Novembre

Par Abed Charef

 Il s’appelait Abdallah. Il était originaire de Annaba, et avait été caporal au sein de l’armée française. Il avait une telle passion pour le football qu’il avait réussi à organiser un match en pleine zone interdite, entre la katiba Zoubiria et le commando de la wilaya IV. Quelque temps auparavant, il avait déserté d’un poste avancé situé à l’est de Djebel Ellouh, dans ce vaste no mans land compris entre Theniet El-Had et Médéa, une succession de montagnes reliant l’Ouarsenis aux monts de Blida. Mais pour ses compagnons, il était Abdallah. Et c’est tout ce qu’ils savaient lui.

En cette belle matinée de printemps 1959, la compagnie de l’ALN au sein de laquelle avait été affecté Abdallah se trouvait à Reguita, un lieu dit au nord de Ksar Boukhari, dans la région de Médéa. Il faisait beau, un splendide soleil illuminait les montagnes, en ce 21 avril 1959. Mais Abdallah n’avait guère le temps d’apprécier la majesté du paysage : sa compagnie était encerclée par l’armée française. Plus grave encore, le chef de wilaya se trouvait sur les lieux. Il fallait coûte que coûte le sauver.

Abdallah n’est cependant qu’un exécutant. C’est au commandant de compagnie de prendre les décisions. Celui-ci a rapidement jugé la situation. Elle était critique. Il y avait une seule manière de s’en sortir : aller au-devant des unités de l’armée française, les accrocher, pour ralentir leur avancée, pendant que le chef de wilaya et son escorte tenteraient de se frayer un chemin pour s’en sortir.

Le chef de compagnie appelle Abdallah. C’est lui qu’il choisit, car Abdallah a une bonne formation militaire, il sait se battre, et c’est un bon chef de groupe. Il lui explique rapidement la situation, et lui donne l’ordre d’aller à la rencontre de la première ligne des unités de l’armée française.

Abdallah le regarde un moment, et demande à poser une condition. Le chef de compagnie est furieux. La situation risque de basculer à tout moment, le chef de wilaya risque d’être pris ou tué, et tout ceci à cause d’un chef de groupe qui veut poser ses conditions.

Finalement, Abdallah déclare qu’il veut choisir les hommes qui doivent l’accompagner dans cette mission. Le chef de compagnie ne décolère pas. « C’et ton groupe, tu les connais, ils te connaissent, c’est la meilleure solution », dit-il, voulant surtout en finir avec ces palabres.

Mais Abdallah insiste. « je sais que nous ne reviendrons pas de cette mission », dit-il. Il veut donc une équipe à lui. Il veut choisir Amar, originaire de Azeffoun, El-Biskri, un moudjahid originaire de Biskra, dont personne ne connaît le nom, Houni, le surnom d’un autre moudjahid originaire de Khenchela, Bouziane, de Mechéria, et Abderezak, d’Arzew, un déserteur qui avait accompagné Abdallah lorsqu’il avait rejoint l’ALN. « nous ne reviendrons pas, et lorsque nous tomberons, vous, qui allez peut-être survivre, dites au monde comment a été dessinée la carte de l’Algérie », dit Abdallah à son commandant de compagnie. Et aussitôt, il rassemble ses compagnons, et s’en va à la rencontre des unités de l’armée coloniale. Abdallah et ses compagnons ne reviendront pas. Ce jour, ils seront vingt et un à ne pas revenir.

Ces hommes avaient fait Novembre, le mois de la grandeur, des défis, des ambitions grandioses. C’est aussi le mois qui a donné naissance à des mythes, créé des symboles, et inventé des valeurs nouvelles.

En novembre, on ne parle pas de partage de pouvoir, d’accès au parlement ou de conquête d’assemblée populaire. En novembre, on met de côté les ambitions personnelles et les prétentions de groupes et de clans. On ne parle même pas de taux de croissance, de succès économique ou de réalisations. Novembre est au-dessus de tout ça. Et face au poids écrasant de Novembre, tout paraît secondaire, dérisoire, futile.

Que reste-t-il à faire pour rester pleinement dans l’esprit de Novembre ? La déclaration du 1er novembre fixait trois grands objectifs. Le premier objectif a été atteint : restaurer de l’état algérien souverain. Deux autres objectifs restent à atteindre : établir un système démocratique et aller à l’unité maghébine.

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نوفمبر

عابد شارف

لم يعرفوا عن عبد الله إلا القليل النادر. عرفوا عنه أنه من منطقة عنابة، وأنه يحب كثيرا كرة القدم، إلى درجة أنه قام بتنظيم مباراة بين الكتيبة "الزبيرية" وكومندوس الولاية الرابعة التاريخية، وهي المقابلة التي جرت في منطقة محرمة. وكان يعرف عن عبد الله أنه كان في الجيش الفرنسي، حيث تحصل على رتبة عريف، أي "كابران"، وأنه فر من الجيش الفرنسي لينضم إلى جيش التحرير الوطني بعد أن كان بإحدى ثكنات الجيش الاستعماري الموجودة شرق "جبل اللوح"، تلك المنطقة الجبلية التي تربط الونشريس بالأطلس البليدي.

وفي صبيحة ذلك اليوم من ربيع 1959، كان عبد الله في قرية "الرقيطة"، شمال قصر البخاري، بمنطقة المدية. كان الجو جميلا، وكانت المنظر رائعا في ذلك العالم الجبلي الذي استطاع جيش التحرير الوطني أن يتحكم فيه. لكن لم تكن لعبد الله الفرصة للتمتع بجمال الطبيعة يوم 21 أفريل 1959، لأن الجيش الاستعماري كان قد شرع في تمشيط المنطقة. ووجدت وحدات جيش التحرير الوطني نفسها محاصرة من الجيش الفرنسي. ومما زاد الوضع خطورة أن قائد الولاية كان موجودا بالمنطقة، وأولويات الحرب تفرض الحفاظ على حياة قائد الولاية.

لكن عبد الله لم يكن إلا منفذا للأوامر، وعلى الضباط أن يتخذوا القرارات الضرورية ويعطوا الأوامر التي ستنقذ الوضع. وفعلا، رأى قائد الكتيبة أن هناك خطة وحيدة يمكن اتباعها، وهي أن تتوجه وحدة من جيش التحرير نحو الخطوط الأمامية لجيش الاحتلال، حتى تمنعها من التقدم لأطول فترة ممكن، وهو الذي سيستغله قائد الولاية للخروج من الحصار في الاتجاه المعاكس.

واختار قائد الكتيبة أن يكلف عبد الله بهذه المهمة الصعبة على رأس فرقته، وأعطاه الأوامر لذلك. وسمع عبد الله الأوامر، نظر مطولا إلى قائد الكتيبة، ثم قال: لا، أرفض أن أقوم بهذه المهمة على رأس مجموعتي… وعندها غضب قائد الكتيبة، وقال: إنه أمر، عليك بتنفيذه بسرعة لأن الوقت يداهمنا.

أعاد عبد الله الكرة وقال: أريد أن يرافقني قلان وفلان وفلان، وذكر خمسة رجال، منهم عمار، من أزفون، والبسكري، الذي لا يعرف أحد اسمه، وآخر يدعى "هوني"، من منطقة خنشلة، وبزيان، من مشرية، وعبد الرزاق، من أرزيو، وكلن رفيق عبد الله لما فرا معا من الجيش الفرنسي. وغضب قائد الكتيبة ثانية بسبب ضياع الوقت، وقال: أفضل أن يرافقك أعضاء فرقتك، لأنهم يعرفونك جيدا، وتعرفهم جيدا، وسيكون التنسيق أفضل.

ورد عبد الله قائلا: إني أعرف أننا لن نعود من هذه المهمة، وأريد أن أكون رفقة هؤلاء الذين ذكرت، ولما نستشهد، أذكروا، أنتم الأحياء، كيف أن دمائنا من التي جاءت من كل مناطق الجزائر صنعت خريطة الجزائر.

واستدعى عبد الله المجموعة التي اختارها، وتوجه نحو الخطوط الأمامية لجيش الفرنسي، واشتبك معهم مثلما كان منتظرا. ومثلما كان منتظرا، لم يعد عبد الله ذلك اليوم، ولم يعد في يوم 21 أفريل 1959 مجموعة أخرى، وعددهم 21 رجلا من أعضاء جيش التحرير الوطني…

حدثت قصة عبد الله في فترة كان نوفمبر يحمل معنى، وكانت الحرية هدفا، والتضحية وسيلة.

 

Les chiffres de la déraison

Chiffres fantaisistes, solutions erronées : l’économie algérienne offre une piètre image.

 Par Abed Charef

 

Octobre 2007 restera mémorable dans les annales économiques algériennes. Dans une course effrénée, des hommes assumant les plus hautes responsabilités dans le pays se sont lancés dans une folle compétition, pour obtenir la palme de la déclaration la plus farfelue et la plus fantaisiste. Travaux publics, agriculture, finances, commerce extérieur, investissements étrangers, aucun secteur n’a échappé à cette compétition d’un genre nouveau.

Abdelhamid Temmar a ouvert le bal. Le ministre des participations s’est rendu à Paris pour exprimer sa désapprobation envers les choix des deux grands constructeurs automobiles français, Renault et Peugeot. « Nous ne sommes pas contents du tout», a dit le ministre, qui s’est étonné de voir Renault se lancer dans un grand projet au Maroc, qui ne dispose pourtant pas des financements adéquats et offre un marche de moindre envergure que celui de l’Algérie. Quant à Peugeot, non seulement il abandonne toute idée d’investissement en Algérie, mais il demande aux autorités algériennes de prendre en charge l’installation d’ateliers de réparation pour ses véhicules. Quelle outrecuidance ! L’Algérie a, de toute évidence, rejeté avec dédain cette attitude du constructeur français.

Rejetant sur les autres l’échec de sa politique, Abdelhamid Temmar refuse de regarder la réalité de l’économie algérienne. Il ne voit pas que le pays tourne en rond, sans parvenir à régler le moindre problème qui entrave l’investissement, qu’il soit algérien ou étranger. Le foncier industriel ? Cette question est une « affaire définitivement réglée », dit-il, contre toute évidence. Le fonctionnement des banques, l’instabilité de la réglementation, le manque de visibilité dans les choix du pays, la lourdeur de l’administration, tout ceci est invisible pour lui.

Ahmed Ouyahia, patron du RND et ancien chef du gouvernement,  a pris le relais. Il n’a pas hésité à protester contre la remise en cause d’une décision controversée qu’il avait prise dans le sillage de l’affaire Khalifa, celle qui oblige les entreprises publiques à travailler avec les seules banques publiques. Certes, l’ancien chef du gouvernement n’a pas tort quand il affirme que les banques étrangères ne financent pas l’économie du pays, mais qu’elles s’orientent vers les créneaux les plus rentables pour elles. Ces créneaux, ce sont les crédits liés à la consommation ou à l’importation, développés lorsque Ouyahia était ministre des finances ou chef du gouvernement…

En tout état de cause, la circulaire Ouyahia ne pouvait être que temporaire, liée à une conjoncture précise. Elle établissait une séparation illégale entre les banques. La maintenir signifie qu’on veut arrêter le temps. La défendre, au prétexte d’un nationalisme primaire, revient à figer le pays, une œuvre dans laquelle Ouyahia a excellé. Peut-être pense-t-il qu’en évoquant cette mesure, il s’attaque au chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem ou même au président Abdelaziz Bouteflika, dans le cadre d’une obscure lutte au sommet difficile à décoder. Dans ce cas, son argument peut porter. Mais sur le terrain économique, sa position est indéfendable. En tout état de cause, le gouvernement actuel a été composé par Ahmed Ouyahia, dont le parti reste à la fois membre de l’alliance présidentielle et de l’alliance gouvernementale. Il lui est donc difficile d’affirmer son innocence.

Autre parti de l’alliance présidentielle, Hamas, dont un des ministres les plus en vue, Amar Ghoul, a innové cette semaine. Le ministre des Travaux publics s’est retrouvé confronté à des difficultés qui risquent de l’empêcher de mener à bien ses projets, et notamment son rêve de terminer l’autoroute est-ouest avant la fin du mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Sable, bitume, la pénurie est là. Mais le ministre a de l’imagination. Il va tirer le sable des sous-sols marins pour être dans les délais. Selon quelles techniques ? A quels coûts ? On n’en sait rien. Toujours es-t-il que l’Algérie n’a pas su construire ni avec le sable de surface, ni celui des oueds, ni celui du Sahara, ni celui des carrières. Alors, elle va le chercher au fond de l’océan. Tout juste faut-il reconnaître que cette idée n’a pas été avancée par Amar Ghoul en premier. La paternité en revient à l’industriel Issaad Rabrab, qui l’avait lancé il y a deux ans lors d’une émission de la radio. Le plus grave est que l’affaire est prise au sérieux. Un quotidien annonce en effet que des équipes sont déjà en prospection le long de la côté pour détecter les bancs de sable au large. A ce rythme, on n’est pas loin de lancer un appel d’offre pour l’achat de bateaux renifleurs…

Cela rappelle une célèbre déclaration de Abdelhamid Mehri, au milieu des années 1990. Interrogé sur l’achat, par l’Algérie, d’hélicoptères français dotés de système de vision nocturne, en vue de poursuivre les terroristes pendant la nuit, il avait répondu qu’il serait préférable que ces terroristes soient attrapés durant la journée… Ainsi, on n’aurait pas besoin d’acheter des hélicoptères aussi chers. De même, l’Algérie, qui n’a pas trouvé de sable dans le pays où se situe le plus grand désert du monde, va utiliser le sable sous-marin pour le logement…

Un architecte, ancien directeur d’une entreprise publique du bâtiment, avance pourtant des idées simples. Il suffit d’abandonner publiquement l’idée du million de logements, et de la construction de l’autoroute dans un délai impossible, pour faire baisser la pression sur le sable, le bitume et tous les matériaux de construction. Dans le même temps, ajoute-t-il, il suffit d’annoncer que l’Algérie se lance, par ses propres moyens, dans des projets d’irrigation de quelques millions d’hectares consacrés aux céréales, pour faire baisser le prix de la pomme de terre et des céréales sur le marché international. L’Algérie gagnerait alors sur tous les plans. Mais on comprend pourquoi ce directeur d’entreprise a été limogé. Il a prôné des mesures répondant au simple bon sens.

C’est précisément ce bon sens qui semble avoir déserté les couloirs de l’administration, comme en témoigne la dernière déclaration du ministre de l’agriculture Saïd Barkat. Celui-ci a annoncé que l’aide aux fellahs serait désormais accordée après la récolte, et non avant. Prenant prétexte de l’utilisation abusive et du détournement des ces aides, phénomènes biens réels, le ministre donnera ainsi des primes à ceux qui auront réussi à produire sans son aide. Rien n’indique comment il évitera les abus. Par contre, les fellahs qui ont besoin de financement et d’assistance seront obligés de faire leurs preuves avant d’obtenir de l’aide.

Cette réaction est similaire à celle prise envers les banques privées. Après l’affaire Khalifa, tout le monde, Ouyahia en tête, criait sus aux banques privées. Après l’affaire de la Générale des concessions agricoles, dans laquelle a été cité le nom de l’ancien président de l’APN Amara Saïdani, tout fellah devient suspect. L’état algérien prend même des mesures dont la conséquence finale est de subventionner les agriculteurs européens et américains, comme ce fut le cas pour le lait et la pomme de terre.

De là, une conclusion s’impose : l’Algérie compte beaucoup sur l’étranger, dans tous les domaines, y compris pour l’investissement. Malgré les échecs répétés de Temmar, le gouvernement persiste et signe. Abdelaziz Belkhadem lui-même a affirmé que l’Algérie a enregistré vingt milliards de dollars d’investissements directs en 2006. Un chiffre qui fait sourire les spécialistes. Le chiffre le plus plausible, cité par une agence des Nations-Unies, se situe autour de 1,8 milliards de dollars. Dix fois moins que ce qu’affirme Abdelaziz Belkhadem .

Quand le chef du gouvernement avance des chiffres aussi fantaisistes, les autres se croient tout permis. Ainsi, disent des hauts responsables, la firme émiratie « i’amar » serait sur le point d’investir 20 milliards de dollars dans l’immobilier en Algérie. Le géant saoudien Al Qudra va investir de son côté 10 milliards de dollars dans des projets immobiliers et hôteliers de luxe pour la seule région ouest du pays. Cet argent finira par convaincre le puissant groupe Bouygues à daigner investir le marché algérien, car il est l’un des rares groupes à pouvoir réaliser des constructions selon les normes souhaitées. En effet, il n’est pas question de logements bas de gamme ou sociaux. Dans ce monde, on parle luxe et high-tech, un modèle au-dessus de la capacité des entreprises chinoises, qui se trouveraient exclues de la nouvelle manne.

Ceux qui attendent leur logement ADL depuis 2001 peuvent dormir tranquilles. Ils seront dédommagés en recevant des logements de haut standing. Ils peuvent faire confiance aux promesses du gouvernement algérien. A défaut, ils pourront rêver de l’argent saoudien et émirati, de la technologie de Bouygues, du programme du gouvernement algérien, du sable des fonds marins, des financements de la BNP, le tout bercé par le discours nationaliste de Ahmed Ouyahia.

إقتصاد في أعماق البحر

عابد شارف

عجزت الجزائر عن بناء المساكن رغم الأموال الطائلة التي خصصت للقطاع. ولما تكرس هذا العجز، واتضح أن كل ما قيل عن المليون سكن لا يتعدى أن يكون كلاما فارغا، اجتمع الخبراء ليدرسوا أسباب هذا الفشل العظيم. واتفق القوم على أن عدم إنجاز السكنات اللائقة بالجزائريين يتمثل في نقص الرمال في الجزائر…

وبعد تفكير عميق، ودراسة أعمق، وبعد انهماك المختصين في الموضوع لأسابيع طويلة، جاء الحل. وقال الوزير عمار غول أنه لم يبق للجزائر إلا استعمال الرمال الموجودة في أعماق البحار، لأنها الطريقة الوحيدة التي ستضمن للبلاد تحقيق برنامج رئيس الجمهورية في ميدان السكن والطرق وغيرها. ومباشرة بعد صدور الفكرة، انتشرت فرق من الخبراء على السواحل لتبحث عن "آبار" الرمل مثلما يتم التنقيب عن البترول في أعماق البحر.

ولم يتكلم القوم عن التكلفة المالية والطريقة التي سيتم استعمالها لاستخراج الرمال من أعماق البحار. وكل ما في الأمر، حسب مهندس في الميدان، يمكن حصره في سؤال بسيط: كيف يمكن بناء المساكن برمال أعماق البحر بعد أن فشلنا في بنائها برمال الوديان والمشاتل والصحراء؟ ويمكن أن نضيف سؤالا آخر أبسط: كيف تمكن القوم أن يعجزوا عن العثور على الرمل في بلد يعرف عنه أنه يحتوي أكبر صحراء في العالم وأشهر الكثبان في العالم؟ ولا نعرف كيف سيعمل القوم لاستخراج تلك الرمال وتحويلها إلى الورشات لبناء سكنات اجتماعية، وهل سيستعملون بواخر خاصة لذلك أم أنهم سيبنون مركبات "رملية" في عرض البحر…

ومن المعروف أن من عجز عن القليل سيعجز عن الكثير. ومن عجز عن العمل يكثر الكلام، وهذا ما أدى إلى سباق حقيقي في التصريحات العشوائية من طرف مسئولين ضاعت منهم كل طريقة عقلانية في التفكير. ولعلهم يعرفون أن الكلام مجاني في الجزائر، ولا أحد يحاسبهم عما يقولون.

وقد دخل المعركة وبقوة وزير الفلاحة سعيد بركات، حيث جاء بفكرة مبدعة لا ينافسه فيها أحد. وقد قال بركات أنه سيتخذ إستراتيجية جديدة في مساعدة الفلاحين، حيث أن المساعدات ستعطى لهم بعد أن يقدموا حصيلة إنتاجهم لا قبل أن يشرعوا في العمل… وبذلك سيكافئ وزير الفلاحة من استطاع أن ينتج دون تدخل الوزارة. وإذا انهار إنتاج البطاطا، فذلك ليس من صلاحيات الوزير لأن الفلاحين هم الذين سيكونون قد أخفقوا، ولن يكافئ أحدا. ولم يبق على الجزائر إلا استيراد كل ما تأكل.

وحقيقة الأمر أن سعيد بركات ليس إلا تلميذا لرئيس حكومته، بما أن عبد العزيز بلخادم قد أصبح هو الآخر من أبرز المنافسين في الكلام الذي لا معنى له في الميدان الاقتصادي. فقد قال رئيس الحكومة مثلا أن الاستثمارات الأجنبية في الجزائر بلغت 20 مليار دولار سنة 2006، وأنها ستفوق هذا الرقم خلال السنة الحالية. أما الواقع حسب ما جاءت به إحدى المؤسسات المختصة التابعة للأمم المتحدة، فإن الاستثمارات الأجنبية بلغت 1.8 مليار دولار، مع العلم أن معظمها ينحصر في المحروقات والهاتف النقال. ويعني هذا الكلام أن رئيس الحكومة ضاعف الرقم الحقيقي للاستثمارات الأجنبية عشر مرات…

وإذا ذهب رئيس الحكومة نفسه إلى هذا الحد، وأعطى المثل في التصريحات العشوائية، فكيف نعاتب المسئولين من الدرجة الثانية والثالثة لما يقولون ما لا يفهمون؟ إن هؤلاء وجدوا الساحة مفتوحة لكل المتاهات، ولهم الحق أن يقولوا ما أرادوا لأن لهم قدوة في ذلك. ومنهم مثلا من قال أن المؤسسة الإماراتية "إعمار" مستعدة لاستثمار 20 مليار دولار في مجال البناء… أما الشركة السعودية "القدرة"، فإنها ستستثمر عشرة مليار من الدولارات في نواحي وهران ومستغانم لوحدها من أجل إنجاز عمارات من النوع الراقي…

ويجب أن نحترم هؤلاء، لأنهم لم يكتفوا بصنع أكذوبة، بل أتقنوها. فقد أكدوا أن هذه البنايات العظيمة التي سيتم إنجازها تتطلب التحكم في تكنولوجيا عالية، ولا يمكن للمؤسسات الصينية مثلا أن تدخل المنافسة، مما يجعل من الشركة الفرنسية "بويغ" Bouygues و"فانسي" Vinci المؤسسات الأكثر تأهيلا لإنجازها، وهذا ما يضمن دخول أكبر الشركات الفرنسية ميدان البناء في الجزائر…

أما السيد حميد تمار، فإنه أعطى وعودا متكررة بتدفق الاستثمار الخارجي منذ بداية العهدة الأولى للرئيس عبد العزيز بوتفليقة. رغم ذلك، يؤكد كل الخبراء أن استثمار الجزائريين في الخارج يفوق بكثير استثمار الأجانب في الجزائر. ورفض الوزير أن ينظر إلى واقع الاقتصاد الجزائري بما يحمل من عوائق، سواء تعلق الأمر بنوعية البنوك أو البيروقراطية أو انعدام الأراضي الصناعية. وقال الوزير أنه لم يفشل، إنما الأجانب هم الذين فشلوا في الاستثمار عندنا… وتأكيدا لذلك، سافر الوزير إلى باريس ليعاتب الشركات الفرنسية، ويقول أنه غاضب عن قراراتها، بعد أن اختارت أن تستثمر في المغرب.

ولم يبق للجزائريين الذين ينتظرون سكنا من مؤسسة "عدل" منذ سنوات طويلة إلا أن يصبروا قليلا عندما ستشرع الجزائر في استخراج الرمال من أعماق البحر. وإن لم يكن ذلك كافيا، فعلى الذين ينتظرون مسكنا أن يفتخروا بموقف الوزير تمار الذي وقف صامدا أمام المؤسسات الفرنسية، كما عليهم أن يفتخروا بموقف الوزير الأول الأسبق أحمد أويحيى الذي ندد بالبنوك الأجنبية قائلا أنها لا تساهم في دفع الاقتصاد الجزائري. وعلى هؤلاء أن يفتخروا، لأن الوطنية أسمى من السكن… ولم تبق إلا نقطة واحدة تثير التساؤل. إنها تتعلق بالخبراء الذي سيقومون باستخراج الرمال من أعماق البحر: من يضمن أنهم سيقومون بعملهم وأنهم لن يفضلوا "الحرقة".

ع.ش

Ces ministres qui ne se trompent jamais

Les responsables algériens sont infaillibles. Du moins, tant qu’ils sont au pouvoir.

Par Abed Charef

Un ministre algérien peut-il se tromper ? Evidemment non. Il est dans le vrai, jusqu’au jour où il quitte le gouvernement. C’est alors qu’on découvre l’ampleur des dégâts causés à la fois par sa gestion et par sa non gestion. Car les ministres ne se contentent pas de causer du tort au pays par les décisions irrationnelles et contre-productives qu’ils prennent, mais aussi pas les décisions qui s’imposent mais qu’ils ne prennent pas. Celles-ci sont d’ailleurs souvent les plus destructrices. On peut en effet corriger une erreur quand on s’en rend compte. Par contre, il est difficile, voire impossible, de rattraper le temps perdu quand le ministre, ou le haut responsable de manière générale, est plongé dans le confort de la bureaucratie, pour se contenter de gérer les affaires courantes, sans capacité d’anticiper ou d’innover.

Chakib Khelil offre une parfaite illustration de ce mode de fonctionnement. Ancré dans ses certitudes, il vogue au gré de la conjoncture, jusqu’à ce qu’il soit démenti par les faits. Ainsi en-a-t-il été de son ancienne loi sur les hydrocarbures, qu’il a passé plusieurs années à défendre, pour l’imposer finalement à l’Algérie. Mais à peine la loi était-elle adoptée par le parlement que la conjoncture internationale se retournait, poussant l’Algérie à faire machine arrière, pour revenir à une formule plus traditionnelle.

Cette fois-ci, le ministre récidive, en défendant un terrain qui n’est même pas le sien, celui de la gestion des réserves de change du pays. Il affirme, contre toute évidence, que l’Algérie n’est pas pénalisée par l’érosion du dollar. Le pays ne subit pas de perte du pouvoir d’achat, dit-il sans être contrarié. Ce que l’Algérie perd à cause de la baisse du dollar, est récupéré du fait de la hausse des prix, dit-il. Demi-vérité ou demi-mensonge ? Un simple calcul montre que l’Algérie a énormément perdu à cause de la chute du dollar. Pire encore, elle risque encore de perdre davantage si des innovations ne sont pas introduites dans la gestion des avoirs du pays.

Selon les chiffres avancés par le gouverneur de la banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, les réserves de change se montaient à 90 milliards de dollars fin juin 2007. Si ces avoirs avaient été convertis en euros au fur et à mesure qu’ils rentraient dans les comptes du pays, lorsque l’euro valait en moyenne 1.20 dollar, l’Algérie détiendrait à juin 2007 des réserves pur un montant de 75 milliards d’euros. Il lui suffirait de les vendre aujourd’hui pour acquérir 105 milliards de dollars ! La simple mauvaise gestion des avoirs du pays a coûté au pays 15 milliards de dollars. Un chiffre énorme qui représente les recettes extérieures du Maroc pour deux années.

Affirmer, dès lors, que la hausse continue du brut met à l’Algérie « à l’abri des fluctuations monétaires », comme le fait Chakib Khelil, est erroné. Dire que le pétrole algérien, le Sahar Blend, de qualité supérieure, offre une protection supplémentaire, est un autre argument erroné. Cela n’empêche pas le ministre de persister dans une argumentation que n’importe quel expert peut aisément démolir.

Chakib Khelil admet qu’il est difficile de prévoir les fluctuations monétaires. De là à dire qu’elles sont « erratiques » constitue un pas que les spécialistes hésitent à franchir. Le métier des économistes est justement de prévoir ces fluctuations, ou au moins d’en prévoir les grandes lignes pour se prémunir contre leur effet dévastateur. Pour le dollar, par exemple, un consensus se dégage actuellement pour affirmer qu’il reste surévalué, et risque donc de glisser davantage dans les prochains mois. C’est ce qu’affirme le directeur général sortant du Fonds monétaire international, Rodrigo Rato. Celui-ci affirmait encore lundi dernier que le dollar restait surévalué, malgré une dépréciation importante subie durant les deux dernières années. Il attend donc une nouvelle glissade du dollar à « moyen terme ».

En tout état de cause, la gestion des affaires du pays ne peut se faire selon une logique de loterie, en misant tout sur une monnaie. L’usage est de répartir les risques, en variant les placements, pour assurer une stabilité de la valeur des avoirs. Il est en effet préférable de garantir une stabilité à un niveau moyen, plutôt que de miser sur une haute valorisation des avoirs avec les risques que cela comporte. La règle est alors de varier les placements en divers monnaies, tout en ayant recours aux placements traditionnels, comme l’or. Au moins pour préserver le pouvoir d’achat des réserves.

Dans des pays dynamiques, on n’hésite pas à recourir à des placements osés. C’est une pratique devenue courante, de plus en maîtrisée par les pays du Golfe, qui veulent aussi bien entrer dans le capital d’EADS que gérer les ports américains. Mais cela semble évidemment trop ambitieux pour la bureaucratie algérienne. Car cela nécessite des institutions et des structures capables de jouer ce rôle. Elles n’existent pas en Algérie. Il suffit de ce cruel rappel pour s’en rendre compte : l’ancien ministre des finances Mourad Medelci avait avoué ne pas avoir vu venir l’affaire Khalifa, qui crevait pourtant les yeux. Comment aurait-il dès lors pu voir venir la chute du dollar et la dévalorisation des avoirs du pays?

Du reste, on ne sait même pas à qui incombe la responsabilité de la gestion des réserves en devises du pays. Au ministre des finances ? Au président de la république ? Au chef du Gouvernement ? Au gouverneur de la Banque centrale ? Dans un système où aucun responsable n’est comptable de ses actes, où personne n’a de comptes à rendre, il serait vain d’attendre de ceux qui gèrent les affaires du pays qu’ils innovent, anticipent, et prennent les  décisions qui s’imposent pour anticiper les évènements. Et comme ils n’ont pas de contradicteurs, ils peuvent dire à peu près n’importe quoi. C’est ce que fait Chakib Khelil aujourd’hui. Jusqu’au moment où il quittera le gouvernement, et où on découvrira sa gestion erratique.

Quand tout le monde parle de réformes

Introduire des réformes dans les collectivités locales ? Pourquoi pas ? A condition de donner un sens au mot « réforme ».

Abed Charef

 A en croire le discours officiel, l’Algérie est un immense chantier de réformes. De l’école à l’économie, de la justice à la gestion de l’argent du pays, tout membre du gouvernement ou haut responsable qui s’exprime affirme que des réformes audacieuses ont été lancées dans son secteur, et qu’il n’y a qu’à attendre les résultats pour assurer le bonheur du peuple. N’importe quelle décision est liée à ce label de réforme, ce qui aboutit à une cacophonie sans précédent et une destruction des concepts. Il y a même des secteurs où on en est encore à plusieurs réformes successives, avec des résultats encore plus effrayants à chaque étape.

Engager une réforme a pourtant un sens bien précis. Cela suppose qu’on fait le constat d’une situation, et qu’on aboutit à la conclusion que les choses fonctionnent mal, ou qu’elles peuvent mieux fonctionner. On définit alors les contours de nouveau système vers lequel on veut aller, en définissant les étapes, les moyens, et en veillant à ce que les autres secteurs aillent dans le même sens. Cela donne une démarche complexe, une construction de tous les jours, dans laquelle chaque partenaire, chaque acteur, sait où cela doit mener. Cela nécessite aussi un timing qu’il faut adapter à chaque étape, ainsi que des sacrifices, notamment de la part de ceux qui détiennent des intérêts illégitimes.

A la veille des élections locales, par exemple, il est possible de définir ce que pourrait être une réforme des collectivités locales. Le constat est facile à établit. Les assemblées locales ne sont pas efficaces. Elles gèrent mal les villes et les cités. Elles ne disposent pas de pouvoir nécessaire pour agir, et elles restent totalement assujetties à la tutelle. Leur composition est médiocre : les membres des assemblées locales n’ont pas la formation politique requise, ils n’ont pas le sens de l’intérêt commun, et ne voient dans leur mission que la possibilité d’accéder à une parcelle de pouvoir qu’ils utilisent à leur profit.

Un consensus national se dégage sur tous ces points, tant il est difficile de trouver des citoyens satisfaits de la gestion de leur municipalité. Il est donc nécessaire de changer, pour créer une nouvelle situation qui permette de mieux gérer les villes. Dans quelle direction s’orienter ? Il semble inutile de chercher à réinventer les mairies. Il suffit de voir comment sont administrées les villes biens gérées de par le monde.

Et là, surprise : on y retrouve les mêmes processus, qu’il s’agisse du choix des élus, de la manière de gérer, des relations de la collectivité locale avec l’administration ou de la gestion des finances. Dans ces villes qui ont réussi à devenir un « label », la collectivité locale détient des pouvoirs énormes. A l’exception des grands projets à caractère national, c’est à elles de dynamiser l’économie, d’inciter à l’investissement, de distribuer l’argent « social » et d’organiser les solidarités locales.

Les villes bien gérées sont aussi celles où la compétition électorale est libre et loyale. Les courants politiques sont visibles, leur choix sont connus, et c’est aux citoyens de trancher librement. Tout le processus de choix des candidats se fait dans la transparence. L’administration et les services de sécurité n’ont pas voix au chapitre dans ce dossier. Les élus sont comptables de leur gestion devant les citoyens, et ils peuvent être réélus si leur bilan est acceptable, comme ils peuvent être révoqués en cas d’échec. Les partis nt intérêt à présenter les meilleurs candidats, et ils le font. Au final, les élus des villes qui réussissent s’ouvrent des carrières pour accéder à des missions plus importantes, alors qu’en Algérie, leur carrière se termine devant le tribunal, ou elle se poursuit au prix d’actes de corruption de plus en plus importants.

Les actions à mener pour avoir des villes biens gérées s’impose d’elles-mêmes. Il reste plus qu’à les agencer dans le temps, et les mener de manière cohérente. Si une véritable réforme avait été engagée avent les élections, elle aurait pu prendre les contours suivants : ouvrir une vraie compétition pour les candidatures et les élections, qui auraient dégagé de bonnes équipes. Ensuite, par le biais de la loi, leur dégager le pouvoir de gestion nécessaire, et les doter des ressources nécessaires pour mener à bien leur projet. L’administration aurait alors pour tâche de les accompagner, en leur fournissant l’encadrement et l’expertise nécessaires. L’apprentissage se ferait rapidement, et un délai d’un mandat serait suffisant pour assurer le fonctionnement des nouvelles collectivités locales.

Ce cheminement implique cependant des conséquences que le pouvoir actuel n’est pas prêt à consentir. Il lui impose non seulement de libérer le champ politique pour permettre l’émergence de nouvelles idées et de nouvelles élites, mais de favoriser ce mouvement. Il impose aux walis d’accepter de perdre ce pouvoir qu’ils exercent de manière inefficace et destructrice au niveau local, comme il impose aux services de sécurité de ne plus avoir la mainmise sur le choix des élus. Enfin, ce cheminement a pour conséquence directe de sacrifier les mafias locales qui ont fait main basse sur les collectivités et les ont transformées en instruments à leur seul service.

Il suffit de suivre ce qui se passe dans cette période pré-électorale pour se rendre compte que le pays n’a pas fait le choix d’aller vers une bonne gestion des collectivités locales. Au contraire, tout indique que la mauvaise gestion va se poursuivre, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

Ceci amène trois constats et une question. Le premier constat est lié aux concepts : parler de réforme en faisant ce que fait le pouvoir aujourd’hui, dans les collectivités locales comme dans les autres domaines, est une absurdité.

Le second constat est que la réforme doit être globale et cohérente. Parler de bonne gestion ou de bonne utilisation des ressources du pays quand les APC sont gérées de cette manière n’a aucun sens. De même, parler de réforme économique sans réforme des collectivités locales relève d’une inconséquence primaire.

Le troisième constat est encore plus simple à formuler. La réforme n’est pas un luxe, ni une coquetterie. Elle est indispensable. Il est impossible d’avoir des villes biens gérées sans une profonde réforme du mode de gestion. Aucune ville au monde n’a réussi sa gestion quand elle eu des dirigeants choisis par un système opaque, sans programme ni comptes à rendre à la population.

Enfin, quand les dirigeants du pays maintiennent ce type de gestion dans les APC, le font-ils par ignorance ou par calcul ? Peut-on leur faire l’insulte de dire qu’ils ne savent pas que les APC actuelles, mal élues, sans pouvoir, sans compétence, ne peuvent déboucher que sur la mauvaise gestion, avec tout ce que cela implique comme corruption, injustice, mécontentement social et, au bout du compte, menace contre la stabilité et la sécurité ? Ou bien le font-ils par calcul, en toute connaissance de cause, en espérant que ces procédés leur permettent de maintenir leur pouvoir ? Le choix est difficile. Admettre qu’ils ne se rendent pas compte des dégâts causés par leur gestion serait très grave, mais cela expliquerait pourquoi ils utilisent à tort et à travers le mot « réformes ». Par contre, admettre qu’ils savent, et agissent délibérément pour maintenir le statu quo prend une signification autrement plus dangereuse.

Les chiffres de la déraison

Chiffres fantaisistes, solutions erronées : l’économie algérienne offre une piètre image.

 Par Abed Charef

 Octobre 2007 restera mémorable dans les annales économiques algériennes. Dans une course effrénée, des hommes assumant les plus hautes responsabilités dans le pays se sont lancés dans une folle compétition, pour obtenir la palme de la déclaration la plus farfelue et la plus fantaisiste. Travaux publics, agriculture, finances, commerce extérieur, investissements étrangers, aucun secteur n’a échappé à cette compétition d’un genre nouveau.

Abdelhamid Temmar a ouvert le bal. Le ministre des participations s’est rendu à Paris pour exprimer sa désapprobation envers les choix des deux grands constructeurs automobiles français, Renault et Peugeot. « Nous ne sommes pas contents du tout», a dit le ministre, qui s’est étonné de voir Renault se lancer dans un grand projet au Maroc, qui ne dispose pourtant pas des financements adéquats et offre un marche de moindre envergure que celui de l’Algérie. Quant à Peugeot, non seulement il abandonne toute idée d’investissement en Algérie, mais il demande aux autorités algériennes de prendre en charge l’installation d’ateliers de réparation pour ses véhicules. Quelle outrecuidance ! L’Algérie a, de toute évidence, rejeté avec dédain cette attitude du constructeur français.

Rejetant sur les autres l’échec de sa politique, Abdelhamid Temmar refuse de regarder la réalité de l’économie algérienne. Il ne voit pas que le pays tourne en rond, sans parvenir à régler le moindre problème qui entrave l’investissement, qu’il soit algérien ou étranger. Le foncier industriel ? Cette question est une « affaire définitivement réglée », dit-il, contre toute évidence. Le fonctionnement des banques, l’instabilité de la réglementation, le manque de visibilité dans les choix du pays, la lourdeur de l’administration, tout ceci est invisible pour lui.

Ahmed Ouyahia, patron du RND et ancien chef du gouvernement,  a pris le relais. Il n’a pas hésité à protester contre la remise en cause d’une décision controversée qu’il avait prise dans le sillage de l’affaire Khalifa, celle qui oblige les entreprises publiques à travailler avec les seules banques publiques. Certes, l’ancien chef du gouvernement n’a pas tort quand il affirme que les banques étrangères ne financent pas l’économie du pays, mais qu’elles s’orientent vers les créneaux les plus rentables pour elles. Ces créneaux, ce sont les crédits liés à la consommation ou à l’importation, développés lorsque Ouyahia était ministre des finances ou chef du gouvernement…

En tout état de cause, la circulaire Ouyahia ne pouvait être que temporaire, liée à une conjoncture précise. Elle établissait une séparation illégale entre les banques. La maintenir signifie qu’on veut arrêter le temps. La défendre, au prétexte d’un nationalisme primaire, revient à figer le pays, une œuvre dans laquelle Ouyahia a excellé. Peut-être pense-t-il qu’en évoquant cette mesure, il s’attaque au chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem ou même au président Abdelaziz Bouteflika, dans le cadre d’une obscure lutte au sommet difficile à décoder. Dans ce cas, son argument peut porter. Mais sur le terrain économique, sa position est indéfendable. En tout état de cause, le gouvernement actuel a été composé par Ahmed Ouyahia, dont le parti reste à la fois membre de l’alliance présidentielle et de l’alliance gouvernementale. Il lui est donc difficile d’affirmer son innocence.

Autre parti de l’alliance présidentielle, Hamas, dont un des ministres les plus en vue, Amar Ghoul, a innové cette semaine. Le ministre des Travaux publics s’est retrouvé confronté à des difficultés qui risquent de l’empêcher de mener à bien ses projets, et notamment son rêve de terminer l’autoroute est-ouest avant la fin du mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Sable, bitume, la pénurie est là. Mais le ministre a de l’imagination. Il va tirer le sable des sous-sols marins pour être dans les délais. Selon quelles techniques ? A quels coûts ? On n’en sait rien. Toujours es-t-il que l’Algérie n’a pas su construire ni avec le sable de surface, ni celui des oueds, ni celui du Sahara, ni celui des carrières. Alors, elle va le chercher au fond de l’océan. Tout juste faut-il reconnaître que cette idée n’a pas été avancée par Amar Ghoul en premier. La paternité en revient à l’industriel Issaad Rabrab, qui l’avait lancé il y a deux ans lors d’une émission de la radio. Le plus grave est que l’affaire est prise au sérieux. Un quotidien annonce en effet que des équipes sont déjà en prospection le long de la côté pour détecter les bancs de sable au large. A ce rythme, on n’est pas loin de lancer un appel d’offre pour l’achat de bateaux renifleurs…

Cela rappelle une célèbre déclaration de Abdelhamid Mehri, au milieu des années 1990. Interrogé sur l’achat, par l’Algérie, d’hélicoptères français dotés de système de vision nocturne, en vue de poursuivre les terroristes pendant la nuit, il avait répondu qu’il serait préférable que ces terroristes soient attrapés durant la journée… Ainsi, on n’aurait pas besoin d’acheter des hélicoptères aussi chers. De même, l’Algérie, qui n’a pas trouvé de sable dans le pays où se situe le plus grand désert du monde, va utiliser le sable sous-marin pour le logement…

Un architecte, ancien directeur d’une entreprise publique du bâtiment, avance pourtant des idées simples. Il suffit d’abandonner publiquement l’idée du million de logements, et de la construction de l’autoroute dans un délai impossible, pour faire baisser la pression sur le sable, le bitume et tous les matériaux de construction. Dans le même temps, ajoute-t-il, il suffit d’annoncer que l’Algérie se lance, par ses propres moyens, dans des projets d’irrigation de quelques millions d’hectares consacrés aux céréales, pour faire baisser le prix de la pomme de terre et des céréales sur le marché international. L’Algérie gagnerait alors sur tous les plans. Mais on comprend pourquoi ce directeur d’entreprise a été limogé. Il a prôné des mesures répondant au simple bon sens.

C’est précisément ce bon sens qui semble avoir déserté les couloirs de l’administration, comme en témoigne la dernière déclaration du ministre de l’agriculture Saïd Barkat. Celui-ci a annoncé que l’aide aux fellahs serait désormais accordée après la récolte, et non avant. Prenant prétexte de l’utilisation abusive et du détournement des ces aides, phénomènes biens réels, le ministre donnera ainsi des primes à ceux qui auront réussi à produire sans son aide. Rien n’indique comment il évitera les abus. Par contre, les fellahs qui ont besoin de financement et d’assistance seront obligés de faire leurs preuves avant d’obtenir de l’aide.

Cette réaction est similaire à celle prise envers les banques privées. Après l’affaire Khalifa, tout le monde, Ouyahia en tête, criait sus aux banques privées. Après l’affaire de la Générale des concessions agricoles, dans laquelle a été cité le nom de l’ancien président de l’APN Amara Saïdani, tout fellah devient suspect. L’état algérien prend même des mesures dont la conséquence finale est de subventionner les agriculteurs européens et américains, comme ce fut le cas pour le lait et la pomme de terre.

De là, une conclusion s’impose : l’Algérie compte beaucoup sur l’étranger, dans tous les domaines, y compris pour l’investissement. Malgré les échecs répétés de Temmar, le gouvernement persiste et signe. Abdelaziz Belkhadem lui-même a affirmé que l’Algérie a enregistré vingt milliards de dollars d’investissements directs en 2006. Un chiffre qui fait sourire les spécialistes. Le chiffre le plus plausible, cité par une agence des Nations-Unies, se situe autour de 1,8 milliards de dollars. Dix fois moins que ce qu’affirme Abdelaziz Belkhadem .

Quand le chef du gouvernement avance des chiffres aussi fantaisistes, les autres se croient tout permis. Ainsi, disent des hauts responsables, la firme émiratie « i’amar » serait sur le point d’investir 20 milliards de dollars dans l’immobilier en Algérie. Le géant saoudien Al Qudra va investir de son côté 10 milliards de dollars dans des projets immobiliers et hôteliers de luxe pour la seule région ouest du pays. Cet argent finira par convaincre le puissant groupe Bouygues à daigner investir le marché algérien, car il est l’un des rares groupes à pouvoir réaliser des constructions selon les normes souhaitées. En effet, il n’est pas question de logements bas de gamme ou sociaux. Dans ce monde, on parle luxe et high-tech, un modèle au-dessus de la capacité des entreprises chinoises, qui se trouveraient exclues de la nouvelle manne.

Ceux qui attendent leur logement ADL depuis 2001 peuvent dormir tranquilles. Ils seront dédommagés en recevant des logements de haut standing. Ils peuvent faire confiance aux promesses du gouvernement algérien. A défaut, ils pourront rêver de l’argent saoudien et émirati, de la technologie de Bouygues, du programme du gouvernement algérien, du sable des fonds marins, des financements de la BNP, le tout bercé par le discours nationaliste de Ahmed Ouyahia.