Des ministres, paraît-il

Salir le FLN, traîner les moudjahidine dans la boue, discréditer l’école. La grande œuvre de destruction est en marche.

Par Abed Charef

 

Que fait le ministre des moudjahidine à la veille du 5 juillet ? Il donne une longue interview consacrée au dossier des « faux moudjahidine ». Que fait le ministre de l’éducation après l’examen du BEM ? Il change les règles du jeu pour favoriser la réussite à l’examen. Il s’agit là de deux attitudes de deux ministres qui semblent décider à travailler méthodiquement à détruire ce qui reste d’un pays, de son histoire, de ses institutions, des bribes du savoir et des parcelles de grandeur qui restent encore visibles.

A travers son interview, le ministre des moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, a imposé le thème qui va dominer la célébration du 45ème anniversaire de l’indépendance. On parlera de faux moudjahidine, de fausses attestations, comme on parlera ailleurs de faux diplômes, de faux examens et de faux succès.

Bêtise ou action délibérée ? On ne le sait. Ce qu’on sait par contre, c’est que certains mots ont fait la grandeur de l’Algérie. 1er novembre, moudjahid, FLN, Bouzegza, 20 août, Ben M’Hidi, Ben Boualïd, Bougara, 5 juillet, Soummam, voilà quelques symboles qui ont acquis une force exceptionnelle dans l’histoire moderne du pays. Des noms de militants, de lieux, des dates, qui ont une charge symbolique sur laquelle s’est bâtie tout un pays.

Mais dans un pays qui semble avoir décidé de s’autodétruire, les premiers responsables agissent comme s’ils avaient choisi de gommer ces symboles. Déjà, le FLN a subi des coups terribles. Des clans, ou des bandes politiques –il est difficile de trouver d’autres qualificatifs- ont choisi de s’en accaparer à travers différentes étapes, pour le transformer en symbole de l’oppression, de la gabegie, de la servilité et de la corruption. Nombre de personnes, certaines à raison, se sentiront offusqués par une telle affirmation. Mais qu’importe : il suffit de sortir dans la rue, de demander aux Algériens « normaux » ce qu’ils pensent du FLN postindépendance, pour se rendre compte du gâchis.

Mohamed Nabi, ancien ministre, a demandé publiquement qu’il soit mis fin à l’agonie de ce symbole. Un ancien officier supérieur de l’ALN est allé plus loin. La plus grande œuvre de l’Algérie durant le vingtième siècle a été le FLN, a-t-il dit. La plus grande œuvre du nouveau siècle sera de mettre fin au FLN, a-t-il ajouté.

Comme de nombreux autres algériens, cet homme est outré par ce comportement de responsables politiques qui ont fait en sorte que le vol et la gabegie soient liés au FLN. Il ne supporte pas non plus que le qualificatif de « faux » soit lié au moudjahid. « Qu’est-ce qui pousse un ministre, celui des moudjahidine en plus, à parler de faux moudjahidine à la veille du 5 juillet ? Veut-il transformer la célébration de cet anniversaire de l’indépendance en un évènement honteux ? », se demande-t-il. Amer, il fait un vœu : « il nous reste quelques années à vivre. Qu’on nous oublie juste un moment, et qu’ils fassent ensuite ce qu’ils veulent. Dans quelques années, il n’y aura plus de moudjahidine, ni de faux moudjahidine ».

Quoiqu’il fasse, le ministre des moudjahidine a d’ores et déjà commis l’irréparable. Et il n’est pas le seul. Il est suivi de près, dans cette compétition macabre, par le ministre de l’éducation Abou Bakr Benbouzid. Celui-ci œuvre depuis plus d’une décennie, selon ses propos, à réformer l’école, qu’il a transformée en un vaste champ d’expériences et de ruines. Mais il a suffi d’une phrase du chef de l’état pour qu’il commette une erreur que le pays paiera pendant des décennies.

Le ministre a fixé des règles pour l’obtention du BEM. Des milliers d’élèves, d’enseignants, d’encadreurs et de parents ont travaillé sur cette base, pendant toute une année, pour préparer l’examen. Les élèves l’ont passé et attendent les résultats. Mais il a suffi d’une réflexion d’humeur du chef de l’état pour que le ministre décide de changer la règle. Et quel moment choisit-il pour annoncer sa décision ? Entre la date de l’examen et celle de la publication des résultats ! C’est un acte d’une irresponsabilité incroyable.

La décision du ministre relève d’un populisme primaire. Elle ramènera, certes, la joie chez de nombreux parents et élèves qui vont bénéficier de ce cadeau anti-pédagogique. Mais quelle valeur accorder désormais à un examen conçu avec une telle légèreté ? Et quel crédit accorder à un diplôme obtenu de cette manière ?

Jusque là, de nombreux pays européens exigeaient des Algériens une mise à niveau pour exercer certains métiers, comme celui de médecin. Désormais, ils ont légitimement le droit de leur exiger qu’ils repassent le bac. Car avec ces diplômes au rabais, l’acquisition du savoir en Algérie n’est pas seulement sujette au doute. Elle relève de décisions velléitaires et de méthodes sans fondement scientifique ni pédagogique.

Comme si, après avoir discrédité le FL N, traîné dans la boue les moudjahidine, on voulait parachever le travail en s’attaquant aux enfants à travers l’école. Consciemment, par ignorance, par opportunisme ou par pure bêtise, peut importe. Le résultat est le même. Et ce sont, paraît-il, des ministres de l’Algérie indépendante qui mènent la charge.

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