Projets d’échec pour 2006

La nouvelle année est mal engagée. Elle porte trop de projets, trop d’argent, et peu d’institutions en mesure de les réaliser. Trois exemples pour l’illustrer.

Abed Charef

L’Algérie connaîtra trois grands échecs en 2006 : elle subira une extension sans limite de la corruption, elle connaîtra un gaspillage sans précédent de ses ressources, et verra s’aggraver la crise du logement.
Pourquoi ces échecs, et pas d’autres, pourrait-on dire ? Et pourquoi être aussi tranché sur des questions qui ont fait l’objet d’un effort de la part du gouvernement ? La réponse est d’une très grande simplicité : le pays échouera sur ces dossiers, mais sur d’autres aussi, parce qu’il a décidé de s’y attaquer par de fausses solutions.
L’Algérie s’est dotée d’une loi sur la corruption. C’est un joli texte, mais l’Algérie dispose déjà d’autres très beaux textes, comme la constitution. Cela ne l’a jamais empêché de gérer les affaires du pays sans tenir compte de la constitution, ni d’oublier ce texte dans des situations de crise, comme ce fut le cas lors de la maladie du président Abdelaziz Bouteflika. Toute l’Algérie a évoqué l’hypothèse de la vacance du pouvoir lorsque le chef de l’état a été opéré. Toute le monde, à part la seule instance chargée de se prononcer sur la question, le conseil constitutionnel.
En ce sens, la loi sur la corruption risque d’être aussi utile que la constitution. Elle servira peut-être à mettre quelques indésirables en prison si c’est nécessaire, mais elle ne servira en aucun cas à lutter contre la corruption. De toutes les manières, la gestion du pays restant la même, avec les mêmes méthodes, les mêmes instruments, le même manque de transparence et le même règne de clans et lobbies, elle ne peut générer que les mêmes effets. En premier la corruption.
Ce fléau –peut-on encore parler de fléau quand il s’agit d’un mode de gestion ?- va s’étendre d’abord parce que la gestion actuelle de l’argent public génère automatiquement la corruption. Ensuite, parce que les contre-pouvoirs sont inexistants. Qui peut faire face à un ministre, à un wali, et, de manière plus générale, à un de ces responsables qui signent les contrats et les chèques?
Dès lors, quand le ministre des finances Mourad Medelci annonce sa volonté de renforcer le contrôle de l’argent public, ses déclarations résonnent curieusement. Comment un ministre dont le secteur enregistre les plus grands scandales financiers du pays peut-il rester crédible alors qu’il continue de fonctionner avec les mêmes règles qui ont mené à cette corruption massive ? Quels moyens, quelles structures va-t-il mettre en place pour provoquer le changement proclamé ?
Des spécialistes de premier plan, parmi lesquels plusieurs ambassadeurs, ont déjà affirmé une évidence : en l’état actuel des choses, l’administration algérienne est incapable de gérer l’argent du pays. Encore moins de le contrôler. Avec la manne pétrolière, et la frénésie des dépenses qui s’empare du pays, corruption et gaspillage sont condamnés à prendre des proportions jamais vues.
Quant au logement, on est dans un secteur où le ridicule semble devenu la règle. Alors que les logements ADL 2001, supposés être livrés en 2004, ne sont toujours pas livrés en ce début 2006, malgré l’engagement du chef de l’état lui-même dans ce dossier, le ministre du logement Mohamed Nadir Hamimid a affirmé qu’il peut réaliser non pas un million de logements avant 2009, mais deux millions de logements !
L’engagement de Bouteflika à construire un million de logements en cinq ans était, en lui-même, irréaliste. L’Algérie n’a pas les structures, les entreprises et le fonctionnement adéquat pour un projet d’une telle envergure. La promesse peut cependant être acceptable, si on ferme un peu les yeux, si on admet qu’il s’agissait d’un engagement politique électoral, et que son auteur tenterait de corriger les dysfonctionnements pour atteindre le chiffre promis.
Mais quand cet objectif est repris par des techniciens, des ingénieurs, des « bâtisseurs », qui sont au fait des dossiers, qui connaissent les chiffres et les réalités, cela révèle un aspect très inquiétant du fonctionnement des institutions: on est contraint de tenir des propos absurdes simplement pour ne pas heurter le chef, pour ne pas le contredire. On le conforte ainsi dans l’erreur, parfois dans l’absurde.
Ce fonctionnement constitue d’ailleurs une vraie curiosité : quelqu’un a-t-il discuté avec le chef de l’état du programme de logements, de son financement, des terrains sur lesquels les construire, des matériaux de construction, et des effets de ce projet sur la marché immobilier, sur la gestion des villes, sur l’environnement, etc. ? A-t-on au moins évoqué en sa présence ce qu’un tel projet demande comme entreprises, et quel type d’administration il faudrait pour en assurer le suivi ? A moins que le chef de l’état lui-même ne soit convaincu que le projet est vraiment à portée de main…
Cette dérive dans les déclarations emble avoir atteint Issaad Rabrab, l’homme qui a réussi à bâtir un empire industriel et commercial parce qu’il paraissait justement pragmatique, avec une démarche terre à terre. Cette fois-ci cependant, il n’a pas pu s’empêcher d’aller sur un terrain assez curieux. Il a d’abord déclaré qu’il est possible de réaliser le programme du million de logements, ensuite qu’il avait une solution contre la pénurie de sable : prendre le sable dans les fonds marins, au large…
Sera-t-on capable de chercher ce sable au large quand on n’a pas été capable de s’en servir là où il existe, sur la terre ferme ?
abc@wissal.dz

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