Réformes sans libertés

 

Une nouvelle Algérie pour promouvoir une nouvelle Ligue Arabe. C’est la jonction de deux systèmes bureaucratiques.

 

Par Abed Charef

 

Une nouvelle Algérie est née cette semaine. C’est un pays qui vient, coup sur coup, de parapher l’accord d’association avec l’Union européenne et de libéraliser sa législation sur les hydrocarbures, en attendant l’adhésion à l’OMC, tournant le dos au concept de nationalisme économique. L’Algérie a également abrité un sommet arabe où on a discuté de normalisation avec Israël, alors qu’une dizaine de navires de l’OTAN opéraient des manœuvres au large des côtes algériennes. C’est enfin une Algérie qui veut parrainer un nouveau choix arabe, celui de la paix avec Israël, une option adoptée en fait depuis longtemps, avec une certaine résignation, mais à laquelle on tente d’apporter un habillage décent.

Il y a là de quoi faire retourner Houari Boumediène dans sa tombe. Les temps ont donc bien changé. Ils ont tellement changé que les pays arabes, tous dirigés par des régimes conservateurs, parfois franchement archaïques, se sont mis à parler de réformes !

A l’ère de la mondialisation et d’un monde unipolaire, le nationalisme est visiblement devenu un mot archaïque. Elle est si loin, l’époque où Abdelaziz Bouteflika emmenait Yasser Arafat faire son premier discours à l’ONU, à New York, où Houari Boumediène, dans la même enceinte, défendait le nouvel ordre économique international, et où il affirmait qu’il soutenait la Palestine, « dhalima aou madhlouma ».

Plus près encore, l’état palestinien était proclamé à Alger, en 1988. Le pays pouvait encore se singulariser un peu, pour rester fidèle à sa mémoire. C’était avant la chute du mur de Berlin, et, surtout, avant le 11 septembre. Ces positions semblent appartenir à des moments d’égarement. Elles apparaissent lointaines, presque abstraites. Elles relèvent d’une autre culture politique, presque d’un autre monde.

Elles sont pourtant reprises, aujourd’hui encore, par des personnalités dont la plupart  ont contribué à écrire l’histoire du pays. Des personnalités qui rappellent que l’état de Palestine, promis par George Bush pour 2005, n’est pas près de voir le jour. Qui rappellent aussi qu’il n’est pas honteux d’être traité de terroriste par des forces d’oppression qui fonctionnent de manière à générer une violence systématique.

Des personnalités de la génération de Ahmed Ben Bella et Abdelhamid Mehri peuvent encore dire, aujourd’hui, qu’il est possible de refuser la résignation, et de plaider pour des solutions raisonnables, tout en faisant preuve de réalisme, et en évitant de confier aux Israéliens, et à eux seuls, le soin de tout régler.

Ce n’est évidemment pas ce sentiment qui a dominé lors du sommet arabe d’Alger. Mais pouvait-on en attendre beaucoup plus ? Ce n’est pas offenser les participants au sommet arabe que de dire qu’il y avait peu de dirigeants démocratiquement élus. Ce n’est pas non plus une offense de dire qu’il y avait un immense décalage entre le discours des dirigeants et les sentiments réels de leurs concitoyens sur certaines questions, comme la Palestine et l’Irak.

Ultime paradoxe : à la veille du sommet d’Alger, de nombreux villes européennes ont vécu des manifestations de protestation contre la guerre en Irak. Aucune ville arabe n’a vécu de manifestations similaires, parce que cela n’est pas permis. Seul la rue irakienne a exprimé, à sa manière, et selon la seule méthode qui lui est possible, son refus de l’occupation.

L’absence d’expression de la rue est en fait un terrain plus familier pour le monde arabe. L’absence de libertés également. Ce n’est pas un hasard si le sommet d’Alger a été systématiquement interpellé sur ces questions par une multitude d’ONG, celles défendant le droit des femmes comme celles activant pour les Droits de l’Homme ou la liberté de la presse.

C’est là que la réforme doit commencer. Des réformes internes, d’ouverture sur la société et su le monde. C’est le premier besoin du monde arabe. Car en l’état actuel des choses, la réforme de la Ligue arabe n’aura aucun impact significatif autre que celui d’ajuster le rapport de forces actuel en faveur de nouvelles puissances politiques et d’argent. Et quand on sait que ces nouvelles forces émergentes sont plus proches des Etats-Unis que de la rue arabe, on peut facilement deviner dans quel sens se fera la réforme voulue.

A l’inverse, une démocratisation des pays arabes aura comme impact inévitable une démocratisation de la Ligue arabe. Changer l’appareil protocolaire et bureaucratique que constitue la Ligue arabe n’a guère de sens s’il n’est pas porté par un mouvement de fond, et soutenu par une aspiration de la rue. L’expérience de l’Europe l’a suffisamment montré : seules des sociétés libres peuvent s’unir pour progresser ensemble.

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