Mauritanie : Eléments d’une transition réussie.

La Mauritanie a créé la surprise, réussissant des présidentielles crédibles. Retour sur les facteurs qui ont favorisé cette

démarche.Le processus de transition en Mauritanie a surpris aussi bien par sa réussite, qui demande à être confirmée, que par son originalité. Voilà en effet un pays pauvre, désertique, peuplé d’à peine trois millions de personnes, en majorité des pasteurs bédouins ou fraîchement urbanisés, de surcroît regardé avec dédain par ses puissants voisins du nord qui le considèrent comme la dernière roue de la charrette au Maghreb, voilà donc ce pays qui mène tranquillement un changement de régime de manière démocratique, sans effusion de sang.

Original, le processus l’a été. Il a été mené par un militaire de la génération postindépendance, le colonel Ely Ould Mohamed Vall, auteur d’un coup d’état contre un régime impopulaire, celui de Mouaouya Ould Ould Taya, en place depuis deux décennies. Quand il avait pris le pouvoir, il y a deux ans, le colonel Vall avait été accueilli avec la suspicion traditionnelle que nourrit toute prise du pouvoir par les militaires, particulièrement en Afrique. Il avait beau affirmer qu’il rendrait le pouvoir au civil dans un délai de deux ans, et qu’il s’interdisait d’être candidat, ses propos étaient accueillis avec le sourire. La rengaine était connue, et la plupart des analystes n’attendaient que le moment où le discours changerait pour légitimer le maintien au pouvoir du colonel Vall et son équipe.

Mais petit à petit, le colonel Vall a donné des garanties, réussissant à convaincre de sa bonne foi l’ensemble de ses interlocuteurs, pour arriver au scrutin, crédible, de dimanche 25 mars. L’élection s’est déroulée dans le calme, sans incident notable, dans un climat libre. Et, au bout du compte, le candidat battu au second tour a accepté le verdict, sans crier à la fraude. Le vainqueur, de son côté, a bénéficié d’un score crédible, avec moins de 53 pour ces voix, très différent des scores traditionnels enregistrés dans les pays arabes. Il n’a pas promis de couper de têtes ni de régler des comptes. Bien au contraire, il a tenu un discours d’ouverture envers ses opposants, laissant entrevoir de réelles possibilités d’approfondir le processus. L’espoir semble permis, d’autant plus que la Mauritanie va bénéficier, sous peu, de recettes pétrolières conséquentes, en mesure de lui permettre de s’attaquer aux effets les plus durs de la pauvreté.

Ce vent d’optimisme ne peut cependant occulter les difficultés immenses que doit affronter la Mauritanie : pauvreté, tribalisme, société traditionnelle rongée par l’islamisme, dépendance extrême envers l’extérieur, et un voisinage hostile. Mais il faut bien admettre que ces éléments à-priori  défavorables ont été mis à profit par le colonel Vall, dans une démarche très réfléchie,  pour doter son pays d’un minimum de crédibilité. Dans cette démarche, les militaires mauritaniens ont confirmé les quatre éléments qui permettent d’assurer le succès d’une transition, et on réussi à les réunir alors que tout semblait les handicaper.

En premier lieu, une transition doit s’appuyer sur une force nationale. En l’occurrence, il s’agit de l’armée, qui demeure le « premier parti » dans la plupart des pays arabes et du Tiers-Monde. Le pouvoir militaire mauritanien a réussi à préserver l’unité de l’armée et sa cohérence, et à la doter d’une démarche politique sérieuse.

Cette force nationale ne peut agir sans la présence de partenaires internes crédibles, raisonnables, capables d’accompagner le mouvement sans faire de surenchère nihiliste. Les différents courants politiques et même les notables tribaux ont joué le jeu, acceptant le risque démocratique et contribuant à instaurer un débat correct.

Un pouvoir cohérent et des acteurs politiques relativement crédibles réussissent à parvenir rapidement à un consensus national et à définir un projet politique, troisième condition de succès de la transition. Ils ont défini ensemble les règles du jeu à mettre en place et à respecter, même si le mérite en revient en premier lieu à l’armée mauritanienne, car elle été le moteur de l’opération, dessinant des règles acceptables et réussissant à convaincre les autres partenaires de les admettre. Les militaires mauritaniens semblaient ainsi porteurs d’un vrai projet, qui leur a permis jusque là de franchir des pas significatifs.

Quatrième élément clé du succès d’une transition réussie, celle-ci doit s’appuyer sur un environnement extérieur favorable. Dans le cas de la Mauritanie, les Etats-Unis et la France ont favorisé le mouvement. Le coût est pour la Mauritanie significatif, car le nouveau pouvoir mauritanien a décidé de maintenir les relations avec Israël établies par le précédent régime. C’est un gage suffisant pour Washington et Paris, qui ont pris Nouakchott sous leur protection.

Pour les dirigeants mauritaniens, le risque en valait la peine, estime un analyste qui a longtemps séjourné dans ce pays. Les difficultés étaient nombreuses, et le pays n’a pas les moyens d’y faire face. Ils se sont trouvés confrontés à un voisin menaçant au nord, le Maroc ; un autre voisin du nord, l’Algérie,  les a oubliés. Ils sont également frontaliers avec un territoire en guerre, le Sahara Occidental. Au sud, ils font face à de vastes territoires considérés comme source de migrations clandestines que le pays ne peut contrôler. Enfin, les vastes contrées désertiques du territoire mauritanien sont soupçonnées de devenir à terme un nouveau sanctuaire pour les groupes terroristes transnationaux et les grands réseaux de trafics en tous genres.

Dans ce contexte, la Mauritanie a fait des choix. Un de ces choix, les relations avec Israël, peut déplaire. Mais que pèse-t-il face à la position de l’Egypte et d’autres pays qui ont des relations déclarées ou clandestines avec Israël ? Conscients de la fragilité de leur pays, les dirigeants mauritaniens ont cherché la seule protection qui leur semblait à la fois viable et disponible, celle des Etats-Unis. Elle leur a permis de réunir les conditions nécessaires au succès d’une transition qui en est, certes, à ses premiers pas.

En réalité, la Mauritanie n’a pas innové. L’Afrique du Sud avait présenté exactement le même schéma, avec un pouvoir central fort et cohérent, qui a affiché une volonté de changement. Il a trouvé en face un interlocuteur de poids, Nelson Mandela, en mesure de négocier, au mieux, les étapes et les éléments de la transition, y compris dans son chapitre le plus douloureux. Enfin, les grandes puissances avaient appuyé à fond la transition sud-africaine. En Afrique du Sud comme en Mauritanie, ce cap était bon. Mais est-ce si difficile de le prendre ?

abc

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