L’Irak en Palestine

 

La guerre civile risque de provoquer en Irak ce que l’occupation américaine n’a pas réussi à atteindre : détruire le pays. Et la Palestine risque de basculer vers la même situation.

 

Par Abed Charef

 

Le premier ministre israélien Yehud Olmert s’est découvert un nouvel ami. En recevant le chef du gouvernement britannique Tony Blair, lundi soir, Omlert a affirmé son soutien au chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas !

Oubliés, les meurtres au quotidien perpétrés par l’armée israélienne en Palestine. Oubliées, les attaques meurtrières contre les civils, décimant des familles entières. Oubliée, la destruction de l’infrastructure palestinienne, qui a réduit les Territoires occupés en terre de désolation. Il ne reste plus que cette compassion du premier ministre israélien envers un dirigeant palestinien « modéré », contesté par des « hordes » intégristes.

Cet homme « modéré » est pourtant à la tête de l’autorité palestinienne depuis le décès de Yasser Arafat. Il a fait preuve d’une telle modération que nombre de ses compagnons ont commencé à se demander comment ce dirigeant historique du Fatah a pu se transformer au point de demander moins que le minimum. Farouk Kaddoumi, un des derniers dirigeants historiques du Fatah encore en vie, l’a d’ailleurs vertement critiqué cette semaine, mettant en doute sa capacité à incarner les revendications palestiniennes. Mais la modération de Mahmoud Abbas n’a guère donné de résultats. Israël a maintenu son acharnement contre les Palestiniens, semant la mort et la désolation, réduisant les territoires occupés en champs de ruines, détruisant l’infrastructure du pays et aggravant la déstructuration sociale d’un tissu meurtri par des décennies de guerres.

Il n’y a, pourtant, guère de secret dans cette soudaine « sympathie » palestinienne pour Mahmoud Abbas. Le premier ministre israélien s’adresse en premier lieu aux Occidentaux, auxquels il veut montrer qu’il est prêt à discuter avec un modéré, et même à « l’aider ». A contrario, ce sont les Palestiniens qui refusent d’être « aidés ». Dans le même temps, Yehud Olmert enfonce le dirigeant palestinien aux yeux de ses Palestiniens, le présentant comme l’homme d’Israël et des Etats-Unis, faisant le jeu du Hamas.

Mais au-delà de cet effet de propagande, les déclarations de Yehud Olmert révèlent la nouvelle orientation de la politique israélienne : plutôt que d’utiliser sa force, avec des risques de pertes en vies humaines, Israël privilégie l’action politique qui amène l’ennemi à s’autodétruire détruire. Avec les conseils avisés des Etats-Unis, Israël est en train de transposer la situation irakienne en Palestine, en l’améliorant si possible.

Ce changement montre la principale force d’Israël. Car plus que son armée, ou sa maîtrise de la technologie, la force d’Israël réside dans sa capacité à tirer les conclusions de ses expériences, en premier lieu de ses échecs, et d’utiliser au mieux les expériences des autres. Cela se vérifie encore une fois au Proche Orient.

Israël n’a pas réussi à détruire le Hezbollah, cet été. Il en a tiré une conclusion essentielle : il est inutile de s’engager dans des guerres qui nécessitent une forte intervention humaine. De l’expérience américaine en Irak, Israël a noté que l’occupation d’un pays provoque une puissante action de résistance, même si le régime antérieur était honni. Venir à but de la résistance se révèle comme un objectif impossible à atteindre. Par contre, amener cet ennemi à se détruire est possible. Et c’est la principale piste que veut privilégier Israël, aussi bien au Liban qu’en Palestine.

Cet été, durant l’agression israélienne, le Hezbollah a réussi à préserver son organisation, et il en est même sorti renforcé. Par contre, enivré peut-être par ses succès (ce qui serait exceptionnel pour un pari islamiste), le parti de Hassan Nasrallah s’est lancé dans une bataille libanaise moins consensuelle, et qui risque de se révéler beaucoup plus périlleuse que l’agression israélienne. L’épreuve ne fait que commencer, et il ne suffit pas de montrer sa force pour gagner, dans un pays où les équilibres sont si précaires que le moindre souffle peut déstabiliser tout l’édifice.

En Palestine, Hamas et Fatah s’orientent vers l’affrontement. Même si elles évitent la guerre civile, les deux formations se sont laissées entraîner si loin dans une logique de compétition qu’il leur sera difficile de revenir vers ce qui les unit et qui constitue l’objet même de leur existence. Un fossé, difficile à combler, s’est creusé. Il risque de faire plus de mal que les opérations militaires israéliennes.

Les conditions de la lutte ne permettent guère aux Palestiniens d’avoir la lucidité nécessaire pour rectifier le tir. Mahmoud Abbas gère la situation au jour le jour, sans pouvoir influer sur les évènements. Le Premier ministre Mahmoud Hanyeh essaie encore d’allier ses positions dogmatiques avec une réalité dramatique. Et ce n’est pas un hasard si les initiatives les plus intéressantes viennent de ceux qui ne sont pas directement impliqués dans la confrontation inter palestinienne : les prisonniers.

Ce tableau est largement suffisamment pour provoquer le bonheur de Yehud Olmert, et le pousser à verser une larme sur le sort de Mahmoud Abbas. Celui-ci se trouve dans une position très difficile, dont il lui appartient de tirer les leçons. Comme Israël a tiré les leçons de ses échecs. En aura-t-il l’envergure ?

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