Tourisme

Les Algériens, comme leur télévision, adorent entendre des étrangers leur dire que l’Algérie est un très beau pays. Et un beu pays attire les touristes, parait-il.
Un Algérois est sorti faire un tour, le soir, en famille. Il est allé prendre une glace à Douaouda (20 kms à l’ouest d’Alger). Voici son emploi du temps:
sortie : 20 H
Arrivée à Douaouda: 20 H 30
Discussion avec le "gardien" de la route, qui se fait payer pour vous laisser stationner sur la route nationale: 5 mn
Installation, commande, dégustation (c’est pas mal), environ une heure.
Départ de retour: 21 h 30
Embouteillage sur l’aurtoute au premier barrage de gendarmerie : 30 mn
Embouteillage sur l’autoroute au second barrage (au niveau de Bouchaoui) : 45 mn
reste du trajet: 30 mn
durée totale du trajet: 1 h 45 mn
heure d’arrivée chez lui: 23 h 15
résultat: il a une intoxication alimentaire, il a enguelé sa femme pendant le retour, il a giflé un de ses enfants, et il a juré de ne jamais prendre de glace.
 Il y a deux morales à tirer de cette expérience:
1. Si on veut engueler sa femme, on va prendre une glace près d’Alger
2. Dans tous les pays d monde, on construit des autoroutes pour rendre la circulation plus fluide. En Algérie, on construit des autoroutes pour y installer des barages et rendre la circulatiion infernale.
Pourquoi alors dépenser 12 milliorads de dollars pour créer des embouteillages qui existent déja?
 

On ne peut pas encore importer le bien être

Un ministre, Noureddine Moussa, révèle l’énorme échec d’un secteur essentiel, l’habitat. Il confirme ainsi qu’il ne suffit pas de tout importer pour créer le bien être.

Par Abed Charef

La promesse du président Abdelaziz Bouteflika de faire construire un million de logements durant son second mandant ne sera pas tenue. Au mieux, le pays atteindra la moitié du chiffre annoncé. Ce n’est pas un opposant aigri ni un déçu de l’ère Bouteflika qui le dit. C’est un ministre en poste, Noureddine Moussa, qui a mis les choses au point.

A l’heure où il a hérité du ministère de l’habitat, Noureddine Moussa avait besoin de savoir où il en était, pour ne pas être désigné comme bouc-émissaire lorsqu’il faudra faire des bilans. Et cette précaution s’est avérée très utile, car après trois années du deuxième mandant de Abdelaziz Bouteflika, on en est à peine au tiers du programme promis.

Encore faudra-t-il vérifier ces chiffres. Le ministre lui-même a d’ailleurs émis de sérieux doutes à ce propos, en annonçant qu’il allait créer une commission chargée de vérifier les chiffres avancés par ses services. Car d’autres chiffres circulent, faisant état de résultats encore plus faibles, laissant entrevoir que le programme du chef de l’état ne sera même pas réalisé à moitié. Le programme AADL, lancé en grande pompe pour être noyé ensuite dans le monde de la bureaucratie, donne une indication sur cet échec : le programme AADL 2002 n’est pas encore achevé !

Bien que de nombreux cercles prêtent à Noureddine Moussa des intentions « politiques », ce qui n’est pas exclu, sa démarche n’en est pas moins intéressante. C’est en effet un ministre qui met en cause publiquement l’administration de son propre département, et met en doute les chiffres avancés par les organismes dont il a la tutelle. Il confirme ainsi une conviction largement répandue selon laquelle la plupart des données statistiques officielles sont fausses, qu’il s’agisse du chiffre du chômage, de la production de blé ou de logements construits.

D’autre part, le ministre de l’habitat va à contresens de cette pratique, très répandue, visant à caresser les hauts responsables dans le sens du poil. Quand Abdelaziz Bouteflika avait promis un million de logements, Ahmed Ouyahia, alors chef du gouvernement, n’avait pas hésité à faire de la surenchère en promettant, pourquoi pas, 1,2 millions ! Des promesses absurdes, qui non seulement discréditent celui qui les avance, mais finissent par enlever toute signification au discours politique.

Par ailleurs, Noureddine Moussa a soulevé un autre point faible de la gestion du pays. L’Algérie fait des discours, mais ne se donne pas la peine de créer les instruments pour le réaliser. Le programme d’un million de logements nécessitait en effet l’émergence de nombreuses entreprises de réalisation, le lancement d’un programme ambitieux dans la production de matériaux de construction, une mobilisation du système financier pour financer ce gigantesque projet, et une formation massive de personnel spécialisé, ainsi que la levée des contraintes bureaucratiques. Aucune de ces conditions n’a été réalisée. Sur certains points, comme le foncier , les matériaux de construction et la capacité des entreprises, la situation s’est même dégradée.

Autre casse-tête pour les autorités algériennes : le logement ne s’importe pas comme un produit fini. Il nécessité une multitude d’intervenants, allant de la bureaucratie locale aux banquiers, en passant par les entreprises et le marché des matériaux. C’est une opération complexe, alors que les responsables du pays semblent avoir définitivement abandonné l’idée de prendre en charge la complexité des problèmes.

A l’inverse, il est facile d’importer. La hausse du prix de la pomme de terre en a encore offert une illustration. Cette évolution des prix n’a pas poussé les autorités à y voir un encouragement pour la production de la pomme de terre. Elle ne les a pas poussées à essayer de trouver de nouvelles terres pour ce type de culture et comment les irriguer, ni à développer la production des engrais et des semences nécessaires pour répondre aux besoins du marché. Les responsables se sont contentés de deux types de réponse. Les uns ont dit : « ce n’est pas nous, c’est le marché », et d’autres ont dit : il faut importer massivement pour « casser » les prix.

Dans la même logique, il faudra importer massivement du blé, dont le prix connaît une flambée sur le marché international. Il en est de même pour le lait. En opérant ainsi, l’Algérie subventionne les producteurs européens de lait et de blé, pendant que les fellah algériens, dont la production de pomme de terre a été détruite par le mildiou, attendent désespérément que la bureaucratie leur donne un coup de main.

Malheureusement, la bureaucratie ne sait pas que le fellah algérien a besoin d’argent frais pour la prochaine récolte. Et que s’il rate cette récolte, la production va encore baisser à l’automne prochain. Par contre, pour importer, il suffit d’une instruction, que le zèle et les appétits de pots-de-vin permettent d’exécuter dans des délais prodigieux.

Ceci explique la hausse remarquée des importations durant le premier semestre 2007. Celles-ci ont connu un bondi de 20,70%, pour atteindre les 12,80 milliards de dollars, selon des statistiques de la douane. . Ce chiffre équivaut aux recettes annuelles de l’Algérie à la fin des années 1980, quand le pays était en pleine crise économique. En outre, au rythme actuel, les importations dépasseront les 25 milliards de dollars en 2007, un chiffre prodigieux qui représente trois fois les recettes extérieures du Maroc, pays dont la population est pourtant équivalente à celle de l’Algérie.

Malheureusement, cette frénésie des dépenses et d’importations ne se traduit pas par un bien être réel au profit de la population. Car le logement et le bien être ne s’importent pas. Ils sont produits localement. 

حرب ضد الإنتاج

 عابد شارف

سجلت واردات الجزائر ارتفاعا بنسبة 20.7 بالمائة خلال السداسي الأول من السنة الحالية مقارنة باسلنة الماضية، حيث بلغت 12.8 مليار دولار، وذلك حسب إحصائيات نشرتها مصالح الجمارك. وإذا تواصلت عمليات الاستيراد على هذا المستوى، فإنها ستتجاوز 25 مليار دولار في نهاية السنة، وهو رقم ضخم يساوي ثلاث مرات المداخيل السنوية للمغرب، مع العلم أن عدد سكان المغرب يساوي عدد سكان الجزائر.

لكن حمى الاستيراد لا تؤثر بصفة ملحوظة على نوعية الحياة في البلاد. عكس ذلك، فإن توفر الأموال بكثرة يدفع إلى التساهل والتهاون في تسيير الاقتصاد، إضافة إلى عامل آخر يتمثل في رغبة كل طرف في الحصول على جزء من الغنيمة. مما دفع أحد الاقتصاديين إلى القول أنه بإمكان الجزائر أن تحافظ على نفس مستوى المعيشة إذا تراجعت وارداتها إلى نصف ما هي عليه اليوم، شريطة أن يتم تسيير الاقتصاد بصفة عقلانية.

ومن البديهي أن اللجوء إلى الاستيراد لا يعطي حلا لكل القضايا، مثل تؤكد ذلك أزمة السكن التي لا تعرف انفراجا رغم تدفق الأموال. فاستيراد السكنات غير ممكن. وبناء مسكن يتطلب تدخل العديد من الأطراف في عملية متشابكة، تتطلب وجود البيروقراطية المحلية والقرار المركزي والإرادة السياسية، إلى جانب توفير التمويل والأراضي الضرورية للبناء ووجود مؤسسات إنجاز عديدة وقوية، وتوفر مواد البناء واليد العاملة المؤهلة.

ولما وعد الرئيس عبد العزيز بوتفليقة ببناء مليون سكن إذا بقي في السلطة لعهدة ثانية، كان أهل الدراية بالقطاع ينتظرون منه أن يكلف الحكومة بوضع خطة لتحضير الشروط الأساسية لقطاع البناء، ووضع آليات جديدة تسمح بتحقيق مشروعه. واعتبر هؤلاء الخبراء أنه سيعمل لمساعدة شركات الإنجاز ورفع قدراتها وتأهيلها، وتكوين عدد هائل من أهل المهنة، وتسهيل التمويل، وتشجيع الاستثمار في مواد البناء، ورفع كل الحواجز البيروقراطية، إلى جانب إقناع الشركات الأجنبية أنها ستربح أموالا كثيرة إذا ساهمت في القضاء على هذه الأزمة.

لكن ما وقع ميدانيا أخذ منحى غريبا، حيث تسابق المسئولون في المزايدات الكلامية، وقال وزير سابق للسكن أنه سينجح في تحقيق برنامج فخامته بفضل توجيهات فخامته، بينما قال رئيس الحكومة الأسبق أحمد أويحيى غفر الله له أنه لن يكتفي ببناء المليون سكن، بل ستجاوز ذلك الرقم ليصل إلى 1.2 مليون سكن.

وجاء دور نور الدين موسى الذي ورث وزارة السكن قبل شهرين ليكتشف الكارثة. فقد اكتشف الرجل أن برنامج فخامته تحول إلى معجزة، وأنه سيتم بناء نصف ما وعد بع رئيس الجمهورية في أحسن الأحوال. وأعرب الوزير عن شكوكه في الأرقام الخيالية التي يقدمها المسئولون وقال علنا أو ضمنيا أن هذه الأرقام كاذبة، وأعلن أنه قرر تشكيل لجنة ستقوم بمراقبة الأرقام التي تقدمها مختلف الشركات والواوين العاملة في الميدان.

وكان على نور الدين موسى أن يقوم بهذه الخطوة ليحمي نفسه لأن موعد تقديم الحصيلة اقترب، ولا بد من تفسير هذا الفشل في ميدان يشكل إحدى التقاط السوداء للأزمة الاجتماعية في البلاد. لكن مت قام به وزير البناء يؤكد أن أغلب الإحصائيات التي تقدمها الهياكل الرسمية كاذبة، وأنها تهدف إلى إرضاء أهل الحل والربط والتحايل على المواطن ليس إلا.

ومن جهة أخرى، فإن فشل مشروع المليون مسكن كان منتظرا أن كل المؤشرات العقلانية كانت تنبئ بذلك، ولأن استيراد المساكن من الخارج ليس ممكنا. فالسلطة الجزائرية قد برهنت على قدرة هائلة في الاستيراد، سواء تعلق الأمر بالبطاطا أو السيارات أو السلع الفاسدة. ولما ارتفع سعر البطاطا مثلا، لم تفكر الوزارات المختلفة في طريقة توسيع الاستثمار لإنتاجها، ولا في طريقة البحث عن أراضي جديدة لغرس البطاطا، ولا في إنتاج البذور والأسمدة، بل قال المسئولون أنهم سيقومون باستيراد مئات الآلاف من الأطنان لتكسير السوق. ويجب أن نضع فيهم ثقة كاملة إذا تعلق الأمر بالتكسير، لمن الأمر يختلف إذا تعلق الأمر ببناء مشروع ما.

وسستم عملية الاستيراد بسرعة فائقة، لكن الفلاحين الذين تضرروا بسبب "الميلديو"، وهو الوباء الذي أصاب إنتاجهم، مازالوا ينتظرون مساعدة الدولة الجزائرية. وبذلك ستقوم الدولة الجزائرية بالاستيراد لمساعدة فلاحي أوربا وأمريكا في بيع متوجهم من القمح والبطاطا، لكن الفلاح الجزائري الذي ضاع إنتاجه في فصل الربيع لا يعرف هل أنه سيستطيع أن يكون في الموعد لضمان منتوج الفصل القادم، مما سيؤدي إلى انخفاض جديد في الإنتاج ويفتح مجالا لاستيراد كميات أكبر من البطاطا في السنوات القادمة. وهذا ما دفع أحد الفلاحين إلى القول أنه أخطأ يوم قرر محاربة الدولة، لأن الدولة في نظره تريد تشجيع الاستيراد، بينما يريد الفلاح أن يثبت في الإنتاج، مما يعني أنه دخل في حرب ضد الدولة…

ع.ش

Autouroutes et sentiers

Projet pharaonique, l’autoroute est-ouest a débouché sur des sentiers tortueux.

Par Abed Charef

Au départ, cette historie avait débuté de manière aussi rectiligne qu’une autoroute. Au final, elle est devenue aussi tortueuse qu’un chemin de wilaya ou une piste à flanc de montagne. C’est l’histoire de l’autoroute est-ouest, qui révèle tous les dysfonctionnements du système de gestion algérien.

Au départ donc, il fallait construire cette œuvre pharaonique dans le délai d’un mandat présidentiel. Comme le million de logements promis, elle devait être présentée dans le bilan du second mandat du président Abdelaziz Bouteflika, et lui ouvrir ainsi toutes grandes les voies d’un troisième mandat. Qu’importent les coûts et les gaspillages ! La décision venait « d’en haut ». Tout devait être donc mobilisé pour assurer le succès de l’entreprise.

Au sein des administrations et des entreprises engagées dans le projet, deux attitudes ont prévalu. Les uns ont fait du zèle, pour s’attirer les faveurs de leur hiérarchie. Ils ont montré l’enthousiasme nécessaire pour être bien vus. D’autres ont fermé les yeux sur des questions de grande importance. Sachant que leur point de vue n’avait aucune chance d’être entendu, ils ont tu les réserves qu’ils pouvaient exprimer.

En privé, les spécialistes se posent pourtant des questions depuis longtemps. Les études étaient-elles prêtes ? Le coût financier est-il en adéquation avec l’ampleur du projet ? La priorité à l’autoroute, qui implique un choix de mode de transport, est-elle opportune, ou prioritaire, quand tous les pays développés redécouvrent le rail ? Et puis, pourquoi enfermer un projet dans un mandat présidentiel ? Est-il aussi vital de prendre tous les risques pour le seul plaisir de permettre au chef de l’état de présenter un bilan à la fin de son mandat ?

D’autres questions subsidiaires étaient également posées. Tel que conçu, le projet d’autoroute ne permettra aucun transfert de savoir-faire aux Algériens. N’était-il pas préférable d’aller vers des projets plus modestes, et d’y associer des entreprises algériennes de manière volontariste, pour bâtir de nouvelles entités capables de prendre le relais ensuite ?

Côté coût, de grandes interrogations persistent également. Le kilomètre d’autoroute revient à dix millions de dollars. C’est le double, voire le triple, de ce qui a été fait ailleurs, nous dit un ingénieur. En tout état de cause, le coût global, autour de douze milliards de dollars, représente deux fois les recettes extérieures annuelles du Maroc. Est-il raisonnable d’engager des sommes aussi colossales dans un projet en le limitant dans le temps de manière aussi draconienne ?

Toutes ces interrogations ont été étouffées par un système de gestion qui ne permet ni le débat ni l’expertise. La décision, prise au sommet, doit être appliquée, y compris avec ses aberrations et ses absurdités. Il est même recommandé de faire du zèle pour s’attirer les bonnes grâces de sa hiérarchie. Si on a des objections et une conscience, on fait un rapport et on se tait. Le rapport pourra toujours servir, le moment venu, en cas de procès, et le silence, comme l’abstention aux élections, est une prise de position honorable dans le climat actuel du pays.

Dns le cas du projet d’autoroute, c’est pourtant la conscience qui a fini par marquer des points. L’autoroute devant traverser le parc protégé d’El-Kala, des spécialistes, simplement attachés au respect de la nature et de la loi, ont réussi à attirer l’attention sur la menace que représentait le projet pour cet espace protégé. Leur travail, scientifique et militant, a porté ses fruits.

Et c’est là qu’on a commencé à découvrir les anomalies qui ont émaillé le dossier. Des informations recoupées montrent que le projet a été lancé sans que l’étude d’impact ne soit finalisée, révèle une spécialiste en aménagement du territoire. Plus grave encore, l’étude d’impact a été confiée à l’entreprise qui a décroché le contrat pour la réalisation du projet ! Aucun arbitrage indépendant n’a été sollicité.

Une enquête menée sur place par cette spécialiste montre que la plupart des administrations locales ont bâclé leur dossier. Celles qui ont exprimé un avis fondé, en exerçant leurs attributions légales, ont refusé le passage du projet par le parc naturel. En se fondant simplement sur la loi et le respect de la procédure.

Et sur ce point précis de la procédure, le projet d’autoroute a révélé des lacunes incroyables. La plus importante a été elle aussi mise à jour dans une enquête menée à El-Kala. On y découvre en effet que le contrat pour la réalisation de l’autoroute a été signé sans que le tracé définitif ne soit établi. Cela revient à confier au constructeur de choisir l’itinéraire qui lui convient le mieux ! Impossible de faire choix plus absurde. Cela pose également une autre question centrale : sur quelle base a été calculée le coût du projet, du moment qu’on ne savait pas s’il fallait construire des ponts, contourner des sites protégés ou desservir telle agglomération ?

De grand projet transparent, l’autoroute est-ouest se mue ainsi progressivement en un labyrinthe de combines et de ratés. Même la longueur de l’autoroute pose problème, relève un opérateur des travaux publics. Ainsi, note-t-il, d’importants tronçons de cette voie avaient été lancés avant la signature du contrat avec une entreprise chinoise et une autre japonaise, chargées respectivement de réaliser le tronçon ouest et est. Ces tronçons, antérieurs à la signature des contrats, sont largement engagés, comme dans la partie ouest de la wilaya de Blida. Leurs coûts ne sont pas comptabilisés dans les douze milliards de dollars. Cela suppose que l’autoroute risque d’approcher, voire de dépasser les quinze milliards de dollars. Des chiffres qui donnent le tournis, mais qui révèlent comment une autoroute peut se transformer en sentier ou même en piste : pistes du gaspillage, de la non gestion, du non respect des lois et de la servilité.

abc

طريق سريع نحو الانحطاط

عابد شارف

قال العريس أنه سيتقدم ذات يوم وهو يحمل طبقا من ذهب ويقود قوافل من الأمتعة والهدايا ليتزوج مرة ثالثة. وقال أنه سيأتي وهو يشق طريقا سريعا يقطع البلاد من شرقها إلى غربها، ووعد أنه سيبني مليون قصر يقوم بإنجازها الأغنياء ليسكنها الفقراء، كما سيحقق ألف معجزة ليسود العدل وتنتشر الرفاهية ويأكل كل جائع وتعود الابتسامة لكل طفل.

ومباشرة بعد أن أطلق الأمير وعوده، انتشر الوزراء في الأرض لتحقيقها. وقال أحدهم أنه لن نبني مليون قصر فقط، بل سيصل إلى مليون ونصف. وجاء آخرون لتشييد مشروع فرعوني يهدف إلى شق طريق سريع يمتد من أقصى البلاد إلى أدناها، حتى تتعارف الشعوب والقبائل وتزدهر التجارة وندخل العالم العصري من بابه الكبير. وانطلق الولاة والموالي لجمع الأموال، وتجنيد العبيد، والبحث عن الحرفيين من الهند والصين وبلاد الحبشة، لأن أهل البلد أشرف من أن يقوموا بالأعمال الشاقة. وكيف يقومون بالأعمال الشاقة وبلدهم يغرق في الخيرات وأميرهم رجل كريم لا يتردد في نفق الأموال الطائلة لتحصين شرف الوطن وكبريائه.

ولما انطلقت الأعمال، جاءت قبيلة من أقصى البلاد تدعي أنها لن تقبل دخول جيوش الأمير إلى أراضيها. وقال ممثلو القبيلة أن أرضهم مقدسة، تعيش فيها بعض طيور وحيوانات لا يجب إزعاجها. وادعى القوم أنهم سيمنعون تحقيق المشروع الكبير، وكأنهم يريدون محاربة الحضارة ببعض المعتقدات البدائية مثل احترام الطبيعة وعدم إزعاج الطيور في نومها وضرورة المحافظة على مضاجع الحيوان. وتصرف أهل ناس القبيلة بطريقة تشبه الجاهلية إذ قالوا أنهم يقدسون الطيور ويعبدون الطبيعة.

هذه قصة الطريق السريع شرق-غرب مع حظيرة القالة. إنها قصة نظام يتجاهل القانون وقواعد التسيير، ويخضع لقاعدة أساسية هي الولاء، يتسارع من خلالها الفقهاء والعلماء إلى القول "نعم سيدي" لإرضاء الحاكم. إنها قاعدة تدفع العالم (بكسر الميم) إلى التخلي عن علمه، والعاقل إلى التخلي عن عقله، والحكيم إلى التخلي عن حكمته، والحاكم إلى تجاهل القواعد الأساسية في تسيير شئون الأمة.

فكان من المفروض على العاقل أن يتساءل: لماذا يجب ربط بناء الطريق السريع مع عهدة رئاسية؟ أليس من الأفضل إنجاز جزء من هذا المشروع في فترة أطول، مع فرض وجود شركات جزائرية في عملية الإنجاز، حتى تتمكن من التحكم في تقنيات الميدان، لتقوم بدورها بإنجاز مشاريع أخرى؟

وكان من المفروض أن يتساءل العالم ماذا سيكون أثر هذا المشروع على البلاد بطبيعتها وعبادها وبيئتها واقتصادها؟ وعلى الحكيم أن يفكر في جدوى الدخول إلى الحضارة بهذه الطريقة والتفكير في قدرة الإنسان على تغيير الطبيعة، وإلى أي حد يمكنه أن يتصرف فيما خلق الله.

وأكثر من هذا كله، كان على الحاكم أن يتعامل بحكمة، ليحترم القانون، و آراء الآخرين، ويتصرف في أموال الشعب بطريقة عقلانية. فمن غير المعقول أن يتم تحديد إنجاز مثل هذا المشروع بفترة زمنية ليقدمه رئيس الجمهورية كحصيلة لعهدته الثانية ليترشح لعهدة ثالثة. ومن غير المعقول أن تصرف مثل هذه الأموال في مشروع واحد، مع العلم أن تكلفة الطريق السريع تمثل مداخيل المغرب لمدة سنتين. ومن غير المعقول أن يتم إمضاء اتفاقات لإنجاز المشروع قبل أن يتم تحديد المسلك بدقة، حيث اتضح أن الشركات التي تم تكليفها بالمشروع لها حرية كبيرة في اختيار الأماكن التي يمر بها المشروع، وهي بطبيعة الحال تريد أن تربح أموالا فتختار الطريقة الأقل تكلفة حتى ولو أدى ذلك إلى كوارث مثلما هو الحال بالنسبة لحضيرة القالة.

ويقول مدير حضيرة القالة بكل بساطة أن مرور الطريق السريع في هذه المساحة المحمية يبقى ممنوعا وفقا للقانون الجزائري، غير أن المسئولين الجزائريين قرروا إنجاز هذا المشروع دون احترام القانون. وإذا كان الوالي، بمعنى الحاكم، يدوس القانون، ويفرض رأيه على الموظفين الذين يريدون احترام القانون، فإن ذلك الانحطاط بعينه.ع.ش

Beaucoup d’argent, et si peu d’idées

Que veut Nicolas Sarkozy ? Grande question. Mais peut-être faudrait savoir auparavant ce que veut l’Algérie pour elle-même.

Par Abed Charef

A part acheter des armes à la Russie et se faire construire une autoroute par les Chinois et les Japonais, l’Algérie a de la peine à trouver un débouché pour les recettes financières obtenues grâce à la vente d’hydrocarbures. Car malgré une frénésie de dépenses, les réserves de change ont atteint 90 milliards de dollars à fin juin 2007.

Face à des recettes qui tournent autour de 50 milliards de dollars par an, les dépenses incompressibles se montent à 20 milliards de dollars par an, destinées à faire fonctionner l’économie du pays –importations de biens d’équipements, matières premières et services-, ou à acheter la paix sociale –produits alimentaires, médicaments, produits de large consommation-. Une nouvelle mode a été introduite, pour faciliter l’installation des banques étrangères et les inciter à se lancer dans une activité rudimentaire, le crédit à la consommation. Mais toutes les dépenses représentent moins de la moitié des recettes d’exportations d’hydrocarbures.

Le million de logements promis par le président Abdelaziz Bouteflika ne sera jamais réalisé dans les délais. Car si l’Algérie sait importer, par contre, elle ne sait pas construire, ni produire. Elle délègue le tout à des entreprises étrangères. L’actualité économique du pays est d’ailleurs essentiellement faite de signatures de contrats avec de grosses firmes étrangères, qui réalisent routes, voies ferrées, stations de dessalement, usines de liquéfaction de gaz ou fournissent des vaches laitières. La presse algérienne a d’ailleurs élevé au niveau de dogme cette compétition entre grandes puissances économiques qui se battraient pour s’emparer du marché algérien.

Dans ces fortunes dépensées annuellement par l’Algérie, on retrouve une petite part consacrée aux infrastructures de base, une autre réservée à une production encore insignifiante, alors que le reste, un peu plus de la moitié, est consacré à la consommation. Au chapitre production, il faut cependant reconnaître que l’Algérie excelle sur un chapitre : elle produit abondamment des discours creux. Assises de la stratégie industrielle, le mythe du géant qui se réveille, de l’Algérie qui part à la conquête du Maghreb, de l’expansion tous azimuts et du choix de nouvelles branches, tout a été dit. Avec un seul résultat : beaucoup de mots et de papier, et aucun acte concret.

C’est dans ce climat que le président français Nicols Sarkozy a honoré l’Algérie de sa première visite hors de l’Europe. On peut imaginer facilement quelles sont ses objectifs politiques et économiques. Au plan politique, il veut inciter l’Algérie à contrôler l’émigration, algérienne et africaine, il veut trouver des partenaires sensibles à ses thèses, pour promouvoir son Union méditerranéenne, qu’il veut substituer au projet américain de Grand Moyen-Orient. La finalité est évidemment la même que celle de son ami George Bush : promouvoir dans la rive sud de la Méditerranée des régimes « ouverts » en mesure d’intégrer Israël dans une grande communauté fraternelle.

Sur le plan économique, Nicolas Sarkozy veut renforcer davantage les intérêts français en Algérie. Ambitieux, il n’hésite pas à dessiner des projets d’avenir pour les entreprises algériennes, dont la plus puissante, Sonatrach, qu’il veut lier à des entreprises françaises. Personnage sans ancrage historique, du fait de son propre itinéraire, le chef de l’état français peut négliger des questions qui peuvent paraître essentiels à ses interlocuteurs. Mais peut-on le lui reprocher ? Pur produit du CAC 40, de la mondialisation et des plans média, Nicolas Sarkozy est pleinement dans son rôle. Il veut mettre en place de nouvelles règles, conformes à son monde à lui. Il a été élu pour cela.

Par contre, c’est du côté algérien que la situation est préoccupante. Le pays a en effet peu de choses à proposer à la partie française. A côté de l’humiliante question des visas, on ne sait guère ce que l’Algérie ambitionne pour Sonatrach, ni si elle veut se doter d’une véritable économie. Incapable de dégager un hectare pour les projets industriels, de consacrer des assiettes de terrains pour la construction de logements, d’offrir un crédit bancaire pour la fabrication de pièces automobiles, l’Algérie se retrouve dans la position dans la position de la jeune fille courtisée à cause de la dot qu’elle va ramener. Mais elle ne prend jamais l’initiative, et attend que les autres lui fassent des avances pour réagir, en rejetant leurs offres ou en se laissant entraîner dans une coopération incertaine.

Cette incapacité de l’Algérie à se lancer dans de nouvelles initiatives étonne. D’autant plus qu’elle dispose de deux atouts essentiels: le financement et le marché, mais elle ne sait pas quoi en faire. Pourtant, note un économiste, d’autres pays ont mis en place des formules devenues classiques dans le placement de l’argent et son utilisation. Pour les surplus financiers, il suffit ce créer des fonds d’investissements qui prendraient des participations dans des entreprises un peu partout dans le monde, à la fois pour gagner de l’argent, et pour apprendre comment sont gérées des entreprises performantes. Un fonds d’investissement de Dubaï a bien acheté des parts dans le fleuron de l’industrie européenne, EADS, ajoute cet économiste. « Au lieu de tourner en rond à propos de la privatisation du CPA, les responsables algériens feraient mieux de voir comment permettre à cette banque d’utiliser ses surplus financiers pour se développer à l’international », dit-il. D’ailleurs, « que faire de l’argent obtenu par le biais de la privatisation du CPA, alors que qu’on ne sait pas quoi faire de l’argent déjà disponible ? », se demande-t-il.

Au plan interne, passer en revue les échecs de l’économie algérienne est devenu un exercice lassant. Depuis au moins une décennie, les responsables qui se succèdent n’ont pas avancé d’un pouce sur certains sujets comme l’allègement du poids de la bureaucratie, le crédit, le foncier et la lutte contre la corruption. La situation s’est même dégradée. Au point que mêmes les interlocuteurs étrangers s’en alarment.

Dans un tel schéma, il est facile de se lancer dans de savantes analyses sur les appétits français, les visées américaines et les ambitions espagnoles ou italiennes, ou encore sur la menace chinoise. De grands stratèges font de brillants exposés pour expliquer comment déjouer tous ces plans et ces complots ourdis de l’étranger. Mais tout cet effort est aussi dérisoire qu’inutile, tant que le pays continue à naviguer à vue, sans objectifs politiques et économiques clairs. C’est cette absence de démarche qui constitue la première menace pour le pays. Il ne sert à rien de se demander ce que veut Nicolas Sarkozy ou George Bush si on ne sait pas soi-même où on va.

abc

كثرة المال وقلة الأفكار

تشرفت الجزائر باستقبال الرئيس الفرنسي نيكولا صاركوزي في أول زيارة يقوم بها خارج أوربا منذ توليه الحكم في بلاده. وباستثناء اتفاق قام بتوقيعه مسئولون رسميون لتسهيل السفر للمسئولين الرسميين، وخطاب أدلى به الرئيس الفرنسي للجزائريين، لم تسفر الزيارة عن نتيجة تذكر.

لكن هذه النتيجة الضئيلة لا تعني أن الزيارة كانت فاشلة، بل أنها كانت مرحلة أولى في عملية التحضير للسياسية الفرنسية الجديدة تجاه بلدان جنوب البحر المتوسط، والعالم العربي وإفريقيا بصفة عامة. وتتميز سياسية الرئيس الفرنسي بخصلة كبيرة: إنها سياسية معلنة، واضحة الأهداف والمعالم والوسائل.

وقد قال نيكولا صاركوزي أنه سيطلب من بلدان الجنوب أن تتحكم في الهجرة غير الشرعية، وأنه سيعمل لتسهيل النخب الإفريقية لتستقر في فرنسا. وبكل آخر، ف،ه يقول لأهل العلم والفكر والمال: مرحبا بكم في فرنسا ولكن بشرط أن تمنعوا "العرايا" من دخول فرنسا.

وأعلن صاركوزي عن مشروع جديد لإقامة اتحاد أوربي، يجمع بلدان جنوب أوربا وشمال إفيقيا والشرق الأوسط في تنظيم جديد يتآخى فيه الخروف والذئب، وهو لا يستبعد أن تتوصل هذه المجموعة الجديدة إلى بروز أنظمة جديدة متفتحة مستنيرة تقيم علاقة صداقة حميمة مع إسرائيل.

وفي العلاقات الثنائية، يجب الاعتراف أن نيكولا صاركوزي يتميز بتجديد سياسة فرنسا. فهو رجل لا يعطي أهمية للماضي، ربما لأن ماضي فرنسا لا يعنيه لأنه ليس فرنسي الأصل. وبما أنه وليد البورصة، فإنه يريد توسيع دائرة المصالح الفرنسية في الجزائر. وذهب إلى أبعد من ذلك، حيث لم يتردد عن تسطير مشاريع مستقبلية للاقتصاد الجزائري، ولأكبر شركة تكسبها البلاد، إذ قال أنه يريد تحالفا لشركة سوناطراك مع الشركات الفرنسية العاملة في ميدان الطاقة.

هذا صاركوزي، وهذا تصوره لمصالح بلاده ولمصالح المؤسسات التي جعلت منه رئيسا. ويجب الاعتراف أن نيكولا صاركوزي يقوم بدوره على أحسن وجه. إنه يعمل جادا للدفاع عن مصالح بلاده وحلفائه من أهل الثروة والنفوذ.

أما من الجانب الجزائري، فإنه الغموض التام. ما المنتظر من فرنسا ومن أوربا في هذه الفترة؟ ما هو مصير سوناطراك، وما الدور الذي نريد أن تلعبه تجاه أوربا في المستقبل؟ وما سياسة الجزائر تجاه النخبة التي يمكن تكوينها والتي يريد صاركوزي أن يستوردها مجانا إلى بلاده؟ وما سياسية الجزائر تجاه جيرانها وباقي البلدان المحيطة بالمتوسط؟

وحقيقة الأمر أن الجزائر أصبحت عاجزة عن التفكير. فهي تكتفي بموقف العروس التي تنتظر الخطيب وما سيأتي به من مهر. وبما أنها تكسب مخزونا من العملة الصعبة يفوق 90 مليار دولار، فإنها تكتفي بشراء الملابس ووسائل التزيين، في انتظار الخطيب الذي سيعجبها لتربط مصيرها به. لكنها ليست قادرة على التفكير في استعمال أموالها لبناء مشروع اقتصادي وسياسي، لتحاول التأثير على الأحداث بدل الاكتفاء بالتأثر بالأحداث.

فالجزائر لا تعرف كيف تبني المصانع والمؤسسات والمنشآت القاعدية. إنها تكلف الصينيين واليابانيين والأوربيين ليبنوا لنا طرقا وموانئ ومطارات ومساكن. إنها تكتفي بدفع الأموال وإبرام الاتفاقيات التي تسمح لشركات أجنبية بالقيام بتجارب عندنا.

وفي هذا الجو، يجتهد الخبراء والعلماء في الجزائر للبحث في سياسية صاركوزي واكتشاف نواياه الخفية أو الخبيثة. لكن ذلك لن يجديهم نفعا لأن المشكل الحقيقي يكمن في غياب رؤية جزائرية وتحديد مصالح البلاد، حتى يصبح من السهل التعامل مع صاركوزي وغيره من قادة الدول الكبرى. وتساءل الكثير ما كيف يجب التعامل مع اقتراح صاركوزي المتعلق بتحالف سوناطراك مع شركات فرنسية. ويبقى القوم في حيرة لأنهم أمام سؤال معجزة، لأنه كان على أهل القرار أن يعرفوا أولا ما سياسية الجزائر في ميدان الطاقة، وهل الجزائر بحاجة إلى طاقة نووية، وما أحسن طريق للتحكم فيها، وما هي البلدان التي يمكن أن توفر تلك التكنولوجيا، وما الثمن السياسي الذي يجب دفعه مقابل ذلك. وإذا تمت الإجابة على هذه الأسئلة، فإن الجزائر هي التي ستتخذ المبادرة لاقتراح تعاون للشركات الفرنسية إن كان ذلك يوافق طموحاته، وإلا فإنها ستقول لصاركوزي "يكثر خيرك"، إننا اخترنا طريقا آخر.

لكن الجزائر بعيدة اليوم عن هذا الموقف، لأنها تكسب المال، لكنها لا تكسب الأفكار التي تضمن مناعة البلاد وحماية مصالحها الكبرى. والمال بلا علم مصيبة…

Les larmes de juillet

Par Abed Charef

Le Sénat algérien est une institution peu démocratique. Deux tiers de ses membres sont cooptés par des appareils politiques, et le reste, directement nommé par le chef de l’état, constitue une minorité de blocage en mesure de contrer  tout dérapage législatif non souhaité par le pouvoir. C’est donc une assemblée sur mesure, conçue par un pouvoir autoritaire soucieux de se donner une image d’ouverture tout en verrouillant les institutions.

Pourtant, même dans une assemblée aussi hermétique, l’émotion a fait son entrée de manière fracassante cette semaine, alors que le pays s’apprêtait à commémorer le 45ème anniversaire de l’indépendance. Une personnalité de grande stature, Mme Zohra Drif, n’a pu retenir ses larmes en évoquant les échecs du pays et le peu de crédit qu’elle accorde au gouvernement pour sortir l’Algérie de sa crise.

Ce n’est pas une jeune fille fragile, ni une dame ambitieuse, qui a ainsi laissé éclater son émotion. Zohra Drif est au-dessus de tout cela. C’est une militante forgée dans la douleur, qui a tout sacrifié, études, famille et confort, pour aller se battre à coups de bombes pendant la guerre de libération. Elle a vécu l’enfer de la prison, puis celle de la condamnation à mort pendant de longues années, s’attendant chaque matin à être exécutée. Une expérience qui forge les nerfs et apprend à celui qui la subit à quel point la vie peut être fragile et les honneurs éphémères.

A 79 ans, Zohra Drif, s’est laissée aller pour exprimer un désarroi que ressentent nombre de militants de sa génération. Désarroi face à ce sentiment de gâchis dans un pays où tant de promesses n’ont pas été tenues, face à ce sentiment d’impuissance à influer sur le cours des évènements. Comme si ces hommes et ces femmes qui ont libéré le pays ont, peut-être involontairement, donné naissance à une machine infernale devenue hors contrôle. Désarroi enfin face à ce double sentiment : d’un côté, leur responsabilités qui les incite à faire quelque chose, et, de l’autre côté, cette question à laquelle ils ne trouvent pas de réponse : que faut-il faire ? Mohamed Nabi a parfaitement résumé cette question en se demandant ce qu’il faut faire dans « le désert politique et institutionnel » actuel.

Il suffit de les rencontrer, de les écouter, pour découvrir ce sentiment de malaise face à une évolution qui semble leur échapper. Comme cet ancien chef d’état qui, ne trouvant pas d’explication à des décisions dangereuses prises au sommet de l’état, avance l’hypothèse selon laquelle le pays n’est plus dirigée par une volonté nationale. Ou cet ancien officier supérieur de l’ALN qui, refusant d’admettre qu’un haut responsable de l’Algérie indépendante se comporte comme un administrateur colonial, n’estime pas excessif de dire que « libérer l’Algérie aujourd’hui est plus important que de la libérer de l’ordre colonial ».

Aux côtés de ces réactions poignantes, il y a celles, plus rationnelles, émanant d’intellectuels, comme Mohamed Harbi, qui essaient de comprendre quels mécanismes ont produit ce système, quelles erreurs ont été commises pour pousser le pays vers cette dérive, et quelles forces le maintiennent ainsi dans l’impasse. Leurs analyses vont parfois plus loin, pour tenter d’ébaucher des solutions à construire sur le long terme, en introduisant de nouvelles règles dans le jeu politique, notamment dans l’accès et l’exercice du pouvoir. Mais leur démarche n’est pas non plus dénuée d’amertume, particulièrement chez ceux qui ont participé au rêve de la libération et tenté de le théoriser, car eux aussi mesurent ce que le pays a perdu en s’enfermant dans des solutions illusoires.

Tout ce monde se retrouve finalement dans un même embarras, que chaque jour conforte davantage. Plusieurs personnalités historiques, interrogées sur ce qu’elles feront le 5 juillet, avouaient ne pas savoir. Certains envisageaient de rester tranquillement chez eux, d’autres ont prévu d’aller rendre visite à des anciens compagnons plus âgés, alors qu’un ancien de l’ALN affirme qu’il se rendra, avec son fils, auprès d’une stèle érigée à la mémoire de son meilleur compagnon de guerre. Mais la plupart adoptent une position commune sur deux points. D’une part, ils relèvent, avec la même colère, que c’est en premier à l’état de donner un sens à cet anniversaire, pour que la commémoration se fasse de manière consensuelle et solidaire. D’autre part, ils affirment leur refus de participer aux commémorations folkloriques organisées ça et là par la bureaucratie et les appareils politiques.

Enfin, on ne peut éviter de noter cette réaction d’un ancien officier de l’ALN, lorsqu’il a été interrogé sur les récentes déclarations du ministre des moudjahidine faites à la veille du 5 juillet. Il s’est contenté de détourner le regard. Il a gardé le silence pendant de longues minutes. Il n’a pas pleuré, mais s’il ne l’a pas fait, c’est simplement pour éviter de verser à son tour des larmes de honte et de désarroi qui ont remplacé les larmes de juillet, les larmes la liberté retrouvée, de la joie et du souvenir.

دموع 5 جويلية

عابد شارف

كانت بطلة من ذلك الصنف الذي يعتز به أي شعب في العالم، ليصنع لها تمثالا ينافس به الآلهة. كانت طالبة جميلة، وشابة مثقفة، وكان المستقبل مفتوحا أمامها، وكانت تعيش وسط الشعراء والفنانين والعشاق. لكنها اختارت طريقا آخر. اختارت القنابل، وسلكت طريق النضال من أجل الحرية. عاشت في صميم أكبر مغامرة جزائرية في القرن العشرين، وعايشت الأبطال، وحاورت الرموز، وجاهدت رفقة العربي بن مهيدي وعلي لابوانت Ali La Pointe. ثم دخلت السجن وحكم عليها بالإعدام، وعاشت الرعب في زنزانتها سنوات طويلة تنتظر موعدها مع المقصلة والشهادة. ثم عاشت الفرحة الكبرى، فرحة الاستقلال واستعادة الحرية، ومشت بحرية في شوارع القصبة تحت ظل العلم الجزائري…

كنا نعتقد أن امرأة جزائرية عرفت كبرياء النضال وجحيم السجن قد عاشت كل ما يمكن للمرء أن يعيش من إحساس وفرح وآلام ومحن. كنا نعتقد أنها تجاوزت المعقول وأن قلبها تحول إلى يابس بعد كل ما عانته، وأنه لن يعرف أبدا محنة أو فرحة يمكن أن تؤدي بها إلى الهيجان. كنا نظن أن دموعها قد جفت بعد ما قاست من التعذيب وما بكت على الأحباب والرفاق الذين استشهدوا.

وكنا نظن الكثير عن زهرة دريف، أرملة المرحوم رابح بيطاط. كنا نظن أن النظام اختار أن يدمجها في مجلس الأمة عرفانا لماضيها، وأنها ستكتفي بمتابعة المسرحيات السياسية دون انفعال، لأن من عاش المصيبة الكبرى يتحمل المصائب الثانوية، ومن صمد أمام طاغوت الاستعمار وظلم العدو يصبر أمام أخطاء الأصدقاء وفشل الرفاق. كنا نظن أنها ستتحمل انهيار الحاضر لأنها تعرف أن التاريخ حلقات، يوم لنا ويوم علينا.

لكن كان كل هذا الظن خطئا. واكتشفت الحكومة الجزائرية في جويلية 2007، أياما قليلة قبل إحياء الذكرى الخامسة والأربعين للاستقلال، اكتشفت أن الوضع العام للبلاد يثير ثائرة السيدة زهرة ذريف، وأن المناضلة التي احتملت التعذيب والسجن والحرمان مازالت تكسب ما يكفي من الدموع لتبكي الوعود الكاذبة للسلطة، وتتأسف أمام الحرمان الذي يعيشه الشباب، وتنفجر أمام الملأ لتعبر عن يأسها أمام تبذير عرق الشعب ودم الشهداء.

وحقيقة الأمر أن الكثير من الرجال والنساء من جيل هذه المناضلة يتقاسمون نفس اليأس الذي عبرت عنه السيدة زهرة ذريف. إنهم كثيرون أولائك الذين يلاحظون أن الجزائر غلقت على نفسها في مأزق، وهم يعرفون أنه من الضروري أن يقوموا بمبادرة ما أو يساهموا فيها لاستدراك الوضع لكنهم لا يعرفون ما العمل اليوم. إنهم كثيرون أولائك الذين يتألمون يوميا أمام خيارات سياسية فاشلة وقرارات لا يقبلها أي إنسان حر. إنهم، وبطريقة أو أخرى، يبكون وضع الجزائر اليوم.

ومنهم من يحاول أن يشد انتباه أهل القرار بالكلمة، ومنهم من يسكت لأنه يرى أن الكلام أصبح تواطؤا، ومنهم يحاول الابتعاد عن كل قرار وعن كل مصدر قرار، لأنه يعرف أن الخيارات خاطئة، لكنه لا يكسب الوسائل الضرورية لتصحيح الخطأ، خاصة لما يأتي الخطأ من الذين يعتبرهم رفاقا في النضال والجهاد. وأبرز مثل لذلك الغضب الذي أثاره وزير المجاهدين لما اختار عشية الاحتفال بالذكرى الخامسة والأربعين للاستقلال ليتكلم عن المجاهدين المزيفين، وكأنه لا يكتفي بالمشاركة في أخطاء السلطة، بل يريد أن يقضي على هوية المجاهد الذي أصبح اسمه في الجرائد مرتبطا بالتزييف…

هذا الانهيار السياسي والأخلاقي هو الذي دفع الجزائر إلى التخلي عن رموزها. وسألنا عددا من المجاهدين ماذا سيفعلون يوم 5 جويلية، فقال أكثرهم أنه لا يعرف بالضبط، لأنهم لا يريدون المشاركة في حفلات فلكلورية، ولا يريدون مشاركة السلطة في تصرفاتها التي تقتل رموز الوطن. لكنهم أجمعوا على أن الدولة تخلت عن واجبها في هذا الميدان، لأنه من واجب الدولة أن تعطي هذه الذكرى معاني وطنية ورسمية، ولا يمكن لأحد أن يمنع أي جزائري من المساهمة فيها والمشاركة في مناسبة بهذا الحجم.

بدل ذلك، فرضت علينا السلطة دموعا حراما في هذه المناسبة. إنها دموع اليأس أمام الانهيار، بينما من المعهود أن جويلية هو شهر دموع الفرحة لاستعادة الاستقلال، ودموع ذكرى الرفاق الذين نالوا الجزاء الأكبر، جزاء الشهادة.

ع.ش

Des ministres, paraît-il

Salir le FLN, traîner les moudjahidine dans la boue, discréditer l’école. La grande œuvre de destruction est en marche.

Par Abed Charef

 

Que fait le ministre des moudjahidine à la veille du 5 juillet ? Il donne une longue interview consacrée au dossier des « faux moudjahidine ». Que fait le ministre de l’éducation après l’examen du BEM ? Il change les règles du jeu pour favoriser la réussite à l’examen. Il s’agit là de deux attitudes de deux ministres qui semblent décider à travailler méthodiquement à détruire ce qui reste d’un pays, de son histoire, de ses institutions, des bribes du savoir et des parcelles de grandeur qui restent encore visibles.

A travers son interview, le ministre des moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, a imposé le thème qui va dominer la célébration du 45ème anniversaire de l’indépendance. On parlera de faux moudjahidine, de fausses attestations, comme on parlera ailleurs de faux diplômes, de faux examens et de faux succès.

Bêtise ou action délibérée ? On ne le sait. Ce qu’on sait par contre, c’est que certains mots ont fait la grandeur de l’Algérie. 1er novembre, moudjahid, FLN, Bouzegza, 20 août, Ben M’Hidi, Ben Boualïd, Bougara, 5 juillet, Soummam, voilà quelques symboles qui ont acquis une force exceptionnelle dans l’histoire moderne du pays. Des noms de militants, de lieux, des dates, qui ont une charge symbolique sur laquelle s’est bâtie tout un pays.

Mais dans un pays qui semble avoir décidé de s’autodétruire, les premiers responsables agissent comme s’ils avaient choisi de gommer ces symboles. Déjà, le FLN a subi des coups terribles. Des clans, ou des bandes politiques –il est difficile de trouver d’autres qualificatifs- ont choisi de s’en accaparer à travers différentes étapes, pour le transformer en symbole de l’oppression, de la gabegie, de la servilité et de la corruption. Nombre de personnes, certaines à raison, se sentiront offusqués par une telle affirmation. Mais qu’importe : il suffit de sortir dans la rue, de demander aux Algériens « normaux » ce qu’ils pensent du FLN postindépendance, pour se rendre compte du gâchis.

Mohamed Nabi, ancien ministre, a demandé publiquement qu’il soit mis fin à l’agonie de ce symbole. Un ancien officier supérieur de l’ALN est allé plus loin. La plus grande œuvre de l’Algérie durant le vingtième siècle a été le FLN, a-t-il dit. La plus grande œuvre du nouveau siècle sera de mettre fin au FLN, a-t-il ajouté.

Comme de nombreux autres algériens, cet homme est outré par ce comportement de responsables politiques qui ont fait en sorte que le vol et la gabegie soient liés au FLN. Il ne supporte pas non plus que le qualificatif de « faux » soit lié au moudjahid. « Qu’est-ce qui pousse un ministre, celui des moudjahidine en plus, à parler de faux moudjahidine à la veille du 5 juillet ? Veut-il transformer la célébration de cet anniversaire de l’indépendance en un évènement honteux ? », se demande-t-il. Amer, il fait un vœu : « il nous reste quelques années à vivre. Qu’on nous oublie juste un moment, et qu’ils fassent ensuite ce qu’ils veulent. Dans quelques années, il n’y aura plus de moudjahidine, ni de faux moudjahidine ».

Quoiqu’il fasse, le ministre des moudjahidine a d’ores et déjà commis l’irréparable. Et il n’est pas le seul. Il est suivi de près, dans cette compétition macabre, par le ministre de l’éducation Abou Bakr Benbouzid. Celui-ci œuvre depuis plus d’une décennie, selon ses propos, à réformer l’école, qu’il a transformée en un vaste champ d’expériences et de ruines. Mais il a suffi d’une phrase du chef de l’état pour qu’il commette une erreur que le pays paiera pendant des décennies.

Le ministre a fixé des règles pour l’obtention du BEM. Des milliers d’élèves, d’enseignants, d’encadreurs et de parents ont travaillé sur cette base, pendant toute une année, pour préparer l’examen. Les élèves l’ont passé et attendent les résultats. Mais il a suffi d’une réflexion d’humeur du chef de l’état pour que le ministre décide de changer la règle. Et quel moment choisit-il pour annoncer sa décision ? Entre la date de l’examen et celle de la publication des résultats ! C’est un acte d’une irresponsabilité incroyable.

La décision du ministre relève d’un populisme primaire. Elle ramènera, certes, la joie chez de nombreux parents et élèves qui vont bénéficier de ce cadeau anti-pédagogique. Mais quelle valeur accorder désormais à un examen conçu avec une telle légèreté ? Et quel crédit accorder à un diplôme obtenu de cette manière ?

Jusque là, de nombreux pays européens exigeaient des Algériens une mise à niveau pour exercer certains métiers, comme celui de médecin. Désormais, ils ont légitimement le droit de leur exiger qu’ils repassent le bac. Car avec ces diplômes au rabais, l’acquisition du savoir en Algérie n’est pas seulement sujette au doute. Elle relève de décisions velléitaires et de méthodes sans fondement scientifique ni pédagogique.

Comme si, après avoir discrédité le FL N, traîné dans la boue les moudjahidine, on voulait parachever le travail en s’attaquant aux enfants à travers l’école. Consciemment, par ignorance, par opportunisme ou par pure bêtise, peut importe. Le résultat est le même. Et ce sont, paraît-il, des ministres de l’Algérie indépendante qui mènent la charge.