De Malek Bennabi à Cheïkh Chemseddine, l’Algérie patauge

Le gaz de schiste, un danger pour l’environnement, ou un thème piégé dans lequel s’enferme l’opposition ?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 26 février 2015)

Le président Abdelaziz Bouteflika a dit, à l’occasion du 24 février, que le gaz de schiste est un don de Dieu. Abdelmalek Sellal a affirmé que l’Algérie est déstabilisée à partir du sud après avoir été attaquée par le nord. Abdelmadjid Sidi Saïd a promis que les travailleurs seront vigilants pour garantir la stabilité du pays. Sur un autre registre, l’opposition a tenté d’organiser des manifestations, qui ont été tout naturellement interdites et partiellement réprimées par les autorités. C’est là le résumé d’un 24 février somme toute banal, sans aspérité. Le pays n’a fait preuve d’aucune innovation. Aucun acteur politique ou économique n’a trouvé une idée réellement originale pour mobiliser les foules ou engager le pays dans une voie innovante.

Peut-on reprocher au pouvoir de stagner, de manquer d’imagination? Assurément non. C’est sa nature, sa marque de fabrique. Ce serait reprocher au désert d’être aride, ou reprocher à l’été d’amener de la chaleur à Aïn-Defla. La principale arme du pouvoir, c’est la force d’inertie. Peut-on lui reprocher de de réprimer, d’interdire, alors que c’est ce qu’il sait faire le mieux? Il devient même superflu de noter que M. Sellal accuse ceux qui s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste de vouloir déstabiliser le pays. C’est la langue de bois traditionnelle en de pareilles circonstances. Celui qui est au pouvoir accuse naturellement ses adversaires de vouloir déstabiliser le pays.

C’est donc du côté de l’opposition que les regards se tournent aujourd’hui. C’est de là qu’on attend de l’innovation, des idées originales, des initiatives osées, avec des méthodes et des forces d’organisation innovantes. En cette période où le pouvoir s’est installé dans un dogme unique, ne rien changer qui puisse perturber l’ordre établi, l’opposition a la lourde charge de tenter de faire bouger les lignes, de trouver des failles pour faire avancer le pays, de tenter de préparer le terrain à quelque chose de différent.

Reflux

Et là, force est de constater que les choses n’avancent guère. Il y a stagnation, peut-être même régression, si on prend comme point de repère la déclaration de Zéralda de l’été dernier. Ce texte de haute tenue, auquel différents courants d’opposition étaient parvenus après de longues tractations, semblait consacrer une évolution majeure de l’opposition, pour l’engager dans une nouvelle étape. Partis et personnalités semblaient prêts à mettre de côté de qui est secondaire, pour aller à l’essentiel. Il y avait une recherche de convergences, pour définir un socle politique commun, basé sur des règles démocratiques, le respect des libertés et des Droits de l’Homme, en privilégiant l’action commune et pacifique en vue d’aller à un changement de système. L’évènement fut salué comme une sorte d’acte fondateur de l’opposition. Il a suscité de grands espoirs, notamment pour que l’opposition avance encore, et puisse constituer une force capable d’imposer au pouvoir d’aller à la table des négociations.

Huit mois plus tard, l’opposition organise une grande démonstration de force…. contre l’exploitation du gaz de schiste! Une bien curieuse manière de revenir jouer en troisième division après avoir frôlé les sommets. Après avoir débattu de mécanismes démocratiques, de changement de modèle, d’institutions de transition, de négociations et de rapports de forces, l’opposition est descendue de plusieurs crans pour parler de risques de pollution et de gaz de schiste. Elle est passée de Malek Ennabi à Cheïkh Chemseddine, de Voltaire à Boukrouk, de Oum Kalsoum à Cheb Bilal.

Emergence d’une alternative

Cette tendance, dominante en Algérie, à tout tirer vers le bas est inquiétante. Elle a grignoté la périphérie du pouvoir, l’administration, les partis satellites ; elle menace désormais l’opposition. Car après la rencontre de Zéralda, l’opposition était supposée innover, trouver de nouveaux mécanismes, de nouvelles méthodes, pour s’imposer comme une alternative naturelle et inéluctable au pouvoir. Avec l’initiative du FFS qui patine, et ce 24 février qui dénote une régression sensible dans les idées comme dans le mode opératoire, il est évident que l’évolution n’est pas très encourageante.

Ce qui amène à se poser des questions. La plateforme de Zéralda était-elle le signe d’un mûrissement de l’opposition, ou un simple soubresaut consécutif au choc du 17 avril ? Etait-ce une réaction saine, face à un pouvoir qui touchait le fond, une réaction appelée à trouver des prolongements en matière d’idées et d’organisation, ou était-ce une velléité sans lendemain ? Etait-elle un point de départ pour aller plus loin, ou bien était-ce un sommet auquel parvenait l’opposition, et qui ne pouvait dès lors que revenir à son niveau réel, c’est-à-dire celui d’un faire-valoir dont se sert le pouvoir pour dire que le pluralisme existe en Algérie?

L’opposition chante en chœur que le pouvoir a échoué. Mais l’indigence du pouvoir a-t-elle déteint sur l’opposition? Ce serait très inquiétant, même si la responsabilité première en incombe d’abord au pouvoir. Car même si on en arrive à dire que l’opposition n’a pas acquis l’épaisseur nécessaire pour s’imposer, c’est le pouvoir qui porte le chapeau : non seulement il échoue, mais en plus, il empêche l’émergence d’une alternative qui peut prendre le relais ou compenser son indigence.

Derrière chaque Saadani, un général

Comme au poker, il faudra payer pour voir si l’appel du FFS a eu un impact politique.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 19 février 2015)

Le FFS s’est heurté à un mur. Son initiative visant à organiser une conférence du consensus national a débouché sur une impasse. Ni le pouvoir, ni l’opposition, n’ont manifesté un quelconque enthousiasme envers une initiative aussi osée que complexe, ce qui a contraint le vieux parti à décider le report de la conférence. Un report qui sonne comme un aveu d’échec, et que la plupart des analystes considèrent comme une formule enrobée pour reconnaitre l’inefficacité de la démarche, avec un probable abandon, dans la discrétion, de l’idée même de conférence. A moins que le FFS ne fasse preuve d’une opiniâtreté insoupçonnée, et ne décide de s’accrocher à son initiative, du moins tant que la situation n’a pas suffisamment évolué pour qu’une nouvelle donne soit possible.

Mais que signifie, en fait, cet échec d’étape du FFS? Pour le FFS lui-même, cette initiative consacre une évolution politique significative. Ce parti ne prétend plus imposer sa vision traditionnelle, celle qui voulait littéralement amener le pouvoir à une sorte de reddition en rase campagne, pour mettre le compteur à zéro et repartir par la constituante. Désormais, le FFS admet qu’il est nécessaire de faire avec ce qui existe, pour réaliser ce qui est possible, l’important étant d’aller dans la bonne direction. C’est plus réaliste que de bâtir un schéma utopique et refuser tout ce qui n’est pas intégralement démocrate. D’autant plus que c’est le pouvoir, assis sur un puissant appareil militaire et sécuritaire, et sur une importante manne financière, qui bat les cartes et fixe les agendas. Attaquer frontalement ce pouvoir ne rime à rien. Vouloir l’abattre par la force est un choix condamné à l’échec. Par la rue, c’est dangereux, ceci en admettant que la rue accepte de suivre les opposants. C’est de la résignation, disent ses adversaires. C’est du réalisme, dit le FFS, qui sait qu’il a peu d’atouts. Il compte en effet plus sur la cohérence de ses idées démocratique et le poids moral de M. Aït-Ahmed que sur sa capacité de mobilisation, celle-ci s’étant largement érodée au fil des années, comme pour tous les autres partis, d’ailleurs.

Aborder les problèmes autrement

Le FFS a aussi contribué à faire avancer une autre vision. Il veut se situer en dehors de l’agenda institutionnel, ou celui du pouvoir. Il ne met pas en tête de ses préoccupations la légitimité du président Abdelaziz Bouteflika et celles des assemblées élues. Cette question sera résolue par le temps. Il est inutile d’en faire une fixation. Par contre, il insiste sur le contenu de l’après-Bouteflika : qui va gérer le pays pendant les quinze prochaines années? Selon quelles méthodes? Avec quel consensus? Au profit de qui? Dans quel environnement régional et international?

En posant ces questions, le FFS tente aussi d’amener le pouvoir à trancher la question qui a provoqué une crise il y a un an. A la veille de la présidentielle d’avril 2014, les différentes factions du pouvoir n’avaient pas réussi à s’entendre sur le successeur de M. Bouteflika. Celui-ci en a profité pour passer en force, pour un mandat de trop, un mandat parfaitement inutile. Mais puisque le pays est en plein dans ce mandat, autant en tirer profit pour préparer l’avenir, et ne pas être pris de court lorsqu’une nouvelle échéance se présentera.

Mais dans un pays qui a appris à réfléchir sur des bases très étroites -qui va accéder à la présidence, comment l’aider ou l’en empêcher pour garantir la présence de son propre clan ?-, la démarche du FFS a été boudée, ou carrément rejetée par différents acteurs politiques. Elle révèle, en ce sens, plus sur la nature des autres acteurs que sur le FFS lui-même.

La CNLTD a réagi de manière très négative avec l’initiative du FFS. Parfois à cause d’une compréhension totale : chez les courtisans, on considère que tout rival veut devenir courtisan ; parfois par prétention, comme cette déclaration selon laquelle la CNLTD « veut aider le pouvoir à partir, alors le FFS veut l’aider à se maintenir » ; parfois par dépit, comme l’a clairement exprimé Abderrezak Mokri, qui a dit qu’il ne voulait pas laisser le terrain libre au FFS, dans le cas bien improbable où une conférence se tiendrait effectivement.

Quel impact ?

Mais au-delà de ces aspects anecdotiques, l’initiative du FFS a révélé l’attitude très ambigüe du pouvoir, telle que formulée par ceux qui s’expriment en son nom. L’équipe autour du président Bouteflika a montré ses priorités. Le FLN et le RND ont, dans un premier temps, fait preuve d’un intérêt poli. Ils ne savaient pas exactement ce que voulait le FFS. Ils se sont contentés de fixer le carré de leur propre compétence : on ne touche pas au président Bouteflika, et pour le reste, on verra si on peut, ou plutôt si on sera autorisé à en discuter.

De la part de partis qui constituent un prolongement naturel du pouvoir, il était impossible d’attendre autre chose. La seule gymnastique pour eux consistait à tenter de garder les faveurs d’un pouvoir en place, sans trop s’aliéner un nouveau centre de pouvoir qui peut émerger à tout moment.

Le FFS reste donc dans l’expectative en ce qui concerne le volet le plus important de son initiative : quel est l’impact de son initiative auprès de ceux qui vont prendre les décisions centrales liées à la succession de M. Bouteflika, et de ceux qui auront à gérer les affaires du pays durant les deux prochaines décennies? Le message est-il parvenu à ces cercles ? A-t-il un impact ? A-t-il provoqué un début de réflexion?

Pour l’heure, il n’y a pas d’indication précise, ni dans un sens ni dans l’autre. Seules quelques certitudes émergent : le pays a besoin d’un sérieux rééquilibrage. Il ne peut être géré ni par les équipes autour de Saïd Bouteflika et Ali Haddad, ni avec les mêmes méthodes, ni avec les mêmes équilibres. Face à une menace externe de plus en plus pesante- un Daesch à l’est, Al-Qaïda au sud et une frontière fermée à l’ouest-, et un danger interne enxcore plus menaçant- scandales de corruption à répétition qui minent littéralement les institutions-, il est difficile d’envisager que l’appel du FFS n’ait pas trouvé d’écho. A moins qu’on ne se trompe complètement sur le pays et ses capacités.

L’Algérie revient à la théorie du crash

A défaut d’anticiper les changements, l’Algérie attend les crises pour prendre les grandes décisions. C’est le triomphe de la théorie du crash, la négation même de la politique.

Abed Charef (jeudi 12 février 2015 dans le Quotidien d’Oran)

Nabni a été battu à plate couture, écrasé. Le think-tank avait médiatisé l’image d’une Algérie ressemblant à un Titanic se dirigeant droit sur un iceberg, et appelé à changer de cap avant qu’il ne soit trop tard. Tel un mastodonte, le pays est difficile à manœuvrer. Il faut donc entamer les manœuvres bien avant d’aborder l’iceberg. Cinq années étaient nécessaires pour permettre au pays de mener les réformes nécessaires et accueillir en douceur une éventuelle baisse des recettes que procurent les hydrocarbures, selon les calculs de Nabni. Sinon, il ne sera pas possible de mener à bien les manœuvres pour éviter la collision.

Non seulement Nabni n’a pas été entendu, mais une nouvelle théorie, radicalement différente, vient de naitre. C’est la théorie du crash. Le concept a été lancé par le ministre des travaux publics Abdelkader Kadi. Mardi dernier, ce dernier a affirmé que seul un « crash insurmontable » pourrait contraindre le pays à changer de cap. Commentant les investissements dans le secteur des travaux publics, et l’éventualité de restrictions à cause de la baisse des revenus du pays en devises, M. Kadi a affirmé que tous les programmes sont maintenus. A en croire M. Kadi, le président Bouteflika a été « clair » concernant les investissements prévus dans le nouveau plan quinquennal. Le chef de l’Etat a décidé de « ne pas toucher le programme » en cours. « Les programmes sont maintenus, sauf crash insurmontable. Là, il faudra revoir nos cartes », a déclaré M Kadi, qui en a profité pour annoncer des investissements de plus de 50 milliards de dollars pour les seules routes durant le prochain quinquennat, soit l’équivalant au PIB d la Tunisie !

Changer ? Pourquoi faire ?

La formule de M. Kadi résume bien la manière dont le pouvoir conçoit la gestion du pays. Il n’est pas nécessaire de lancer des réformes, de changer les choses, de se préparer à prendre des virages délicats pour l’avenir. Il n’est même pas utile de vérifier la rentabilité des investissements consentis, de se demander où va l’argent, et si le dollar injecté a un minimum d’effet sur l’économie du pays. Les alertes lancées par les économistes, les mises en garde du FMI et de la Banque mondiale sur le faible impact des investissements, les révélations sur la corruption et les immenses gaspillages laissent le gouvernement de marbre. Pour lui, tout ceci est bien superflu.

Anticiper, prévoir les crises, les contourner, prendre des décisions, parfois douloureuses, pour se prémunir contre les aléas économiques ne fait pas partie non plus des plans du gouvernement, qui se contente de poursuivre sur la voie actuelle, du moins tant que cela est possible. Tant que l’argent est disponible, tant que le pétrole coule et que l’argent continue à se déverser. Seul un crash pourra remettre en cause cette ingénieuse stratégie.

Un crash auquel le pouvoir ne croit pas. On peut rencontrer, au sein du gouvernement ou dans les allées du pouvoir, des hauts responsables qui évoquent une telle éventualité. Mais dans son fonctionnement global, le gouvernement s’interdit une telle éventualité. Personne n’osera évoquer la question avec le président Bouteflika, si tant est que les ministres ont l’occasion de rencontrer et de débattre avec le président de la république.

Avancer par les crises

Du reste, même si le président Bouteflika a pu, dans un moment de rare lucidité, affirmer que la démarche économique du gouvernement a échoué, et que les changements successifs de constitution n’ont pu apporter la bonne formule politique, ceux qui officient au sein du pouvoir sont convaincus, dans l’ensemble, que ce qu’ils font est positif. Et puisque leur action débouche sur des résultats bénéfiques pour le pays, il est inutile de changer de méthode.

Face à une telle impasse, d’où pourrait venir la solution? De In-Salah ? De l’opposition ? Des stades de  foot ? De la rue ? Des casernes ? De partout, sauf du gouvernement, du parlement ou de ce qu’il faut bien appeler les grands partis, ceux qui remportent les élections. La solution attendue ne peut plus venir des institutions, qui se sont progressivement disqualifiées. Qui croit en une solution venant d’un parlement sans pouvoir, qui ne peut censurer le gouvernement, et dont les élus sont convoqués par SMS pour voter un projet de loi dont ils ne connaissent même pas le contenu?

Dans un pays « normal », les institutions apportent des solutions aux problèmes de la société. Elles organisent le débat, favorisent l’émergence des meilleurs choix, et offrent au pays plusieurs alternatives parmi lesquelles les électeurs peuvent choisir. En Algérie, les institutions sont devenues le problème. Leur fonctionnement, en dehors de la loi ou à côté de la loi, dépouille le pays de sa capacité de gérer. Ce qui explique l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Et qui, paradoxalement, valide la théorie du crash : l’Algérie a toujours avancé par des crashs. Le 1er novembre a été une rébellion du CRUA contre l’appareil du PTLA, en 1962, une autre rébellion de l’état-major contre le GPRA, en 1965, un coup d’Etat en bonne et due forme, en octobre 1988, la rébellion de la rue contre l’Etat. Et 2015 ?

Attaque au gaz de schiste contre Makri

Abdereezak Makri mène campagne. Et développe une conception très particulière de l’opposition, qui l’amène à vouloir faire aujourd’hui exactement ce qu’il dénonçait hier.

 Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 5 février 2014)

Abderrezak Makri a rassuré ses partenaires de l’opposition. Non, il n’abandonne pas la CNLTD. Il reste fidèle à la ligne définie lors de la rencontre de l’opposition à Zéralda. Juré, promis. Son parti, le MSP, travaille à consolider les rangs de l’opposition. Rien, dans ce qu’il entreprend, ne va à l’encontre de cette ligne politique.

Mais les assurances de M. Makri ne changent rien. Et du côté du pouvoir, on se frotte discrètement les mains. Les récentes sorties de Mokri, de nouveau tenté par des infidélités envers l’opposition, a de quoi rassurer les cercles autour du président Abdelaziz Bouteflika. Très en verve depuis qu’il a pris le parti, se laissant aller régulièrement dans une surenchère verbale contre le pouvoir et l’opposition, M. Makri voulait se donner l’image d’un dirigeant radical, prêt à aller très loin. Engagé, avec ses alliés de la CNLTD, dans une course à la plus belle formule pour critiquer le pouvoir, il n’a pas hésité à s’attaquer au FFS ni à égratigner des personnalités de l’opposition qui avaient gardé une certaine retenue dans leurs positions les plus récentes.

Mais voilà que M. Makri redécouvre son propre parti, le MSP. Aucune formation politique ne sort pas indemne de deux décennies passés au gouvernement. On ne vit dans la périphérie immédiate du pouvoir sans que ça ne laisse des traces. L’ancien chef du parti Bouguerra Soltani l’a bien dit. Dans des termes à peine voilés, il a menacé de reprendre les rênes du parti si celui-ci ne revenait pas à sa vocation naturelle. En clair, il appelle M. Makri à cesser de faire de l’opposition inutile, à abandonner une ligne de conduite nuisible aux intérêts du parti, et à revenir dans le giron du pouvoir, sans trop insulter l’avenir. Personne ne sait de quoi demain sera fait.

Entrisme et affaires

Bouguerra Soltani est probablement plus en phase que Makri avec l’appareil de son parti. Celui-ci est plutôt porté vers l’entrisme et attiré par les affaires. L’opposition radicale, la confrontation, ne font pas partie des mœurs de la maison. D’ailleurs, au MSP, on piaffe d’impatience. « Ce qui les intéresse le parti, c’est le business halal, pas les dogmes et le radicalisme », affirme un proche du MSP. Les cadres du parti n’oublient pas non plus la période faste. Ils ont fait fortune quand leur formation faisait partie de l’alliance présidentielle. Cette présence avait permis au président Bouteflika de se présenter comme le leader d’une coalition réunissant un « consensus national », avec ce qu’il faut, par commodité, appeler les nationalistes, les démocrates et les islamistes, si tant est que le FLN a gardé quelques souvenirs du nationalisme, et si le RND a un jour croisé les pratiques démocratiques.

Quant à M. Makri, dès qu’il avait paris en main le parti, il avait voulu donner l’image d’un dirigeant qui voulait tourner la page. Mais aujourd’hui, il se trouve contraint de se convertir à la realpolitik. Et comme tous les nouveaux convertis, il a tendance à faire de la surenchère. Il a découvert que la CNLTD n’avait pas la force pour « dégager » le pouvoir. Il abandonne donc l’idée du « grand soir », pour constater qu’il est nécessaire de discuter avec le pouvoir en vue d’organiser une « transition négociée ». « Le principe même d’une transition négociée réside dans le dialogue avec le pouvoir en place », dit-il, ajoutant que « sans le pouvoir, il n’y a nul changement pacifique et dans la sérénité ».

Quand le gaz de schiste sera halal

C’est, curieusement, ce que dit le FFS, qui veut lui aussi organiser une conférence de la transition. Mais M. Makri n’accorde pas au FFS de préjugé favorable. Bien au contraire. Si l’initiative du MSP vise à « rassembler l’opposition », celle du FFS « veut l’effriter », affirme M. Makri, qui finit par lâcher la formule la plus lourde de sens: « on ne veut pas laisser le terrain » au FFS, dit-il dans une déclaration reprise sur son site internet.

Makri est donc vigilant. No pasaran ! Le pouvoir est tout aussi vigilant. Il a des sentinelles installées en première ligne pour veiller sur lui. Le pouvoir est satisfait de contrôler une partie de l’opposition, et celle-ci montre ses muscles, s’affirmant prête à contrer le reste des opposants. Ce qui garantit au pouvoir une année plutôt zen.

Le schéma serait parfait si le pouvoir avait une alternative quelconque à proposer pour pallier à sa propre incurie. En détruisant les relais sociaux et politiques, le pouvoir met l’armée et aux forces de sécurité en première ligne face à la rue, sans intermédiation politique et sociale. La contestation à In-Salah l’a bien montré. Le seul « messager » a été le patron de la police. Et les protestataires ont clairement dit au chef de l’Etat qu’ils n faisaient confiance ni à ses représentants, ni à institutions.

Makri pourrait lui aussi crier victoire, si son propre parti était capable de quoi que ce soit pour sortir le pays de la crise. S’il était capable, parce exemple, de parler aux contestataires de In-Salah, et de défendre, devant eux, l’idée d’exploiter le gaz de schiste. Car si son parti affirme aujourd’hui qu’il rallie les courants hostiles au gaz de schiste, il est utile de rappeler que le MSP faisait parte du gouvernement qui avait lancé les premières études et réalisé les premiers forages pour le gaz de schiste. Et il fera partie, dans quelques années, du gouvernement qui exploitera les hydrocarbures non conventionnels, il n’y a aucune doute là-dessus.

Bloqué dans une zone de non droit, le football algérien reste importateur net

En Algérie, le stade de football est un terrain de non droit. Dans ces conditions, il est impossible à l’équipe nationale d’en tirer profit.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 3 février 2015)

Wilfried Bony, auteur de deux buts de la Côte d’Ivoire contre l’Algérie, a été transféré à Manchester City pour 38.5 millions d’euros. Il y jouera aux côtés de Yaya (Yahia) Touré, un autre monument du football ivoirien, quatre fois ballon d’or africain, patron de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire. Ils côtoient aussi, au sein de l’équipe de Côte d’Ivoire, Kolou Touré, un joueur qui pèse 15 à 20 millions d’euros, et surtout Gervinho, côté entre 20 et 30 millions d’euros. A eux quatre, ces joueurs vaudraient 120 millions d’euros.

Même si on peut objecter que le football n’est pas seulement une affaire de stars et de gros sous, cette côte très élevée des cadres de l’équipe ivoirienne permet d’établir une hiérarchie des équipes africaines. Et de montrer que Wilfried Bony coûterait, à lui seul, le total de l’équipe nationale d’Algérie, quand Yacine Brahimi, le joueur algérien le plus côté sur le marché des transferts, coûterait à peine vingt millions d’euros.

En termes de talent pur, de valeur marchande et de vécu professionnel, l’écart entre les deux équipes est important. Il restait à l’équipe d’Algérie, dans sa confrontation avec la Côte d’Ivoire, de jouer collectif, en espérant que la Côte d’Ivoire serait un amas d’individualités, sans âme et sans cohésion. C’est généralement le cas au Cameroun, au Nigeria, en Côte d’Ivoire, où des stars reconnues n’arrivent pas à cohabiter, chacun essayant de tirer la couverture à soi, pour bien montrer qu’il est le chef. C’est moins le cas au Ghana, où une culture collective très ancrée permet au groupe d’être présent dans les grands rendez-vous. Cette fois-ci, pour le malheur des Algériens, les Ivoiriens ont joué collectif. Ils ont imposé leur jeu et leur puissance. Et ils ont gagné. Sportivement, le reconnaissent les Algériens.

Division internationale du sport

L’avantage des Ivoiriens ne s’arrête pas. Leur football, comme celui des pays subsahariens de manière générale, est mieux intégré dans le circuit mondial. Cameroun, Côte d’Ivoire et Nigeria, par exemple, placent des dizaines de footballeurs dans différents championnats européens, en acceptant clairement de s’intégrer dans une division internationale du travail qui fait que le marché africain du sport, de l’art, de la littérature, ou du cinéma, ne peut prendre en charge un sportif ou un artiste de grande envergure. Les footballeurs africains, pas chers, peuplent ainsi de larges pas du sport européen, et ceux qui émergent parmi eux forment naturellement l’ossature de leurs équipes nationales respectives. L’Algérie, de son côté, réussit à peine à placer quelques rares joueurs de haut niveau.

Autre différence de fond : ces pays subsahariens envoient des footballeurs formés chez eux dans les championnats européens, alors que l’Algérie n’y arrive pas, ou péniblement. Actuellement, il y a Soudani en Croatie, Slimani au Portugal, et d’autres dans des championnats mineurs. Le capitaine d’équipe Madjid Bouguerra a été contraint de s’exiler au Qatar. Les autres footballeurs algériens évoluant en Europe sont en fait des produits du championnat de France, non des joueurs formés en Algérie et qui se sont imposés grâce à une qualité reconnue. Ce sont eux qui constituent l’équipe nationale, et une partie des Algériens continue d’ailleurs à les regarder de travers.

Comme pour l’économie, le football algérien n’arrive donc pas à exporter. Les joueurs qui apparaissaient comme des stars ont à peine réussi à s’imposer en Tunisie ou dans championnats européens mineurs. Avec ce paradoxe : la Tunisie, quatre fois moins peuplée que l’Algérie, avec un PIB équivalent au tiers de celui de l’Algérie, a un football plus performant puisqu’il attire les meilleurs joueurs algériens. Même dans le football, si on fait le décompte des entraineurs et des joueurs, l’Algérie est un pays importateur net. Pourquoi un rendement aussi faible?

Désorganisation

Il serait absurde de parler d’absence de talent. Il s’agit plutôt de défaillance dans la formation et dans l’organisation du football. L’ancien entraineur de l’équipe nationale Vahid Hallilodzic avait provoqué un tollé en mettant en cause la qualité des joueurs locaux. Pourtant, il avait clairement raison. Ceux-ci ne font pas preuve de la rigueur, de la discipline et de l’hygiène de vie requises pour la haute performance, sans parler de la préparation purement technique, largement défaillante.

Au sein de l’encadrement, l’entraineur est souvent le premier visé en cas de mauvais résultats. Mais les dirigeants et le public constituent eux aussi des handicaps majeurs pour le football. Il suffit de rappeler quelques dérapages graves considérés comme des banalités en Algérie. Le plus grand stade du pays, le 5 juillet, est fermé. Il n’a jamais été doté d’une pelouse correcte. Aucun stade d’Algérie n’a une pelouse digne de ce nom, malgré des sommes faramineuses dépensées. Une pelouse d’un stade de foot, c’est tout de même moins compliqué qu’un avion à concevoir!

Le président de la république a annoncé il y a cinq ans une aide pour doter les clubs de terrains d’entrainement, de centres de formation et de subventions, pour les faire passer au professionnalisme. L’administration n’a toujours pas réussi à appliquer une décision aussi rudimentaire. Une telle incompétence, alliée à des structures, FAF et LFP, fonctionnant de manière totalement obsolète, frise l’irresponsabilité, et se répercute directement sur le rendement général du football. Celui-ci a officiellement quitté le stade de l’amateurisme, mais il n’est toujours pas professionnel. Les anciens présidents continuent de courir après les subventions pour les distribuer, sous forme de revenus, à des rentiers de luxe. Comme dans le secteur économique, ou en politique, où tout le monde fait semblant d’être passé à l’économie de marché et pluralisme, mais où le fonctionnement bureaucratique demeure la règle. Le wali d’Alger a décidé d’offrir une prime de trente millions de dinars à l’Entente de Sétif quand elle a remporté la Champion’s League. De quel droit? A partir de quel budget ? Quelle loi lui permet un tel écart ? Pour plaire au public, un public pourtant parmi les plus violents au monde, et souvent inutile à son équipe. N’importe quel entraineur vous dira que ses joueurs préfèrent évoluer à l’extérieur plutôt que chez eux. Quand cette tendance aura disparu, l’équipe nationale pourra de nouveau battre la Côte d’Ivoire et remporter la coupe d’Afrique.

Le Qatar, ami encombrant et ennemi trop facile

Un ramassis de bédouins prétentieux ou un pays au cœur de la modernisation ? Le Qatar fait polémique, mais il impose un nouveau regard pour comprendre la nature de ce phénomène.

Abed Charef

Impossible d’y échapper: le Qatar et son équipe nationale de handball, arrivée en finale du championnat du monde, où elle a été battue par la France, ont été moqués de manière féroce. En Algérie, les commentaires étaient particulièrement acerbes contre ce petit poucet qui pense que l’argent peut tout, y compris remporter une coupe du monde après avoir obtenu l’organisation de la coupe du monde de football de 2022. Les qualificatifs étaient très durs. Entre « équipe de mercenaires » et « d’esclaves achetés par les dollars » du Qatar, le choix était très large, mêlant dérision et mépris.

Sur les réseaux sociaux, propices à une sorte de concurrence acharnée pour trouver la meilleure formule, ce fut le déluge. « Si le Qatar n’a pas réussi à acheter la coupe du monde de football, c’est que la situation économique de la France n’est pas si grave », affichait un internaute. Un autre prêtait à l’Emir du Qatar une déclaration significative : « Je m’en fous. La prochaine fois j’achèterai directement l’Equipe de France ». Même Pascal Boniface n’a pu résister à un bon mot, en relevant sur Twitter que la France a joué contre « le reste du monde ». Le parti de gauche a, quant à lui, sorti l’artillerie lourde pour affirmer que la coupe du monde de handball est « un exemple de la diplomatie multiforme et corrompue du Qatar, entre-autres par le sport ».

Cette hostilité, largement partagée envers le Qatar, traduit en fait une gêne, posée par un problème de type nouveau, auquel l’analyse traditionnelle n’est pas habituée. Particulièrement en Algérie, où chacun a un point de vue définitif sur tout et sur tous. Sa chaine Al-Jazeera, plus connue que le pays lui-même, est un objet d’envie et d’hostilité. On ne sait s’il faut louer le formidable élan de liberté d’expression qu’elle véhicule, ou s’il faut insister sur le fait que c’est la première voix arabe ouverte aux Israéliens, et aussi sur le fait qu’elle n’aborde jamais la situation interne au Qatar. D’un autre côté, on se plait à dénoncer les dirigeants arabes qui ne quittent le pouvoir qu’une fois morts, ce qui donne des dirigeants très âgés, hors du temps, comme ce fut le cas cette semaine en Arabie saoudite, mais quand l’Emir du Qatar se retire au profit de son fils, on n’y voit que comédie et mise en scène.

Mondialisation

Et si le Qatar était bien plus que cela ? Et si c’était un vrai produit de la mondialisation, dont il concentre toutes les contradictions, entre modernité forcenée et archaïsme le plus primaire ? Entre richesse excessive des uns et paupérisation de centaines de milliers de migrants ? Entre investissements dans Airbus, dans le Paris Saint-Germain, dans l’immobilier de luxe à Paris, Londres et Washington, et des pratiques politiques et sociales relevant d’une autre époque ?

En investissant dans la chaine Al-Jazeera, la Qatar s’est doté d’une arme redoutable d’efficacité. En lançant une diplomatie très agressive, grâce à des ressources financières illimitées, il a fait preuve d’une arrogance de nouveaux riches, rarement égalée. Au point de tout se permettre. Y compris de se créer une équipe nationale de handball composée de joueurs venus du monde entier.

Mais les Européens ont-ils le droit de le critiquer sur ce point ? Eux-mêmes ont pillé l’Amérique latine et l’Afrique de leurs footballeurs, pour les recruter dans leurs clubs. Pourquoi un club s’appellerait Milan ou Manchester quand il n’a que le stade de la ville à offrir, alors que tous les joueurs viennent d’ailleurs, et que le club appartient à un fond de pension américain ou à un oligarque russe? Arsène Wenger avait fait sensation il y a une dizaine d’années déjà, en alignant une équipe d’Arsenal dans laquelle il n’y avait aucun joueur anglais, ni même britannique. C’est la mondialisation, avaient dit les chroniqueurs et analystes. Ce le triomphe de la liberté de travail, même si en l’occurrence, il s’agissait de travailleurs millionnaires. La presse française a noté que près de 80% des footballeurs participant à la coupe d’Afrique des Nations jouent en Europe, essentiellement en France. Pourquoi un pillage au profit des clubs serait-il « normal » ou « éthique », et ne le serait plus au profit d’une équipe nationale ? Quels sont les droits d’un migrant, même si c’est un migrant de luxe ?

Acheter des Zidane ou les former

Au moment où se déroulait la finale de la coupe du monde de handball, une chaine française diffusait un documentaire sur les géants de l’Internet, ces nouveaux milliardaires qui veulent redécouper le monde à leur façon. Ils veulent abroger les frontières, parce qu’elles limitent leur champ d’action. Ils veulent créer des villes flottantes, en zone internationale, au milieu des océans, pour échapper aux contraintes des Etats qu’ils trouvent archaïques.

D’une certaine manière, le Qatar est dans la même logique. Il va aussi loin, dans la logique néolibérale, en investissant à fond dans ce que permettent les technologies. Car ce qui se fait au Qatar a une cohérence économique. Organiser des coupes du monde de football et de handball coûte de l’argent, mais offre un formidable coup de projecteur pour un minuscule Etat coincé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Il n’a pas de sportifs de haut niveau ? Il achète des Zidane, des Makelele, des Trézéguet, des Benzema, pour gagner la compétition. Il ne peut pas les former, ils les importe. Pourquoi l’argent du Lichtenstein, de Monaco, du Luxembourg ou de Singapour serait-il plus propre que celui du Qatar ?

Le Qatar a joué à fond la carte de la mondialisation. Assis sur des gisements de gaz illimités, bénéficiant d’une protestation totale des Etats-Unis, dont il abrite la plus grande base américaine dans la région du Golfe, il a fait le choix d’être un acteur, factice peut-être, mais acteur quand même de la mondialisation. Rien ne garantit qu’il tiendra le coup sur le long terme, mais il a exploré des chemins qu’aucun pays arabe n’a osé jusque-là. En une génération, il est passé de la tente au gratte-ciel. Ceux qui méprisaient hier les bédouins du pétrole continuent aujourd’hui de mépriser l’arabe qui veut jouer à l’homme moderne. Mais cela n’effacera pas cette réalité : le Qatar est le pays qui est allé le plus dans la mondialisation, quand la plupart des pays arabes ne se rendent même pas compte de ce que signifie ce mot. Ce qui impose de porter sur le Qatar un nouveau regard, pour tenter de comprendre sa nature, ce qu’il représente, ce qu’il apporte et où va le mener cet itinéraire unique. Sans forcément approuver, ou applaudir.

En plein quatrième mandat

Crise ou pas crise ? Austérité ou pas austérité ? Chaque ministre a sa réponse propre, mais le gouvernement ne le sait pas encore.

Abed Charef (Article publié dans le Quotidien d’Oran, jeudi 29 janvier 2014)

Mme Nouria Benghebrit l’a dit avec assurance : il n’est pas question d’austérité pour le secteur de l’Education. Les propos du premier ministre Abdelmalek Sellal évoquant la nécessité de rationaliser les dépenses de l’Etat, et de ne plus opérer de recrutement dans la fonction publique, ne s’adressent pas à l’Education, a-t-elle assuré.

Quant à M. Abdelmalek Boudiaf, il est apparu presque outré qu’on évoque l’austérité pour son secteur. Le ministre de la santé a assuré que l’Etat maintiendra l’ensemble des dispositifs publics pour veiller sur la santé des Algériens. Les programmes d’équipement, de formation et d’importation sont maintenus, a-t-il assuré.

Le ministre de l’habitat, Abdelmadjid Tebboun, continue de son côté de bâtir des millions de logements. Tous les programmes seront réalisés, assure-t-il avec un aplomb étonnant, malgré les doutes qui commencent à s’instaurer. ADL, logement social, LPP, tous les engagements seront tenus. Il va plus loin : il promet même une nouvelle salve de logements ADL.

Même son de cloche pour les subventions : elles seront maintenues, a rassuré M. Sellal lui-même, prenant le contrepied de de son ministre des finances, Mohamed Djellab, qui avait osé remettre en cause les prestations sociales. A l’avenir, les Algériens paieront leurs prestations sociales à leur juste valeur, avait prévenu M. Djellab, qui n’avait toutefois pas fixé d’échéance. Mais il a été rapidement désavoué par le premier ministre.

Ces déclarations laissent perplexes. C’est comme si la baisse du prix pétrole touchait un autre pays que l’Algérie, et que la crise de ressources financières était une simple fiction. Pourtant, le prix du pétrole a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis l’été, et même si l’Algérie s’en est plutôt bien tirée en 2014, avec une baisse modeste de ses revenus, elle entame 2014 avec un pétrole à 40 dollars. Inutile de dire qu’à ce niveau, la balance commerciale connaitra un déficit important en 2014. La marge sera très étroite pour le gouvernement.

L’incompétence, un atout

Mais curieusement, c’est l’incompétence du gouvernement qui va le sauver cette fois-ci. Il compte puiser dans le Fond de régulation des recettes (FRR) pour combler le déficit budgétaire prévisible, et sur les réserves de change, qui s’élèveraient à 190 milliards de dollars, pour pallier à la baisse des recettes en devises. Le gouvernement n’avait pas su utiliser de manière optimale les recettes procurées par les hydrocarbures. Il n’a pu investir les dinars, préférant les mettre dans un fond spécial, en prévision des jours maigres. Quant aux devises, il les a mis dans un bas de laine, ne trouvant pas la bonne formule pour les transformer en investissements. Il compte y puiser jusqu’à ce que la conjoncture se retourne, et que les prix des hydrocarbures repartent à la hausse, en espérant que l’Algérie pourra, d’ici là, relancer ses exportations d’hydrocarbures, que le ministre de l’Energie Yousfi Yousfi espère ramener en 2018 à leur niveau de 2008.

Autre élément favorable au gouvernement, il n’a pas besoin de fonds supplémentaires pour assurer les dépenses budgétaires. Pour une raison simple : le budget n’était consommé, au mieux, qu’aux deux tiers. Il peut donc supporter une baisse conséquente des recettes budgétaires sans que cela ne se répercute sur l’activité économique. D’autant plus que le budget avait été vidé de son sens : il ne représente plus un programme à réaliser selon un échéancier précis, mais un simple catalogue de dépenses.

A cela s’ajoute le peu de responsabilité du gouvernement. Celui-ci n’est tenu par aucun engagement. Personne ne l’oblige à la performance. Il n’est pas tenu d’assurer une croissance chinoise, ni de faire entrer l’Algérie dans le cercle des BRICS. Il n’a pas de parlement auquel il doit rendre compte, et les partis n’ont pas de prise sur lui. C’est même l’inverse : c’est lui qui nomme et destitue les chefs de partis. Sa seule responsabilité est de tenir le front social, tant que le président Abdelaziz Bouteflika est en poste. Tout le reste est secondaire.

Eléments de langage

Cette déresponsabilisation du gouvernement ne le dédouane pas pour autant de certaines obligations primaires, comme de faire semblant de se comporter comme un gouvernement. Et d’astreindre les ministres à tenir un discours cohérent, au moins pour que tous disent la même chose sur un sujet donné. A défaut d’afficher un programme digne d’un gouvernement, ils peuvent, au moins, s’abstenir des déclarations contradictoires, avec des ministres qui affirment prendre des mesures pour lutter contre la crise, et d’autres qui affirment que la crise a été évitée « grâce au programme de son Excellence le président de la République ».

Partout dans le monde, se sont imposées des règles simples, basées sur les fameux « éléments de langage ». Face à un évènement d’envergure, le grand chef définit une ligne à suivre. Celle-ci est traduite, par des communicateurs professionnels, en formules toutes prêtes, que l’ensemble des ministres se contentent de répéter. A charge pour chacun d’aller plus dans le détail dans la définition des « éléments de langage » de son secteur, ce qui donne, au final, l’image d’un gouvernement homogène, et évite au premier ministre d’être désavoué dès le lendemain par les membres de son exécutif.

Mais à l’impossible n’est tenu. Pourquoi un gouvernement aurait-il obligation de se comporter comme un gouvernement, du moment que sa formation, sa mission, son fonctionnement, et la manière de récompenser ses membres ou de les sanctionner sont différentes de celles prévues par institutions et les usages?

Moralité : l’auteur de cette analyse fait fausse route. Il a été pris à contrepied. Il a oublié que l’Algérie est en plein quatrième mandat.

L’Algérie n’a pas de problème de gaz de schiste, mais un problème de gouvernance

Nouveau miracle algérien : le gaz de schiste, qui peut constituer un formidable outil de développement, est devenu un problème. Par la grâce de la mauvaise gouvernance.

 Abed Charef

L’Algérie vient de n’a pas de problème avec l’exploitation du gaz de schiste. Elle a un problème de démocratie et de gouvernance. Le gaz de schiste est un simple effet collatéral de cette crise politique. A l’origine de cette tension, un problème de confiance : beaucoup d’Algériens sentent, confusément, qu’un choix fait aujourd’hui par le gouvernement, dans les conditions d’aujourd’hui actuelles, est forcément mauvais. C’est une défiance générale, justifiée ou non, mais avec laquelle il faudra faire. C’est caricatural, mais c’est l’état d’esprit qui prévaut chez une partie de l’opinion. A un point tel que de paisibles villes du sud, traditionnellement connues pour la sérénité de leurs habitants, se sont lancées dans une contestation remarquée depuis plusieurs semaines.

Les protestataires qui ont organisé des marches dans les villes du sud ont eu l’immense mérite d’imposer le débat ; un débat encore sommaire, avec une voix dominante, celle du pouvoir et de ses relais, mais les lignes ont bougé. Le premier ministre Abdelmalek Sellal, le ministre de l’Energie et le patron de Sonatrach ont été sommés d’intervenir, pour rassurer. En vain.

Faut-il se plier à cette contestation et refuser l’exploitation du gaz de schiste ? C’est une autre question. Si on en croit les estimations les plus courantes, l’Algérie détiendrait les troisièmes réserves de gaz de schiste au monde. Ce qui représenterait un demi-siècle de consommation et de rente si les conditions d’exploitation sont réunies. Mais seront-elles réunies ? Les adversaires de l’exploitation du gaz de schiste disent non. Ils avancent quatre grands arguments pour s’y opposer.

Produits chimiques dangereux

Le premier concerne la méthode d’exploitation, la fameuse fracturation hydraulique, durant laquelle des produits chimiques dangereux seraient utilisés. L’amalgame est résolument créé en citant 200 produits chimiques, dont certains seraient cancérigènes. La composition de ces produits serait même secrète, les compagnies refusant d’en divulguer la teneur.

Un chimiste explique qu’en fait, il y a une très large panoplie de produits chimiques qui peuvent être utilisés pour la fracturation. Chaque compagnie pétrolière privilégie une ou deux familles de produits, ceux qu’elle maitrise le mieux. Dire qu’ils sont très dangereux est un autre amalgame. En réalité, la plupart des produits chimistes sont potentiellement dangereux si on les utilise mal. En outre, chaque compagnie garde ses secrets de fabrication et ses brevets, parce que c’est de l’argent.

Liée aux produits chimiques, l’utilisation irraisonnée de l’eau est aussi citée pour refuser l’exploitation du gaz de schiste. Dans le Sahara algérien, l’eau est rare, alors que le gaz de schiste en nécessite des quantités importantes. Utiliser la nappe albienne ? Pourquoi ne pas la préserver pour les générations futures, ou bien investir dans l’agriculture ? Un argument un peu simple. Utiliser l’eau de l’albienne ne signifie pas l’épuiser, ou en interdire l’utilisation pour l’irrigation. C’est une question d’opportunités et de rentabilité.

Respecter les normes

Plus complexe est la question de l’environnement. L’eau injectée dans les forages remonte. Il faut la traiter, et faire en sorte qu’elle ne pollue pas la nappe d’eau. Des techniques existent pour cela. Il s’agit d’une règlementation à mettre en place, et de procédures techniques à faire respecter. Les adversaires du gaz de schiste citent la France, qui refuse encore de l’exploiter. Par prudence, ou par intérêt. Mais face au modèle français, il y a le modèle américain. Lequel est le bon?

Sur tous ces points, l’expérience des Etats-Unis montre qu’il est possible d’exploiter le gaz de schiste sans trop de dommages. En 2012, les Etats-Unis ont produit 293 milliards de mètres cube de gaz de schiste. Cela représente quatre fois la production algérienne de gaz ! Ils ont également produit près de trois millions de barils de pétrole de schiste par jour, soit trois fois la production algérienne. Un demi-million de forages sont actifs. Ces quantités énormes produites n’ont débouché sur aucun cataclysme, ni sur aucune catastrophe majeure. Ce qui montre que le procédé peut être parfaitement maitrisé.

A moins de croire à un vaste complot : les intérêts en jeu sont gigantesques, les compagnies pétrolières sont très puissantes, elles sont capables de mener un lobbying très efficace, pour occulter des évènements de grande ampleur lorsque que l’intérêt des Etats-Unis l’exige.

Un modèle économique discutable

Plus terre à terre, des spécialistes hostiles au gaz de schiste affirment qu’il n’est pas rentable. Nazim Zouiouèche, ancien PDG de Sonatrach, et Hocine Malti, ancien vice-président, en font partie. Pour eux, le coût de production du gaz de schiste serait trop élevé en Algérie. Le modèle américain ne peut pas être reproduit, assurent-ils. La faible rentabilité du gaz de schiste aux Etats-Unis est compensée par des aides indirectes, mais dans le même temps, l’Etat américain est gagnant, car un gaz peu cher a favorisé une formidable reprise de l’industrie américaine, la seule économie occidentale à connaitre un taux de croissance supérieur à trois pour cent.

Il serait stupide de la part de Sonatrach d’exploiter du gaz à perte, d’autant plus que ce serait exagéré de demander au gouvernement algérien de reproduire à l’identique le modèle américain.

Mais il serait tout aussi inacceptable de penser que l’état actuel du marché actuel du gaz est éternel. La chute du prix du pétrole l’a clairement montré : des facteurs politiques et stratégiques perturbent le marché des hydrocarbures, qui demeure toutefois orienté structurellement à la hausse sur le long terme.

Un marché mondial totalement bouleversé

Peut-être faut-il aussi rappeler ce que le gaz de schiste a représenté pour les Etats-Unis. Au lendemain des attentats du 11 septembre,  les Etats-Unis ont fait un choix stratégique : ne plus dépendre du pétrole du Proche-Orient. La solution était de pousser les prix vers le haut, pour que les hydrocarbures non conventionnels deviennent rentables. Ce qui a provoqué l’explosion du gaz de schiste. Sur une décennie, les Etats-Unis ont échappé aux hydrocarbures du Proche-Orient. C’est le Canada qui est le premier fournisseur des Etats-Unis, alors que l’Arabie Saoudite ne fournit plus que 13% de la consommation américaine.

Cette évolution a propulsé les Etats-Unis au rang de premier producteur mondial de gaz, devant l’Union Soviétique. Le pays envisage d’exporter du gaz, et il se rapproche de l’autosuffisance en pétrole, en incluant le Canada. Actuellement, ils importent 20% seulement de leurs besoins énergétiques.

Si le gaz de schiste a permis un tel bouleversement, l’Algérie doit-elle, peut-elle s’en passer? Oui, disent les ayatollahs de l’environnement, pour qui la fetwa affirmant que le gaz de schiste est haram est irréversible. Non, affirme le gouvernement, qui se veut responsable, après avoir fait preuve d’une incroyable irresponsabilité, au point d’amener des Algériens à contester ce qui peut devenir une source de revenus essentielle pour l’avenir.

Un problème politique

C’est là qu’apparait le vrai problème de l’Algérie, un problème de démocratie, de gouvernance et de crédibilité des institutions. Sur le plan technique et économique, le débat peut être posé en termes précis, et tranché de manière rationnelle. Si le gaz n’est pas rentable, il n’est pas exploité. S’il présente un danger pour l’environnement, il faudra s’en passer. L’expérience des Etats-Unis, qui ont produit autant de gaz de schiste en trois ans que l’Algérie produit de gaz en une quinzaine d’années, montre que les solutions techniques existent, en attendant les solutions économiques.

Mais qui peut offrir des garanties que le travail se fera normalement? Personne. Ni le président de la république, ni le ministère de l’Energie, ni Sonatrach, ni Alnaft, ne sont suffisamment crédibles pour dire la vérité, en cas de catastrophe. Cela s’est vérifié à deux reprises par le passé, où des techniciens ont pu prouver que de hauts responsables ont menti sur des questions environnementales.

Exploiter le gaz de schiste aujourd’hui n’est pas possible, non parce que c’est trop dangereux, ou anti-économique, mais parce que personne ne peut attester que des normes seront respectées. L’Algérie n’a pas les contre-pouvoirs des Etats-Unis. Elle ne dispose pas d’instances arbitrales crédibles. Il faudra donc commencer par le commencement. Exploiter le gaz de schiste impose d’abord de mettre en place des agences de l’environnement indépendantes, des mécanismes de contrôle transparents, un parlement qui puisse devenir un vrai pouvoir, une expertise indépendante crédible, et une possibilité de débat libre dans des conditions sereines. Ce qui signifie mettre en place un système démocratique apaisé, dans lequel serait restauré un minimum de confiance entre l’Etat et les citoyens. Autrement, quoi que fasse le gouvernement, une partie des Algériens continuerait à considérer l’exploitation du gaz de schiste comme une nouvelle esbroufe.

L’amendement Hamel bouleverse la constitution

Le général Abdelghani Hamel, promu émissaire à In-Salah, supplante le gestionnaire traditionnel de ces conflits, le DRS. Il efface les partis et le parlement, ce qui donne une révision radicale de la constitution.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 22 janvier 2014)

Le Président Abdelaziz Bouteflika a procédé, à la mi-janvier, à une profonde révision de la constitution. En désignant le général Abdelghani Hamel, patron de la police, comme émissaire chargé de prendre langue avec les populations du sud hostiles à l’exploitation du gaz de schiste, le chef de l’Etat a consacré de fait un nouveau dispositif légal, radicalement différent de ce que prévoient la lettre et l’esprit de la constitution. Les partis, relais politiques et sociaux traditionnels entre opinion et institutions, ont été balayés. Le parlement, pompeusement considéré comme second pouvoir, a été ignoré. Ne restent donc, dans l’oued, que ses pierres : l’appareil militaire et sécuritaire, seule base sociale d’un pouvoir qui, en retour, ne s’adresse plus qu’à ce fragment institutionnel qui a l’immense privilège de détenir les armes.

Peut-être que l’histoire rendra hommage au président Bouteflika. Le chef de l’Etat a en effet décidé de ne plus faire semblant. Il limite la sphère de la décision aux seuls cercles militaires et sécuritaires. Il a totalement dépouillé les partis, qui n’ont plus d’utilité. On savait depuis longtemps qu’ils n’avaient plus la capacité de traduire la volonté du peuple en vote, ni traduire l’aspiration des Algériens en actes de gestion. On sait désormais qu’ils ne peuvent même plus servir de vaguemestre pour transmettre les doléances du peuple au pouvoir, ni de transmettre la réponse. Une mission aussi délicate passe désormais pas d’autres canaux, plus sérieux, plus fiables. Et ce n’est plus le DRS qui mène ce type de jeu.

Faut-il parler du parlement ? L’assemblée Nationale et le Sénat auraient pu s’arroger un rôle, en créant des commissions parlementaires, dont l’utilité est évidente dans ce genre de dossier. Une commission parlementaire permet de débroussailler le terrain, de gagner du temps, de faire mijoter la question, d’engager un débat interne entre différents protagonistes au sein du pouvoir, et de présenter des recommandations qui permettent de légitimer en douce la décision du pouvoir. Les deux chambres du parlement ont failli. En les ignorant, comme il l’a fait depuis son accession au pouvoir, le chef de l’Etat a consacré une situation de fait, et rayé les deux institutions du dispositif constitutionnel.

Equilibres

Ce faisant, M. Bouteflika révèle ce qu’est sa vision de la politique. Elle se limite à l’appareil militaire et sécuritaire. Selon lui, le jeu politique ne consiste pas à bien gérer le pays, à respecter la constitution, à favoriser le fonctionnement des institutions, à consacrer la liberté et les droits des citoyens ou à assurer la croissance. Non. La politique consiste à maitriser l’équilibre des forces entre les différentes composantes de l’appareil militaire et sécuritaire, de manière à ce que cet équilibre lui soit toujours favorable, y compris en situation de crise grave, comme ce fut le cas à la veille du quatrième mandat. Ce n’est pas le FLN, le RND ou la société civile qui auraient pu le maintenir au pouvoir à l’été 2013. Ce sont les appuis qu’il s’était ménagé au sein de la hiérarchie de l’armée qui lui ont garanti de rester au pouvoir.

Sur le fond, le président Bouteflika a raison. Il a été porté au pouvoir par un consensus au sein de l’appareil militaire et sécuritaire. C’est là que se situe le principal centre de décision du pays. Il n’a donc pas de souci du côté de la population, des partis, des syndicats et de la société civile. Ceux-ci ont développé une grande capacité à obéir et à suivre. A défaut, ils seront mis à la marge. C’est donc vers le cœur du pouvoir qu’il faut porter toute son attention. Veiller à ce que ceux qui détiennent les armes lui restent favorables. Y compris en maoeuvrant pour réaménager les équilibres internes du pouvoir.

Réhabiliter le général Hamel

Le président Bouteflika a aussi tiré profité de l’affaire In-Salah pour remettre en selle le général Hamel, sérieusement ébranlé par la mutinerie au sein de la police, il y a deux mois. Celui-ci est désormais le porteur de la bonne parole, l’homme qui ramène les bonnes nouvelles, pas seulement le chargé de la répression. Ce qui semble confirmer le nouveau dispositif du pouvoir : avec Abdelaziz Bouteflika déclinant, une nouvelle équipe se met en place pour organiser la succession. Le « cœur atomique » du pouvoir algérien, le DRS, n’a plus le monopole. Il n’a même plus la préséance. Il est si affaibli qu’il a été attaqué par un homme aussi vulnérable que Amar Saadani.

Ce fragment de pouvoir perdu par le DRS est passé, dans un premier temps, à l’état-major de l’armée. Mais dans un pays qui veut donner l’apparence qu’il se « normalise », ça fait désordre de voir l’armée en première ligne. L’état-major de l’armée est donc invité à se faire un peu plus discret, au profit de la DGSN, dont le patron est à la fois un général de gendarmerie, un membre du premier cercle du chef de l’Etat, un adepte des fameux préceptes de « la gestion démocratiques des foules », et un homme de la nouvelle génération, celle supposée assumer la charge de la gestion du pays durant la prochaine décennie.

Le général Hamel peut aussi trouver de vrais arguments pour se mettre en avant dans la gestion de la contestation au sud. Après l’échec des émissaires traditionnels, bureaucrates et réseaux, il peut taper sur la table dire que si l’agitation se poursuit, ce sont ses unités qui devront la gérer. Et l’Algérie ne sait pas gérer ces situations. Pour lui, les choses sont donc claires. L’échec de Ghardaïa pousse à éviter de créer un nouvel abcès. Quitte à désavouer les bureaucrates, de type Yousfi ou Sellal.

Le scénario est d’autant plus séduisant pour le général Hamel qu’il lui permet de se replacer au centre du dispositif, au moment où le président Bouteflika prend une décision radicale, celle de restituer la décision aux vrais centres de pouvoir, l’appareil militaire et sécuritaire. Ce que vient de consacrer le président Bouteflika en désignant le général Hamel comme émissaire pour le sud.

Serait-il présomptueux de demander de qu’est devenu M. Abdelmalek Sellal dans cette affaire ?

Les partisans du 4ème mandat se déchirent pour le contrôle du butin

Petite guerre parmi les partisans du quatrième mandat. Objet : le contrôle des leviers économiques, dont la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le ministre du commerce, Amara Benyounès, ne veut pas en céder le contrôle aux patrons.

Abed Charef (Sur Maghreb Emergent)

Une guerre larvée oppose le ministère du commerce au patronat autour du contrôle de la chambre de commerce et d’industrie, dans une atmosphère de partage du butin du quatrième mandat. Menée discrètement, la bataille mobilise des partisans du président Abdelaziz Bouteflika, avec d’un côté, le ministre du commerce, Amara Benyounès, et l’administration ; de l’autre côté, les patrons regroupés au sein du Forum des chefs d’Entreprises, (FCE), la principale organisation patronale du pays, dirigée par M. Ali Haddad, deuxième fortune d’Algérie et principal organisateur de la collecte de fonds pour la campagne du quatrième mandat.

Une nouvelle passe d’armes a eu lieu mardi à l’occasion de l’assemblée générale de la CACI, qui vient d’élire un nouveau président, M. Laïd Benamor, proche de Ali Haddad. Les représentants du patronat y ont défendu la revendication d’une profonde réforme des chambres de commerces, pour transférer la décision aux élus patronaux, au détriment de l’administration. Agissant de manière très organisée, les patrons ont fait le forcing, s’en prenant notamment à l’administration et à la « bureaucratie », accusée de freiner le développement des entreprises. La situation s’est même envenimée lorsqu’un patron a dénoncé « l’incompétence des fonctionnaires ». Amara Benyounès a répliqué : « Je ne permets à personne de les traiter d’incompétents ou les diffamer. Ils sont compétents et font ce qu’ils peuvent faire avec les salaires que l’on sait ».

« Ce n’est pas logique »

Le patronat souhaite une réforme de la CACI, pour transférer la décision aux élus patronaux, l’administration devant se contenter de fournir la logistique. Le ministre du commerce a rejeté cette revendication du patronat, présentée sous forme de nécessité d’une large décentralisation, qui finirait par donner aux chefs d’entreprises une primauté dans la décision.

« Il ne faut pas confondre chambre de commerce et d’industrie et organisation patronale », a déclaré M. Benyounès. Les Chambres de commerces et d’industries « sont des institutions mixtes, et l’État n’y abandonne pas ses prérogatives. Nous sommes prêts à aller le plus loin possible dans la réforme des statuts des CCI, mais il ne faut pas que cette révision serve à régler des comptes avec les fonctionnaires », a-t-il dit.

Il a aussi critiqué le patronat, à qui il reproche de « demander l’aide matérielle de l’Etat, tout en réclamant l’indépendance ou l’autonomie » des chambres de commerce. « Ce n’est pas logique », a-t-il dit.

Dans la foulée, le directeur de la CACI, M. Mohamed Chami, a réfuté, à son tour, mercredi, le contrôle des chefs d’entreprises sur la chambre de commerce. Il a admis que la chambre de commerce a une direction bicéphale, avec une représentation des entreprises, mais « la gestion n’est pas assurée par les élus », selon lui.

Partisans zélés

Cette nouvelle passe d’armes révèle un conflit dans le partage des espaces entre les partisans les plus zélés du président Bouteflika, qui se sont mouillés pour faire avaliser le quatrième mandat. M. Ali Haddad a poussé vers la sortie l’ancien patron du FCE, Rédha Hamiani, pour prendre le contrôle du FCE, la plus médiatique des organisations patronales. Il a aussi aidé son ami Laïd Benamor, autre partisan du quatrième mandat, à prendre la chambre de Commerce. Amara Benyounès, devenu célèbre pour avoir affirmé que le président Bouteflika ne marche pas, mais son cerveau fonctionne « mieux que nous tous », ne veut pas lâcher un des principaux leviers de l’action économique. Il bénéficie du plein appui de l’administration, qui s’inquiète de voir des patrons proches de Saïd Bouteflika, le frère du chef de l’Etat, s’emparer des leviers de la décision économique.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 44 autres abonnés