Du PPA, Zeddine, l’OS, FLN-ALN au FFS: le testament de Hocine Aït-Ahmed, vu par Mouloud Hamrouche

Lors de la cérémonie du 40ème Jour du décès de Aït Ahmed, organisée samedi 6 février 2016 au Palais de la culture Moufdi-Zakaria, à Alger,  Mouloud Hamrouche a rendu hommage au militant, au chef de l’OS, au diplomate et à l’universaliste Hocine Aït-Ahmed.

 

Voici le texte de sa déclaration:

 

Du PPA, Zeddine, l’OS, FLN/ALN au FFS

Mesdames, Messieurs,

 

Restituer le parcours d’un militant, penseur, organisateur, diplomate et fin stratège en cette circonstance est un exercice hardi. Résumer tant d’événements et tant de tournants historiques qu’Ait Ahmed a impactés et traversés l’est plus.

Hocine Aït-Ahmed a eu un parcours de combat exceptionnel, et a joué un rôle multidimensionnel. Toujours pour un et même but, toujours pour un et même idéal. L’indépendance et la liberté pour ses concitoyens et son pays.

Il a été maintes fois affligé par la mort de tant de compagnons tombés au champ d’honneur et par d’autres qui avaient renié leur serment, déserté le combat, dévié de la trajectoire ou simplement changé de camp.

Il a connu des moments de gloire, d’exaltation, de tristesse et de chagrin. Mais l’homme a gardé sa foi en ses concitoyens et en leur cause.

Théoricien de la guerre populaire révolutionnaire, combattant et chef de l’Organisation Secrète (l’OS), représentant et porte-parole du mouvement nationaliste à l’extérieur FLN/ALN, il se révèlera à cette occasion un fin diplomate, un expert hors pair des rapports mondiaux, des relations internationales et des enjeux de la guerre froide Est/Ouest. Il recommandera à ses compagnons d’exploiter toutes ses failles et toutes ses opportunités.

La patrie lui doit deux œuvres monumentales qui ont marqué le cours de l’histoire de la renaissance de l’Algérie.

La première, c’est son rapport au comité central à l’occasion du congrès de Zeddine en 1948 qui débouchera sur la création de l’Organisation Secrète (l’OS)

La seconde, c’est son étude envoyée de prison au Comité de Coordination et d’Exécution (C.C.E), né du congrès de la Soummam, pour la formation d’un Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA).

À la suite de l’effondrement de l’ordre légal algérien un certain 05 juillet 1830, le nouvel ordre colonial de peuplement va tenter une double substitution. Substituer la souveraineté algérienne par la souveraineté française, et remplacer la population algérienne, promise au statut de l’indigénat, par une autre population de colons.

Les Algériens qui avaient perdu leurs structures légales et leur liberté ont refusé de renoncer ou d’abdiquer leur souveraineté. Les résistances de l’Émir Abdelkader, d’Ahmed Bey et de nombreuses autres résistances populaires sporadiques locales de 1830 à 1880 en témoignent. Des révoltes éclataient en permanence jusqu’à celle du 08 mai 1945 qui a fait des dizaines de milliers de victimes.

Sans gouvernement et sans structures centrales, ces résistances et ces révoltes ont été l’œuvre d’humbles algériens qui l’ont payé de leurs vies, de la vie de leurs familles et de leurs tribus.

Ces farouches résistances et ces ténacités ont inspiré le rapport de Zeddine.

En effet, la création de l’OS est venue combler ce déficit. Cette création avait pour but de déceler les volontés à travers les régions du pays, de les réunir et de les préparer au combat final. L’OS, à ce titre, a été la première expression d’une volonté nationale hors cadre de l’ordre colonial; et le début d’une représentation nationale réelle. Cette volonté et cette représentation ont connu leur aboutissement et leur apogée avec le déclenchement de la guerre de libération nationale en 1954. Tous les responsables et la majorité des moudjahiddine de la première heure étaient d’anciens membres de l’OS. L’OS, à ce titre, est l’ancêtre de l’ALN. L’ALN est l’ancêtre de l’Armée Nationale Populaire (ANP).

Inspirateur du GPRA 

C’est également à Ait Ahmed que l’on doit l’idée de la création d’un Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), pour affirmer l’existence de la personnalité internationale de l’Algérie.

Imprégné de la même idée et guidé par la même conviction qu’avec l’OS, Ait Ahmed conseilla de transcender tout clivage tribal ou régionaliste, en donnant un caractère national et institutionnel aux volontés et aux discours que les nationalistes développent. Le GPRA sera une institution qui représente le peuple et exprime sa volonté. Un peuple qui combat pour restaurer son État, retrouver sa liberté et son indépendance. Le GPRA sera aussi l’idée-force pour la mobilisation des masses algériennes.

Constituer un gouvernement provisoire de la république algérienne, c’était donner une autorité officielle à l’Algérie combattante et un interlocuteur au gouvernement français. C’était, surtout, confirmer et annoncer au monde la renaissance de l’État algérien. Il prévint ses compagnons tout en les pressant de former un tel gouvernement, car le FLN risque d’être considéré comme un parti politique qui se bat avec des armes à l’intérieur d’un ordre colonial.

Il a écrit un peu plus loin dans sa lettre: « dans cette phase, la notion de l’État au niveau international est plus pertinente que les notions de liberté et d’indépendance ». C’est ce qui a permis d’afficher que la souveraineté nationale réside en dernier ressort dans le peuple et pas uniquement dans des structures légales reconnues.

Faut-il rappeler que l’État a été reconnu a partir de septembre 1958 avec la formation du GPRA par le Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA)?

Faut-il, ici, maintenant et à cette occasion convoquer l’histoire d’un combat? Pas toute l’histoire, mais quelques moments forts. Une histoire non encore écrite dans les manuels scolaires. Une histoire qui s’est abritée dans nos cœurs et dans nos mémoires, comme elle s’était abritée dans les cœurs et mémoires des militants du PPA, de l’OS et du FLN/ALN qui nous l’ont transmise. D’autant qu’il y a aujourd’hui une sorte de révisionnisme qui ne dit pas son nom.

L’héritage des pères fondateurs

Conscients, les pères fondateurs ont opté pour un État national central, indépendamment de la forme de l’organisation du territoire national et du mode de son administration, imprégnés qu’ils étaient de ce que des historiens et des essayistes ont toujours affirmé, que notre pays a tout le temps souffert de l’absence d’un pouvoir central qui aurait pu déboucher sur l’édification d’un État national. En conséquence le pays a subi des échecs à répétition face à des invasions étrangères, malgré les résistances farouches et couteuses des Algériens. Les envahisseurs et conquérants ont toujours réussi à réduire cette résistance, poche par poche et village par village.

Le but des pères fondateurs était l’indépendance et l’édification d’un État souverain. Ils ne pouvaient concevoir un État national souverain sans un peuple souverain. Sans cette souveraineté, il ne peut y avoir de liberté ni de citoyens libres.

Il faut que cet État soit d’essence démocratique dans ses institutions et dans son fonctionnement, pour que les Algériens demeurent libres et souverains.

Bien plus, il faut que l’État national soit aussi social. Le terme social prend ici une autre connotation que celle née de la lutte de classes ailleurs. Conscients de l’état de dénuement et de misère de leurs concitoyens, les pères fondateurs ont inscrit le caractère social de l’État au même titre que la souveraineté nationale et la démocratie.

Cela signifie que le développement futur devra se faire au profit de tous les Algériens et au bénéfice de tous les constituants nationaux.

L’édification de l’État, son fonctionnement démocratique et social doivent se faire dans le cadre des valeurs de l’Islam. L’Islam est religion du peuple, l’État ne doit ni heurter ses valeurs ni les instrumentaliser.

Faut-il rappeler que l’ordre colonial a, durant cent trente ans, tout fait pour contrôler, administrer et instrumentaliser l’Islam? En guise de refus et de défense, la population a pris sous son contrôle la pratique religieuse. C’est pourquoi l’Islam était un facteur de préservation et de résistance. L’Islam comme la souveraineté se sont abrités dans le cœur des Algériens et non dans des structures.

Faut-il rappeler aussi que durant toute la période de la guerre de libération nationale, aucun traître ou autre déviationniste n’a été jugé et condamné au nom de la religion?

Le mouvement national, du PPA, de l’OS et du FLN/ALN, a réfuté les postulats/dictats coloniaux sur lesquels a été inventé la fiction « l’Algérie terre française habitée par des citoyens Français et des indigènes, sujets français musulmans.»

C’est pourquoi l’Identité algérienne et la nationalité algérienne sont fortement enracinés et fortement précieuses. Les pères fondateurs, en clamant haut et fort l’identité algérienne, n’ont jamais contesté les identités locales ou régionales. Mieux, ils ont fait d’elles des constituants de notre identité, de notre nationalité et de l’unité de notre pays.

Seul un État démocratique

C’est pourquoi, seul un État démocratique et social est à même de préserver et protéger les droits et libertés de tout constituant et de chacun des algériens.

Comme vous pouvez le relever, la demande démocratique a été formulée et revendiquée au même moment et au même titre que l’indépendance. La démocratie est un impératif hautement plus important qu’un mode de gouvernance. Les pères fondateurs l’ont porté au même titre que la liberté et l’État national. Cessez de croire, cessez de dire et de faire croire qu’elle est née avec le projet américain pour le moyen Orient et l’Afrique du Nord. Cessez de répéter que la démocratisation est une conspiration occidentale ou une contagion d’un certain printemps arabe.

L’État algérien sera un État démocratique ou il ne survivra pas.

C’est le verdict des initiateurs de la renaissance du pays. Observez bien la justesse et la pertinence de leur projet. Il a été la réponse adéquate à la question de la colonisation de peuplement et à la négation identitaire. Il est aussi un gage précieux pour que le pays ne retombe plus dans les affres, les faiblesses et les antagonismes du passé qui ont fait qu’il était devenu colonisable et colonisé.

Ce projet était et est toujours le meilleur rempart pour le pays, son unité, sa liberté, la liberté de tous ses citoyens et la meilleure protection pour chacun des constituants nationaux.

Cet acte fondateur qui a débuté avec le rapport d’Ait Ahmed au congrès de Zeddine, conforté par la création de l’OS et concrétisé ensuite par la création du FLN/ALN, a été plus qu’une guerre pour le recouvrement de notre indépendance et notre liberté. Il a été aussi pour notre identité, pour la souveraineté du peuple et de la libre pratique religieuse.

Ce projet ambitionnait que les Algériens gouvernent librement leur pays.

Combien parmi nous savent ou se souviennent que nous n’avions pas d’identité nationale ni de nationalité? Nous n’avions pas le droit d’accéder au statut de citoyen car notre territoire a été spolié. Nous étions candidats à l’extinction.

Le passé éclaire l’avenir

C’est grâce à la vigilance des pères fondateurs, à leur intelligence et à leur capacité de mobilisation et d’organisation que notre peuple a pu renaitre et recouvrer son identité et sa nationalité. De ce fait, des algériens accèdent aujourd’hui à d’autres nationalités.

En cultivant l’oubli et en instrumentalisant l’histoire afin de justifier et légitimer l’exercice du pouvoir, on a voulu tribaliser et lyncher les héros de la grande épopée du renouveau de la nation algérienne. L’épanouissement de notre identité est malmené. L’édification de notre État national protecteur de tous les droits et de toutes les libertés est retardée. La défense de chacun de nos constituants et des valeurs de notre religion n’est pas totalement assurée.

Notre système de gouvernance, fondé sur un fonctionnement clanique, reproduit d’anciens clivages et rivalités menant à des fragilités et faiblesses. Ce sont ces facteurs que l’ordre colonial avait utilisés et exploités pour effacer la personnalité internationale de l’Algérie, détruire sa souveraineté nationale et diluer son identité.

Demain sera-t-il comme hier, ou bien réussirons-nous à instaurer la primauté du national sur le tribal et du collectif sur l’individuel, pour un État démocratique et social, protecteur de toutes les libertés, contre toute omnipotence sauf autre que celle de la loi ?

Un peuple souverain, ce sont des hommes et des femmes libres et des citoyens égaux.

Certes, la proclamation de Novembre n’a pas tranché la question de la gouvernance à juste titre. Car les pères fondateurs avaient foi et confiance en leurs concitoyens pour élire leurs gouvernants et les congédier.

Ce sont des citoyens souverains et libres qui accomplissent la dimension démocratique de l’État national en se donnant des institutions et des règles qui les gouvernent. C’est à eux aussi de concrétiser sa dimension sociale, en instaurant des règles de contrôle, de la responsabilité/comptabilité et la censure de la gouvernance.

L’État démocratique et social, à même de garantir et de protéger nos droits et nos libertés, est toujours en suspens, alors qu’il est le seul à pouvoir garantir les droits de tous les constituants, petits et grands.

L’État national a été rétabli par le peuple, par les enfants de ce peuple. L’État algérien n’a pas été rétabli par une quelconque autorité interne ou externe, ou par une faction ou un clan, mais par l’ensemble des constituants de la nation.

Le retour de Si El Hocine au pays en 1989 a été à la fois un espoir retrouvé et une contribution à l’ouverture politique. Il avait estimé que la constitution du 23 février 1989 allait réenclencher le processus de refondation de l’État algérien démocratique et social.

Sa candidature aux présidentielles de 1999 a été pour lui l’occasion de rencontrer, de nouveau, l’Algérie de ses rêves, de retrouver l’esprit qui était le sien et celui de ses anciens compagnons du PPA, de l’OS et du FLN/ALN. Ainsi que les militants FFS, son parti post indépendance.

Fortement enraciné dans le village de ses ancêtres. Fortement ancré et attaché à cette terre, son pays, l’Algérie. Cet enracinement et cet ancrage ont fait de lui un Nationaliste sans concession. Plus encore, ils ont fait de lui un Maghrébin sans faille et un militant engagé pour les causes arabes notamment celle de la Palestine. Il a aussi été un humaniste et un universaliste.

Est-ce que ce sont toutes ces dimensions qui ont fait que le tribaliste s’en revendique, que le régionaliste s’en revendique, que le nationaliste s’en revendique, que le maghrébin s’en revendique et que l’internationaliste s’en revendique ?

Est-ce pour toutes ces raisons que dès l’annonce du décès de Si El-Hocine, des éloges, des hommages et des glorifications ont fusé de partout et de tous, même de ceux qui n’ont jamais apprécié sa fidélité au serment fondateur de la renaissance de l’Algérie et sa ténacité pour la liberté et la démocratie ?

Auraient-ils souhaité aussi prononcer la petite phrase « mission accomplie» ? Ce qui aurait permis de tourner la page, d’oublier le serment fondateur de l’Algérie, d’innocenter toutes les désertions et de justifier tous les reniements? Mais les Algériens et surtout les jeunes, conscients et lucides ont clamé haut et fort leur attachement à la liberté et à la démocratie.

Du PPA, Zeddine, l’OS, FLN/ALN au FFS: le testament de Hocine Aït-Ahmed

Mouloud Hamrouche à Batna: l’Algérie est dans l’impasse

Mouloud Hamrouche a donné une conférence à Batna, samedi 6 décembre. Voici les comptes-rendus de presse.

1- Article paru dans El-Watan, 6 décembre 2015: l’Algérie est dans l’impasse

http://bit.ly/1LWc5KP

2- Dans Libertéhttp://bit.ly/1Rxe7rT

3- الخبر:

حمروش يؤيد « صون وحماية » حقوق اللواء حسان

« ضباط الجيش ليسوا مناضلين سياسيين »

 http://bit.ly/1OHumlm

4-  Sur le Huffington Post: A Batna, Mouloud Hamrouche évoque les « pères fondateurs » et appelle au réveil de la « volonté nationale »

5- Tout sur l’Algérie: La situation est plus grave qu’on le pense, http://bit.ly/1QoeF2C

6- Sur le blog de Abed Charef: http://bit.ly/1lkexpr

Mouloud Hamrouche à Batna: l’Algérie est dans l’impasse

Déclaration de Mouloud Hamrouche au forum du journal El-Hiwar, samedi 10 octobre 2015

Mouloud Hamrouche ancien Chef de Gouvernement

Au Forum du journal El-Hiwar

Déclaration Liminaire

Mes propos qui vont suivre n’ont pas pour but de mystifier, de déranger ou de plaire, mais de décrire une situation qui ne peut plus s’accommoder ni de renvoi ni de dissimulation ni de tromperie. Mes propos n’ont pas pour but d’accuser ou de récuser des personnes en particulier.

Vous vous souvenez que j’avais lancé, en mars 2014, à l’occasion du forum du quotidien Liberté, un appel à trois éminents responsables les plus hauts placés leur demandant de profiter de l’opportunité qui s’offrait à eux afin de trouver une issue constructive à la crise qui dure depuis plus d’un quart de siècle. Manifestement, ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu saisir cette occasion.

En avril dernier j’avais averti l’opinion dans une déclaration à un journal électronique TSA, que l’occasion était passée et que ces responsables n’avaient plus la possibilité d’opérer la souhaitable mutation.

Notre système politique ne sait pas comment finir cette crise, sa crise, qui a trop durée et mettre un terme aux échecs successifs.

Tous les choix et toutes les options opérés depuis l’indépendance n’ont pas abouti ou peu. Les projets qui visaient à développer et conforter la société, à immuniser la souveraineté, à renforcer l’indépendance, à développer l’économie, à rétablir l’État national et à édifier une société libre et solidaire n’ont pas abouti.

La situation se caractérise par des précarités permanentes des hommes, des programmes et des projets. Elle est marquée par des instabilités, des dénigrements et des remises en cause à la fois des hommes, des projets, des programmes et des choix.

Tous les hommes qui étaient en charge par le passé ont été incriminé mais jamais les règles et les modes de gouvernance. N’est-il pas trop facile et réducteur ? Bien sûr les hommes ont leur part de responsabilité dans ces échecs. Ils n’ont pas pu déceler les dysfonctionnements ni anticiper les conséquences et leurs incapacités d’y remédier ne sont pas les moindres.

Cette gouvernance à laquelle a été soumis le pays n’a engendré que des échecs et des impasses. Des pays de même catégorie que le notre avec un potentiel modeste et moins d’atouts ont mieux réussi et nous devancent sur tous les plans.

Les faux débats et les faux-fuyants qui nourrissent le maintien du statu quo n’ont de raison que la préservation d’une sacro-sainte règle de cooptation qui permet d’alterner des hommes et des équipes.

Cette règle, demeurée stable et inamovible, a empêché des hommes de réussir et des choix politiques, économiques d’aboutir.

Cette sacro-sainte règle sert à nourrir des rivalités et des luttes de clans. Elle a besoin de gardiens de temple pour fonctionner et les broyer pour survivre.

Cette règle empêche les citoyens et la société de s’épanouir, de se projeter et de se donner un destin. Pire, elle déstructure l’idée nationale, recrée des situations et des comportements qui poussent la société à reproduire son passé. Comme elle détruit la volonté nationale au profit des penchants régionalistes. Plus grave, elle livre notre religion et notre identité à des agressions et des régressions incommensurables.

Ce statu quo, qui n’est jamais une solution, a été conservé aux prix de la destruction des quelques avancées et progrès réalisés sur le plan politique, économique et sociale. Il est maintenu malgré le danger qu’il fait peser sur le pays, sur son devenir et sur son unité.

Comme si ces épreuves n’étaient pas suffisantes. Voilà un autre désastre socio-économique qui risque d’arriver d’ici trois ans suite à la chute drastique des recettes des hydrocarbures.

En résumé, le pays est face à deux menaces inéluctables pour les quels le statu quo est complètement inopérant :

  • Les frictions et luttes entre les tenants du statu quo qui considèrent que la survie du système commande le remplacement d’hommes par d’autres.
  • Absence de solution immédiate au problème de double chute de la production et des recettes pétrolières.

Nos conseillers, comme Le FMI, sont de bons conseils et de piètres remèdes. Toutes les suggestions, propositions qui ont été avancées sont techniquement recevables pour une économie en crise. Elles sont inopérantes à cause de la spécificité structurelle de notre économie. Les réalités économiques algériennes ne sont pas totalement saisies et maitrisées et les recommandations qui en résultent ne sont pas toujours fiables.

Les problèmes auxquels fait face l’économie ne sont pas uniquement de natures économiques classiques. Aucune solution de type économique et financière n’aura d’effet. Il n’y a pas de solutions rapides pour le court terme.

Les mesures prises ou qu’on peut prendre ou celles sévères écartées, pour le moment, ne sont et ne seront d’aucune efficacité tangible avec les formes actuelles des gouvernances économiques.

Tout ajustement classique risque d’aggraver la situation des entreprises et des ménages. La dépréciation du Dinar a déjà amputée de 30% le pouvoir d’achat, la valeur des actifs nets des entreprises et annihilé par avance les ajustements des prix de certains produits notamment énergétiques que le gouvernement envisageait d’opérer.

Notre pays n’est pas dépourvu d’atouts et de potentialités. Ces atouts et ces potentialités ne sont pas des solutions mais des moyens. Ils nécessitent une réponse politique et des réponses économiques. Car, dans une situation qui incite à la mystification et à la perversion, tout acte non étudié, non expliqué, non explicité, non assumé et contrôlé réveillera toutes les instabilités. Le pouvoir politique et le pouvoir d’achat est un couple en harmonie ou en divorce.

Seul un vrai projet, porté par des élites et soutenu par les citoyens, a des chances de sortir le pays de l’impasse économique et financière.

Deux atouts peuvent servir d’appui à un tel projet.

  • L’important pouvoir d’achat des ménages.
  • Le fonds de réserve et de régulation.

Cela est réalisable à travers un projet validé par un consensus national où tous les constituants sociaux seront partie prenante. Pour cela, les dirigeants, les élites et les citoyens, doivent s’armer de lucidité, ensuite, uniquement ensuite de courage et détermination s’ils veulent enclencher une nouvelle dynamique économique et sociale de progrès et de solidarité. Pour cela aussi, il faut une gouvernance économique stratégique qui ne remet pas en cause l’économie de marché et qui soumet les capitaux marchants de l’État aux forces du marché et aux contrôles économique et financier y afférents.

Cette démarche permettra de faire adhérer toutes les potentialités nationales à l’intérieur et celles qui sont à l’extérieur. Elle permettra de faire face à la menace terroriste externe et aux menaces d’instabilités politique et sociale internes.

Le pays doit prendre résolument le chemin de la réussite. Un chemin fait d’apports de réflexions, de lucidités, de compréhensions et d’engagements. Il est fait aussi d’adhésion, de mobilisation et de discipline.

Quand il y a une volonté nationale il y a un chemin national. Quand il ya un chemin national il ya places pour tous et des solutions pour tout.

Le choix est de vivre une crise pour toutes les solutions ou vivre toutes les crises dans une impasse.

Alger le 10/10/2015

Déclaration de Mouloud Hamrouche au forum du journal El-Hiwar, samedi 10 octobre 2015

التوافق الوطني والحكم الرشيد

محاضرة للسيد مولود حمروش، رئيس الحكومة سابقا

سيدي بلعباس 20 ديسمبر 2014

يحضرني وأنا في هذه المدينة الجميلة عهد البطولات والتضحيات التي عرفتها هذه الناحية الغربية من جزائرنا. تحضرني تضحيات وبطولات الأمير عبد القادر ورجالاته. وأحمد باي وبومعزة ولالة فاطمة نسومر, ومقاومة أولاد سيد الشيخ والمقراني وبومزراق والشيخ الحداد والبراكنة وابن ناصر بن شهرة وبوعمامة والشيخ آمور في جبال الطاسيلي والزعاطشة.

تضحيات هؤلاء ودماؤهم وبطولاتُهم كانت عربونا عن حبنا، نحن الجزائريين، للحرية ودفاعنا عنها ودليلا على تمسكنا بهويتنا وتعلقنا بديننا وارتباطنا بأرضنا. كما كانت برهانا على طبيعة الهجمة الاستعمارية الاستيطانية وعلى شراسة جحافل جيشه وقوة سلاحه وبطش ضباطه.

غير أن حبنا للحرية وتمسكنا بالهوية وتعلقنا بديننا وارتباطنا بأرضنا لم تكن كافية لوحدها لمنع حريتنا أن تسلب وأرضنا أن تحتل وحقوقنا أن تهضم وهويتنا أن تلغى. لقد انتهت المقاومات البطولية، في كامل جهات الوطن، وعلى الرغم من الكلفة والتضحيات الجسام، قلت خلصت إلى بنتائج مأساوية ترتب عنها فقداننا للحرية والاستيلاء على أرضنا وطمس هويتنا وتعرض ديننا لمحاولة التشويه.

لكنني لست هنا من أجل أن أحاضر عن البطولات والتضحيات التي قدمها الآباء والأجداد بل لبيت دعوة الإخوة المنظمين من أجل الحديث عن توافق وطني جديد وعن الحكم الرشيد.

إن استحضار ظروف إخفاق المقاومة الوطنية بقيادة الأمير وإخفاق المقاومات الشعبية في المناطق الأخرى من البلاد له دلالته المفيدة. فاستسلام الداي التركي يوم 05 جويلية 1830 قد أدى إلى انهيار « الدولة » ومع هذا الانهيار تشتتت الإرادة الوطنية وتبعثرت الجهود. ولم تقو إرادات محلية على التصدى لعدو قوي بعدده وقوي بسلاحه وقوي بتكوينه وبانضباطه.

وباضمحلال ملامح الدولة ظهر قصر الإرادة الوطنية وزالت كل سلطة مركزية وغابت كل قدرة على التنظيم والتعبئة الأمر الذي قلص من قدرة الجزائريين على المقاومة، على  الرغم من شجاعتهم وتضحياتهم السخية، وأدى إلى عجزهم عن الاحتفاظ بحريتهم والاحتفاظ بوطنهم وبهويتهم. ساهم هذا الاختلال بقسط كبير في عدم تحقيق كل المقاومات الشعبية المتعددة لغايتها.

بالرغم من ذلك فإن هذه التضحيات والبطولات هي التي رسمت لنا، فيما بعد، الطريق المؤدي إل النصر وشكلت رافدا لوعي وطني جديد ونسجت روابط اجتماعية أقوى بين مختلف مكونات المجتمع وبلورت بقوة هوية الأرض وهوية الشعب. وكان ذلك بداية لتوافق وطني لم تعرفه الجزائر طيلة قرون سابقة.

وقد استخلص الوطنيون الدرس ووظفوا هذا التوافق لبلورة إرادة وطنية بإضفاء التنظيم والانضباط. وسهروا على أن تساهم كل مناطق البلاد في بناء هذه الإرادة وأن يشعر كل مكون اجتماعي أنه جُزء لا يتجزأ  منها.

ويمكن القول إن المقاومات الشعبية والانتفاضات المتقطعة والمتكررة مرورا بانتفاضة 08 ماي 1945 كانت مخاضا لتوافق وطني بفضله كان نوفمبر 54 الذي كلل بنصر مبين.

ويعود الفضل في هذا إلى رجال الحركة الوطنية وعلى رأسهم رجال المنظمة السرية الذين نسجوا علاقات عبر مختلف مناطق البلاد ليؤسسوا لإرادة وطنية مجددا على مستوى وطني بتوطينها في قلب كل مكون اجتماعي وروح كل جزائري. وسميت هذه المجوعة بالوطنيين لأنهم تجاوزوا قبيلتهم ومنطقتهم الجغرافية والمكون الاجتماعي الذي ينتمون إليه.

 Beaucoup d’auteurs ont privilégié uniquement le sens patriotique de ce terme.

بفضل جهدهم تم توحيد كل مكونات الشعب الجزائري وتجنيدها في حرب التحرير. بفضل هذا التوافق تم إعلان الثورة وبفضله تم تكوين جبهة وجيش التحرير ألوطني وبفضله تم إنهاء النظام الاستعماري الاستيطاني وبفضله تمت استعادة هويتنا الجزائرية واستعادة حريتنا واستعادة وطننا كاملا.

غير أنه بات واضحا اليوم وبعد نصف قرن من الاستقلال بأننا لم نحصن بما فيه الكفاية حريتنا وحرية كل جزائري مهما كانت منطقته أو المكون الاجتماعي الذي ينتمي إليه. ولم نُقِم دولتنا الوطنية بشكل متين. كما لم نحصن أمن بلادنا بشكل قاطع ومأمون.

إن إقامة دولة وطنية لا تزول بزوال الرجال والحكومات ولا تتأثر بالحروب والأزمات في حاجة إلى توافق وطني جديد تغذيه إرادة وطنية. على أن تتحول هذه الإرادة الوطنية إلى مؤسسة دائمة اسمها الدولة الوطنية. فالدولة الوطنية ليست شيئا مبهما وليست أشخاصا وليست حكومات أو مجموعات تتداول على السلطة.

الدولة الوطنية أولا وأخيرا إرادة وطنية والإرادة الوطنية تتكون من إرادة كل جزائري ومن إرادة كل مكون اجتماعي ومجموع المكونات الجزائرية. دولة جزائرية بهذه الأبعاد وبهذا الانخراط العام ستكون البنت البكر لحريتنا التي افتقدناها 130 سنة والبنت البكر لإرادة جزائرية وطنية تشكلت خلال المقاومات والثورات عبر هذه الحقبة المريرة. دولة الوطنية ترمز لحريتنا وترمز لإرادتنا. إن ديمومة الدولة ستغذي حريتنا وتحمي إرادتنا باستمرار.

ولهذا قلت أن على الدولة الجزائرية أن تحمي الحرية وتحمي كل الحريات والحقوق. لأنها من حرية الجزائريين نشأت ومن حرية الجزائريين تتغذى وبحرية الجزائريين تعيش وتستمر.

 الجزائر في حاجة لدولة وطنية حامية لهوية الجزائر والجزائريين حامية لحرية كل جزائري حامية لكل الحقوق وحامية للإرادة الجزائرية وحامية لكل أمن البلاد والعباد وحقوقهم وأموالهم وممتلكاتهم مهما كان لون أو طيف الحكومات التي تتعاقب على السلطة. دولة تحمي الحريات ولا تصادرها. دولة تضمن الحقوق ولا تنشئ حقوقا. إن دولة جزائرية بهذه الأبعاد ستعتبر أن أي هدر للحرية أو تقييد لها يعد تهديدا لها وزعزعة للإرادة الوطنية وإخلالا بتناغم مكونات المجتمع وعرقلة لعمل النظام المؤسساتي.

 

الفرق واضح بين البحث عن توافق وطني من أجل إعادة الاعتبار لدولتنا الوطنية ولوظائفها بل لوظيفتها وبين السعي لتشكيل حكومة أو حكومة ائتلاف أو تشكيل طاقم حكم جديد.

توحي طبيعة الانسداد القائم بغياب إرادة وطنية وبتغييب كل سلطة رقابية. كما توحي بعجز الجميع عن الانطلاق جديا في البحث عن توافق وطني وصياغة مضمونه. انه لأمر خطير ولا يمكن أية حكومة مهما كانت تركيبتها أن تواجهه حتى ولو نعتت بحكومة حكم رشيد.

الحكم الرشيد والديمقراطية

 الحكم الرشيد والديمقراطية مفهومان مختلفان وقد يلتقيان.

الديمقراطية أسلوب حكم يلائم بين مقتضيات الطاعة والانصياع للسلطة واحترام القانون بعدم عرقلة السير العادي للمصالح العامة والخاصة ويلائم بين مقتضى حفظ الحريات فردية كانت أم جماعية وحماية الحقوق مهما كانت طبيعتها. يتعلق الأمر هنا بكيفية ممارسة السلطة أو الحكومة لوظائفها بشكل يبعد الأنانية والمحاباة. ويتأتى ذلك بفرض فصل السلطات ووجود مؤسسات دستورية نشطة وساهرة على وظائفها ودورها. كما يتأتى بوجود سلطات رقابة مستقلة ووجود سلطات مضادة، des contre-pouvoirs، أدوات قادرة قانونيا على مواجهة أفعال السلطة وأقوالها. ومن هنا جاءت أهمية حرية القول أو حرية التعبير وحرية الصحافة وصحة المعلومة المقدمة وهي أدوات سلطة مضادة بامتياز.

 إن آليات الديمقراطية ترتبط أساسا بمعضلة الوصول إلى السلطة وممارستها وبمسألة القيود الرقابية القبلية والبعدية المفروضة على أفعال من يمارسون السلطة.

أما الحكم الرشيد فهو مصطلح مستعار من الحقل الاٌقتصادي. وهو يعني فيما يعنيه التوظيف العقلاني للإمكانيات البشرية والاستغلال الرشيد للوسائل والاقتصاد في استعمالهما. ويقوم الحكم الرشيد على ثلاثة مبادئ أساسية:

المساءلة:

المساءلة على كل الأفعال والإمكانيات الموضوعة تحت التصرف. والمحاسبة على كل تجاوز أو خطأ مدنيا كان أو جنائيا.

الشفافية:

الشفافية سواء في المجال السياسي أو الاقتصادي تعني حق الاطلاع على كل القرارات وعلى أسبابها وأثارها أو الدافع إليها وعن نتائجها وعن كلفة المشاريع وعن إجراءات تأمينها وحرية الوصول إلى المعلومة المتصلة بها.

وضعية قانونية أو حالة قانونية:

أي أن يكون المسؤول أو المتصرف مؤهلا لممارسة هذه الوظيفة أو المنصب بحكم القانون ويملك حق إصدار القرار.

في أي نظام ديمقراطي الحكم الرشيد يكون مضمونا بآلية الديمقراطية ومحمي بأدوات وإجراءات اختيار الحكومات والمسؤولين المنتخبين ومساءلتهم. ويبقى المجتمع حينها سيدا عبر مؤسسات دستورية وأجهزة الدولة وإداراتها الدائمة ومؤسسات الرقابة والقوانين.

أؤكد من جديد بأننا في أمس الحاجة إلى توافق وطني يحفظ هويتنا الجزائرية ويحفظ وحدة أرضنا ويضمن أمن بلادنا وأمن كل جزائري من جهة ويعيد الاعتبار لهيبة الدولة الوطنية ولوظائفها والوقار لوظائف الحكومة وإدارتها من جهة أخرى. وأن هذا التوافق سيحمي الانسجام ويعزز الانضباط ويضمن مشاركة كل المكونات الاجتماعية في الحياة الوطنية باطمئنان وأمان. لإن مكونات مجتمعنا لم تعد تتناغم اليوم مع ممارسة سلطات مطلقة بدون سلطات مضادة. كما لم تعد تستسيغ وجود سلطة عمومية أو مهام غير عادية بدون تفويض قانوني وبدون رقابة. إن البحث عن هذا التناغم وهذا التلاؤم هو من صميم مصلحة الجزائر وأمنها ومن مصلحة كل الجزائريين وأمنهم ومن مصلحة كل مناطق البلاد وأمنها ومن مصلحة كل مكون اجتماعي.

وبمقتضي هذه الأمور أصبح تجديد العهد مع توافق وطني جديد أمرا حتميا. ويجب أن يشكل هذا المسعى رغبة السلطة والأحزاب والنخب ولاسيما نخبة الأجيال الجديدة ورغبة المجتمع المدني والنقابات.

ومن أجل هذا الهدف على النخب الوطنية خاصة نخب الأجيال الجديدة أن تعبر عن إرادتها وعن إصرارها على الوقوف في وجه أي انحراف وأن تتجند لتفادي أي انهيار وضمان استمرار المشروع الوطني.

إن استقلالنا كان أكبر من مسألة استعادة السيادة لقد كان نهضة لهويتنا وكان اعتمادا لمشروع وطني.

شكرا على إصغائكم وأنا في انتظار أسئلتكم

التوافق الوطني والحكم الرشيد

Consensus National et Bonne Gouvernance

Conférence débat animée par M Mouloud Hamrouche,
ancien Chef de Gouvernement
à Sidi Bel-Abbes, le 20 décembre 2014
(Résumé)

Le but du consensus national recherché est de réaliser un saut qualitatif et de mettre l’État à l’abri des contingences et menaces nées des dernières remises en cause des normes juridiques édictées par les Nations-Unies.
Le consensus est indispensable pour sécuriser la volonté nationale, renforcer la cohésion de la nation et préserver la stabilité sociale. Le consensus est la conséquence d’une adhésion libre des citoyens. Cette adhésion libre légitime l’État et sa force de contrainte.
Pour que l’État national fonctionne et assume ses pouvoirs régaliens, le consensus national va confirmer les deux exigences indispensables à la suprématie de l’État national.
1- L’État dispose légitimement de forces de défense et de sécurité pour protéger le peuple, le pays, ses frontières et ses intérêts.
2- L’État incarne la volonté nationale, protège tous les droits et toutes les libertés et dispose des administrations pérennes.
A ce titre le consensus national est indispensable pour le renforcement de l’État national, et il nécessaire pour la mise en place de l’État de droit et pour que la loi prime en tout lieu et en toute circonstance.
Le consensus national nouveau est une exigence pour réhabiliter l’État national et non pour légitimer un gouvernement ou un pouvoir.
L’État national protège notre identité nationalité et notre territoire. Il assure notre sécurité et la sécurité de nos intérêts. Il défend nos droits et les droits de chacun d’entre-nous. Il ne crée pas de droits.
L’État de droit est caractérisé par :
• Des normes hiérarchisées, constitution, lois et règlements, où chaque règle tire sa légitimité de sa conformité aux énoncés supérieurs,
• une séparation des pouvoirs qu’une constitution organise par identifications et attributions de compétences.
• L’égalité de tous, personnes physiques ou morales devant la règle de droit.
• la responsabilité des gouvernants, face à leurs actes ou décisions ou absence de décisions. Là nous sommes déjà dans le domaine de la gouvernance.
La Bonne Gouvernance
La bonne gouvernance, relève quant à elle d’un consensus politique et/ou électoral. Il arrive parfois, qu’un pays recours à un gouvernement d’union nationale à la suite d’une crise politique (ne pas confondre avec une crise nationale). Un gouvernement ne peut être totalement l’État. Il ne peut être un substitut à l’État. Il dispose de moyens légaux de l’État, sous conditions.
Issu de la théorie micro-économique et de la science administrative anglo-saxonne, la notion de « bonne gouvernance » a été diffusée dans les années 1990 par la Banque mondiale, comme la condition nécessaire des politiques de développement en mettant l’accent sur la gestion des ressources économiques et sociales.
La bonne gouvernance est l’exercice de l’autorité, politique, économique ou administrative pour gérer les affaires d’un pays, d’une entreprise ou d’un projet.
La gouvernance repose sur trois principes fondamentaux :
– la responsabilité,
– la transparence,
– l’état de droit ou une situation de droit
La responsabilité est l’obligation de répondre de certains de ses actes de gouvernance. Être comptable de ses décisions et de ses non décisions.
La transparence en matière politique ou économique, porte sur la communication des décisions et leurs motivations, sur la façon dont elles sont prises, sur les coûts réels des projets, sur les questions de sûreté du fait d’une activité ou d’un projet, sur l’accès à l’information. La difficulté est de savoir si l’information que le citoyen reçoit est sincère et correspond à la réalité.
Notre gouvernance à nous s’est épuisée dans des crises coriaces en tout genre malgré les efforts et les sacrifices consentis. Les déficits et les impasses touchent tous les secteurs, économique, social, éducatif, administratif et politique.
Nos constituants sociaux ressentent amèrement l’absence d’équité et le manque de solidarité. Ils ne veulent plus s’accommoder d’un pouvoir souverain sans contre-pouvoir ni d’un pouvoir d’autorité ou de mission sans habilitation par la loi et sans un contrôle.
C’est pour toutes ces raisons que nous avons besoin, à nouveau, d’un consensus national. Il y va de notre intérêt, de notre sécurité et la sécurité de toutes les régions du pays et de tous les constituants sociaux.
La finalité de ce consensus est de chercher à renforcer la cohésion nationale, maintenir une plus grande harmonie entre tous nos constituants sociaux, réhabiliter et renforcer l’État. Il ne s’agira nullement de pouvoir ou de partage de pouvoir, de gouvernement ou poste.
Notre État est né de la volonté de chacun des Algériens, de chacun des constituants sociaux de notre pays. Il est né aussi des sacrifices de ceux qui sont morts sur l’autel de notre liberté en résistant à la colonisation durant plus d’un demi-siècle, dans toutes les régions du pays et de toutes les régions du pays.
C’est pourquoi notre État doit défendre les libertés, toutes les libertés et tous les droits, car il est né de la liberté des Algériens et la liberté de l’Algérie.
Un tel État avec de telles dimensions et de telles adhésions survivra aux hommes, aux gouvernements et aux crises.

Consensus National et Bonne Gouvernance

Réhabiliter l’Etat, primauté de la loi, prépondérance de l’action politique

Mouloud Hamrouche a animé une conférence à El-Oued, samedi 15 novembre, sur l’Etat national et les libertés

Voici l’introduction de sa conférence:

Sommes-nous un peuple unique ? Nous avons un pays magnifique, mais nous avons des difficultés à être libres.

Nous n’arrivons pas à construire et à maîtriser notre avenir. Nous sommes incapables de gouverner le pays tout en respectant les droits et les libertés des citoyens et la souveraineté de la société. Le non-respect des droits conduit à des révoltes et à des instabilités. Notre gouvernance s’épuise dans une crise coriace, malgré les efforts et les sacrifices consentis. L’impasse touche aujourd’hui tous les espaces : économique, social, administratif et politique, y compris les partis.

Les dernières évolutions en matière de prises de position, de concertation et de prix énergétique démontrent l’extrême fragilité qui caractérise notre pays, le gouvernement, les partis et l’économie nationale. Le régime ne peut plus rebondir et donner un nouvel élan à l’Algérie. Les partis ne peuvent, quelles que soient leurs attitudes et leurs positions, à eux seuls, construire un consensus national, garantir sa mise en œuvre et lui assurer une stabilité.

La voie du consensus signifie que toute proposition, d’où qu’elle vienne, d’un parti, du pouvoir ou de l’opposition dans sa diversité, n’est qu’une contribution parmi tant d’autres. Elle ne doit pas s’inscrire dans une logique de compétition ou être liée à des échéances politiques, mais converger pour sortir le pays de ses impasses. L’objectif, in fine, est de savoir comment mettre un terme au cycle de violence et éviter de rentrer, à nouveau, dans une instabilité politique et sécuritaire. La société peut se laisser tenter par toute déroute ou toute dérive.

L’urgence n’est pas à l’affaiblissement du pouvoir ou des partis ni à l’implosion des oppositions. Elle n’est pas non plus au maintien du statu quo ni à ramener un passé révolu. Car la désaffection et le discrédit sont réels. L’urgence est à la réhabilitation de l’Etat et de ses fonctions pérennes, à la primauté de la loi et à la prépondérance de l’action politique.
C’est avec ces conditions que nous pourrons construire un consensus national et assurer, dans la paix et la sécurité, un avenir pour les enfants de l’Algérie.

Quel prix payer pour sortir de la crise ?

La crise est là. Il reste simplement à savoir comment l’Algérie en sortira. De manière volontaire et organisée pour atténuer le coût ? Ou dans la violence et la douleur ?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 février 2016)

Peut-on attendre un rebond du prix pétrole ? Dans quels délais ? Et à quel niveau? La réflexion économique en Algérie ne dépasse guère cet horizon. Elle reste concentrée sur le baril, une véritable obsession pour le gouvernement, son ministre des finances et ses prévisionnistes. Tout est passé au crible : les raisons de la chute des prix, les hypothèses de rebond, les arguments qui pousseraient l’Arabie Saoudite à changer de cap, l’impact du retour de l’Iran sur le marché, la baisse de la croissance en Chine, les retombées d’une paix éventuelle en Libye et en Irak, et les moyens dont dispose l’Algérie pour passer l’étape difficile qui se dessine, quand les réserves de change seront épuisées.

Ces questions sont abordées sous tous les angles, avec une recherche désespérée d’hypothèses optimistes. Un geste saoudien, une baisse de rentabilité du pétrole de schiste américain, un retour de la croissance en Chine, un boom économique en Inde, qui prendrait le relais de la Chine, un hiver froid en Europe et en Amérique du Nord, rien n’est oublié.

Dans tous ces facteurs qui pourraient avoir un impact sur le prix du pétrole, une évidence s’impose : l’Algérie ne dispose d’aucun levier pour changer le cours des choses. Elle n’a pas le moyen d’influer sur quoi que ce soit. Ce qui donne ce sentiment d’impuissance face à l’adversité : face à un montage économique qui s’écroule, le gouvernement se trouve désarmé, se demandant par quel bout entamer le redressement.

Indicateurs au rouge

L’année 2016 accentue ce sentiment d’impuissance. Avec la sécheresse qui s’installe, des difficultés supplémentaires se dessinent pour l’agriculture, avec des importations supplémentaires en perspective, alors que les ressources financières diminuent. Les incantations des uns et des autres n’y feront rien. La saison agricole est d’ores et déjà compromise, et tout le monde se prépare des plans pour limiter les dégâts.

S’agirait-il d’une volonté délibérée de noircir le tableau, comme le suggère le premier ministre Abdelmalek Sellal, quand il évoque les critiques de ceux qui s’inquiètent de la situation actuelle? A l’évidence, non. Ces clignotants constituent en faut une description banale d’une situation économique que connait aussi bien le gouvernement que le FMI, le FCE, Nabni, les syndicats, les experts et les simples citoyens. Il y a simplement une différence de perception de la situation: pendant que les uns cherchent les moyens de dribbler, pour passer entre les gouttes et survivre à la tempête, d’autres tentent de regarder les choses telles qu’elles sont, pour essayer d’ébaucher de vraies solutions, avec les ressources dont dispose le pays.

Enjeux

La langue de bois gouvernementale ne fait guère illusion. Le discours sur la nécessité d’encourager les investissements pour diversifier l’économie, sur les partenariats « Rabah-Rabah », sur l’essor de l’industrie, le renouveau de l’agriculture et le formidable potentiel dans le domaine des services ne tiennent pas face aux blocages multiples qui empêchent le pays de décoller.

C’est là que situ le nœud du problème : comment dépasser ces blocages, et comment ensuite construire un édifice viable ? Ce n’est ni une nouvelle constitution, ni des lettres du président de la république, ni des circulaires du premier ministre qui vont offrir en issue. Cela commence par un changement de perception de la crise, de ses causes, de ses effets et de ses enjeux.

Pour l’heure, quelques certitudes émergent. Le dispositif politique et économique actuel ne peut mener à une sortie de crise : c’est lui qui y a mené le pays, en l’entrainant dans une frénésie de cigale quand il fallait être fourmi. Aujourd’hui que l’hiver est venu, il est tout aussi dangereux de croire que l’été reviendra vite et avec lui l’abondance : un nouveau rebond du prix du pétrole ne résoudra pas la crise, il ne fera que provoquer de nouvelles illusions.

La crise est là. D’une manière ou d’une autre, le pays devra faire l’effort pour en sortir. Il reste simplement à savoir comment, et à quel prix. La sortie de crise se fera de manière volontaire, organisée, en acceptant de payer un prix raisonnable, en matière de pouvoir d’achat, de confort, de bien-être ? Ou bien se fera-t-elle au prix d’une sérieuse récession économique, dans la douleur, la violence, l’affrontement? Ou encore, et ce serait le pire, auprès d’émeutes violentes, de troubles, avec leurs répercussions incontrôlables?

Savoir si le gouvernement sera remanié après l’amendement de la constitution, qui y fera son entrée et qui en sera exclu n’a aucune importance. Savoir quel chemin empruntera l’Algérie pour sortir de la crise, qui contribuer à en atténuer le prix, constitue le grand enjeu du moment.

L’art de tourner autour de la crise

 

Face à la crise, l’Algérie répond par la méthode qu’elle connait le mieux : tourner en rond. Une démarche dont elle porte très haut l’étendard.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 28 janvier 2016)

Acte 1 : Le général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée, homme fort des années 1990, exprime son hostilité à un deuxième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Le général Toufik Mediène, patron du DRS, autre homme fort du moment, se range tranquillement derrière le président Bouteflika. Résultat : Lamari est éjecté dès l’entame du second mandat. Il est remplacé par le général Gaïd Salah, alors en disgrâce, et qui s’apprêtait à prendre sa retraite. Gaïd Salah doit donc tout au président Bouteflika.

Acte 2 : le général Toufik Mediène ne montre pas beaucoup d’enthousiasme à voir le président Bouteflika, très diminué physiquement, rempiler pour un quatrième mandat. Mais défiant le bon sens, le système politique algérien maintient à son poste, dans des conditions inouïes, un homme qu’aucun autre pays au monde n’aurait admis comme candidat. Dans sa quête d’un quatrième mandat, le président Bouteflika s’est notamment appuyé sur le général Gaïd Salah, chef d’état-major, vice-ministre de la défense, qui lui est fortement redevable. Résultat : Toufik Mediène est à son tour éjecté quand le pays s’installe solidement dans le quatrième mandat.

Acte 3 : le général Gaïd Salah, chef d’état-major, vice-ministre de la défense, a commencé à grignoter les prérogatives du général Mediène, ne lui laissant qu’un petit espace dans lequel celui-ci étouffait. Mais dès que le général Mediène a jeté l’éponge, Gaïd Salah s’est rendu compte qu’il n’était pas le grand bénéficiaire de l’opération anti-Mediène. Les prérogatives du DRS étaient transférées à la présidence, auprès du général Athmane Tartag. Celui-ci, poussé vers la porte de sortie, a été récupéré par le président Bouteflika, comme il avait fait avec Gaïd Salah. Résultat des courses : Gaïd Salah est mûr pour être éjecté à son tour. Quelle que soit le forme, il sera balayé, selon un engrenage qui fait désormais partie de la routine.

Acte 4 : C’est le plus intéressant. Il s’agit de fiction pure. Tous les personnages qui y figurent sont fictifs, avec une nouvelle situation politique post-Mediène, post-Gaïd Salah et post-Sellal. Gaïd Salah est parti, et il a été déjà oublié. Mediène est un personnage mystérieux, vaguement folklorique, reclus chez lui, tout comme Khaled Nezzar et Mohamed Betchine, à la seule différence qu’il parle peu.

D’un Dieu à l’autre

Par contre, Athmane Tartag est un personnage bien réel. Il a repris en main la police politique, qui s’est discrètement remise au travail. Avec elle, il gère les partis, les médias, les ministères et la rente. Ou ce qui en reste. Il donne des conférences de presse  pour expliquer comment l’Etat est devenu civil. Et, au bout du parcours, il devient tout puissant. Une nouvelle esquisse de rab dzayer. A un point tel qu’il commence à faire de l’ombre au président Bouteflika, et que la classe politique commence à se demander si le général Tartag va avalisera un nouveau mandat ou non.

Le président Bouteflika s’appuie alors sur le successeur du général Gaïd Salah pour savonner la planche sur laquelle est assis le général Tartag. Louisa Hanoun organisera des conférences de presse pour dénoncer les oligarques qui ont envahi la présidence de la république et qui, sous la conduite du général Tartag, veulent dynamiter son parti ; Amar Saadani fera des révélations tonitruantes sur ce Tartag et son incompétence  avérée, et il dénoncera même la violence avec laquelle ont été matées les dernières émeutes; Ahmed Ouyahia écrira une  nouvelle constitution, et expliquera aux Algériens comment, contrairement aux textes passés et à venir, ce nouveau document va protéger les institutions algériennes et asseoir l’immunité du pays. Abdelaziz Belkhadem aura entretemps été réintégré dans les cercles proches du président Bouteflika avant de repartir effectuer une Omra pour cacher sa dernière disgrâce. Saïd Saadi, qui aura entretemps rompu avec Noureddine Aït-Hamouda, présentera un nouveau livre sur lui-même et en profitera pour écorner un autre de ses anciens amis.

Quant à l’Algérie, elle attendra un nouveau remaniement ministériel, en se posant une question essentielle, presque existentielle, avec un suspens insoutenable : Bouguerra Soltani fera-t-il parti du nouveau gouvernement ? L’Algérie prouvera alors qu’elle a définitivement opté pour un choix politique majeur : tourner en rond.

La balance commerciale plonge, le gouvernement sans réaction

 

Le déficit de la balance commerciale est le révélateur de la vulnérabilité de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le QO, mardi 26 janvier 2016)

Pour la première fois depuis une décennie, la balance commerciale de l’Algérie a été déficitaire en 2015. Selon les chiffres fournis par les douanes algériennes, le déficit s’est élevé à 13.7 milliards de dollars, auquel il faudra ajouter un déficit de la balance des services d’un peu plus de dix milliards. Au total, la balance des paiements, qui était déjà déficitaire en 2014, devrait enregistrer un solde négatif autour de 25 milliards de dollars.

Ce renversement de tendance, après de longues années d’excédent, était attendu, avec l’écroulement des prix du pétrole, descendu au-dessous de 30 dollars après des sommets à plus de 100 dollars il y a dix huit mois. Seule inconnue pour les spécialistes, quel serait l’ampleur du déficit, et comment le gouvernement allait opérer pour en atténuer l’impact ?

Curieusement, les chiffres du déficit ont été accueillis presque avec soulagement. La plupart des économistes s’attendaient à une situation bien plus grave, au vu de la spectaculaire baisse du pétrole. Une vision primaire voudrait en effet limiter l’analyse de la situation à un seul tableau : comparer le déficit annuel de la balance des paiements aux réserves de change, et se demander combien de temps celles-ci pourraient tenir, et comment financer le déficit budgétaire lorsque le Fond de Régulation des recettes sera épuisé, probablement à avant fin 2017.

Eléments favorables

Cette vision occulte plusieurs facteurs. D’abord, le fait que le déficit de la balance commerciale est un révélateur de la faiblesse de l’économie algérienne, et qu’un retour à l’excédent, grâce à un éventuel rebond du prix du pétrole -très peu probable à court terme-, ne signifierait pas que l’économie nationale est devenue performante.

Ensuite, de nombreux éléments favorables, dont on citera trois, ont permis d’atténuer l’impact de la baisse du pétrole sur la balance commerciale. En premier lieu, le fait que l’Algérie est d’abord un pays gazier, et que ce produit est régi par des contrats plus rigides, en tous les cas moins sujets aux fluctuations que le pétrole.

La hausse du dollar, monnaie dans laquelle sont libellées les exportations algériennes, a également joué en faveur de l’Algérie, qui importe plutôt en euros. Il serait d’ailleurs intéressant de mesurer l’impact de la décision algérienne de recourir à l’avenir à la monnaie chinoise dans les transactions avec le pays du levant.

Troisième élément favorable, les produits importés massivement par l’Algérie ont, pour la plupart, connu une baisse, allant jusqu’à 30%, sur le marché international. Il s’agit aussi bien de produits alimentaires, comme les céréales, que des produits finis. Cela est encore plus évident pour les matériaux de construction, dont les importations en volume ont augmenté de 9.55%, alors qu’elles baissaient de 12% en valeur, selon le centre des statistiques des douanes (CNIS). Pour certains produits spécifiques, le contraste est frappant : les importations de bois, par exemple, sont passées de 846.65 millions de dollars à 639 millions, ce qui représente une baisse en valeur 24.43%, alors qu’en volume, la hausse est de 101%.

Au total, alors que les exportations reculaient de 40%, passant de 62,88 milliards de dollars en 2014 à 37,78 milliards en 2015, les importations ne reculaient que de 12%, passant de 58,58 milliards de dollars à 51,501 milliards.

Inquiétudes

Les données de 2015 montrent qu’il y a encore de la marge pour rationaliser les dépenses. Mais l’inquiétude demeure. Elle est motivée par deux facteurs essentiels. D’abord l’absence de démarche pour faire face à la situation, si on excepte des décisions dont l’impact est limité, prises dans le cadre de la loi de finances 2016.

Ensuite, le fait que le gouvernement algérien ne dispose d’aucun levier pour peser sur les facteurs qui régissent sur le commerce extérieur de l’Algérie. L’exécutif ne peut en effet influer ni sur le prix du pétrole, ni sur la valeur du dollar, ni sur le cours des matières premières et produits alimentaires importés. Sa seule marge réside, pour le moment, dans une action sur la valeur du dinar, dont la baisse provoque de manière automatique une augmentation des recettes budgétaires, grâce à la fiscalité pétrolière.

Les choses seront autrement plus délicates en 2016, année que le pétrole entame à un niveau plancher. Ce sera probablement l’année la plus difficile, avant un rebond, inévitable, du prix du pétrole. Et c’est là que se situe la plus grande difficulté : le gouvernement risque de ne rien faire de fondamental, en vivant de l’espoir d’un rétablissement du marché du brut. Dans ce cas, l’Algérie aura vécu une nouvelle crise pour rien : elle n’aura pas encore admis que le problème de l’économie algérienne n’est pas dans la baisse du prix du pétrole, mais dans le modèle économique qu’il faut radicalement changer.

Laissez nous notre histoire et nos symboles !

 

Ce n’est plus un chahut de généraux, ni un combat de coqs. C’est une destruction systématique des symboles de l’Algérie

Abed Charef

« La bataille d’Alger », film culte de la guerre d’Algérie, est projeté dans les écoles de guerre comme dans les écoles de sciences politiques, pour illustrer ce qu’est une guerre populaire, comment monter une organisation politique engagée dans une guérilla urbaine, et quelles sont les techniques utilisées par les armées d’occupation pour tenter de la contrer. On y découvre comment on mobilise des gens à priori peu disposés à s’engager dans le combat, comment, dans le feu de l’action, se révèlent des talents exceptionnels, ainsi que le degré de sacrifice dont font preuve les résistants. A travers eux, se révèle la grandeur d’un peuple qui a fini par forcer l’admiration du monde entier.

Un demi-siècle plus tard, plusieurs acteurs de ce cette page glorieuse sont encore vivants. Yacef Saadi, Zohra Drif, et Djamila Bouhired, qui a notamment inspiré un film réalisé par Youcef Chahine, et qui a amené des milliers d’orientaux en Egypte, en Syrie et en Irak, à donner le prénom de Djamila à leurs filles nées durant la guerre d’Algérie. Non seulement cette guerre allait aboutir à la libération du pays, mais elle a créé des symboles d’une force qui a dépassé ce que pouvaient imaginer les initiateurs ducombat.

Pourtant, en ce mois de janvier 2016, Yacef Saadi et Zohra Drif sont abondamment évoqués par les médias algériens, pas pour la grandeur de leur passé, mais pour les détruire. Un travail méthodique de démolition de l’histoire du pays et de ses symboles a été engagé. Inconscients des résultats de ce révisionnisme, des symboles de la lutte du peuple algérien participent à leur propre destruction.

Chahut de généraux

Khaled Nezzar est, lui, sur un autre front. Il s’est engagé dans une grande opération de déballage. Il parler, il parle, le général. Des heures et des heures d’entretien avec une chaine de télévision, qui a transformé ses « révélations » en un feuilleton interminable, pénible à suivre et totalement inutile.

Quand Khaled Nezzar parle, il s’en prend naturellement à d’autres, des civils, mais aussi des généraux, dont Liamine Zeroual, et son compagnon et ami le plus proche, Mohamed Betchine. Zeroual a été ministre de la Défense puis chef de l’Etat, Nezzar a également été ministre de la défense avant de cumuler ce titre avec celui de membre du Haut Comité d’Etat, et Betchine a été patron des services spéciaux. Particulièrement visé, Betchine a répliqué, mettant en cause Nezzar et Toufik Mediène, le fameux « rab dzayer », l’homme supposé avoir été la principale émanation du pouvoir durant un quart de siècle.  La rumeur laisse aussi entendre que Mohamed Touati, l’homme qui se prend pour l’idéologue de l’armée, serait à son tour prêt à intervenir dans le débat. Liamine Zeroual est également sous pression : Nezzar l’a tellement mis en cause qu’il est contraint de répondre.

De quoi parlent tous ces éminents personnages? De l’armée, de son organisation, de sa restructuration, de l’organigramme des services spéciaux, de leurs chefs et de leurs différentes dérives. Des révélations qui, en d’autres temps, auraient été classées  comme des divulgations de secrets d’Etat et auraient valu à leurs auteurs de sérieux ennuis.

Tirés vers le bas

Dans cette polémique, personne ne s’en sort indemne. Khaled Nezzar, par exemple, est trainé dans la boue. Officier de l’ALN, ancien ministre de la défense, il est traité de vulgaire « sergent de la France ». Comme Zohra Drif et Yacef Saadi, il subit une sorte d’effacement de la partie la plus positive de sa propre histoire. Mais tout le monde est logé à la même enseigne. Faut-il évoquer Abdelaziz Bouteflika et cette manière lamentable dont il finit sa vie et sa carrière, lui qui, qu’on le veuille ou non, a été commandant le l’ALN?

Et puis, comment en arrive-t-on à cette situation où un pays s’en prend de manière méthodique à ses propres symboles? Dire que c’est le résultat d’un échec politique ne suffit pas. Cela ne justifie pas, du moins, que ces dérives en arrivent à consacrer ce qui s’apparente à une faillite morale d’une génération. Comme si le pays, après avoir miné son présent et hypothéqué son avenir, voulait s’en prendre à ce qui devait être incontestable, son histoire.

Il est évident que si les Algériens pouvaient débattre librement d’autre chose -économie, libertés, chute du prix du pétrole, Etat de droit-, ils regarderaient dans d’autres directions. Ils se tourneraient vers l’avenir, pour débattre de la manière dont ils peuvent se faire une place dans le monde. Mais quand ces perspectives sont verrouillées, il ne leur reste plus qu’à s’en prendre à eux-mêmes, à douter d’eux-mêmes, à se détruire, et au final, à se suicider. Jusqu’au jour où ils diront à Abdelaziz Bouteflika, à Khaled Nezzar et à tous les autres : partez, prenez l’argent, prenez le pétrole, prenez tout ce que vous voulez, mais partez, et laissez-nous juste notre histoire et nos symboles, laissez nous Zohra Drif, l’ALN, Djamila Bouhired, Ben Boulaïd et l’ANP. Ils nous suffiront pour construire un grand pays

Le prix du pétrole résiste aux attaques de Khaled Nezzar

 

Personne ne pouvait prévoir, il y a trois ans, un pétrole à vingt dollars. Pour une raison simple : il manquait à tous une information. Les uns l’ignoraient, les autres refusaient de la voir.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, mardi 19 janvier 2016)

Alors que le pétrole est passé sous le seuil des trente dollars le baril, le marché reste abondamment approvisionné. Suffisamment approvisionné en tous les cas pour empêcher une remontée des prix et une stabilisation à un prix rémunérateur pour les pays producteurs. Peut-il aller encore plus bas ? Oui, répondent de nombreuses analyses, dont celle de Goldman Sachs, traditionnellement solide sur les prévisions économiques.

Un tel niveau de prix remet en cause l’ensemble des analyses sur le marché du pétrole en vogue depuis bientôt une décennie. Il détruit notamment tout un argumentaire sur le coût de production du pétrole, un élément qui servait de repère important dans l’analyse des marchés.

Exposée de manière simple, l’analyse dominante supposait que le pétrole facile d’accès et à bas coût était épuisé. Le monde devait apprendre désormais à extraire du pétrole avec un coût nettement plus élevé, et donc des prix en conséquence. Seuls quelques grands gisements dans le monde (Arabie Saoudite, Irak) continueraient à offrir du pétrole bon marché.

Les prix étaient donc appelés à exploser, pour que les nouveaux pétroles, avec des coûts supérieurs à 50 dollars, voire à 100 dollars, soient exploitables. Le monde était même prix de vertige à l’idée qu’il manquerait peut-être de pétrole dans une décennie ou deux. Et alors qu’aucune pénurie n’était enregistrée nulle part dans le monde, les prix ont grimpé à des niveaux record, dépassant les 120 dollars le baril.

Prix politique ?

Il a suffi que l’Arabie Saoudite se lance dans une nouvelle guerre pour la reconquête du marché pour que tout cet édifice s’écroule. Le monde découvrait d’abord brutalement que le marché du pétrole n’était pas seulement économique, lié à l’offre et à la demande, mais aussi (surtout) politique. L’accord irano-américain sur le nucléaire ouvre la voie au retour potentiel de plusieurs millions de barils/jour sur le marché à brève échéance. Un retour de la paix en Irak et en Libye déboucherait sur une inondation du marché, avec un surplus potentiel supérieur à cinq millions de barils/jour. Enorme.

Un autre volet a aussi refait surface : mystère du coût d’extraction du baril, qui n’est visiblement pas aussi élevé que le présentaient pétroliers et spécialistes. Aujourd’hui, il faut bien se rendre à l’évidence : le coût d’extraction du pétrole conventionnel est demeuré modeste, ce qui offrait aux producteurs une formidable marge. Preuve en est offerte par le niveau des faillites enregistré dans le secteur, qui reste extrêmement faible, sans rapport avec la chute des prix. Certes, plusieurs facteurs peuvent expliquer le fait que le prix ne se répercute pas immédiatement sur les résultats de l’entreprise qui extrait le pétrole, notamment le fait que le coût se situe essentiellement dans l’exploration et le forage. Mais cela n’explique pas tout.

Enfin, il faudra aussi admettre qu’un nouveau facteur est venu bouleverser la donne : les progrès techniques dans l’exploitation du pétrole non conventionnel, notamment le pétrole de schiste.

Une attitude confortable

Pendant plusieurs années, dominait l’idée selon laquelle le coût d’extraction du pétrole de schiste était très élevé, et qu’un prix supérieur à 100 dollars était nécessaire pour en favoriser la croissance. En quelques années, les Etats-Unis ont alors vu leur production de pétrole de schiste augmenter à un rythme vertigineux, pour atteindre les quatre millions de barils. Et pendant que le monde polémiquait sur la rentabilité et le côté pollueur de cette ressource, les compagnies américaines développaient des procédés qui ont ramené le coût à un niveau très bas. Si bas qu’il a fallu un baril à moins de 40 dollars pour que les premiers effets sur les compagnies concernées se fassent sentir. On pourra toujours dire que le modèle américain, avec un maillage très fort en gazoducs et oléoducs, une forte densité technologique, et un marché très vaste, n’est pas reconductible ailleurs. Mais cela ne peut occulter une autre évidence : le pétrole et le gaz de schiste ne sont pas si chers qu’on le dit. Sinon, avec le niveau de prix actuel, la production américaine de pétrole devrait s’écrouler dans les tous prochains mois, à mesure que les puits existants s’épuisent. Et comme leur durée de vie est réputée courte, deux à trois ans, on devrait déjà voir la menace. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit : pour la première fois depuis bientôt un demi-siècle, les Etats-Unis vont exporter du pétrole.

C’est une donnée qui change le marché de manière radicale. Le pétrole non conventionnel n’est plus une variable d’ajustement. C’est désormais une composante importante du marché. Son coût d’extraction a pu être élevé à un moment donné, ce qui a pu induire en erreur tous les bureaucrates et ceux qui ne croyaient pas aux capacités d’innovation de l’homme. En Algérie, le choc a été brutal. Mais on a une excuse : trop occupé avec la nouvelle constitution et les révélations de Khaled Nezzar, le pays n’avait guère de temps pour s’occuper de choses secondaires.

L’Etat  algérien livré à des amateurs

 

Après les choix politiques contestables, un amateurisme inquiétant entrave la gestion des affaires de l’Etat.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 janvier 2016)

 

Une semaine après avoir rendu public le projet d’amendement de la constitution, le président Abdelaziz Bouteflika a été obligé d’en proposer un amendement ! Lors du conseil des ministres tenu lundi 11 janvier pour faire adopter formellement le projet, le chef de l’Etat a en effet déclaré que le texte avait besoin d’être modifié, à cause d’une ambiguïté entourant le fameux article 51. Celui-ci introduisait des restrictions excessives pour l’accès à des postes au sein de l’Etat, restrictions liées à la nationalité et à la résidence des hauts responsables au sein de l’Etat.

La disposition avait été largement décriée, particulièrement parmi la communauté algérienne établie à l’étranger, qui s’est sentie exclue de la gestion des affaires du pays. Dans un pays de droit, une telle disposition serait considérée comme non constitutionnelle, car elle établit une ségrégation de fait entre citoyens. En Algérie, elle a été inscrite dans un avant-projet de constitution, texte très attendu, soumis au président Bouteflika qui l’a validé, avant que l’opinion publique ne s’en saisisse pour en montrer le caractère discriminant.

Le revirement du président Bouteflika vise à rattraper une nouvelle faute commise au sommet de l’Etat. Elle lui permet de prendre ses distances envers un texte, le sien, mais dont il donner l’impression de se démarquer depuis le premier jour. Mais elle confirme surtout une sorte d’amateurisme qui s’installe dans la gestion des affaires de l’Etat, avec une banalisation inquiétante des bourdes.

Remanier le remaniement

Les Algériens ont alors découvert que dans son fonctionnement, la présidence de la république comportait des faiblesses dignes d’une commune de moyenne envergure. La tendance s’était progressivement installée depuis des années, pour prendre une ampleur inédite, lorsqu’une lettre, avec un contenu surprenant, avait été adressée à la presse par le président Bouteflika. Des versions contradictoires avait été rendues publiques, l’une par un haut fonctionnaire agissant au nom du chef de l’Etat, l’autre par l’agence APS.

Un pas supplémentaire dans l’erreur avait été franchi un peu plus tard, lors du remaniement qui a suivi l’intronisation du président Bouteflika pour un quatrième mandat. La répartition des compétences entre deux ministres qui se partageaient les affaires étrangères avait donné lieu à un énorme cafouillage, contraignant le président Bouteflika à « remanier le remaniement ».

En plus de l’amateurisme qui a dominé cette affaire, il devenait évident que les deux hommes clé du dispositif diplomatique du pays n’étaient pas les meilleurs amis du monde, alors que l’Algérie faisait face à un environnement régional particulièrement hostile. Une autre évidence sautait aux yeux : la situation échappait au chef de l’Etat, qui se trouvait hors jeu. Un président Bouteflika en pleine capacité de ses moyens n’aurai pas commis cet impair. Et personne ne serait permis de tels écarts.

Un minimum d’apparat

Avec la nouvelle constitution, la situation s’est encre dégradée. Le texte est d’une indigence affligeante. Il contient des dispositions relevant du règlement, et d’autres qui introduisent des inégalités entre citoyens. C’est un texte indigne d’un pays de la dimension de l’Algérie. Qui a pu rédiger un fourre-tout pareil, au point de contraindre le chef de l’Etat à l’accepter du bout des lèvres, en prenant bien soin de dire qu’il s’est contenté de le « valider » ?

Tous les regards se tournent vers Ahmed Ouyahia, qui a joué au grand chambellan lors de la présentation du texte, et qui apparait comme le parfait bouc-émissaire. La position de M. Ouyahia, en première ligne, cache toutefois une réalité beaucoup plus inquiétante : la dégradation générale dans la gestion des affaires du pays.

Longtemps, les maladresses du premier ministre Abdelmalek Sellal sont apparues comme une sorte d’exception. Un pouvoir peut supporter une sorte de Pierre Richard de la politique. Mais le temps est cruel. Il a révélé que l’Etat n’était plus géré avec la même tenue. Ceux qui apparaissaient comme des hommes d’Etat se sont révélés comme de simples petits fonctionnaires de province, incapables de maintenir un minimum d’apparat.

Régression

A leur décharge, il faut toutefois retenir qu’il est difficile de se progresser, ou même de se maintenir, dans un pays qui régresse à une telle vitesse. Quand un pouvoir, dans son ensemble, accepte et assume le quatrième mandat, il est difficile de demander à des hommes du pouvoir à garder la tête haute face à l’adversité. Quand la constitution est bafouée à un point tel qu’elle ouvre la voie à un troisième mandat, et le prolonge ensuite par un grotesque quatrième mandat, il est difficile de reprocher à un responsable de faire preuve de légèreté dans la préparation des amendements constitutionnels. Celui-ci sait, de par sa propre expérience, que la constitution n’a plus de valeur normative. Ce qui l’amène à accorder à son ami Ali Haddad de parler du climat des affaires dans la constitution, et de faire un clin d’œil à Louisa Hanoun, en lui concédant l’interdiction du nomadisme politique.

Une telle régression inquiète, évidemment. Mais il est encore plus inquiétant de voir que le pouvoir et sa clientèle se sont définitivement enfermés dans leur bulle, qu’ils ne sont pas en mesure de revenir au réel. Et plutôt que d’amender la constitution, le pouvoir ferait œuvre autrement plus utile en respectant celle qui est en vigueur. Quels que soient ses défauts. Car la société algérienne n’a pas besoin de changer de constitution et de lois, elle a d’abord besoin d’apprendre à respecter celles déjà en vigueur.

L’industrie algérienne prisonnière d’un débat sans issue

 

Changer d’échelle, changer de monde. L’industrie algérienne tourne en vase-clos, sans prendre la mesure des mutations que connait le monde.

Abed Charef

Avec moins de cinq pour cent du PIB, l’industrie algérienne occupe une place dérisoire dans l’économie du pays. Elle pèse à peine 15% de ce que représente l’économie informelle, et un sixième du secteur de l’énergie. Pourtant, elle domine largement ce qui sert de débat économique, au détriment des autres secteurs, autrement plus consistants!

Cette anomalie tient de plusieurs facteurs, en premier lieu la place qu’occupent les acteurs de l’industrie dans le système de représentation algérien. Les organisations patronales bénéficiant de la proximité du pouvoir sont dominées par des groupes présentant une « façade » industrielle, soigneusement mise en avant, même quand l’essentiel de leur activité est réalisé ailleurs. Bénéficiant d’une image plus positive que celle des importateurs classiques, ces entrepreneurs sont plus crédibles quand ils présentent les revendications du patronat.

Quant au secteur public industriel, il continue à charrier toutes les contraintes véhiculées depuis plusieurs décennies : beaucoup de discours, autant de promesses, des résultats plus que mitigés, et une situation bloquée, avec un gouvernement qui ne sait pas quoi faire de cet héritage.

L’année dernière encore, au premier trimestre, le secteur public industriel affichait une pénible croissance de 2.7% par rapport à la même période de 2014, et 0.8% seulement au second trimestre 2015 par rapport au trimestre précédent. Avec la chute annoncée des investissements au second semestre, les résultats de l’année devraient être très modestes.

Les récentes décisions de renflouer El-Hadjar et la SNVI Rouiba ont confirmé l’impasse : d’un côté, sont annoncés des accords industriels et des projets grandioses, et d’un autre côté, le gouvernement est obligé d’admettre que les groupes publics doivent être renfloués de manière cyclique.

Mondialisation

Ces résultats de l’industrie algérienne sont par ailleurs plombés par le cercle dans lequel les enferment différents partenaires du secteur, totalement englués dans une pensée et une pratique sans issue. A tout seigneur tout honneur, le gouvernement reste prisonnier d’un discours totalement décalé, indigne d’une économie d’un pays de 40 millions d’habitants. Encore dominé par une démarche qui se vante de réaliser bientôt l’autosuffisance pour certains produits (ciment, rond à béton), des restrictions sur les importations (véhicules), le secteur ne se rend même plus compte des bouleversements de l’économie mondiale. Car ailleurs, la réalité économique a connu une évolution sans précédent, avec un résultat étonnant: plus les pays sont riches, plus leur dépendance à l’égard de l’étranger augmente, en raison de la formidable explosion du commerce mondial. A l’exception de la Corée du Nord, plus aucun pays au monde ne veut désormais s’assurer une autonomie pour quelque produit que ce soit, aussi stratégique soit-il. A l’inverse, tous veulent se placer pour devenir des partenaires incontournables pour des produits sur lesquels ils sont performants, en raison d’une avance technologique, de coûts de production avantageux, d’une main d’œuvre plus qualifiée ou de marchés mieux maitrisés.

Le gouvernement algérien, qui évoque à tous bouts de champ la mondialisation, ne semble pas encore avoir pris la mesure de ces changements. Il continue à parler d’autosuffisance, alors qu’il a signé les accords d’association avec l’Union européenne et celui de la zone arabe de libre échange. Dans sa rhétorique, il a même réussi à contaminer des opérateurs privés.

Changer de monde

Des acteurs connus du monde économique n’hésitent pas à demander une protection hermétique du marché algérien pour s’assurer un débouché pour leurs produits. Comme si une telle situation pouvait rester définitive. Alors qu’ils développent un discours de circonstance sur leur volonté d’exporter, ces patrons se maintiennent dans une attitude qui interdit de fait toute velléité d’exportation. Ainsi, insistent-ils pour maintenir un dinar fort, ce qui leur permet d’importer à bas prix les intrants, mais ils refusent de voir que ceci les empêche d’exporter, précisément à cause d’un dinar surévalué.

Un entrepreneur algérien rentré récemment de Chine reconnait avoir développé une vision totalement faussée de l’entreprise. Il voulait se lancer dans la fabrication de pièces pour appareils électroménagers. Il avait tenté d’évaluer les besoins du marché algérien, dont il espérait capter, à terme, une part substantielle. Il a découvert, en Chine, des investissements d’une ampleur qu’il ne pouvait même soupçonner : des entreprises chinoises, ciblant les marchés américain, européen, et africain, fabriquent 200 fois plus que ce que lui-même envisageait de produire. « Mon projet est disqualifié », admet-il, ce qui le pousse à une autre vision : envisager un projet d’une autre ampleur, avec une grande banque algérienne, des partenaires chinois, et d’autres européens, les uns pouvant compenser ce qui lui manquait en économie d’échelle et en recherche développement, les autres pour leur maitrise du marché.

Le voyage en Chine l’a changé. « Je me rends compte de l’inanité de nos débats sur le foncier industriel et sur le rapport public-privé, par exemple. Je pensais que nous devions changer de modèle. Je me rends compte que nous devons changer de monde », dit-il.

Nouvelle constitution : Le président détient tous les pouvoirs, mais n’a de comptes à rendre à personne

Le projet de constitution présenté mardi par M. Ahmed Ouyahia donne tous les pouvoirs au président de la république, qui n’a de comptes à rendre à aucune institution. En douze points, une lecture de ce projet de constitution.

 

  1. « Validée » par Bouteflika, donc adjugé

La forme dans laquelle a été préparé et « validé » ce projet de constitution donne une idée précise de la suite des évènements : le vote sera une simple formalité. Selon un communiqué officiel, le projet a été « validé » le 28 décembre par le président Abdelaziz Bouteflika, au cours d’un cabinet restreint qui l’a réuni notamment avec le premier ministre Abdelmalek Sellal, le chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah, et son ministre d’Etat et directeur de cabinet, Ahmed Ouyahia. La formule utilisée, « valider » le projet, signifie clairement que la mouture avalisée par le chef de l’Etat sera celle qui sera définitivement adoptée, indépendamment de ce que peuvent penser les partis, les parlementaires, la société civile et les électeurs.

  1. La place de la réconciliation nationale

Le préambule élève la politique de réconciliation nationale comme un fait majeur de l’histoire pays. Il considère que le peuple algérien « a souverainement décidé de mettre en œuvre une politique de paix et de réconciliation nationale qui a donné ses fruits et qu’il entend préserver ». Il entend la consacrer « dans le cadre d’un Etat démocratique et républicain», qui « consacre l’alternance démocratique par la voie d’élections libres et régulières».

  1. Tamazight langue nationale et officielle

Le nouveau texte consacre tamazight, qui « est également langue nationale et officielle » (article 3). Il établit cependant une sorte de hiérarchie, car « l’Arabe demeure la langue officielle de l’Etat », un privilège dont ne bénéficie pas tamazight. De même, il précise que « toute révision constitutionnelle ne peut porter atteinte (…) à l’Arabe, comme langue nationale et officielle », mais n’apporte pas la même mention pour tamazight. Il précise toutefois que « l’Académie algérienne de la langue Amazighe », qui sera créée, va œuvrer pour « concrétiser, à terme, son statut de langue officielle ».

  1. Dispositions inutiles

Le projet de constitution contient plusieurs dispositions inutiles, visiblement introduites pour satisfaire des lobbies, des groupes de pression ou des partis. Ainsi, l’article 37 prévoit que « l’Etat œuvre à améliorer le climat des affaires ». L’article 54 bis prévoit que « l’Etat encourage la réalisation des logements » et « œuvre à faciliter l’accès des catégories défavorisées au logement ». Il veut aussi, à travers l’article 100 ter, empêcher le « nomadisme politique», avec cette clause: « est déchu de plein droit de son mandat électif l’élu de l’Assemblée Populaire Nationale ou du Conseil de la Nation, affilié à un parti politique, qui aura volontairement changé l’appartenance sous l’égide de laquelle il a été élu ». Par contre, quitter son parti sans en rejoindre un autre n’a pas le même effet. « Le député qui aura démissionné de son parti ou en aura été exclu, conserve son mandat en qualité de député non affilié », selon le même article.

Dans la même logique, le projet de constitution indique, dans son article 41 ter, que « le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté », dans une volonté évidente de gagner les faveurs de la presse.

De même, le Président de la République désigne, pour un mandat unique de huit (8) ans le Président et le Vice Président du Conseil Constitutionnel, ce qui semble excessivement long.

  1. Article piège

Les articles consacrés au président de la république sont nombreux et ambigus. Une disposition piège est contenue dans l’article 70, qui précise que le président de la République « s’adresse directement à la Nation ». Cette formule peut prêter à équivoque : en raison de son état de santé, le président Bouteflika n’est pas en mesure de s’adresser « directement » aux Algériens, ce qui devrait amener à considérer qu’il n’est pas en mesure de remplir sa fonction. Quant à l’article 73, il aurait suffi à exclure le président Bouteflika de la candidature en 1999. Cet article précise que le candidat doit « justifier d’une résidence permanente exclusive en Algérie durant un minimum de dix (10) années précédant le dépôt de la candidature».

  1. Prépondérance du président de la république

La partie la plus élaborée, visiblement taillée sur mesure pour le président Bouteflika, concerne la composition de l’exécutif et la relation entre le président de la république, le premier ministre et le parlement. Selon l’article 77, le chef de l’Etat « nomme le Premier ministre la majorité parlementaire consultée », mais rien ne l’oblige explicitement à choisir un membre de cette majorité.

Selon l’article 79, c’est le président de la République qui « nomme les membres du Gouvernement après consultation du Premier ministre. Le Premier ministre se contente de « présider les réunions du gouvernement » et de « coordonner» l’action de l’exécutif. Il n’a donc pas de pouvoir, même pas de programme, mais un simple « plan d’action », étant entendu qu’il doit mettre en application le programme du président de la république. Pourtant, il est responsable devant le parlement, qui peut refuser son « plan d’action ».

En cas de refus du plan d’action du gouvernement, une première fois, le chef de l’Etat nomme, « dans les mêmes conditions », un premier ministre, qui présente lui aussi son plan au parlement. Si lui aussi fait face à un refus, l’assemblée est dissoute de plein droit.

Face au parlement, le président détient un pouvoir très étendu. Une simple clause, dans l’article 127, lui permet de se passer du parlement. « Le Président de la République peut demander une seconde lecture de la loi votée dans les trente (30) jours qui suivent son adoption. Dans ce cas, la majorité des deux tiers (2 /3) des députés à l’Assemblée Populaire Nationale et des membres du Conseil de la Nation est requise pour l’adoption de la loi ».

  1. Le parlement face à un premier ministre sans pouvoir

Selon l’article 85, alinéa 2 bis, le premier ministre « doit présenter annuellement à l’Assemblée Populaire Nationale, une déclaration de politique générale ». Celle-ci est suivie d’un débat, et peut donner lieu soit à une motion de censure, soit à un vote de confiance demandé par l’exécutif.

Au final, le président de la république, qui détient tous les pouvoirs, n’a aucune responsabilité devant le parlement. A l’inverse, le premier ministre, simple exécutant, peut être censuré, comme il peut voir son programme rejeté.

  1. Mauvaise lecture de la constitution de 1989

Ces dispositions reprennent, à priori, celles de la constitution de 1989, mais en les vidant de leur substance. En effet, dans le texte de février 1989, c’est le chef du gouvernement qui choisit son équipe, définit la politique du gouvernement et l’exécute (à l’exception de la défense et des affaires étrangères). Il est donc logique qu’il en soit comptable devant le parlement. Dans la constitution de 2016, il est comptable de choix définis par le président de la république, et dont il sera un bon ou un mauvais exécutant.

  1. La clé de la nouvelle constitution

La clé de la nouvelle constitution semble d’ailleurs résider dans cet article 85. Celui-ci organise les pouvoirs de manière à confier au chef de l’Etat la plupart des pouvoirs, alors que le premier ministre, sans pouvoirs réels, se trouve en première ligne. Ceci est particulièrement important pour un président très diminué par la maladie, qui ne peut exercer le pouvoir au quotidien. Il délègue l’ensemble des problèmes liés à la gestion quotidienne à un homme sans pouvoir mais disposé à jouer les fusibles. C’est la formule trouvée par Abdelaziz Bouteflika en vue de confiner le rôle du second personnage de l’Etat à un rôle de punching-ball, tout en évitant la création d’un problématique poste de vice-président.

  1. Eviter les expériences amères du passé

Plusieurs articles du projet de constitution sont visiblement dictés par des considérations liées à des expériences passées, que le pouvoir veut absolument éviter. L’expérience la plus amère semble être celle de 1999, quand six candidats s’étaient retirés, enlevant toute crédibilité à l’élection de M. Bouteflika. L’article 89 de la nouvelle constitution empêche tout retrait d’un candidat pour des considérations politiques. « Lorsqu’une candidature à l’élection présidentielle a été validée par le Conseil Constitutionnel, son retrait ne peut intervenir qu’en cas d’empêchement grave dûment constaté par le Conseil constitutionnel ou de décès du candidat concerné ».

De même, « lorsque l’un des deux candidats retenus pour le deuxième tour se retire, l’opération électorale se poursuit sans prendre en compte ce retrait

  1. Couper l’herbe sous les pieds de l’opposition

L’article 170 ter crée « une Haute instance Indépendante de Surveillance des élections ». Son président « est nommé » par le Président de la République, après simple « consultation des partis politiques ». L’expérience de l’Algérie dans ce domaine est édifiante. Cela ne devrait guère changer, même si le nouveau texte, dans son article 170 bis, énonce que « les pouvoirs publics en charge de l’organisation des élections sont tenus de les entourer de transparence et d’impartialité ».

Quant au CNES, il perd toute sorte d’autonomie, pour devenir « conseiller du Gouvernement ».

  1. Exclusions

La candidature à la présidence de l république est soumise à des restrictions inhabituelles. Si cette clause avait été appliquée en 1999, des personnalités historiques comme Hocine Aït-Ahmed et Abdelhamid Mehri, mais le président Bouteflika lui-même, ne pourraient en effet postuler à la magistrature suprême. Des résidents à l’étranger comme Rachi Nekkaz, Kamel Benkoussa et Ali Benouari, ainsi que la plupart des joueurs de l’équipe nationale de football seraient eux aussi exclus ! Non seulement le conjoint et son épouse doivent jouir de la seule nationalité algérienne, et ne pas avoir acquis une autre nationalité, mais il doit aussi « justifier d’une résidence permanente exclusive en Algérie durant un minimum de dix (10) années précédant le dépôt de la candidature » (article 73). Selon cette disposition, tous les diplomates algériens seraient bannis, ainsi que les millions de binationaux.

  1. Bouteflika seul à faire quatre mandats

Dernière curiosité, le président de la république ne peut effectuer plus de deux mandats. L’article 178 prévoit même cette disposition est définitive, car « toute révision constitutionnelle ne peut porter atteinte (…) au fait que le Président de la République est rééligible une seule fois.

Résultat : si cette clause est respectée, le président Bouteflika sera le seul, dans l’histoire du pays, à avoir effectué quatre mandats. Ou plus. Car un conseil constitutionnel conciliant peur considérer que la nouvelle constitution commence à s’appliquer à la fin du mandat actuel !

Pour séduire opposants et électeurs, Bouteflika multiplie les gestes sans portée réelle

Le nouveau projet de constitution incite à « améliorer le climat des affaires ». C’est l’un des exemples qui montrent comment le président Bouteflika multiplie les gages, en direction des lobbies, juste pour les inciter à soutenir son projet de constitution.

 

Abed Charef (Maghreb Emergent)

Le président Abdelaziz Bouteflika a fait introduire, dans le nouveau projet de constitution, une série de mesures destinées à séduire des franges de la population, de lobbies et des corporations considérées influentes, en vue de les amener à soutenir son projet. La mesure la plus spectaculaire est contenue dans l’article, qui consacre désormais tamazight comme langue nation ale et officielle, en attendant d’en faire une langue de l’Etat algérien.

Le chef de l’Etat est familier de ces marchandages. Lors de la première révision de la constitution, il avait consacré tamazight comme langue nationale, ce qui avait permis de calmer les esprits dans la foulée des évènements de Kabylie. En 2008, pour s’ouvrir la voie vers un troisième mandat, il avait introduit une clause garantissant une forte présence des femmes au parlement, en contrepartie de la suppression de la clause limitant le nombre de mandats à deux.

Il ne déroge pas à la règle, cette fois-ci, selon une lecture du projet de constitution tel que  présenté par son directeur de cabinet, M. Ahmed Ouyahia. Dans sa démarche il veut brasser tellement large que certaines dispositions apparaissent totalement superflues. Elles n’ont pas leur place dans une constitution.

Interdire le nomadisme politique

Ainsi, à l’adresse du patronat, l’article 37 énonce que « l’Etat œuvre à améliorer le climat des affaires ». L’article 54 bis prévoit que « l’Etat encourage la réalisation des logements » et « œuvre à faciliter l’accès des catégories défavorisées au logement ».

Il veut aussi, à travers l’article 100 ter, empêcher le « nomadisme politique», une revendication récurrente du Parti des Travailleurs de Mme Louisa Hanoun. Cette clause l’énonce clairement: « est déchu de plein droit de son mandat électif l’élu de l’Assemblée Populaire Nationale ou du Conseil de la Nation, affilié à un parti politique, qui aura volontairement changé l’appartenance sous l’égide de laquelle il a été élu ». Par contre, quitter son parti sans en rejoindre un autre n’a pas le même effet. « Le député qui aura démissionné de son parti ou en aura été exclu, conserve son mandat en qualité de député non affilié », selon le même article.

A l’adresse des journalistes, le projet de constitution indique, dans son article 41 ter, que « le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté ».

Opposition parlementaire contre premier ministre

En présentant le texte, M. Ouyahia a longuement insisté sur la place faite à l’opposition parlementaire. Celle-ci se voit consacrer une séance par mois, durant laquelle est débattu un ordre du jour de son choix. Cela ne pèse guère dans la décision politique, mais la clause peut toujours séduire nombre de députés et sénateurs.

De manière plus générale, le parlement se voit accorder la possibilité de contester la politique du premier ministre, et même de le réfuter. Pourtant, le président ne lâche rien sur l’essentiel : le premier ministre n’a aucun pouvoir, et le parlement n’a aucune possibilité de contester le chef de l’Etat.

Les islamistes ne sont pas oubliés. Le préambule consacre la réconciliation nationale comme faisant partie de l’histoire de l’Algérie. Le peuple algérien « a souverainement décidé de mettre en œuvre une politique de paix et de réconciliation nationale qui a donné ses fruits et qu’il entend préserver ». En contrepartie, le texte réaffirme que l’Algérie veut bâtir «un Etat démocratique et républicain», qui « consacre l’alternance démocratique par la voie d’élections libres et régulières».

Clin d’oeil à la CNLTD

Quant à la CNTLD, elle est prise de vitesse sur sa revendication d’une commission indépendante chargée de superviser les élections. Le nouveau texte lui couper l’herbe sous les pieds, en créant, dans la constitution, « une Haute instance Indépendante de Surveillance des élections ». L’article 170 bis se paie le luxe d’énoncer que « les pouvoirs publics en charge de l’organisation des élections sont tenus de les entourer de transparence et d’impartialité ».

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