Liban:Douleurs et lumières d’une nouvelle tragédie

Après le vote de la résolution 1701 par le conseil de sécurité de l’ONU, qui permet d’envisager la fin de l’agression israélienne contre le Liban, il est possible de tirer les premières conséquences de ce nouveau drame au Proche-Orient, un drame dont sont victimes d’abord les Palestiniens et les Libanais.

 

 

Par Abed Charef

 

Dans cette guerre inégale, la première surprise est venue du Hezbollah, malgré quelques réserves sur sa stratégie. Le mouvement libanais, représentant la communauté la plus démunie de ce pays, a fait preuve d’une étonnante capacité d’organisation et d’action, et d’une lucidité rare dans le monde arabe. Il n’a pas présumé de ses moyens, ne se présentant jamais comme capable de battre militairement Israël, ni même de lui tenir tête. Il a simplement utilisé les moyens du plus faible, avec une rare efficacité, pour faire mal l où ça fait le plus mal : montrer la vulnérabilité d’Israël, étaler les défaillances de son armée et de ses services de renseignements, et confirmer que si la technologie est déterminante pour gagner une guerre, elle n’est pas suffisante. Le Hizbollah a également montré que le plus faible peut recourir aux techniques à sa portée, et que l’éventail est très large. Et, par-dessus tout, il a évité la propagande traditionnelle dans ce type de situation, se contentant de communiqués précis et de déclarations d’une très grade cohérence, se montrant plus crédible que son ennemi.

Il aussi prouvé qu’il dispose d’une vraie assise populaire, sur laquelle s’est greffée une organisation très efficace. Il a battu les Israéliens sur leur terrain favori, celui du renseignement. L’armée israélienne n’a pas réussi à démanteler l’armement du Hezbollah, alors que le champ de bataille se limitait à une zone très limitée, l’équivalent de la Mitidja. Réussir à implanter autant d’armes, à les camoufler aussi longtemps, à garder une structure de commandement sous le feu ennemi, et à ne pas permettre au dispositif israélien de localiser les dirigeants du mouvement ni à contrer les moyens de communication du Hizbollah constitue une véritable prouesse. On est loin de l’amateurisme de certains militants palestiniens, localisés grâce à leur téléphone portable et abattus comme des lapins par les drones et les missiles israéliens.

Autre succès du Hizbollah : il a réussi à s’imposer comme un mouvement strictement libanais. Malgré les discours sur l’implication de la Syrie et de l’Iran, il a montré une réelle autonomie d’action, et s’est d’abord appuyé sur ses propres forces et sur la solidarité libanaise. Il a également montré qu’il n’est pas le mouvement extrémiste qu’on présente traditionnellement, mais que c’est un parti qui a de véritables aptitudes à s’intégrer dans le jeu politique libanais.

A l’inverse, Israël, qui misait sur une confrontation interlibanaise, a totalement échoué sur ce point. L’état juif a délibérément choisi d’attaquer aveuglément le Liban, dans l’espoir que les autres communautés s’en prendraient au Hizbollah et l’amèneraient à abdiquer. La violence israélienne n’a fait que raffermir le sentiment national libanais, rendant bien involontairement un très grand service au pays du Cèdre.

Curieusement, le Hizbollah, accusé de mener une guerre sur commande, au profit de la Syrie, ou de l’Iran, ou des deux, a réussi à prouver qu’il menait sa propre guerre, pour défendre ses propres intérêts. Inversement, l’entêtement d’Israël à poursuivre les destructions, et l’attitude des Etats-Unis, qui ont donné le tempo du conflit, ont montré que c’est plutôt Israël qui menait peut-être une guerre américaine. Plus que les dirigeants israéliens, c’est la secrétaire d’état Condoleeza Rice qui a fixé les délais des opérations, les moyens utilisés et les objectifs à atteindre, même si les objectifs pouvaient être convergents. C’est elle qui a sonné la fin probable des hostilités, avec le vote de la résolution du conseil de sécurité, alors que les objectifs israéliens n’étaient pas atteints. Il reste à déterminer quels étaient les objectifs américains et de voir s’ils ont été atteints. S’agissait-il d’ouvrir un front indirect avec l’Iran ? De créer un autre point de fixation pour éviter le bourbier irakien et l’impasse palestinienne ?

Autre question, mais sur un autre terrain : Le Hizbollah avait-il une stratégie en se lançant dans ce conflit ? Avait-il analysé toutes les enjeux et envisagé toutes les hypothèses ? La question est délicate. Beaucoup pensent que le mouvement libanais a sous-estimé la réaction israélienne, qui a fait plus de mille morts et causé de très grands dégâts au Liban, évalués à plus de deux milliards de dollars. Il risque, à terme, d’en payer la facture, lorsque le moment sera venu de rendre des comptes. Mais s’il n’a pas anticipé la réaction israélienne, il a su y faire face, avec ses moyens limités.

Il a également remis sur la table le dossier oublié des prisonniers libanais, même s’il n’a pas totalement obtenu gain de cause. La résolution du conseil de sécurité évoque la question, mais de manière suffisamment ambiguë pour envisager toutes les éventualités. C’est une lueur d’espoir pour les milliers de libanais détenus par Israël, depuis des années, dans le silence le plu complice de la « communauté internationale », c’est-à-dire les grandes puissances qui soutiennent Israël.

A l’inverse, Israël, qui voulait prouver sa détermination à tout faire pour protéger ses soldats, en a perdu une cinquantaine pour en sauver deux. L’échec est évident sur ce plan, comme sur d’autres. Car Israël n’a pas atteint les deux objectifs qui ont servi de prétexte à son agression : il n’a réussi ni à faire libérer ses deux soldats, ni à éliminer l’armement du Hizbollah.

Sur le plan de l’image, Israël a également perdu aux yeux de l’opinion internationale qui compte, celle de l’Europe notamment. Il est apparu comme un état recourant excessivement à la force brutale, sans nuances. Qu’ils soient de « droite » ou de « gauche », les dirigeants israéliens sont apparus arrogants, des tueurs cyniques assis sur des chars, un obus dans une main et un manuel sur la Shoah dans l’autre.

Par ailleurs, le conflit au Liban s’est limité à une confrontation entre une organisation libanaise, le Hizbollah, et Israël. Les états arabes ont soutenu du bout des lèvres pour certains, d’autres sont allés jusqu’à critiquer le parti libanais. Le cas le plus typique est celui de l’Egypte, qui a décidé de se désarmer totalement. La position de son président Hosni Moubarak est en effet d’une extrême gravité pour l’Egypte elle-même, car ce pays est devenu sans ambition, sans avenir. Non seulement le pays arabe le plus peuplé est devenu incapable de jouer le moindre rôle régional, mais il a accepté et assumé sa mise à l’écart. Il a abdiqué, compromettant son propre avenir, pas celui du Liban ni de la Palestine.

Les autres pays ont tenu un rôle conforme à ce qui était attendu d’eux : un soutien verbal sans effet, ou un silence gêné. Ces positions ne sont ni nouvelles, ni surprenantes. Elles sont le résultat d’une évolution interne propre à chaque pays, qui les a amenés à essayer d’abord de ne déplaire aux Etats-Unis, se permettant jusque quelques écarts de langage destinés à leur opinion interne, pour éviter d’être traînés dans la boue.

C’est le point le plus grave dans cette crise. Le monde arabe n’existe plus. Il est devenu amorphe, sans vie, sans âme. Pas un meeting de soutien digne de ce nom n’a été organisé en Algérie, par exemple. Celui organisé par les partis de l’alliance présidentielle était si pitoyable que le silence aurait été préférable. Les régimes autoritaires ont tellement usé leurs populations que celles-ci n’arrivent plus à s’indigner collectivement, ni à s’exprimer de manière organisée.

La déclaration du président Hosni Moubarak est, paradoxalement, celle qui décrit à la fois le mieux la situation des pays arabes, et qui montre peut-être la meilleure voie à suivre. Le Raïs a affirmé q’il ne ferait pas une guerre pour libérer le Liban. Personne ne lui demande précisément de faire une guerre pour libérer le Liban, mais simplement de libérer l’Egypte. Un pays enchaîné ne peut être le libérateur d’autres peuples.

A l’inverse, le Liban, pays démocratique, même avec un système imparfait, mais débarrassé des tutelles et des occupations, a montré que les sociétés libres sont les plus aptes à montrer la cohésion nécessaire et la solidarité indispensable pour faire face à l’adversité. Il n’y a pas eu de trahison, ni d’abdication au Liban.

Pour avoir confirmé cette seule vérité, le Hizbollah et le Liban méritent le plus grand respect.

abc

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