Petites combines contre Grand Maghreb

L’Algérie, le Maghreb, La Méditerranée

  1. Petites combines contre Grand Maghreb

Le Maroc et l’Algérie engagent un curieux dialogue. Tous deux développent un beau discours pour justifier l’impasse dans laquelle se trouve la construction maghrébine.

Par Abed Charef

Réponse du berger à la bergère : c’est la formule qui semble s’appliquer le mieux à la réaction algérienne, face à l’offre marocaine d’ouvrir la frontière pour tenter de normaliser les relations bilatérales. Et, en l’état actuel des choses, il ne pouvait en être autrement. Non à cause de positions de principes, affirmées dans les deux capitales, mais en raison de l’impasse politique dans laquelle végètent les deux pays, incapables d’offrir une perspective maghrébine malgré les professions de foi auxquelles plus personne ne croit.

Quelques rappels s’imposent. L’idéal maghrébin a été réellement partagé par les mouvements nationalistes, bien avant les indépendances. Quatre décennies plus tard, le constat est amer. A l’exception de l’initiative lancée avec l’Union du Maghreb Arabe, il y a vingt ans, initiative rapidement enterrée, la situation est encore au point zéro, avec une frontière algéro-marocaine fermée, ce qui constitue une absurdité en ce 21ème siècle.

L’impasse est telle que l’Europe elle-même s’en inquiète. La glaciation qui domine au Maghreb constitue en effet une menace pour la sécurité du flanc sud de l’Europe. Immigration clandestine, trafics en tous genres, débordements terroristes, menaces potentielles contre l’approvisionnement en énergie, possibilité de glissement vers des états défaillants, incapables de gérer leurs territoires respectifs, tout inquiète l’Europe, qui ne s’est pas privée de l’exprimer publiquement.

Toute tentative visant à débloquer cette situation est, dès lors, la bienvenue. Quel qu’en soit l’auteur. Le Maroc semble avoir pris la mesure de cette attente, aussi bien interne qu’externe. C’est ce qui semble motiver son offre de normalisation, une offre qui n’en est pas une, car elle a d’autres objectifs, probablement liés aux grandes manœuvres visant à réorganiser la rive sud de la Méditerranée, sous l’égide de l’Europe.

Dans cette logique, le Maroc s’est donné le beau rôle. Son initiative tente à accréditer l’idée selon laquelle le Maroc est un pays ouvert, disponible, prêt à avancer, sensible aux grands changements et disposé à les accompagner. A contrario, l’Algérie serait un pays fermé, incapable de bouger et d’accompagner un grand mouvement régional qui se dessine. Et même si le Maroc a réussi à acquérir une image médiatique meilleure que celle de l’Algérie, la réalité est différente, car les deux pays ont des régimes largement similaires, autoritaires, avec la même prééminence des structures militaro-policières, s’appuyant ici sur la bureaucratie, là sur le makhzen.

Au jeu des petites manœuvres, les deux pays font jeu égal. A priori, une telle décision devrait être mise à la disposition du partenaire avant d’être rendue publique, si elle avait pour objectif réel de régler un conflit. Il semble que ce ne fut pas le cas. Les premiers commentaires algériens ont été du même niveau que l’initiative marocaine, en mettant cela sur le compte des difficultés économiques que connaîtrait le Maroc à cause de la fermeture des frontières. Un argument peut-être fondé, mais inacceptable, car il malgré les divergences, il est difficile de se réjouir des difficultés du voisin. Il a fallu que Yazid Zerhouni intervienne pour montrer un peu de subtilité et donner de la hauteur à l’évènement, en affirmant, à juste titre, qu’une telle décision a besoin d’être préparée plus sérieusement.

Mais au-delà de ces péripéties, et des batailles médiatique et diplomatique qui les accompagnent, le fond reste le même. Le Maghreb se fait toujours attendre. Il n’est pas seulement une aspiration des sociétés maghrébines, il est devenu un besoin régional intéressant fortement les partenaires européens, qui ont exercé de fortes pressions pour débloquer la situation. L’Europe espère désormais que le projet d’Union méditerranéenne permettra de structurer cette région. A défaut, la menace est claire. Ce sera le Maghreb imposé par les Américains, pour éviter le Maghreb du chaos, qu’il se présente sous le forme de régimes totalitaires à coloration nationale, islamiste ou tribale.

L’instabilité qui s’installe aux frontières sud de l’Algérie fait augmenter la pression. Tchad, Soudan, Mali, Niger et Mauritanie, c’est toute une ceinture entourant les pays de la rive sud de la Méditerranée qui s’embrase. Cette vaste étendue, nous disent les Américains, constitue un espace vers lequel le terrorisme international pourrait se replier. Et, face à cette menace, il n’y a que l’Amérique comme alternative.

On voit bien que les différentes possibilités de construire le Maghreb sont toutes en compétition, et en même temps. Un Maghreb conçu par les Maghrébins eux-mêmes, un autre construit par les Européens, un troisième imposé par les Américains et un quatrième, celui du chaos, qui se profile sous d’autres aspects. Et force est de constater que le Maghreb le moins probable aujourd’hui est celui qui sera conçu et réalisé par les Maghrébins. Face à ce constat, l’initiative marocaine et la réplique algérienne paraissent dérisoires.

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