Abou Djerra, l’atomiste et le sorcier

 

Etats-Unis, France, Iran : le nucléaire fait bouger le monde. Il pousse l’Algérie vers le caniveau.

 

Par Abed Charef

 

 

Les Etats-Unis n’auront pas besoin d’envahir l’Algérie pour la forcer à arrêter son programme nucléaire. Ils n’auront pas besoin non plus de l’envahir pour rechercher ou éliminer les armes de destruction massive. Les Algériens le font eux-mêmes. Sans pression ni injonction. Simplement par bêtise, par déchéance des institutions, par aveuglement.

Il n’est donc pas nécessaire de recourir à des enquêteurs ou des commissaires de l’ONU pour connaître l’état d’avancement de la recherche algérienne dans le domaine du nucléaire. Tout s’étale dans la presse, à la une des journaux. Il suffit de lire les déclarations et les mises au point publiées dans la presse pour connaître la formation et l’itinéraire de ceux qui sont supposés s’occuper de ce secteur dans le pays. On connaît les universités qu’ils ont fréquenté, sur quelle thème de recherche ils ont travaillé, et à quel échelon de la fonction ils sont classés.

Naguère, ce type d’information était considéré comme ultra secret. Les grandes puissances ont payé des fortunes et envoyé leurs meilleurs espions pour collecter des informations qu’on retrouve, aujourd’hui, dans des tabloïd de deuxième catégorie. Est-ce une manière, pour l’Algérie, d’affirmer qu’elle n’a rien à cacher ? Qu’elle a décidé d’abandonner ce domaine, proclamé interdit pour les pays arabes et musulmans ?

Il n’en est rien. La vérité est encore plus amère. Les réponses se trouvent à un niveau beaucoup plus bas. Et comme pour beaucoup d’autres domaines, les solutions aux grandes questions qui se posent au pays ne se retrouvent pas dans les grandes analyses, mais dans les égouts. Et quand un chercheur algérien spécialiste du nucléaire fait la « une » des journaux, il ne le fait pour avoir vendu ou dévoilé des secrets, ni pour avoir permis une percée significative dans sa recherche, encore moins parce qu’il est devenu un danger pour les grandes puissances du fait du savoir qu’il a accumulé. Quand ce chercheur fait la une des journaux, c’est parce qu’il a été sanctionné par son supérieur pour des absences ! et quand deux « nucléaristes » algériens s’affrontent, il ne le font pas à coups d’atomes ou de formules mathématiques, mais par des insultes qui n’ont aucun lien avec le statut supposé des scientifiques de ce niveau.

Cette descente aux enfers ne déroule alors que le nucléaire est pourtant au cœur de l’actualité internationale, comme le montrent des faits majeurs survenus cette semaine. D’abord en Iran, où l’enjeu nucléaire a constitué un élément clé de la dernière présidentielle. C’est d’ailleurs sur ce thème que le nouveau président iranien est attendu. Il a été ferme, et les Etats-Unis ont tout de suite répliqué par le président George Bush lui-même, pour affirmer qu’il exclu de permettre à l’Iran une maîtrise totale des technologies nucléaires.

C’est peut-être l’émergence de cette nouvelle donnée iranienne qui a peut-être poussé les Etats-Unis à changer d’attitude envers l’Irak. Washington a en effet reconnu avoir engagé des négociations avec les « insurgés » irakiens, ce qui ouvre la voie d’une solution. Si les Etats-Unis se trouvent contraints de s’en prendre à l’Iran, ils ne pourront le faire tout étant englués dans les marais irakiens. Ils seront peut-être même contraints d’accélérer la recherche d’une solution en Irak, en multipliant les concessions, en vue d’affronter l’Iran dans les meilleures conditions.

Autre fait majeur dans le domaine du nucléaire, les principaux pays occidentaux viennent de s’engager dans un projet faramineux, étalé sur un demi-siècle, pour poursuivre la recherche dans ce domaine. Paris a considéré le simple choix de la France pour y implanter ce projet, Iter, comme une victoire politique majeure.

Pourquoi tant d’empressement autour du nucléaire ? La France, comme toutes les grandes puissances, a une très grande maîtrise du nucléaire. En quoi un centre de recherche peut-il être aussi déterminant pour son avenir ? L’Iran possède la seconde réserve d’hydrocarbures dans le monde. Pourquoi insiste-t-il autant pour maîtriser le nucléaire, en insistant sur son utilisation civile et pacifique ?

Tout simplement parce que le nucléaire constitue en fait un moteur pour la recherche dans de très nombreux domaines. Ensuite, pour l’Iran, parce que l’énergie nucléaire ne coûte pas cher, et qu’il est absurde pour un grand pays pétrolier de continuer à produire chez lui de l’énergie à partir des hydrocarbures, alors qu’il peut vendre ces hydrocarbures pour des prix très élevés et produire une énergie domestique à moindre coût.

On se limitera à ces deux considérations, qu’on peut trouver dans n’importe quelle revue spécialisée. Sauf en Algérie. Mais à dire vrai, l’Algérie n’a pas besoin du nucléaire. Elle a déjà le RND. Elle n’a d’ailleurs pas besoin de la science : n’a-t-elle pas promu au rang de ministre d’état un éminent chercheur, Abou Djerra Soltani, qui a écrit un livre sur la sorcellerie ?

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