L’année d’après

Les élections locales ne marqueront pas l’histoire du pays. Les mois qui vont suivre peuvent, par contre, apporter du nouveau.

Par Abed Charef

L’Algérie boucle son dixième scrutin en en dix ans. Référendums, élections présidentielles, législatives et locales se sont succédés, sans provoquer de changement significatif dans le pays. A l’exception du référendum sur la concorde, qui a débouché une baisse sensible du terrorisme, malgré les réserves qui l’entourent, les autres scrutins ont eu peu d’effets, si ce n’est une dégradation des mœurs politiques, une déliquescence institutionnelle et de graves effets sur la gestion du pays.

Les élections du 29 novembre ne devraient guère échapper à cette règle. Dans leur conception comme dans leur déroulement, elles ont obéi aux mêmes mécanismes, poussés à l’extrême dans certains aspects, comme le rôle prépondérant de l’administration et des services de sécurité dans la confection des listes, ainsi que le « vagabondage  politique » et les crises nées au sein des partis en raison de choix controversés des candidats.

Pour le pays, l’enjeu du scrutin du 29 novembre se limite, à priori, à peu de choses. Ce sera une nouvelle échéance ratée, avec une faible participation attendue, et l’élection de nouvelles équipes qui changeront peu de choses à la gestion des collectivités locales. Le débat politique aura été peu attrayant, confirmant ce mouvement vers le bas que rien ne semble pouvoir arrêter.

Pourtant, cette élection marquera  la fin d’un cycle, celui où le pays était pris dans un engrenage d’échéances à court terme, et se trouvait ainsi piégé dans de faux débats politiques autour d’enjeux dérisoires, alors que les institutions agonisaient, que l’économie se dégradait et que la société se déchirait. Qu’il s’agisse du président de la république, de l’armée, de l’administration ou des partis qui se sont proposés pour leur fournir un habillage pluraliste, plus personne ne peut, aujourd’hui, éviter ce constat : le pays tourne en rond. Il s’est permis d’expérimenter les mauvais choix et d’aller vers les fausses solutions, de gaspiller du temps, de l’argent et des énergies, pour se retrouver au point de départ.

Cette fois-ci, pourtant, les choses peuvent se présenter sous un angle nouveau. En effet, passées les élections locales et l’agitation qu’elles auront suscitées, l’Algérie se trouvera de nouveau face à elle-même. Elle se posera ces questions, incontournables : que faut-il faire ? vers où aller ? Ces questions se posent, et s’imposent, alors que le pays entame une ligne droite vers une nouvelle échéance, la présidentielle de 2009, qui peut présenter un véritable enjeu, et une véritable alternative : soit le pays prend acte de l’impasse dans laquelle il se trouve le pays, et fait le choix de changer de méthode ; soit il maintient le cap actuel, avec tous les risques que cela comporte pour la stabilité, la sécurité, l’unité du pays et sa souveraineté.

Dans dix huit mois nous séparent des prochaines élections présidentielles. Le pays dispose donc d’une marge de près d’une année pour, d’abord, réfléchir à ses expériences récentes et tirer les leçons de ses échecs, ensuite pour analyser la situation actuelle et faire un état des lieux sans complaisance, et enfin, envisager son avenir de manière lucide et raisonnable. En ce sens, le pays a le temps et l’opportunité de faire de la prochaine présidentielle le point de départ pour construire un projet pour l’Algérie, et un avenir pour ses enfants.

C’est un choix délicat, mais prometteur. Prometteur parce qu’il permettra de construire de manière solidaire, concertée, une démarche en vue de réaliser les ambitions légitimes du pays et le bonheur de ses citoyens. Délicat, parce que la solution à mettre en œuvre sera très complexe. Il faudra en effet convaincre les Algériens, ceux qui sont intégrés dans des appareils politiques ou bureaucratiques comme l’immense majorité hors système, qu’il est possible d’aller à une solution collective, et que ce choix doit primer les solutions individuelles. Autrement dit, il faudra convaincre le wali, le juge, l’agent de l’état ou le représentant de l’autorité, qu’un système transparent, qui lui assure un revenu décent, une protection légale, une retraite digne, et une scolarité correcte de ses enfants, est préférable à un système dans lequel il accèderait à la corruption et aux passe-droits, où il pourrait s’enrichir facilement, mais qui reste très précaire. Il faudra convaincre l’entrepreneur privé qu’il est dans son intérêt de contribuer à établir un système où il peut gagner de l’argent de manière légale et honnête, plutôt que d’être contraint de payer des pots-de-vin pour gagner plus, plus vite, sans jamais être certain de ne pas avoir à en payer le prix à la moindre secousse politique.

C’est le choix de la raison. Un choix qui pourra assurer une vraie réconciliation nationale. Pour une raison essentielle : un tel choix exclut toute idée de revanche ou de règlements de comptes, car il ouvre de nouvelles perspectives, permet d’entrevoir des horizons nouveaux, et offrira suffisamment de compensations morales pour atténuer la douleur de ceux qui ont souffert.

Enfin, ce choix est tributaire d’une condition essentielle : pour y aller, il faudrait que le pouvoir, et son noyau central, l’armée, y adhèrent. Car il semble difficile d’envisager qu’une telle alternative s’impose contre la volonté de l’armée, sans courir le risque d’une confrontation aux conséquences incertaines.

A défaut de choix de l’avenir, le pays pourra continuer à vivoter au jour le jour, comme il le fait depuis des années. C’était déjà un pays qui ne savait gérer ni ses banques, si ses communes, ni ses intérêts externes, ni son argent. C’est un pays qui, aujourd’hui, ne sait gérer ni ses routes, ni sa circulation, ni la pomme de terre. A ce rythme, le pays perdra bientôt toute capacité de management, et de décision.

C’est le grand enjeu de l’après 29 novembre.

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