Bourse de valeurs morales et immobilières

Quand l’Algérie redécouvre la bourse, cela veut dire que la bureaucratie veut se mettre dans l’ai du temps!

Par Abed Charef

Dominique Strauss Kahn n’a qu’à bien se tenir. La bourse d’Alger est de retour. Les autorités algériennes ont en effet décidé de redonner vie, à partir de cette semaine, à cette vénérable institution qui s’était singularisée, au lendemain du 11 septembre 2001, d’annoncer une hausse des valeurs alors que toutes les bourses du monde plongeaient. Défiant les lois économiques et les expertises, la bourse d’Alger va donc constituer un véritable casse-tête pour le patron du FMI. Lui qui prétend connaître le monde de la finance et les subtilités de la mondialisation, il va se retrouver face à une innovation à laquelle il ne pouvait s’attendre : une bourse où la hausse des valeurs se décide à coups de téléphone et d’injonctions ministérielles.

Mais on n’arrête pas une recette qui marche. Et, parallèlement à cette décision révolutionnaire concernant la bourse, le gouvernement algérien a décidé de balayer d’un revers de la main toutes les tentatives d’améliorer la gestion de l’économie du pays tentées depuis plus de vingt ans. Il a décidé de rétablir la tutelle des ministères sur les entreprises publiques. D’une simple signature, le chef du gouvernement, M. Abdelaziz Belkhadem, a ramené l’économie du pays aux méthodes qui étaient en vigueur au milieu des années 1980, quand le ministre décidait ce qui était bon pour l’entreprise et ce qui ne l’était pas. Les fonds de participation sont morts, les holdings ont été enterrés, la gestion des participations de l’état n’existe plus. Pourquoi s’encombrer de structures qui ont la prétention d’enlever au ministre le contrôle de l’entreprise ?

A vrai dire, ces décisions couronnent une démarche entrée en vigueur il y a plus de dix ans, visant à reprendre en mains l’ensemble des leviers de l’économie du pays. C’est une mesure d’accompagnement à une vision politique selon laquelle un pouvoir fort est un pouvoir qui contrôle tout : entreprises, partis, administration, société, culture, etc. Elle a été partiellement mise sous l’éteignoir dans la foulée du plan de restructuration élaboré par le FMI, qui a posé le désengagement de l’état comme condition centrale au rééchelonnement de la dette extérieure. Mais dès que le pays a commencé à respirer sur le plan financier, avec la hausse des hydrocarbures, la tentation de tout contrôler a repris le dessus. Banque centrale, partis, associations, financement de l’agriculture, zakat, entreprises, collectivités locales, tout devait rentrer dans le giron de l’état tout puissant, seul distributeur de rentes et des privilèges.

Curieusement, cette démarche, qui relève de la préhistoire économique, cohabite avec une autre, très moderne, affichée par les autorités : celle de vouloir mettre l’économie du pays à niveau pour adhérer à l’OMC et arriver à tirer profit de l’accord d’association avec l’Union européenne ! Ainsi, d’un côté, on affiche des intentions d’une redoutable modernité, et, de l’autre côté, dans les actes de gestion, le pays retombe dans l’archaïsme le plus primaire. Vis-à-vis de l’étranger, on tient le discours qu’il a envie d’entendre, mais dans la pratique, la nature reprend le dessus.

Dans ce système, l’intention vaut l’action. Le chef se contente d’annoncer une décision, ou une simple intention. Comme l’idée de construire un million de logements, par exemple, ou de doter le pays d’une industrie automobile. Mais personne ne se préoccupe de la signification d’une décision, de sa portée, des possibilités de mise en œuvre, de ses retombées, de ses conditions d’application, de son efficacité ni de son impact. Si, par miracle, elle aboutit, on l’attribuera au chef, quelle que soit son niveau au sein de la hiérarchie du pouvoir. Mais si elle n’aboutit, on dira que ce sont les autres qui l’en ont empêché. Le Roi est bon et généreux, mais ce sont les vizirs qui l’empêchent d’assurer le bonheur du peuple.

Cette méthode révèle le profond archaïsme qui domine au sein des institutions. Elle révèle aussi, au final, que la bourse d’Alger, qui vient d’être réhabilitée, peut être utile, mais pas dans le sens où on l’entend communément.  Elle ne peut rien faire pour l’économie, ni gérer des indices qui n’existent pas, ni des valeurs, au sens boursier. Elle ne serait utile que si elle peut gérer des valeurs « morales », comme le travail, la cohérence, la bonne gouvernance, l’expertise, le bons sens, le sens du service public et la bonne foi, valeurs qui ont subi une chute vertigineuse. A l’inverse, l’opportunisme, la prédation, les détournements et l’appropriation des biens publics sont des actions qui ont connu une ascension vertigineuse. Quand les premières seront à la hausse et les secondes à la baisse, il sera alors possible de parler de bourse.

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