On ne peut pas encore importer le bien être

Un ministre, Noureddine Moussa, révèle l’énorme échec d’un secteur essentiel, l’habitat. Il confirme ainsi qu’il ne suffit pas de tout importer pour créer le bien être.

Par Abed Charef

La promesse du président Abdelaziz Bouteflika de faire construire un million de logements durant son second mandant ne sera pas tenue. Au mieux, le pays atteindra la moitié du chiffre annoncé. Ce n’est pas un opposant aigri ni un déçu de l’ère Bouteflika qui le dit. C’est un ministre en poste, Noureddine Moussa, qui a mis les choses au point.

A l’heure où il a hérité du ministère de l’habitat, Noureddine Moussa avait besoin de savoir où il en était, pour ne pas être désigné comme bouc-émissaire lorsqu’il faudra faire des bilans. Et cette précaution s’est avérée très utile, car après trois années du deuxième mandant de Abdelaziz Bouteflika, on en est à peine au tiers du programme promis.

Encore faudra-t-il vérifier ces chiffres. Le ministre lui-même a d’ailleurs émis de sérieux doutes à ce propos, en annonçant qu’il allait créer une commission chargée de vérifier les chiffres avancés par ses services. Car d’autres chiffres circulent, faisant état de résultats encore plus faibles, laissant entrevoir que le programme du chef de l’état ne sera même pas réalisé à moitié. Le programme AADL, lancé en grande pompe pour être noyé ensuite dans le monde de la bureaucratie, donne une indication sur cet échec : le programme AADL 2002 n’est pas encore achevé !

Bien que de nombreux cercles prêtent à Noureddine Moussa des intentions « politiques », ce qui n’est pas exclu, sa démarche n’en est pas moins intéressante. C’est en effet un ministre qui met en cause publiquement l’administration de son propre département, et met en doute les chiffres avancés par les organismes dont il a la tutelle. Il confirme ainsi une conviction largement répandue selon laquelle la plupart des données statistiques officielles sont fausses, qu’il s’agisse du chiffre du chômage, de la production de blé ou de logements construits.

D’autre part, le ministre de l’habitat va à contresens de cette pratique, très répandue, visant à caresser les hauts responsables dans le sens du poil. Quand Abdelaziz Bouteflika avait promis un million de logements, Ahmed Ouyahia, alors chef du gouvernement, n’avait pas hésité à faire de la surenchère en promettant, pourquoi pas, 1,2 millions ! Des promesses absurdes, qui non seulement discréditent celui qui les avance, mais finissent par enlever toute signification au discours politique.

Par ailleurs, Noureddine Moussa a soulevé un autre point faible de la gestion du pays. L’Algérie fait des discours, mais ne se donne pas la peine de créer les instruments pour le réaliser. Le programme d’un million de logements nécessitait en effet l’émergence de nombreuses entreprises de réalisation, le lancement d’un programme ambitieux dans la production de matériaux de construction, une mobilisation du système financier pour financer ce gigantesque projet, et une formation massive de personnel spécialisé, ainsi que la levée des contraintes bureaucratiques. Aucune de ces conditions n’a été réalisée. Sur certains points, comme le foncier , les matériaux de construction et la capacité des entreprises, la situation s’est même dégradée.

Autre casse-tête pour les autorités algériennes : le logement ne s’importe pas comme un produit fini. Il nécessité une multitude d’intervenants, allant de la bureaucratie locale aux banquiers, en passant par les entreprises et le marché des matériaux. C’est une opération complexe, alors que les responsables du pays semblent avoir définitivement abandonné l’idée de prendre en charge la complexité des problèmes.

A l’inverse, il est facile d’importer. La hausse du prix de la pomme de terre en a encore offert une illustration. Cette évolution des prix n’a pas poussé les autorités à y voir un encouragement pour la production de la pomme de terre. Elle ne les a pas poussées à essayer de trouver de nouvelles terres pour ce type de culture et comment les irriguer, ni à développer la production des engrais et des semences nécessaires pour répondre aux besoins du marché. Les responsables se sont contentés de deux types de réponse. Les uns ont dit : « ce n’est pas nous, c’est le marché », et d’autres ont dit : il faut importer massivement pour « casser » les prix.

Dans la même logique, il faudra importer massivement du blé, dont le prix connaît une flambée sur le marché international. Il en est de même pour le lait. En opérant ainsi, l’Algérie subventionne les producteurs européens de lait et de blé, pendant que les fellah algériens, dont la production de pomme de terre a été détruite par le mildiou, attendent désespérément que la bureaucratie leur donne un coup de main.

Malheureusement, la bureaucratie ne sait pas que le fellah algérien a besoin d’argent frais pour la prochaine récolte. Et que s’il rate cette récolte, la production va encore baisser à l’automne prochain. Par contre, pour importer, il suffit d’une instruction, que le zèle et les appétits de pots-de-vin permettent d’exécuter dans des délais prodigieux.

Ceci explique la hausse remarquée des importations durant le premier semestre 2007. Celles-ci ont connu un bondi de 20,70%, pour atteindre les 12,80 milliards de dollars, selon des statistiques de la douane. . Ce chiffre équivaut aux recettes annuelles de l’Algérie à la fin des années 1980, quand le pays était en pleine crise économique. En outre, au rythme actuel, les importations dépasseront les 25 milliards de dollars en 2007, un chiffre prodigieux qui représente trois fois les recettes extérieures du Maroc, pays dont la population est pourtant équivalente à celle de l’Algérie.

Malheureusement, cette frénésie des dépenses et d’importations ne se traduit pas par un bien être réel au profit de la population. Car le logement et le bien être ne s’importent pas. Ils sont produits localement. 

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