion, ainsi que de contrats mal négociations et surestimés, mais la prudence restait de mise. Personne ne voulait citer un opérateur précis, ni décrire son mode opératoire. Jusqu’à ce que la justice italienne s’en mêle, et commence à donner des noms. L’Algérie découvrait alors un volet, le plus spectaculaire, du phénomène : commissions et rétro-commissions qui atteignaient des sommes faramineuses. Celles-ci étaient inévitablement accompagnées de surcoûts gigantesques. Un économiste algérien estime à quatre milliards de dollars les surcoûts dans les contrats signés avec la seule compagnie italienne ENI et ses filiales. Le contrat de l’autoroute est-ouest, évalué initialement à six milliards de dollars, a atteint le double au moment de la signature. La facture finale, selon Mohamed Khelladi, un des accusés au procès de l’affaire dite de l’autoroute, serait de dix-sept milliards. Soit un surcoût de près de dix milliards de dollars. Inouï.

Ces informations n’étaient pas totalement inconnues. Beaucoup de gens soupçonnaient l’existence de malversations. Il suffisait de s’intéresser un tant soit peu aux dossiers pour s’en rendre compte. Durant l’ère Chakib Khelil, des contrats pour la réalisation de deux centrales électriques de même puissance ont été signés. L’une valait le double de l’autre. Un ingénieur débutant aurait relevé l’incohérence des décisions. Les experts du ministère de l’énergie n’ont rien relevé…

La pénurie crée de l’intelligence

Une sorte d’omerta touchait cependant ces contrats, en raison notamment de la proximité supposée de leurs auteurs avec le chef de l’Etat. La frénésie dont faisaient preuve leurs auteurs algériens tranchait avec l’apathie de différentes institutions supposées être en charge de la gestion du pays. L’Algérie semblait résignée à son sort.

A combien s’élevaient les pertes réelles pour le pays ? Dix pour cent de la valeur des importations? Plus ? Moins ? Peu importe. La force d’inertie du système paralysait toute initiative visant à dénoncer cette corruption massive, ce qui donnait l’impression d’une corruption institutionnelle, gérée et protégée par les officiels eux-mêmes.

La chute brutale du prix du pétrole, et avec elle la baisse sensible des revenus extérieurs du pays, a poussé divers responsables à chercher des solutions pour éviter la banqueroute financière du pays. A défaut de solutions structurelles, ceux-ci ont décidé de faire baisser le volume des importations. Tout le monde a commencé à critiquer les « importations anarchiques ». Ce qui a débouché sur  de nouvelles révélations. L’Algérie a alors découvert un autre système, encore plus simple, destiné à exporter massivement des devises : on importait des conteneurs vides! Jusque-là, la règle était la surfacturation. L’importateur algérien s’entendait avec son fournisseur pour gonfler la facture, ce qui permettait de transférer deux dollars pour un produit qui en valait un. Mais cela ne suffisait pas. Des importateurs avaient trouvé une autre combine : ils créaient une société à eux à l’étranger, celle-ci leur envoyait des conteneurs vides,  qu’ils payaient comme une marchandise !

Le zèle de l’administration fiscale

Cette pratique est une traduction, jusqu’à l’absurde, d’une autre méthode, largement utilisée par les concessionnaires automobiles, et contre laquelle la direction des impôts a décidé de lancer une enquête. La combine consiste à créer une entreprise à l’étranger, qui achète des véhicules auprès des constructeurs, pour les revendre à sa société officiellement installée en Algérie. Un véhicule acheté auprès du constructeur à 10.000 dollars était revendu au concessionnaire algérien pour 11.000 dollars. Le bénéfice était transféré légalement à l’étranger. Dès lors, le concessionnaire peut se permettre de ne pas faire de bénéfices en Algérie, puisque ce qui l’intéresse d’abord, ce sont les bénéfices restés en Europe !

L’administration fiscale s’est émue de cette situation lorsque les recettes budgétaires se sont raréfiées. Elle a décidé de s’y attaquer, après avoir fermé les yeux pendant des années. Car la pratique était connue. Il suffisait de voir le bilan annuel de certains concessionnaires pour se rendre compte que leur fonctionnement échappait aux règles économiques. Malgré des chiffres d’affaires énormes, les bénéfices officiellement réalisés en Algérie et les impôts payés se limitaient à des montants ridicules.

Les concessionnaires ont aussi recours à une formule, bien rôdée, celle de la garantie. Les véhicules vendus sont garantis par le constructeur. En cas de mauvais fonctionnement, le concessionnaire peut rembourser son client en dinars, mais lui-même est ensuite remboursé en devises par le constructeur. Il lui suffit de ne pas rapatrier le montant de la garantie. Un procédé très simple, sans risque, qui permet de transférer des devises au taux officiel, pour les placer à l’étranger ou de les revendre au marché noir!

Louisa Hanoun, symbole d’une gauche sans repères

Louisa Hanoun, militante de gauche ou porte-parole officieux de Saïd Bouteflika ? L’image de la présidente du Parti des Travailleurs s’est définitivement brouillée.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 mai 2015)

Louisa Hanoun s’est lancée, à contretemps, dans une vaste campagne contre la corruption. Au moment où les regards sont braqués sur les stars des grands scandales, comme Amar Ghoul, Mohmed Bedjaoui et Abdelmoumène Khalifa, où des affaires retentissantes sont traitées devant les tribunaux, et alors que des scandales portant sur des millions de dollars de pots-de-vin et des milliards de gaspillage, la présidente du Parti des Travailleurs a choisi de s’en prendre à une discrète ministre de la culture, sans influence dans les jeux de pouvoir et sans poids particulier au sein du gouvernement.

Mme Hanoun a elle-même sonné la première charge contre Mme Nadia Labidi, l’accusant de favoriser ses petits intérêts dans la gestion de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe ». D’autres dirigeants du parti des Travailleurs ont ensuite le relais. Députés et responsables de cette formation ne ratent plus une seule occasion de s’en prendre à la ministre de la culture, dans un curieux acharnement contre une ministre qui parait plutôt décalée au sein d’un pouvoir trash.

La démarche brouille complètement l’image de Mme Hanoun. Où est la militante trotskyste des années 1980, cette pasionaria qui a qui a fait de la prison du temps du parti unique, et qui était de tous les combats politiques, de la défense des Droits de l’Homme au combat féministe ? Dans les années 1990, Louisa Hanoun avait également choisi le chemin le plus périlleux. Son opposition à l’intégrisme ne l’a pas  empêché de refuser l’arrêt des élections de 1991. Elle a ensuite fait partie du groupe qui a adopté le contrat de Rome, avant de prendre en charge le terrible dossier des disparus en pleine tourmente. C’est au siège de son parti et à celui du FFS que les parents de disparus ont organisé leurs premières rencontres, dans une période où la presse n’osait pas évoquer ce dossier. Elle affichait alors une attitude d’une fermeté rare, qui forçait l’admiration, y compris chez ceux qui ne partageaient pas ses positions. Elle s’appuyait aussi sur des convictions idéologiques qui donnaient une certaine cohérence à son action.

Un capital dilapidé

Comment un itinéraire pareil peut-il s’accommoder avec le rôle qu’assume Louisa Hanoun aujourd’hui ? La présidente du Parti cautionné plusieurs élections présidentielles jouées d’avance. Elle a délibérément mené ses campagnes sur le succès de l’opération de vote, non sur une possible victoire qu’elle pourrait remporter, ce qui donnait un sens très précis à sa participation : elle cautionnait des élections jouées à l’avance sans aucun espoir de l’emporter.

Elle a aussi défendu la candidature du président Bouteflika pour un  quatrième mandat, contre tout bon sens. Le résultat est affligeant : l’Algérie a un président qui ne peut ni accueillir ses invités, ni les accompagner aux cérémonies officielles, ni tenir les réunions institutionnelles comme le conseil des ministres. Son frère, Saïd Bouteflika, a étendu ses réseaux pour devenir l’un des hommes les plus influents du pays.

Ce passage du pouvoir à l’informel n’a pas alarmé Louisa Hanoun, qui a publiquement demandé à Saïd Bouteflika de s’exprimer. Face au mutisme de celui-ci, elle a décidé d’accompagner le président Bouteflika jusqu’au bout de sa dérive, en faisant le choix de s’exprimer comme un porte-parole officieux de Saïd Bouteflika. C’est elle qui a rapporté que le frère du chef de l’Etat n’est pas candidat à la succession.

L’attitude de Mme Hanoun s’explique partiellement par un vieux fond idéologique et les stratégies traditionnelles partagés par les courants d’extrême-gauche. L’entrisme en fait partie. Dans sa présence au parlement, comme dans les associations et les syndicats, Louisa Hanoun se fonde sur de vieux dogmes selon lesquels il faut infiltrer les organisations et les institutions disponibles, pour tenter d’infléchir leurs positions et les manipuler éventuellement. Dans les sociétés considérées comme non encore matures, cette méthode est privilégiée, du moins tant que la « bonne pensée » n’est pas encore en mesure de l’emporter. Des idées d’extrême-gauche n’ont visiblement aucune chance de devenir majoritaires en Algérie. Louisa Hanoun le sait, et tente de contourner cette réalité en essayant de peser sur la décision. Etre près du pouvoir peut faciliter la tâche.

Entrisme et approximations

Elle tente donc de faire feu de tout bois. Elle colle par exemple à l’UGTA, où plusieurs dirigeants du parti des travailleurs sont des membres influents. Mais elle est contrainte de fermer les yeux sur la dérive de la centrale syndicale. Car les temps ont changé, et l’UGTA a peu de choses à voir avec un syndicat. C’est à peine une annexe docile du pouvoir, « le bras social du DRS », selon la formule de Saïd Saadi. Le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, a publiquement reconnu, lors du procès Khalifa, avoir trafiqué des documents pour vendre des biens de l’organisation. Il n’a pas été inquiété : il fait partie du premier cercle du pouvoir.

Dans ses rapports au gouvernement, Louisa Hanoun est par ailleurs contrainte à une curieuse gymnastique pour tenter de gagner un minimum de crédibilité. Elle scinde le gouvernement en deux. D’un côté, elle s’en prend aux libéraux qui démantèlent l’économie nationale pour servir des intérêts étrangers et se servir. Mais de l’autre côté, elle soutient le président Bouteflika et les mesures « populaires » décidées par le gouvernement. Elle s’en tient à une absurde théorie du bon roi trahi par de mauvais vizirs, pendant que les institutions partent en lambeaux.

Sur le plan idéologique, ceci n’a rien à voir avec la pensée classique d’extrême-gauche. Ce qui jette un sérieux doute sur la démarche du parti des travailleurs. Même les autres organisations traditionnellement proches n’expliquent pas cette dérive. Faut-il l’attribuer cette attitude à des impératifs de survie ? A la régression générale du pays, avec un nivellement par le bas, qui a provoqué un effondrement moral et politique? Ou à d’autres facteurs non encore visibles?

Ali Haddad n’arrive pas à combler son déficit d’image

Riche, puissant, proche du pouvoir, Ali Haddad souffre pourtant d’un déficit d’image chronique. Une déclaration sur les femmes algériennes, cette semaine, lui a valu de nouvelles déconvenues. 

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 mai 2015)

Ali Haddad fait face à des difficultés inattendues. Malgré des efforts de communication très conséquents, le président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) n’arrive pas à redresser une image moquée de manière féroce sur les réseaux sociaux. Ses bourdes et son humour approximatif lui ont encore valu une nouvelle vague de critiques, après des déclarations faites en Chine où il a accompagné le premier ministre Abdelmalek Sellal, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaires algériens.

Invitant les chefs d’entreprise chinois à investir en Algérie, M. Ali Haddad a déclaré, sur un ton mi-sérieux, que ceux-ci seraient les bienvenus, et qu’ils pourraient même « épouser des Algériennes ». Comme les Algériens qui s’installent à l’étranger, notamment en Europe, où ils épousent des Européennes, les ressortissants chinois présents en Algérie peuvent s’unir à des Algériennes, a déclaré M. Haddad, en réponse à une question un peu décalée.

Largement partagée sur les réseaux sociaux, la déclaration soulevé un tollé, aussi bien dans les milieux conservateurs que chez les féministes. Saïda Neghza, vice-présidente de la Confédération du patronat, une organisation rivale du FCE, a considéré la déclaration de M. Haddad comme une « humiliation ».

« On ne peut pas garder le silence » après cette « humiliation », a déclaré Mme Neghza, qui reproche à M. Haddad de s’être contenté de « quatre mots » durant sa visite en Chine, juste pour « humilier la femme algérienne ». Selon elle, M. Haddad « a dit aux Chinois : venez, il y a de l’argent en Algérie ; il y a même des chinois qui ont divorcé pour venir se marier en Algérie ».

Tenant des propos à la limite du racisme, elle a ajouté que « la femme algérienne n’en est pas à un tel point d’abaissement pour épouser des chinois ». Elle a demandé au président Bouteflika d’intervenir, lui lançant cette alerte: « la femme algérienne à qui vous avez restitué sa dignité, Ali Haddad vient de la vendre sur la marché »

Trop proche du pouvoir

M. Haddad, qui a pris la tête du FCE après avoir soutenu le quatrième mandat du président Bouteflika, est connu pour sa proximité avec le frère cadet du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, véritable régent du pouvoir actuel. La position de M. Haddad est très critiquée par les autres organisations patronales, qui reprochent au gouvernement d’avoir fait de M. Haddad un partenaire privilégié. « S’ils veulent laisser Haddad seul » représentant du patronat, « qu’ils nous le disent », a déclaré Mme Neghza.

Autre femme à s’en prendre régulièrement à M. Haddad, Mme Louisa Hanoun a déclaré que cet « oligarque » a obtenu un contrat d’achat d’équipements pour les centres anti-cancéreux de manière irrégulière, alors que M. Haddad est essentiellement présent dans les travaux publics. Mme Hanoun a publiquement accusé le ministre de la santé, M. Boudiaf, d’avoir favorisé le président du FCE.

De son côté, M. Haddad tente, sans succès jusque-là,  de combler un embarrassant déficit d’image. La manière dont il avait débarqué l’ancien président du FCE, Rédha Hamiani, pour pousser le patronat à soutenir un très contesté quatrième mandat, avait contribué à ternir davantage une image déjà brouillée, celle d’un nouveau riche qui a fait fortune dans les moments difficiles qua traversés le pays.

Pas de retour sur investissements

Pourtant, l’homme a investi pour son image. Il possède une chaine de télévisions, deux journaux, un grand club de football de la capitale, l’USMA. M. Haddad n’a toutefois jamais réussi à gérer sereinement tout ce monde. A l’USMA, il avait poussé vers la sortie et de manière peu élégante l’ancien président, qui lui avait pourtant ouvert les portes du club, pour y installer son propre frère. A Dzaïr TV, il avait agi de même avec les animateurs vedettes de la chaine, comme Abdellah Benadouda et Khaled Drareni, très critiques contre le quatrième mandat. Ils ont tous deux quitté la chaine lorsque la censure s’était brutalement abattue sur eux, à la veille de la présidentielle d’avril 2014.

Mais M. Haddad persiste. Dans une nouvelle opération de charme,  il a annoncé cette semaine que le FCE va lancer des cycles de formation au profit des journalistes, le jour même où la création d’un prix national du journalisme était annoncée par le gouvernement. Il a également déclaré que le patronat va organiser des journées thématiques sur les relations entre la presse et l’entreprise. Au sein même du FCE, il a complété le système médiatique très performant mis en place par son prédécesseur. Mais tout ceci n’a pas encore donné résultats. Pour le moment, du moins.

Sous Bouteflika, impunité pour les stars de la corruption

Les grandes stars boudent les grands procès. Chakib Khelil, Amar Ghoul, Mohamed Bejdaoui, Pierre Falcone sont absents.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 avril 2015)

C’est un roman à succès. Une histoire palpitante, où on trouve des hommes de pouvoir et d’argent, des espions, des voleurs, des hommes de loi convertis en ripoux, des escrocs achetant des complicités dans la haute hiérarchie du pouvoir, des gros bonnets parlant de millions de dollars et des lampistes sacrifiés sans savoir ce qui leur arrive ; Il y a aussi des hommes puissants, dont l’ombre plane sur le procès, et d’autres, que tout accuse, mais qui ont réussi à échapper aux mailles du filet ; il y a les hommes jetés en pâture, et ceux dont on hésite à prononcer le nom ; il y a aussi, en toile de fond, des luttes de pouvoir, qui donnent une curieuse impression que tout cela est à la lisière entre vérité et fiction ; il y a des sommes énormes versées sur des comptes numérotés, ouverts dans des banques off-shore ou dans des paradis fiscaux, ainsi que des habitations somptueuses offertes en cadeau pour services rendus, avec une intrusion de stars du raï qui font une entrée impromptue dans ce décor ; il y a même la mystérieuse maitresse chinoise d’un des accusés, sans qu’on sache s’il s’agissait d’une espionne, d’une femme de plaisir, ou d’une personne imaginaire introduite juste pour donner du piment à l’histoire.

Le procès de l’affaire de l’autoroute est-ouest est un immense révélateur de ce que fut l’Algérie de Bouteflika. C’est avec ce personnel politique, ces dirigeants, ces gestionnaires et ces hommes qui manipulent tant d’argent et de pouvoir sans jamais avoir de comptes à rendre à personne, c’est donc avec cette faune que l’Algérie est entrée dans le 21ème siècle. Une entrée à reculons dans le monde moderne, avec un président absent, un premier ministre qui se rend en Chine lorsque commence un procès qui ébranle le pays, et des ministres jamais au courant de ce qui se passe dans leur ministère.

Non-dits

Dans ce procès, il y a aussi les non-dits, qui pèsent lourdement sur le déroulement des audiences. Avec notamment la double présence du DRS, qui assume à la fois le rôle du bon et celui du méchant. Le DRS endosse le rôle du sauveur, quand est mis en avant le fait que l’enquête initiale a été menée par des officiers du DRS. Mais ils ont aussi le rôle du méchant, avec cette arrestation et la mise au secret du principal accusé, littéralement séquestré pendant trois semaines, subissant les pires humiliations, en dehors de toute légalité, selon ses aveux. L’arrestation a été menée par des hommes qui ne se sentent pas liés par les procédures légales. Seules leurs propres méthodes ont cours. Les avocats ont beau protester, les ligues des Droits de l’Homme ont beau dénoncer, rien n’y fait.

L’action des officiers du DRS a lieu dans cette zone grise, para-légale, dans laquelle se mouvait le fameux colonel Khaled. Celui-ci révèle à lui seul une large part ce qu’était devenu le système algérien durant de longues années. Etre colonel du DRS représentait un vrai pouvoir, qui pouvait devenir informel. Souvent exercé, rarement assumé. Cela permet d’ouvrir les portes, d’avoir ses entrées chez le wali, chez le juge, chez le ministre ou le banquier, chez tous ceux qui distribuent les privilèges, en agissant toujours dans l’ombre, sans porter le poids de la responsabilité.

Que fait un colonel du DRS au ministère de la justice? « Il conseille, mais quand le terrain est favorable, il y prend le pouvoir », commente un ancien ministre. On sait que l’homme du DRS est là, que son pouvoir est immense. Utilise-t-il son pouvoir pour protéger le ministère, pour gérer le ministère, ou pour mener ses petites affaires? Toute l’ambiguïté est là.

Les mêmes mécanismes

Faut-il pour autant tout mettre sur le dos du DRS ? Au ministère de l’Energie, les choses fonctionnaient autrement, comme l’a révélé l’affaire Sonatrach. Il y avait un homme, au siège de la compagnie, qui représentait un pouvoir aussi réel qu’informel. Rédha Hemche était le vrai patron de Sonatrach. Il travaillait pour le compte de Chakib Khelil, et le PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane, n’avait aucune autorité sur lui.

Dans ce type d’engrenage, l’identité de la personne compte peu. C’est le mécanisme qui prime. Et au final, on retrouve la même. C’est le transfert du pouvoir en dehors des institutions légales qui est à l’origine de la dérive.

Pour l’opinion publique, la question demeure ouverte : est-il possible de parler de procès sans la présence de MM. Amar Ghoul, Mohamed Bedjaoui, Chakib Khelil, et tous les hauts responsables qui ont participé à la fameuse réunion avec le célèbre Pierre Falcone, un marchand d’armes navigant entre services secrets français, angolais, israéliens et autres ? La simple présence de cet homme est, en soi, suffisante pour justifier la présence du DRS dans le dossier.

Mais le colonel Khaled était trop occupé pour surveiller ou arrêter Pierre Falcone. Il accompagnait Chani dans ses déplacements auprès de différents ministères, pour trouver des appuis en faveur de ses bienfaiteurs chinois.

Produire des mots et consommer des slogans

« Consommons algérien ». La formule est belle, mais elle est vide de sens, car les mécanismes économiques, organisés autour de la rente, favorisent d’abord l’importation.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 28 avril 2015)

Le gouvernement algérien confond incantation et politique économique, comme il confond dépenses et investissements. Il a encore montré, dimanche dernier, lors du lancement d’une campagne « Consommons algérien », qu’il considère un show médiatique auquel participent ses clients traditionnels comme une initiative pouvant sauver l’économie du pays.

Après avoir agi pendant quinze ans sur la rente et la redistribution comme principaux leviers de l’action économique et sociale, le gouvernement a brusquement découvert les vertus de la production. Un commerce extérieur dépendant exclusivement des recettes des hydrocarbures est devenu inquiétant lorsque le prix du pétrole a chuté de moitié. M. Amara Benyounès, ministre du commerce, affirme désormais qu’une telle situation « est inacceptable ». Il est temps d’envisager de créer une activité industrielle », dit-il.

Le président Abdelaziz Bouteflika avait fait le même constat amer il y a sept ans. Au cours d’une fameuse conférence avec les walis, il avait reconnu que le pays avait échoué à mettre en place une économie solide. Depuis, les choses ne se sont guère améliorées. Elles ont même empiré, les Algériens ayant acquis un niveau de consommation sur lequel il sera difficile de rogner alors que la croissance économique dépassait difficilement la croissance démographique.

Et que fait le gouvernement pour inverser la tendance ? Des discours. « Il faut que l’entreprise algérienne arrive à gagner la bataille de la compétitivité pour préserver ses parts de marché et faire face à la rude concurrence des produits importés », déclare M. Amara Benyounes. Il appelle les chefs d’entreprises à améliorer la compétitivité et les performances de leurs entreprises, et à combler les retards enregistrés en matière technologique et managériale ». Et dans la foulée, il promet des mesures pour « encourager les entreprises productives » dans la loi de finances complémentaire.

Surenchère verbale

Le ministre de l’industrie, M. Abdessalam Bouchouareb, renchérit sur le même tempo. « Une de nos priorités est de conforter la production nationale par le soutien à l’entreprise nationale productive », dit-il, affirmant que celle-ci peut « concurrencer avantageusement les importations et s’y substituer ». Lui aussi ne se prive pas de critique. « Il est inacceptable d’importer des produits de large consommation alors que le pays possède une base industrielle qui peut satisfaire le marché national », dit-il.

L’inévitable Abdelmaddjid Sidi-Saïd surenchérit. Il a présenté neuf propositions pour « promouvoir la production nationale ». Cela permettrait d’économiser dix milliards de dollars dans les seuls secteurs de l’électroménager et l’agro-alimentaire, selon lui. Il veut aussi interdire aux étrangers d’exercer dans l’importation, et avance des chiffres à l’emporte-pièce. Comme tous les participants à ce show, il n’est tenu par aucune exigence de présenter des comptes.

Tous ces discours ont été déjà entendus. Des mesures ont été annoncées. Elles n’ont eu aucun effet. Pour une raison simple : l’économie algérienne est structurellement organisée pour favoriser les importations et empêcher le décollage économique. Cela concerne l’ensemble de la chaine, où tout est lié. Et ce sont les gouvernements successifs de M. Bouteflika qui ont mis en place ce dispositif. C’est sous M. Bouteflika qu’ont été signés l’accord d’association avec l’Union européenne et l’accord de libre-échange au sein de la zone arabe (ZALE). Comment prétendre relancer l’économie quand on met des artisans algériens en compétition avec des mastodontes européens, sans protection douanière?

En fait, pour de multiples raisons, le gouvernement est condamné à des mesures parcellaires, sans impact réel. Il ne peut s’attaquer aux grands facteurs de blocage de l’économie algérienne. D’abord, parce que son diagnostic n’est pas bon. Il pense régler la question économique sans toucher à la question politique, alors qu’un fonctionnement optimum de l’économie exige des institutions stables et crédibles, et des règles transparentes.

Le préalable politique

Moderniser l’économie risque de remettre en cause l’existence même du pouvoir, car une économie moderne est forcément transparente, avec une traçabilité des transactions et des biens. Or, les groupes qui composent le pouvoir algérien sont intéressés par les transferts massifs d’argent, non par le développement de la production. Des dirigeants soucieux de commissions, d’évasion de capitaux et de placements à l’étranger, ne peuvent prendre des mesures susceptibles de mettre en danger un système qui leur garantit tout cela. L’affaire de l’autoroute est-ouest l’a clairement montré : nombre de membres du gouvernement devraient se trouver, aujourd’hui, au palais de justice, comme accusés ou au moins comme témoins. Ils ne le sont pas parce que le système en place les met au-dessus de la loi.

Ce volet politique n’étant pas réglé, il est impossible de trouver des solutions au volet strictement économique. Et là, quand bien même le gouvernement voudrait s’y atteler, il n’a pas la compétence technique nécessaire pour concevoir et mettre à exécution un plan pouvant relancer la production nationale.

Un tel projet contient de multiples facettes. Cela va de la parité du dinar, au choix des filières, à la souplesse de l’investissement et au partenariat, en passant par le rétablissement de standards proches de ce qui se fait à l’international. Il faudrait une démarche d’ensemble, menée de manière cohérente. Ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle : comment lancer un partenariat avec une entreprise étrangère quand les délais pour obtenir un visa sont de plusieurs mois? Comment inciter un entrepreneur à produire quand l’importation est nettement plus aisée et plus rentable. Comment prétendre lancer une industrie compétitive quand la parité du dinar incite ouvertement à acheter à l’étranger? Comment dire qu’un produit est compétitif quand il est produit avec du gaz subventionné, de l’électricité subventionnée, du carburant subventionné et une partie de la main d’œuvre payée au noir?

Tout ceci doit être mis à niveau. Autrement, l’Algérie continuera à produire des mots. Et la seule industrie de transformation viable sera celle qui consiste à transformer les mots en slogans.

Quand la France sera un pays civilisé !

Repentance, excuses : c’est un faux débat. Quand la France sera un pays civilisé, porteur de valeurs humanistes, elle réalisera ce que fut le système colonial. Elle adoptera alors, et d’elle-même, l’attitude adéquate.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 avril 2015)

Le gouvernement français a accompli un petit geste « mémoriel » dans ses relations avec l’Algérie. A la veille de la commémoration des massacres du 8 mai 1945, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, a effectué une visite en Algérie, et s’est rendu à Sétif où il a rendu homme aux victimes algériennes. Cette attitude tranche un peu avec celle adoptée jusque-là côté français, et qui était faite d’un double refus : ni excuses, ni repentance, même si les dirigeants français reconnaissaient l’horreur du système colonial.

La démarche française est jugée insuffisante côté algérien, particulièrement dans certains cercles spécialisés dans la surenchère, qui exigeaient une repentance et des excuses de la part de la France, et la criminalisation du colonialisme, éventuellement par le biais d’une loi. Un groupe de députés a d’ailleurs déposé une proposition de loi, ensuite abandonné, sur la condamnation du système colonial.

Côté français, on répondait invariablement à ce type d’incantation par un discours similaire, très rodé. La tragédie coloniale devenait « une histoire commune » ou « un passé très dense ». La presse française voyait systématiquement dans l’évocation de la repentance une manœuvre politique destinée à obtenir quelque chose de la partie française ou mobiliser l’opinion interne en période difficile. Au pire, on mettait en cause des « caciques » accrochés au passé et incapables de se tourner vers l’avenir. Avec le temps, une sorte de langue bois, avec une mécanique bien rôdée, s’était mise en place des deux côtés. Des amabilités étaient échangées à intervalles réguliers, particulièrement dans les moments de tension.

« Les bienfaits de la colonisation »

Cette langue de bois n’est pas l’apanage des Algériens. Les Français aussi y excellent. Cette semaine encore, la visite du secrétaire d’Etat français a été accompagnée de commentaires acides de la part de l’opposition française. Sans même parler de l’extrême droite, dont l’attitude ne mérite même pas d’être évoquée, la droite dite républicaine s’est montrée assez haineuse pour que cela mérite d’être signalé. Laurent Wauquiez, patron du principal parti de droite, l’UMP, a reproché au gouvernement français gauche de faire des concessions inutiles sur le terrain de la mémoire. « Aujourd’hui, je trouve qu’on a trop basculé dans un seul sens, il n’y a plus de fierté de notre histoire », a déclaré M. Wauquiez. « On est le seul pays à passer notre temps à nous excuser de notre histoire », a-t-il ajouté, déplorant ce qu’il considère comme une « repentance à sens unique». Comme s’il invitait les Algériens à se repentir. Se repentir de s’être libérés?

La déclaration de M. Wauquiez est dans le même ton que la fameuse loi du 23 février, dans laquelle le parlement français saluait « l’œuvre civilisatrice » de la colonisation française. Alors que les relations algéro-françaises semblaient s’orienter vers un apaisement, ce texte avait révélé une France officielle aussi stupide qu’archaïque. Il a aussi montré que la classe politique française n’hésitait pas à manipuler des sujets brûlants pour de sordides jeux internes.

Immuniser le pays

Pour l’Algérie, la blessure restait béante. Et la question est toujours posée : quelle attitude adopter sur ces questions? Sur la repentance comme sur la criminalisation de la colonisation, ce qui se fait ou se dit en Algérie semble hors de propos. Non parce que la colonisation ne serait pas un crime. C’est même, avec l’esclavage, l’un des grands crimes contre l’humanité non encore reconnu, ni réparé. La colonisation a coûté à l’Algérie plusieurs millions de vies humaines. Pour se débarrasser du système colonial, il a fallu sacrifier un million d’autres vies. Y a-t-il besoin de faire une loi pour qualifier cela de crime? Le défi n’est donc pas d’imposer à la France une quelconque repentance ou d’exiger d’elle des excuses. Si le peuple d’une ancienne puissance coloniale continue de considérer que la colonisation est une œuvre positive, tant pis pour lui. Ça montre l’état de la pensée politique dans le pays en question.

La repentance est, quant à elle, une conviction intime. Une sorte de foi. Celui qui arrive à la conviction qu’il a commis un crime, qu’il a mal agi, qu’il a causé des torts immenses aux autres, peut avoir des regrets, et demander pardon à ses victimes. Ce n’est visiblement pas le cas de la France. Là, il s’agit clairement d’un problème français, non d’un problème de l’Algérie. Comment en effet, au 21ème siècle, peut-on encore considérer que « l’œuvre » de Bugeaud, Pélissier, Saint-Arnaud, Massu, Naegelen, Aussarès, comment peut-on encore considérer que le 8 mai 1945 et le 17 octobre 1961 ne sont pas des crimes? Comment ne pas reconnaitre comme des crimes le fait de priver un peuple de sa liberté, de le spolier de son pays et de ses biens, et de détruire ses structures économiques et sociales ?

Faux débat

Il n’y a donc pas à demander à la France de présenter des excuses, ni de lui demander de faire preuve d’une quelconque repentance. C’est un faux débat. Quand la France, de droite ou de gauche, sera un pays civilisé, porteur de valeurs humanistes universelles, elle réalisera ce que fut le système colonial. Elle fera alors les gestes nécessaires, et adoptera d’elle-même l’attitude adéquate.

Pour l’Algérie, ce qui est important, c’est de rétablir les valeurs qui ont permis de détruire le système colonial. Cela inclut beaucoup de choses : immuniser le pays contre tout risque de type colonial, mettre la mémoire du pays à l’abri de tout marchandage, et élaborer une démarche nationale sur la question. Ceci exige des préalables, impossibles à réaliser aujourd’hui. Comment  immuniser un pays quand ses dirigeants confient leur santé à l’ancienne puissance coloniale, y installent leurs enfants et y placent leur argent?

L’impossible décollage de l’économie algérienne

Le FMI revoit à la baisse ses prévisions pour l’économie algérienne en 2015. Il confirme que le modèle actuel empêche la relance.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 21 avril 2015)

Tout ça pour ça ! Malgré tous les budgets d’équipement et les investissements consentis, l’Algérie ne réalisera qu’une croissance de 2.5 % en 2015, selon les prévisions du FMI. En révisant ses prévisions antérieures, qui prévoyaient initialement une croissance  de 4%, le FMI confirme que l’économie algérienne est structurellement incapable de donner de bons résultats, malgré les atouts qu’elle détient, les investissements énormes engloutis depuis une décennie, et le discours rassurant sur une volonté de diversifier l’économie algérienne. Les budgets faramineux consacrés au développement apparaissent dès lors comme un simple alignement de dépenses, plutôt que des projets cohérents et réfléchis destinés à restaurer la vitalité de l’économie. Ce qui explique cette faiblesse de la croissance, alors que le gouvernement avait décidé de mettre sur la table 285 milliards de dollars pendant le quinquennat 2010-2014, et de poursuivre cet effort avec 262 milliards de dollars sur le quinquennal 2015-2019.

Ces prévisions sont en nette baisse par rapport au résultat moyen réalisé en 2014, lorsque l’économie avait connu une croissance de 4.1%. Pourtant, les spécialistes de l’économie, parmi lesquels les experts du FMI, sont formels : l’économie algérienne a les atouts nécessaires pour faire au moins 8% de croissance, voire aller à une croissance à deux chiffres. Elle réunit les principaux ingrédients : financement, besoins de l’économie, taille critique du marché pour le lancement de certains projets, etc.

Mais les pesanteurs sont là. Elles sont rappelées à chaque revue réalisée avec le FMI. Lenteurs, bureaucratie, manque de souplesse, rigidité, manque de visibilité, instabilité juridique, faiblesse institutionnelle, corruption, etc. A chaque visite d’une délégation du FMI, le gouvernement promet de s’y attaquer, et rédige une note qui reçoit l’aval des « partenaires sociaux » lors de la tripartite qui suit. Tout ceci reste cependant sans résultat.

Faire un bon diagnostic

Cette fois-ci, la situation est aggravée la chute brutale des prix des hydrocarbures, qui « exacerbe les facteurs de vulnérabilité budgétaires et extérieurs auxquels est actuellement confrontée l’économie » algérienne, selon le FMI. L’institution internationale prévoit en effet un solde extérieur déficitaire de 28 milliards de dollars, ce qui représenterait plus de 15% du PIB. Quant au budget de l’Etat, il devrait atteindre un déficit d’une ampleur inégalée. Un expert financier, Rachid Sekkak, prévoit ainsi que le Fond de régulation des recettes pourrait être asséché en deux ans. Le gouvernement a commencé à y puiser en 2014, pour près de 15 milliards de dollars.

Tous les indicateurs économiques sont d’ailleurs orientés vers le rouge. Baisse des recettes, déficit budgétaire et celui de la balance commerciale, chômage qui devrait repasser au-dessus de dix pour cent, inflation à 4% : les mauvaises nouvelles volent en escadrille, selon une formule consacrée. Ce qui n’empêche pas le premier ministre Abdelmalek Sellal d’annoncer un taux de croissance de sept pour cent, pour faire de l’Algérie un pays émergent à la fin de la décennie. Mais quel crédit accorder à un gouvernement qui vise 7% alors qu’il fait trois fois moins?

Pour l’Algérie, c’est l’incapacité structurelle de l’économie algérienne à faire des résultats qui inquiète, bien plus que la baisse des recettes en devises. Le problème n’est pas dans la baisse des recettes, il est dans le mauvais mode de gestion. Pendant de longues années, en effet, le pays dégageait un excédent commercial significatif, malgré l’explosion de la consommation, les gaspillages et la corruption. Les réserves du pays ont même frôlé les 200 milliards de dollars. Cela n’a pas pour autant permis de mettre sur pied une économie performante, capable de satisfaire une partie significative de la demande. L’explosion de la demande interne, favorisée par la hausse des salaires, a été satisfaite essentiellement par les importations, multipliées par trois en cinq ans. Ce sont les exportateurs traditionnels vers l’Algérie qui en ont tiré profit, réussissant à attirer près de 200 milliards de dollars durant les seules quatre dernière années.

 Nouvelle demande

Dans l’intervalle, l’Algérie s’est créée de nouveaux problèmes. Le pays est entré dans un cycle de consommation dont il sera difficile de sortir. Les attentes de la société ont connu une forte hausse, alors que le pays ne s’est pas doté des outils nécessaires pour y répondre. L’industrie représente moins de 5% du PIB. Certains services, comme la santé, fonctionnent très mal.

A tous ces handicaps, s’ajoute donc un mode de gouvernance désuet, qui constitue aujourd’hui le principal nœud qui freine la machine économique. Les institutions algériennes sont totalement sclérosées, et ne peuvent plus offrir des issues à l’économie. Plus on met d’argent, plus les problèmes deviennent insolubles, notamment à cause de la volonté des lobbies internes et externes de s’accaparer la rente générée par les hydrocarbures.

Le calcul est simple. « L’Algérie importera entre 500 et 1.000 milliards de dollars sur les dix prochaines années, selon l’évolution du prix du pétrole et la quantité d’hydrocarbures exportées », estime un économiste algérien. « Elle ne maitrise ni le prix, ni les marchés. Mais ses partenaires se préparent déjà à capter cette somme, qui sera intégralement réexportée pour satisfaire la demande interne », souligne-t-il.

Avec son niveau d’investissements, l’Algérie devrait doubler son PIB tous les dix ans, avec une croissance annuelle entre sept et huit pour cent. Mais avec des résultats situés entre deux et quatre pour cent sur les cinq dernières années, la croissance dépasse à peine le taux de croissance démographique.

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