Bab Ezzouar, la honte

Bab Ezzouar, c’est la plus grande université du pays. Celle où, paraît-il, on continue à dispoenser un minimum de savoir.
Dans la cité U mitoyenne, on parle pas de science. Mais de racisme. Un racisme à fleur de peau, qui surgit régulièrement, et brutalement. Cette fois-ci, des étudiants ont saccagé les chambres d’étudiants africains (pas de nationalité, mais simplment africains) et brûlé leurs affaires.
Le racisme en Algérie? Connaix pas. Sauf dans ces pogroms où des étudiants s’attaquent à des "Africains". Ou à Oran, où une chasse aux noirs a été déclnchée il y a dix huit mois.
Racisme aussi dans la manière qu’a eu la presse de traiter cette affaire. Certains articles étaient franchement racistes. Mais ne n’est pas nouveau: de nombreux journalistes se plaignent, dans des reportages, de la présence d’Africains, ces clandestins qui passent par l’Algérie pour tenter l’aventure européenne. Les Africains sont des trafiquants, des élinquants, ils vendent de l’alccol et de la drogue, et sont coupables de véhiculer le SIDA. Non, ce n’est pas l’extrême droite française qui utilise ces termes, mais des journaux algériens très modernes.
Honteux. Immonde.
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Vrai consensus pour de fausses solutions

Le 17 mai a ouvert des polémiques. Mais pas de débats…

  Par Abed Charef

 Un nouveau consensus se dégage en Algérie : la débâcle électorale du 17 mai est due à la loi électorale elle-même. Abdelaziz Belkhadem, coordinateur du gouvernement, et son prédécesseur, Ahmed Ouyahia, ont fait preuve de beaucoup de talent pour vendre cette explication aux Algériens. Dès le lendemain des élections législatives, ils ont décidé de passer à la télévision pour révéler électeurs où se trouvait le mal, et leur montrer la solution.

En un tour de main, la situation était réglée. Une nouvelle loi électorale, des mesures contre les petits partis et les indépendants, une fidélité à toute épreuve au programme du président de la République, et l’Algérie sera sauvée, ont-il promis. Le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni est allé dans le même sens, en annonçant d’ores et déjà que la loi électorale sera révisée avant les locales de l’automne prochain. Il a aussi promis des mesures contre les listes des partis intermittents qui polluent la vie démocratique.

Voilà ce qu’il en est du diagnostic établi par le pouvoir « visible » à propos de la formidable abstention du 17 mai. Le pouvoir réel, lui, n’a encore rien dit. Tout comme le président Abdelaziz Bouteflika, qui a préféré rappeler sa popularité, avec ces bains de foule dans les wilaya de l’intérieur du pays. Une manière de rappeler aux députés que lui-même a été beaucoup mieux élu, et qu’il est forcément plus légitime.

Première conséquence de ce tir de barrage su la loi électorale, le premier acte politique des nouveaux députés sera de changer la loi qui leur aura permis d’entrer au parlement ! Peu d’entre eux avaient inclus cette revendication dans leur programme électoral, si tant qu’ils en avaient un, car la plupart se réclamaient du fameux du programme du président de la République. Cela ne les empêchera pas de changer la loi qui les a fait élire, jetant des doutes supplémentaires sur leur légitimité, largement entamée par l’abstention.

Ont peut aussi disserter longuement sur ces députés indépendants qui ont rallié le FLN ou le RND avant même d’être intronisés à l’APN. Certains parlent de trahison, car ces députés sont supposés être détenteurs d’un mandat qu’ils auraient détournés en rejoignant des formations politiques. D’autres par contre soutiennent que le député indépendant reste, par définition, libre de faire de son mandat ce qu’il veut, y compris monnayer son soutien au plus offrant.

On ne sait encore comment ces questions seront tranchées. L’Algérie a visiblement tout l’été pour alimenter ce type de débat, inutile, fastidieux et sans fin. D’ici la rentrée, les députés « indépendants » auront trouvé une formule, et une nouvelle loi électorale sera adoptée. Ceci contribuera-t-il pour autant à sortir le pays de l’impasse ?

En fait, ces questions de l’heure, qui suscitent une vraie polémique, constituent un formidable moyen d’occulter les vrais défis qui s’imposent au pays. Elles donnent l’illusion que le pays est dans un débat, et qu’il recherche des solutions, alors qu’il reste totalement enfermé dans une impasse très bien entretenue.

Dans cette dérive, les responsabilités sont partagées, mais de manière inégale. Un parvenu du RND, ou un « indépendant » dont la liste a été parrainée par le wali du coin, ne portent pas la même responsabilité qu’un vieux militant de la cause nationale, ou des hommes de issus de la génération de la guerre de libération, comme Abdelaziz Bouteflika, Yazid Zerhouni et certains officiers supérieurs. De par leur parcours, leurs responsabilités et les symboles qu’ils portent, ceux de la première génération sont particulièrement interpellés par cette situation qui a fait de l’accès au Parlement une voie d’accès aux privilèges, alors qu’il devrait s’agir d’une mission de représentation nationale lourde à porter.

Ces hommes, qui se veulent héritiers de la lutte de libération nationale, devraient être les premiers à s’alarmer de cette représentation nationale biaisée. Ils devraient se rendre compte que l’absence de contre-pouvoirs rend leur propre pouvoir illusoire, car il n’est bâti sur rien, sinon sur une allégeance prête à se vendre au plus offrant, y compris au détriment de la souveraineté nationale.

L’expérience de ces responsables devrait aussi, en théorie, les amener à faire le constat de l’écroulement des institutions et des valeurs morales qui font les grandes ambitions. De même devraient-ils constater l’absence de toute instance de débat et de délibération dans le pays, ce qui ouvre la voie à des décisions irréfléchies, parfois à la limite de l’absurde, comme ce fut le cas pour la loi sur les hydrocarbures.

La réhabilitation du débat, et de l’action politique, pourraient peut-être les amener à se remettre en cause, et se poser des questions à la fois sur leur parcours récent, et sur les véritables raisons qui ont mené à l’abstention massive du 17 mai.

Ce sera un premier pas vers la lucidité, qui semble devoir amener le pays vers une destination inévitable : faire le constat que le système politique est mort, et que la plus belle œuvre à engager est de lui organiser de belles funérailles, pour bâtir un autre système, basé sur de nouvelles règles politiques, économiques, sociales, culturelles et morales. Ce sera le seul moyen d’éviter un nouveau consensus autour de fausses solutions.

أسئلة ما بعد 17 ماي

عابد شارف

بسرعة فائقة، توصلت الجزائر إلى ما يشبه إجماعا وطنيا حول انتكاسة 17 ماي. فقد قال السيد عبدالعزيز بلخادم، منسق الحكومة، وسابقه في المنصب أحمد أويحيى، أن الإخفاق الذي تم تسجيله في الانتخابات التشريعية كان نتيجة لقانون الانتخابات نفسه. وتسابق الرجلان في تبني هذه الفكرة، ودافعا عنها بقناعة كبيرة سواء خلال حصة للتلفزيون أو خلال تصريحات مختلفة.

ووعد الرجلان بقرارات صارمة تتمثل في تغيير قانون الانتخابات، ثم العمل الجاد للقضاء على الأحزاب "السنافير"، ووضع إستراتيجية عالمية لمحاربة المترشحين المستقلين، مع الإعلان الرسمي أن كل ذلك سيتم في إطار الوفاء المطلق لبرنامج رئيس الجمهورية. وبهذه الخطة الشاملة والمدروسة، سيتم إعادة الاعتبار للتصويت، وللبرلمان، ولمؤسسات الدولة كاملة. وفي نفس الإطار، وعد وزير الداخلية يزيد زرهوني أنه سيطبق هذه الخطة الكبرى في أقرب الآجال، حيث يضع مراجعة قانون الانتخابات ضمن أولوياته، وسيحقق هذا المطلب الشعبي الجماهيري قبل الانتخابات المحلية التي من المنتظر أن تجرى في أكتوبر القادم.

وطبقا لهذا البرنامج الطموح، سيكون أول عمل يقوم به البرلمان الجديد بعد تنصيبه هو إلغاء قانون الانتخابات الذي سمح للنواب الموقرين أن يدخلوا البرلمان… و بذلك يتصرف النواب مثل المسافر الذي قام بحرق الزورق مباشرة بعد أن قطع الوادي… ومن جهة أخرى، فقد طعن الكثير في شرعية البرلمان الحالي، معتبرين أنه لا يمتلك الشرعية الكاملة ليعبر عن إرادة الأمة. وإذا وافق النواب فعلا على مراجعة قانون الانتخابات، فإنهم سيزكون هذه الفكرة ويطعنون بدورهم في شرعيتهم…

ويمكن أن نجتهد في مثل هذه القضايا المتعددة التي برزت مع البرلمان الجديد وأصبحت تشكل المحور الأساسي للثرثرة السياسية. فيمكن مثلا أن نتحدث مطولا عن أولائك النواب الأحرار الذين انضموا إلى جبهة التحرير أو الأرندي مباشرة بعد انتخابهم، ونتساءل حول شرعية هذا التصرف سواء من الجانب القانوني أو من الجانب الأخلاقي. واجتهد البعض ليلاحظ أن هناك فراغ قانوني، بينما قال الآخرون أن المترشح الحر يبقى حرا في تصرفه بعد انتخابه سواء انضم إلى علي أو معاوية…

وحقيقة الأمر أن كل هذا الكلام، من الجدال حول تصرف النواب الأحرار إلى الدروس التي استخلصها زعماء الأحزاب حول أسباب الامتناع الذي تم تسجيله في الانتخابات التشريعية، كل هذا الكلام يشكل لغوا ليس إلا.

وما كان ينتظره الكثير بعد 17 مايو هو الطريقة التي سيلجأ إليها أهل الحل والربط في البلاد في تعاملهم مع الوضع السياسي الذي أفرزته الانتخابات: هل سيتصرف هؤلاء كقوم مسئولين، يحملون عبء هذه الأمة، بتاريخها وشعبها، وينظرون إلى الوضع بنظرة جديدة ليفهموا أن النظام الحالي انتهى، وأنه لم يبق لهم إلا تنظيم جنازة هذا النظام، وبداية العمل لإقامة نظام جديد يسمح للبلاد أن تفتح صفحة جديدة من تاريخها؟ أم هل أن أهل الحل والربط سيتعاملون مع نتائج الانتخابات التشريعية من الجانب الضيق، حيث يكتفي كل طرف بتبرئة ذمته، واتهام الآخرين بالإخفاق والفشل، ويفكر في الطريقة التي تسمح له بالحفاظ على رضا أهل السلطة، بينما يتواصل انهيار البلاد ومؤسساتها وقيمها؟

وحتى لا نبقى في أسئلة نظرية، نذكر بالخصوص عددا من المسئولين الذين شاركوا في حرب التحرير، منهم الرئيس عبد العزيز بوتفليقة، ووزير الداخلية يزيد زرهوني، وعددا من قادة الجيش الذين يفتخرون بصفة المجاهد بمعناها النبيل، نذكر هؤلاء ونتساءل: هل هؤلاء يدركون أن النائب في البرلمان تحول من حامل مشقة وعبء سياسي إلى منصب للحصول على امتيازات ولو تم ذلك على حساب مصالح البلاد؟ هل يدرك هؤلاء أن وصولهم أو بقاءهم في السلطة على حساب المؤسسات يشكل ضربة قاسية للسيادة الوطنية؟ هل يدرك هؤلاء أن انهيار البرلمان وغياب سلطات شفافة يؤدي حتما إلى تراجع في تسيير البلاد، وأن التراجع في التسيير يؤدي بدوره إلى تراجع في السيادة الوطنية؟ هل يدرك هؤلاء أن الجزائر أصبحت خالية من كل مؤسسة للنقاش والتشاور، مما يفتح الباب للقرارات العشوائية الهدامة، مثلما وقع الأمر مع قانون المحروقات؟ هل يدرك هؤلاء أن الجزائر تفتقر اليوم لأي مركز للفكر الحر، وأن كل المؤسسات التي من المفروض أن تنتج الأفكار وتغذي النقاش أصبحت تجتهد لتمجد القرارات التي يتخذها فخامته أو التي يتخذها آخرون باسم فخامته، مهما كان محتواها؟

هذا جزء من الأسئلة التي كان من المفروض أن يطرحها أهل الحل والربط بعد الانتخابات التشريعية. ولم نسمع لحد الآن ما يقوله أصحاب القرار الحقيقيين لأن الذين نشطوا الثرثرة السياسية ينتمون إلى دوائر ثانوية في السلطة لا تملك القرار. لكن لا يمكن أن يتواصل صمت أهل القرار طويلا، وإلا سيعني أن هؤلاء متورطون في الانهيار المتواصل للبلاد ومؤسساتها، وسيتحملون مسئولية هذا التراجع.

ع.ش

 

Boutef au secours des enfants, ou le mensonge public et officiel

Le Pésident Abdelaziz Bouteflika a reçu, hier, des enfants, à l’occasion de la journée mondiale de l’enfance. Première surprise, le chef de l’état n’avait pas trop à se baisser pour embrasser les bambins.
Mais le ridicule était ailleurs. Les "bara iim" (enfants) auraient demandé auchef de l’état de créer un observatoire l’enfance! Et le chef de l’état s’est exécuté! Et la presse a rapporté, aujourd’hui, le plus sérieusement du monde cette initiative des enfants.
On connaissait les marches spontanées. Là, ce sont des revendications spontanées. C’est ainsi qu’on fabrique les futurs militants du RND.
C’est ainsi qu’on fabrique des mensongs publics, officiels, et tout le monde l’admet.

Un blog, c’est pas que du sérieux

Un blog, c’est pas que des choses sérieuses. Alors, à partir d’aujourd’hui, je me permets de petites réflexions au quotidien. Allons-y!
J’ai passé beaucoup de temps à lire Louisa Hanoun, de même qu’hier, j’ai passé du temps à lire Ahmed Benbitour.
Les dames d’abord. Louisa Hanou a eu 26 sièges à l’APN. Un bon score, avec beaucoup d’illusions. Louisa demande la suppression de la fameuse commission politique des élections. Son appel vient un peu tard. Faut-il rappeler que si l’administration n’est pas en mesure de garantir la régularité et l’équité des élections, il est inutile de se faire des illusions.
Louisa Hanoun, grande militante féministe! Elle a mis beaucoup de femmes têtes de liste. Parfait. Même si elle fait preuve d’un humour particulier en élaborant la liste pour la wilaya de Aïn-Defla. Ceux qui connaissent Aïcha, quatrière sur la iste, comprendront.
Notons que Louisa est d’accord avec Belkhadem et Ouyahia sur la nécessité de changer la loi électorale. Serait-ce une nouvelle alliance présidentielle qui se dessine? Mais il faudrait demander à Ouyahia comment cette loi lui a permis le raz-de-marée de la fraude en 1997.
Mais si les deux premies partis du paus ne trouvent dans le 17 ami que la nécessité de chqnger la loi, il n’y a plus rien à faire pour le pays.

L’urne boomerang

Après l’urne qui tue la démocratie, l’Algérie a créé une autre nouveauté électorale, celle où l’abstention a plus de sens que le vote.

Par Abed Charef

La sanction est tombée, impitoyable.  Au-delà du nombre de sièges obtenus par tel ou tel parti, du recul de tel autre ou de la percée des listes dites indépendantes, les élections législatives du 17 mai valent d’abord par le chiffre de l’abstention enregistrée. Et, pour une fois, il y a eu consensus sur l’interprétation de ce chiffre : il confirme l’ampleur de l’écart qu’il y a entre l’Algérie officielle et l’Algérie réelle.

Peu importe pourquoi les Algériens n’ont pas voté. Qu’ils ne croient plus à ce type de scrutin, qu’ils considèrent leur vote sans effet sur la vie du pays, qu’ils redoutent le trucage des élections, qu’ils ne se retrouvent pas dans les candidats ni dans leurs programmes, ou qu’ils considèrent le vote comme une simple formalité technique sans effet pratique, tout ceci devient secondaire face à cette terrible réalité : la représentation nationale est biaisée. Le Parlement, supposé être l’expression de la souveraineté nationale, ne représente qu’une partie du pouvoir et de sa périphérie. Les deux tiers des Algériens se sentent désormais plus concernés par ce que décident leurs ministres et leurs députés, ni par les institutions qui gèrent le pays.

Pourtant, le pouvoir ne semblait pas faire face à des handicaps majeurs pour organiser ce scrutin. Ni terrorisme menaçant, ni dissidence islamiste, ni présence encombrante des arouch ne venaient assombrir une opération apparemment bien rôdée. Au contraire, le pouvoir avait à sa disposition l’argent, les moyens matériels, l’administration, les médias publics, l’alliance présidentielle et l’arrogance. Avec tous ces atouts, il n’a pas réussi à convaincre les Algériens de se rendre aux urnes.

C’est donc un échec du pouvoir, en premier lieu.

Mais aussi terrible soit-il, le choc du 17 mai ne semble guère avoir eu d’effet. Dès le lendemain du vote, en effet, ceux qui ont la charge des affaires du pays sont revenus à leur platitude, à leur train-train quotidien et à un comportement qui frise l’irresponsabilité. Quatre réactions suffisent amplement à montrer avec quel dédain les responsables du pays ont réagi à ce séisme politique.

Ahmed Ouyahia, un grand connaisseur dans le domaine, a parlé de fraude ! Lui qui est au gouvernement depuis une décennie, a trouvé le moyen de critiquer la loi électorale, et d’en demander la révision. Le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni a trouvé dans le vote le signe d’une « maturité » des Algériens. Boudjerra Soltani, ministre d’état, a estimé que son parti a progressé ! Et le chef du Gouvernement Abdelaziz Belkhadem s’est déguisé pour expliquer que son parti s’est replié, mais n’a perdu ni la bataille, ni la guerre.

Le sursaut attendu après un tel choc n’aura donc pas lieu. Le pays va se replonger très rapidement dans les petites combines. On s’interrogera sur la présidence de l’Assemblée Nationale, on supputera sur l’élargissement du gouvernement, sur les chances du RCD d’y accéder, sur les conditions posées par Louisa Hanoun pour intégrer l’alliance présidentielle. Ensuite, ce sera l’été, puis le Ramadhan, avant les élections locales. Et on parlera peut-être de nouveau de révision de la constitution. Il y a là largement de quoi meubler une année inutile.

Cette fuite en avant n’effacera cependant pas les problèmes. Elle retardera seulement l’échéance, car la réalité finira par s’imposer de nouveau. Avec, cette fois-ci, deux changements majeurs. D’une part, la société algérienne est en majorité hors contrôle du pouvoir. Le fossé qui s’est creusé entre les Algériens et leurs dirigeants est aujourd’hui consacré de manière institutionnelle. D’autre part, la contestation actuelle n’est pas violente. Elle n’est le fait ni de Ali Belhadj, ni de Abbassi Madani, ni du GSPC. Même le FFS a eu l’élégance de ne pas revendiquer la forte abstention du 17 mai. Il s’agit d’un mouvement plus profond, si profond que certains n’hésitent pas à y voir l’œuvre du partie du pouvoir, lassée du bricolage en cours depuis des années.

Face à une telle situation, les schémas traditionnels destinés à colmater les brèches ne peuvent désormais plus s’appliquer. Il n’est plus possible de recourir à des formules partielles pour rétablir les ponts entre les Algériens et leurs institutions. Car c’est une lame de fond qui frappe le pays. Comme si le pays, à travers cette abstention massive, payait en une traite toutes les vicissitudes du passé, de l’affaire Khalifa aux scandales financiers, de l’incompétence des dirigeants au mal-vivre des jeunes, de la corruption au rejet de la bureaucratie, du chômage aux harraga.

Ce n’est plus une déferlante, c’est un tsunami, qui met le pouvoir seul face à lui-même. Il a mené la barque tout seul, et a lentement construit son propre échec. Il ne peut s’en prendre ni au terrorisme, ni à l’opposition, et ne peut invoquer ni le manque de ressources financières ni l’absence de signaux d’alerte, avec ces émeutes quotidiennes qui secouent villes et villages de l’intérieur du pays, et ce suicide collectif que représentent aussi bien les destructions des biens publics que le phénomène des harraga.

Sous cet angle, le pays apparaît dans l’attente d’une véritable révolution participative. Mais rien n’indique que le pouvoir est prêt, ni disposé à répondre à cette attente. A l’inverse, certains signes, et même certaines déclarations publiques, expriment la satisfaction du pouvoir face à ce type de scrutin.

Cela confirmerait l’hypothèse la plus invraisemblable qui ait été avancée pour expliquer le 17 mai : c’est le pouvoir qui a sciemment préparé ce résultat. Après tout, disent les partisans de cette thèse, le pouvoir n’a-t-il pas rêvé depuis quinze ans de construire une démocratie sans le peuple, et d’organiser des élections sans participation populaire ? Lassé d’annuler des élections dont les résultats ne lui plaisaient pas, ou de truquer des scrutins dont les résultats ne lui convenaient pas assez, il a préféré une autre méthode, dans laquelle il n’y a ni bourrage d’urne, ni changement de PV. Il a décidé d’organiser des élections dans des conditions telles que les Algériens se trouveraient dans des dispositions politiques et psychologiques qui les éloigneraient de l’urne.

Le coup été réussi. Trop réussi même. A tel point que l’urne s’est transformée en boomerang.

abc

من 5 أكتةبر إلى 17 ماي

عابد شارف

وأخيرا جاء يوم الحساب، يوم التفتت فيه السلطة الجزائرية إلى ما صنعت، فاكتشفت أنها كانت تحفر قبرها دون أن تدري. كانت تلك السلطة تريد تنظيم انتخابات بلا شعب، فتحول الانتخاب إلى استفتاء ضد السلطة وأحزابها وحواشيها، حيث لم يبال أحد بعدد المقاعد التي حصل عليها هذا الحزب أو ذاك في الانتخابات التشريعية التي جرت الخميس الماضي، وركز الجميع على نسبة المقاطعة التي أكدت، وصفة نهائية، الفارق الذي يفصل الجزائر الحقيقية عن الجزائر الرسمية.

وليس مهما اليوم أن نعرف لماذا امتنع الجزائريون عن التصويت، بل المهم هو هذا الواقع الجديد: إن التمثيل الوطني أصبح اليوم مزيفا. والبرلمان الذي يعبر عن السيادة الوطنية لا يمثل اليوم إلا جزء من السلطة وحاشيتها. وقال ثلثا الشعب الجزائري أنهم ليسوا معنيين بما يقوم بهم وزراؤهم ونوابهم، وأنهم لا يبالون بمؤسسات البلاد.

وتوصلت السلطة إلى هذه النتيجة رغم أنها كانت تكسب كل الأوراق. فهي لا تواجه تهديدا إرهابيا قويا مثلما كان الحال في التسعينات، ولا توجد في البلاد اضطرابات من نوع العروش، ولا يشكل الإسلام السياسي تهديدا على الجمهورية. عكس ذلك، فإن السلطة تكسب المال والإدارة والولاء والتحالف الرئاسي ووسائل الإعلام العمومية، لكنها لم تنجح في تنظيم اقتراع مقبول، وهي تتحمل المسئولية كاملة عن هذا الوضع.

وكان الكثير ينتظر رد السلطة أمام هذه النكسة. وقال الكثير كذلك أن أهل السلطة، بحكم وطنيتهم، سيستخلصون الدرس ويشرعون في مبادرات كبرى لتدارك الوضع. لكن الواقع سرعان ما أكد العكس، حيث عاد كل طرف من أطراف السلطة إلى تصرفاته التقليدية في الحفاظ على منصبه وامتيازاته. ومثلما قال المتهمون في قضية "خليفة"، قال كل طرف "خاطيني" واتهم الآخرين بالإخفاق.

وقد قال أحمد أويحيى، وهو موجود في الحكومة منذ عشرية كاملة، أن النكسة جاءت بسبب التزوير وبسبب قانون الانتخابات الذي يجب تغييره. وقال بوجرة سلطاني أن حزبه حقق تقدما… وقال عبد العزيز بلخادم أن حزبه تراجع لكنه لم ينهزم، وأضاف أن البرلمان الماضي كان ضعيفا بسبب ضعف المعارضة… أما يزيد زرهوني فإنه قال أن اقتراع 17 مايو أكد نضج الشعب الجزائري…

هذه أجوبة أهل السلطة بعد زلزال 17 مايو. وتشير هذه المواقف إلى أن البلاد لا تتجه نحو البحث عن الأجوبة الكبرى التي تتطلبها المرحلة، بل أنها ستدخل عن قريب مرحلة جديدة في اللهو السياسي. وستطغى على الساحة قضايا مثل من سيتولى رئاسة البرلمان، واحتمال تغيير الحكومة، ومصير عبد العزيز بلخادم، واحتمال مشاركة الأرسيدي في الحكومة، والشروط التي ستطلب لويزة حنون توفيرها للانضمام إلى التحالف الرئاسي. وبعدها، سيأتي فصل الصيف بمشاكله، ثم رمضان والتحضير للانتخابات المحلية، وإن لم تكن هذه القضايا كافية فسيعاد طرح مسألة تغيير الدستور والإشاعات حول صحة رئيس الجمهورية. وستكون هذه المواضيع كافية لسد الفراغ السياسي وتضييع سنة كاملة.

لكن عدم التعامل مع الوضع الحقيقي للبلاد لن يلغي المشاكل، بل سيؤجل لحظة الحسم. ولما تجد السلطة نفسها مرة أخرى أمام الواقع، فإنها ستدرك أن عاملين أساسيين تغيرا، أولهما أن المجتمع الجزائري صار في أغلبيته خارج تحكم السلطة، لأنه الشعب أصبح في وادي والسلطة في وادي. والعامل الثاني هو أن رفض سياسة السلطة أصبح سلميا، فالامتناع عن التصويت ليس من فعل عباسي مدني ولا علي بلحاج ولا القاعدة، إنما الرفض جاء من أعماق الشعب. إنه شعب تحمل قضية "خليفة" والفضائح المالية، وتحمل فشل البيروقراطية وعجز الإدارة، وصبر أمام الظلم واللامبالاة والتزوير، وتألم أمام البطالة ومصير الحراقة، ولما جاءته الفرصة، فإنه تقيأ كل هذا مرة واحدة بامتناعه الجماعي عن التصويت.

إنه رد فعل يشبه كثيرا ما حدث في أكتوبر 1988. لكنه رد فعل سلمي.

ع.ش

Abed_charef@hotmail.com

 

 

La malédiction parlementaire

Voter ? Pourquoi pas ? A condition que le Parlement serve à quelque chose…

Par Abed Charef

 

Il y a cinq ans, les élections législatives étaient remportées par le FLN, dirigé par un certain Ali Benflis ! Une victoire écrasante, qui propulsait le FLN au rang de premier parti du pays, et faisait de son chef un homme politique incontournable. Le FLN connaissait une seconde jeunesse, disaient des chroniqueurs enthousiastes, qui promettaient au secrétaire général du parti un avenir brillant. Ils le voyaient déjà au sommet de l’état, et en faisaient le successeur naturel du président Abdelaziz Bouteflika. Il n’a qu’à surfer sur la vague du succès, pour se laisser entraîner encore plus haut. Il lui suffisait juste d’aller à la rencontre d’un destin qui lui tendait les bras.

Rares étaient ceux qui voyaient, dans cette victoire, le début de la fin pour Ali Benflis. L’un d’eux écrivait pourtant, en toutes lettres, que cette victoire était un « cadeau empoisonné » pour l’ancien chef du gouvernement. Car ce succès de Benflis devait le pousser à aspirer à remporter d’autres victoires, pour briguer d’autres fonctions. Il lui restait une seule marche à franchir. Elle lui fut fatale.

On sait ce qu’il en fut des rêves de Ali Benflis. Non seulement il n’a pas réussi à accéder au pouvoir, mais il a été broyé par une machine impitoyable. Contraint de tenir le congrès de son parti dans des conditions semi-clandestines, il perdait, quelques semaines plus tard, toute illusion. En quelques mois, celui qui semblait promis aux plus hautes destinées a littéralement disparu de la vie politique, laissant, en souvenir, l’image d’un homme perdu dans une jungle politique dont il pensait avoir compris le fonctionnement.

Quelques années auparavant, une autre aventure, étrangement similaire, était arrivée à d’autres personnages qu’on a oubliés depuis. En 1997, le RND, nouveau né dans le paysage politique algérien, remportait les élections législatives à l’issue d’un scrutin marqué par une fraude massive. Mohamed Betchine et Tahar Benbaïbèche avaient alors le vent en poupe. Proches de Liamine Zeroual, disait-on, ils formaient, avec Ahmed Ouyahia, la direction du RND. Mais quelques mois plus tard, ils se retrouvaient à leur tour insultés, traînés dans la boue, accusés de tous les maux, pour être expulsés du RND et des cercles du pouvoir, alors que leur parti détenait la majorité à l’Assemblée Nationale dont Tahar Benbaïbèche était vice-président.

Faut-il en conclure que le Parlement algérien porte malheur à ceux y détiennent la majorité ? Boudjerra Soltani, le seul homme politique algérien à avoir consacré un livre à la sorcellerie et à la science des djinns, pourrait confirmer cette thèse de la malédiction. Mais la réponse est pourtant beaucoup plus rationnelle. Elle tient en quelques éléments: l’accès au pouvoir en Algérie ne se décide pas dans les institutions, mais ailleurs. Et celui qui veut enfreindre ces règles, non écrites mais toujours en vigueur, pour s’emparer du pouvoir, subit le sort d’Icare, ce génie qui voulait voler dans le Ciel pour atteindre Dieu et finit être brûlé par le soleil.

Car si Ali Benflis et Benbaïbèche ont été laminés par la machine du pouvoir, c’est parce qu’ils ont cru, à un moment de leur carrière, qu’ils pouvaient accéder au pouvoir par un jeu institutionnel auquel ils avaient adhéré. En réalité, ce jeu était totalement fictif. Les partis qu’ils étaient supposés diriger, le RND ou le FLN, étaient en réalité des montages totalement artificiels, créés ou maintenus en vie dans le but de maintenir une illusion de jeu institutionnel. Ils existaient pour légitimer le pouvoir, non pour permettre à leurs dirigeants d’accéder éventuellement au pouvoir. Les chefs de parti n’ont donc pas pour vocation de lutter, pour imposer leurs idées et forcer le destin. Leur vocation est de faire preuve de discipline, d’obéir, de faire éventuellement du lobbying, et d’attendre, sans jamais faire de vague. Ils doivent savoir effectuer des traversées du désert sans jamais se plaindre. Ils doivent, surtout, rappeler leur fidélité à toute épreuve. En ce sens , Ahmed Ouyahia est un élève modèle: à peine remercié du poste de chef du gouvernement, il rappelait son soutien au programme du président Abdelaziz Bouteflika.

Ce fonctionnement a un résultat: le Parlement est une chambre d’enregistrement, sans aucun droit de regard sur ce que décide le pouvoir. Il avalise une chose et son contraire, comme ce fut le cas pour la loi sur les hydrocarbures. Il accepte, sans débat, les ordonnances du chef de l’état. Et dans la logique du système algérien, il n’y a là rien d’anormal : le FLN, le RND et Hamas n’ont-ils pas, tous les trois, fait campagne pour défendre le programme du président ?

Dans de telles conditions, faut-il voter ? Kamel Daoud a trouvé la formule. « Voter ne sert à rien, mais ne pas voter ne sert à rien non plus », a-t-il écrit (1). Cette formule traduit, poussé à son paroxysme, le sentiment d’impuissance et de résignation de la société algérienne face aux élections législatives.

Voter ? Pourquoi faire ? Cela ne changera strictement rien, sinon à avaliser une opération ficelée de bout en bout. Dans l’ordre, ou dans le désordre, FLN, RND et Hamas seront reconduits, et continueront à regarder le pays partir à la dérive, en attendant que sonne l’heure de la succession. Au pouvoir depuis une décennie, ils ont eu le temps de faire la preuve de leur incapacité à imaginer une sortie de crise. Khalifa, BRC, scandales financiers, émeutes, harraga, chômage de masse, délinquance, voilà ce que l’histoire retiendra de leur passage au pouvoir, alors que le pays dort sur une manne financière jamais égalée.

Boycotter ? Le terrain est déjà occupé, et même sérieusement parasité. Abbassi Madani et le GSPC ont décrédibilisé cette option. Le FFS, lui-même boycotté, n’arrive pas à rendre visible le contenu démocratique de ce choix. De même, le boycott est l’expression d’une incapacité à influer sur le cours des choses, plutôt qu’un choix destiné à imposé une ligne de conduite. Il traduit une résignation devant un fait accompli, une impuissance à faire face à la machine du pouvoir.

Il y a plus de dix ans, à la veille de l’élection présidentielle qui a porté Liamine Zeroual au pouvoir, un homme politique faisait déjà le même constat : participer, c’est avaliser un choix non démocratique décidé ailleurs, disait-il. Ne pas participer, c’est laisser le champ libre au pouvoir, et risquer de voir les institutions du pays s’écrouler. Depuis, ces institutions se sont effectivement écroulées. Et pourtant, le pouvoir continue de gérer le pays de la même manière.

A priori, cela donne de ce pouvoir une image de force et de puissance. Il impose ses hommes, ses méthodes, ses choix, et réussit à détruire tout ce qui s’oppose à lui. Il a domestiqué les groupes armés, réussi à réduire l’impact du terrorisme, laminé l’opposition pacifique, mis la société hors jeu, et aucun groupe politique n’est en mesure de lui disputer le pouvoir.

En réalité, cette analyse relève d’un autre temps. Car les pouvoirs forts sont ceux qui, non seulement respectent les institutions et les contre-pouvoirs, mais oeuvrent continuellement à les renforcer, et permettent à la société d’exprimer sa vitalité. A l’inverse, les pays faibles sont ceux dont les pouvoirs ferment les portes pouvant mener à de vraies solutions, et n’offrent à leurs citoyens que la possibilité de choisir entre de fausses solutions. Choisir entre Hamas, le RND et Ali Zeghdoud. Un choix qui ressemble fort à une malédiction.

abc

  1. Le Quotidien d’Oran, mardi 15 mai

 

خيار بين العجز والفشل

عابد شارف

 

هل سيشارك السيد علي بن فليس في الانتخابات التشريعية التي تجري اليوم؟ ولصالح من سيصوت إذا قرر أن يشارك؟ إنها أسئلة بسيطة، ولعها تبدو غريبة في هذه الصبيحة المباركة التي يستعد خلالها الجزائريون لانتخاب برلمان جديد. لكن طرح هذه الأسئلة في هذا اليوم بالذات يفتح بابا لنتذكر تجارب الماضي ونستعيد دروسه السياسية.

فقبل خمس سنوات، جرت في الجزائر انتخابات تشريعية، وكان علي بن فليس يومها على رأس جبهة التحرير، وتحصل الحزب العجوز على أغلبية ساحقة من أصوات المواطنين، سمحت له أن يفوز بأغلبية مطلقة في البرلمان. وقال الكثير يومها أن علي بن فليس اقترب من قمة السلطة، وأنه أصبح يمثل الوريث الطبيعي للرئيس عبد العزيز بوتفليقة، حيث لم يبق له إلا انتظار فترة قصيرة ليعتلي عرش السلطة. وأصبح التقرب من "سي علي" واجب، ومغازلته سنة، خاصة وأن بعض الدوائر في السلطة كانت تشير إلى وجود خلاف بين رئيس الجمهورية وعدد من أصحاب القرار، مما يوحي إلى أن خلافة بوتفليقة أصبحت مفتوحة، وأن بن فليس من أوائل المرشحين للمنصب.

لكن أحلام علي بن فليس انهارت أمام واقع النظام الجزائري، حيث لم تكتف الآلة الجهنمية من إقصائه من الساحة السياسية، بل ذهبت إلى حد الإهانة، إذ فرضت عليه أن ينظم مؤتمر حزبه في ظروف شبه سرية، ولم تمنحه إلا ما يقارب خمسة بالمائة من الأصوات في الانتخابات الرئاسية التي جرت في أفريل 2004. وفي أشهر قليلة، تحول علي بن فليس من رجل يطمح للوصول لأعلى هرم السلطة إلى رجل لا يجوز ذكره في العالم السياسي. ولم يبق منه إلا صورة رجل ابتلعته آلة سياسية كان يعتقد أنه يعرف طريقة عملها.

وقبل ذلك بخمس سنوات، ظهر إلى الوجود حزب مشهور، وهو الأرندي، وكان من أبرز قادته محمد بشين، أقرب الأصدقاء للرئيس اليمين زروال، والطاهر بن بعيبش، رئيس منظمة أبناء الشهداء. وإثر عملية تزوير لم تعرف الجزائر لها مثيل، فاز الأرندي بأغلبية ساحقة في البرلمان أشهر قليلة بعد ميلاده، وأصبح الطاهر بن بعيبش نائبا لرئيس المجلس الشعبي الوطني. لكن لم تمر سنة واحدة حتى وجد الطاهر بن بعيبش نفسه وسط عاصفة قضت على طموحاته السياسية، وأدت إلى إقصائه من الحزب ثم من الساحة السياسية.

ولم نتكلم عن الانتخابات التشريعية لسنتي 1997 و2002 للتذكير بالجرح، ولا بضحاياه، إنما التذكير بهذه التجارب يهدف إلى التساؤل حول هذه اللعنة المرتبطة بالأحزاب التي تحصل على الأغلبية في المجلس الشعبي الوطني. فمن المفروض أن الحزب الذي يحصل على مثل هذه النتيجة يفتح لنفسه آفاقا كبرى، منها باب السلطة، لكن الأغلبية في البرلمان الجزائري تؤدي إلى الجحيم. فلماذا هذه اللعنة؟ وهل هي لعنة حقيقية؟

وإذا افترضنا أن هناك لعنة، فمن المفروض أن السؤال سيأتي من السيد بوجرة سلطاني، لأنه خبير في الميدان حيث أنه الرجل السياسي الوحيد الذي نشر كتابا حول السحر وكيفية التغلب عليه. أما إذا اعتبرنا أن القضية سياسية، فإن الجواب يختلف، حيث أن البرلمان في الجزائر لا يشكل سلطة مستقلة مثل ما هو متعارف عليه، إنما يشكل واجهة أنيقة لنظام متسلط لا يؤمن بالمؤسسات.

وجاء إقصاء كل من علي بن فليس والطاهر بن بعيبش من الساحة السياسية لأنهما اعتقدا في يوم من الأيام أنه من الممكن الوصول إلى السلطة انطلاقا من لعبة المؤسسات. غير أن هذه المؤسسات كانت وهمية، ولم يكن زعيما الأرندي والأفلان إلا مسيرين لشركات مساهمة تابعة للسلطة، ولم يكن وجود الحزبين يهدف إلى المشاركة في الحياة السياسية، كما أنه لا يسمح إطلاقا لقادته أن يحاولوا الوصول إلى السلطة بطريقة مستقلة، إنما الهدف من وجود هذه الأحزاب هو إعطاء واجهة تعددية لنظام متسلط.

ولذلك، فليس منتظرا من البرلمان أن يصنع القوانين حسب خيارات الأحزاب التي تملك الأغلبية، إنما دوره يكتفي على المصادقة على كل قرارات السلطة، مهما كانت. وشاهدنا البرلمان يصادق على قانون ثم يتراجع ويصادق على قانون معاكس مثلما وقع في قضية قانون المحروقات. ولا بد من الاعتراف أن هذا تصرف منطقي في النظام الجزائري، لأن أحزاب التحالف الرئاسي رددت يوميا خلال الحملة الانتخابية أنها ستعمل بجد لتطبيق برنامج رئيس الجمهورية. فهل يجوز أن نعيب عليها غدا ولاءها لرئيس الدولة؟

وفي هذا الظرف، يتساءل الكثير: هل يجب المشاركة في التصويت؟ ولأي هدف؟ فالكل يعرف أن الأمور حسمت، وأن تصويت المواطن لن يغير شيئا، حيث لا يوجد أي مؤشر يوحي أنه من الممكن الخروج من قبضة التحالف الرئاسي الموجود في السلطة منذ عشرية كاملة. وحصيلة هذا التحالف معروفة. إنها تتلخص في بعض العبارات:  قضية خليفة، و"بي أر سي"، وفضائح البنوك، والحراقة، والبطالة الجماهيرية، والانتفاضات اليومية في المدن، وانتشار الإجرام.

هل من الأفضل إذا عدم المشاركة؟ هذا الخيار أصبح بدوره باطلا. فقد تبناه عباسي مدني، والجمعية السلفية للدعوة والقتال، كما أنه أصبح يمثل عجزا عن تغيير الأمور بدل أن يكون خيارا سياسيا يرمز إلى موقف إيجابي. وعدم المشاركة يعني ترك الميدان لسلطة قررت أن تقيم ديمقراطية بدون شعب، وتنظم انتخابات دون مشاركة الشعب، فالسلطة لا تبالي أبدا بهذا الجانب، حيث يكفيها تعيين نوابها مهما كانت الطريقة.

هذا الخيار المطروح أمام الجزائريين بمناسبة الانتخابات. إنه خيار بين الفشل والعجز.

ع.ش

 

 

Dérive de la démocratie et confort des régimes autoritaires

 Abed Charef

 

La côte de popularité du président américain George Bush est au plus bas. Seuls 28 pour cent des Américains gardent une image du chef de la Maison Blanche, un chiffre que les Etats-Unis n’avaient pas connu depuis un quart de siècle. En Grande Bretagne, Tony Blair a subi une défaite historique, que n’explique pas la seule usure du pouvoir. En Ecosse, un parti indépendantiste a devancé le Parti de Tony Blair, une grande première dans le pays.

George Bush et Tony Blair ont été aussi accusés d’avoir sciemment mentis à leurs concitoyens pour justifier la guerre contre l’Irak. Les plus récentes révélations, notamment celles de l’ancien directeur de la CIA Trenet, ont confirmé cet état de fait, confirmant que les deux dirigeants ont, au moins, fortement manipulé leurs opinions publiques, en déformant sciemment les informations en leur possession. Cela ne les a pas empêchés d’être réélus, leur donnant une sorte de chèque à blanc pour détruire l’Irak.

En Israël, Ehud Olmert a réussi un exploit rarement égalé. Un récent sondage a révélé que seuls deux pour cent des Israéliens seraient disposés à voter pour lui ! Pourtant, l’homme s’est engagé il y a un peu moins d’un an dans l’aventure libanaise, qui l’a détruit. Au Mexique, le candidat de la gauche aux présidentielles de 2006, Manuel Lopez Obrador, a été battu par 200.000 voix d’écart, ce qui posait légitimement la question de l’honnêteté des élections dans un pays où la transparence n’est pas la règle. Ce qui n’a pas empêché son concurrent, proclamé président, d’envoyer la troupe dans la province d’Oxaca, où la répression a fait de nombreux de morts.

Au Liban, le système démocratique, en vigueur depuis des décennies, n’a pas réussi à éviter au pays la guerre civile, ni à éliminer le système confessionnel. Plus grave encore, il a permis au système communautaire de s’installer définitivement dans le pays, d’ériger des barrières politiques et psychologiques insurmontables, et de ramener le débat politique dans ce pays à des conceptions primaires alors que Beyrouth avait été le principal pôle de la pensée arabe pendant la première moitié du siècle passé.

En France, un fils de légionnaire, que la presse de son pays qualifie de coléreux, mégalomane, et arrogant, à la limite du racisme et de la xénophobie, utilisant un discours d’extrême droite sur de nombreux thèmes, mettant en valeur des thèmes franchement réactionnaires, est arrivé au pouvoir à la faveur d’élections libres. Il a réussi à se faire élire en ayant recours aux mêmes méthodes que George Bush, et aux mêmes recettes qui ont longtemps fait le bonheur de l’extrême droite française : brandir la peur d’une main, et les illusions de l’autre.

Et puis, en cette semaine de commémoration du douloureux anniversaire du 8 mai 1945, on ne peut passer sous silence cet autre constat : la répression coloniale qui s’est exercée sur de très nombreux pays, et notamment en Algérie, était le fait de systèmes réputés démocratiques, pratiquant un véritable multipartisme. La colonisation, qui est une négation de l’humanité de l’autre, a été même l’œuvre du pays des Lumières et de la Liberté.

Ces dérives, parfois criminelles, de systèmes réputés ouverts, respectant la liberté de pensée et d’expression, ainsi que les Droits de l’Homme, pourraient suffire pour élaborer un réquisitoire contre la démocratie, telle que pratiquée par les pays occidentaux. Nombre de dirigeants arabes, et de penseurs à leurs services, ne s’en sont d’ailleurs pas privés. Un haut responsable du FLN déclarait récemment qu’il n’était pas convaincu des vertus de la démocratie, et affirmait qu’à son avis, rien ne prouvait qu’un système démocratique pourrait sortir l’Algérie de la crise.

Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue, s’est de son côté inspiré de ces faits pour s’en prendre durement à l’ancien ministre britannique Jacques Straw. Celui-ci avait déclaré, lors de la conférence sur la démocratie, organisée fin avril à Doha, que jamais deux pays démocratiques ne s’étaient fait la guerre. Ce qui est vrai. Mais Amr Moussa lui a répliqué vertement : si ces régimes démocratiques étaient si justes, pourquoi agressent alors -ils d’autres pays ? Pour une fois qu’un dirigeant arabe lançait une belle réflexion, cela méritait d’être signalé…

Commentant les élections présidentielles de mars dernier en Mauritanie, le dirigeant libyen Maammar Kadhafi est allé encore plus loin. Organiser des élections pour choisir les dirigeants relève d’une méthode de gestion étrangère à nos valeurs et à nos mœurs, a-t-il dit. En cela, il ne diffère guère du discours arabe traditionnel de refus de la liberté. Nationalistes, Nassériens et Islamistes ont souvent recours à cet argumentaire. Que la démocratie soit un produit d’importation inadapté, ou qu’elle soit kofr, le résultat est le même.

Pour couronner le tout, c’est George Bush lui-même qui menace les pays arabes de les démocratiser, avec son projet de Grand Moyen-Orient ! Quelle menace ! Et maintenant que George Bush est traîné vers les sous-sols de l’histoire, c’est Nicolas Sarkozy qui prend le relais, avec son projet d’union méditerranéenne !

Ceci ne doit cependant pas faire illusion. D’un côté, les pays arabes continuent à insister sur les défaillances des systèmes démocratiques, comme ces guérisseurs traditionnels qui s’en prennent à la médecine parce qu’elle n’a pas réussi à soigner certaines maladies. D’un autre côté, les pays les plus prospères et les plus puissants sont tous des pays démocratiques. Dans le monde arabe, il y a quelques îlots de prospérité, mais pas de puissance. Ils refusent la démocratie, qui a assuré la puissance des autres, sous prétexte qu’elle leur aurait causé des torts. Ils ne se rendent pas compte que le système démocratique porte une vertu essentielle : il est le seul à offrir les mécanismes nécessaires pour corriger ses propres dérives.