Faux alibis et vrais objectifs américains en Irak

 

Les Etats-Unis ont échoué en Irak. C’est la première impression que donne la situation de ce pays à feu et à sang. Mais si l’objectif des Etats-Unis était autre ?

 

Par Abed Charef

 

 

Enlisés dans le bourbier irakien, avec un président très affaibli par le revers électoral de son parti aux élections de mi-mandat en novembre dernier, les Etats-Unis semblent à priori en mauvaise posture pour imposer leur politique au monde arabe. Leur aventure irakienne risque de se terminer dans le chaos, ou dans une retraite peu honorable, alors qu’en Afghanistan, la situation n’est guère meilleure, Oussama Ben Laden risquant fort de survivre à George Bush.

Le projet de Grand Moyen Orient, lancé en fanfare il y a trois ans, a lui aussi, tourné au fiasco. Le monde arabe ne connaîtra pas les « bienfaits » de la démocratie importée d’Amérique. Bien au contraire, les autocraties et les théocraties se renforcent, des régimes « héréditaires » se mettent en place, et les libertés restent plus que jamais absentes. Le constat est d’autant plus alarmant que partout ailleurs, dans le monde, à l’exception de l’Afrique, la démocratie fait des progrès remarquables, qu’il s’agisse de l’ancienne Europe de l’Est, de l’Asie ou de l’Amérique Latine.

Ces revers à répétition ne semblent pas avoir forcé l’administration américaine à la résignation. Cette semaine encore, une réunion s’est tenue avec les pays du Golfe pour parler de démocratisation du monde arabe. Discours creux et proclamations d’intention ont dominé les travaux, mais tout le monde semble avoir joué le jeu. Les Américains ont affirmé leur attachement aux progrès démocratiques dans le monde arabe, et les dirigeants de ces pays ont encore une fois affiché des intentions sans rapport avec la réalité de leur action quotidienne.

Est-ce à dire que les Etats-Unis auraient définitivement échoué à semer les germes de la démocratie dans le monde arabe ? Vont-ils, sur ce terrain, subir un échec qui marquera durablement l’histoire de la plus puissante démocratie du monde ? A priori oui. Si, évidemment, on admet que l’objectif réel des Etats-Unis était réellement de favoriser la démocratisation du monde arabe.

Mais quand on y regarde de plus près, on constate que tout laisse supposer que derrière cet objectif affiché, les Etats-Unis ont poursuivi des objectifs totalement différents, sinon franchement opposés. Deux éléments essentiels confortent cette hypothèse : la nature des intérêts américains dans le monde arabe, et la démarche utilisée pour gérer ces intérêts.

Envers le monde rabe, la politique américaine peut être résumée en deux formules : sécurité pétrolière et sécurité d’Israël. La réalisation de ces deux objectifs est parfaitement servie par un monde arabe faible, non démocratique, instable et donc vulnérable, sensible aux pressions et aux sollicitations américaines, pour ne pas dire plus. A contrario, un monde arabe démocratique, où les dirigeants respecteraient la volonté de leurs électeurs, ne permettrait jamais cette ignominie que représentent les positions adoptées aussi bien sur l’Irak que sur la Palestine.

Sur un plan pratique, les Etats-Unis veulent assurer coûte que coûte la sécurité d’Israël. Cela passe par une supériorité stratégique israélienne sur le monde arabe, garantie par l’armé nucléaire israélienne. De là, la politique américaine a de tout temps œuvré à maintenir cette supériorité, même si quelques groupes armés pouvaient guerroyer de temps en temps contre Israël, pour maintenir cette image de démocratie assiégée par des hordes barbares.

Deux pays arabes semblaient en mesure de passer, dans des délais relativement courts, à la maîtrise du nucléaire : l’Algérie et l’Irak. L’Algérie a été menée à l’autodestruction, même s’il faudra probablement examiner de plus près un jour le rôle des Occidentaux de manière générale, et des Américains de manière particulière, dans ce dossier.

Avec l’Irak, c’est la même expérience qui se répète. Certes, le prix à payer pour les Américains a été un peu plus élevé, avec bientôt 3.000 morts et des dépenses militaires faramineuses. Mais ceci ne compte guère dans des opérations devant dessiner les contours du monde pour le prochain demi-siècle. Et le résultat est là. L’Irak est à son tour pris dans un engrenage d’autodestruction qui le met hors jeu, et pour longtemps. Peut-être de manière définitive si le plan en cours de réalisation aboutit à un dépeçage du pays, pour en faire un assemblage de bantoustans inoffensifs, à l’image des Emirats du Golfe.

Sous cet angle, la « mission » américaine en Irak est terminée. L’objectif a été atteint. L’Irak devait être mis « out », et de manière définitive, si possible. Il suffisait de mettre en marche l’engrenage de la destruction. Le reste est une simple question de temps et d’aiguillage.

Par contre, il n’a jamais été question de démocratiser ce pays. On peut même envisager une autre hypothèse, selon laquelle la seule solution à exclure absolument était celle de la démocratisation de l’Irak. Car avec sa puissance économique, avec sa densité historique, sa maîtrise technologique et sa culture laïque, un Irak démocratique pouvait, à terme, constituer la principale menace pour Israël.

Les effets collatéraux sont tout aussi bénéfiques pour les Etats-Unis. Toute la région est fragilisée, tous les régimes voisins se sentent menacés, et se montrent d’autant plus dociles, garantissant aux Américains un accès sans limite au pétrole, un sujet devenu préoccupant pour la première puissance économique et militaire du monde. La Syrie est boutée hors du Liban, et son régime, assiégé, est amené à négocier sa survie. Quant aux pauvres palestiniens, ils ont tout perdu, et semblent devoir se résigner à obtenir ce qu’on voudra bien leur offrir.

Dans quelques mois, les Etats-Unis entreront dans une nouvelle bataille électorale. L’Irak sera un sujet de plus, ou de moins, dans les débats. Et l’administration qui succèdera à celle de George W Bush trouvera d’autres points de fixation, créera d’autres zones de tension dans le monde. L’Irak sera alors oublié. Les Occidentaux pourront même verser une larme sur le bain de sang qui coulera à Baghdad, et réuniront des fonds pour reconstruire les ruines de la capitale des Abbassides.

A moins que l’expérience afghane ne se répète. Rappelons nous ce passé pas si lointain. Après avoir mobilisé le monde pour soutenir les « moudjahidine » afghans et combattre l’invasion soviétique en Afghanistan, les Etats-Unis, dès le départ des troupes russes, s’étaient totalement désintéressés de ce pays, livré aux Taliban. Jusqu’à ce qu’un « moudjahid » nommé Oussama Ben Laden ne fasse brutalement irruption pour changer le cours de l’histoire.

abc

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