Investissement étranger : un remède pire que le mal

L’investissement étranger en Algérie est un échec. Il a pris trop d’argent, sans apporter le plus attendu. M. Ouyahia apporte un remède, qui se révèle pire que le mal.

Par Abed Charef

M. Ahmed Ouyahia a un don: il est capable de remonter le temps. D’un coup de circulaire, le premier ministre a en effet ramené l’Algérie à une époque lointaine, celle où le pays refusait encore d’entrer dans l’économie mondiale. L’Algérie défendait alors ce qui était considéré comme un nationalisme économique, mais qui s’est révélé en fait un populisme destructeur. Il avait fallu de longues années de maturation, en fait toute la décennie 1980, pour que le débat soit tranché, avec le coup d’accélérateur d’octobre 1988. Au bout du compte, le discours sur la « spécificité algérienne » avait fini par se noyer dans la langue de bois et l’inefficacité économique. Depuis, l’Algérie donnait l’impression de l’avoir définitivement dépassé. D’autant plus que M. Ouyahia, omniprésent dans les gouvernements successifs depuis une quinzaine d’années, avait lui-même pris des décisions thatchériennes, dans la vague néolibérale qui avait envahi le monde dans les années 1990.

Mais c’était mal connaître M. Ouyahia. Lui qui était hier un défenseur cynique des privatisations et un exécuteur du démantèlement des entreprises publiques algériennes, le voila qui redécouvre les vertus du nationalisme. Particulièrement depuis que le président Abdelaziz Bouteflika a remis au goût du jour cette option naguère irréversible. Et puis, le nationalisme, proclamé en bombant le torse, sur le ton de feu Houari Boumediène, ça peut rapporter à la veille des élections.

Mais l’histoire économique du pays montre que M. Ouyahia est au-delà du nationalisme. Son attitude d’aujourd’hui, ce n’est ni une démarche, ni une conviction, ni un choix politique. M. Ouyahia n’était pas un néolibéral hier, il n’est pas un keynésien aujourd’hui, il ne sera pas un nationaliste économique demain. Il s’agit juste, de sa part, d’une gestion bureaucratique autoritaire, menée au jour le jour, avec une seule règle : être en phase avec le président de la république, quel qu’il soit. Avant hier, c’était M. Liamine Zeroual, avec le rééchelonnement et l’ultralibéralisme ; Hier, c’était M. Bouteflika première étape, poursuivant dans la même lignée ; aujourd’hui, c’est M. Bouteflika seconde étape, celui qui revient aux grandes vertus du protectionnisme. Mais peu importe que le président Abdelaziz Bouteflika décide un jour d’aller à gauche, le lendemain à droite, et finisse par se perdre dans les dédales de l’économie. Pour M. Ouyahia, l’essentiel est d’être dans le tempo. Prouver qu’il est capable de suivre.

Qu’a décidé M. Ouyahia cette fois-ci ? En gros, quatre mesures avec lesquelles il compte protéger l’économie nationale, selon les comptes rendus de presse : les investisseurs étrangers doivent désormais s’associer avec un partenaire algérien pour tout projet d’investissement; le partenaire étranger doit rester minoritaire dans le capital ; il doit prouver que le projet n’aura pas de solde négatif dans la balance en devises ; enfin, il doit recourir aux banques locales pour les crédits.

Dans la forme, M. Ouyahia reste conforme à ce qu’il a toujours été : un homme convaincu qu’en signant une simple circulaire, il va bouleverser les lois de l’économie, sans se soucier des dégâts que sa décision va provoquer. Comme nombre de responsables algériens, il n’arrive pas à admettre que l’économie a ses propres règles, et qu’un bureaucrate ne peut faire plier les mécanismes économiques. On notera, au passage, que M. Ouyahia a, encore une fois, recours à la circulaire, ce texte aux contours juridiques vagues, qui permet de décider de tout sans changer la loi. Des mesures d’une telle importance relèvent pourtant de la loi : loi de finances, loi sur la monnaie et le crédit, etc…

Quand au contenu de ces mesures, il faut être sorti de l’ENA pour ne pas se rendre compte qu’elles seront aussi inefficaces que les précédentes décisions « stratégiques » prises pour relancer l’économie. Elles risquent même d’être dévastatrices, en bloquant l’investissement étranger. Quand M. Ouyahia impose aux investisseurs étrangers de s’associer obligatoirement avec un partenaire algérien, et de rester minoritaire, cela signifie concrètement que Renault, par exemple, doit s’associer avec la SNVI, ou avec M. Rabrab, pour se contenter de moins de la moitié du capital. Ensuite, Renault devra chercher des financements à la BADR, pour produire des Mégane qu’il faudra exporter en quantité suffisantes pour couvrir l’ensemble des investissements et intrants en devises ! M. Ouyahia aurait été plus efficace en décidant une mesure en deux mots : interdit d’investir.

Quand un pays prend de telles mesures, cela suppose qu’il est suffisamment fort pour imposer toutes ses conditions. Ce serait un pays disposant d’usines performantes, avec une technologie très avancée, dégageant des bénéfices record, s’appuyant sur un système financier efficace, et assurant le plein emploi. On ne peut dire que l’économie algérienne est arrivée à ce stade.

Elle en est même très loin, précisément à cause des mesures similaires prises depuis des années. Mais puisque M. Ouyahia peut remonter le temps, il faudrait peut-être revenir aux questions de base posées par l’investissement étranger il y a vingt ans : l’Algérie a-t-elle besoin de l’investissement étranger ? On a longtemps tenu un discours erroné, en affirmant que ce recours à l’investissement étranger était dicté par des difficultés financières passagères. Aujourd’hui, le pays a de l’argent, mais il ne sait pas le faire fructifier. On se rend compte que l’Algérie ne sait pas investir, ne sait pas gérer, et que son industrie est déconnectée de l’économie mondiale. Ce n’est donc pas l’argent qu’il faut chercher, mais le savoir-faire technique, organisationnel, commercial et dans le domaine de la gestion.

C’est là qu’intervient M. Ouyahia. D’un côté, il invite l’étranger qui sait produire et gérer à venir en Algérie. Mais de l’autre côté, il lui impose de travailler selon les conditions et les règles de M. Ouyahia. Le premier ministre ne se rend pas compte de cette absurdité : si les règles qu’il impose étaient bonnes, elles auraient déjà donné des résultats depuis longtemps. Or, M. Bouteflika lui-même a reconnu que le pays n’a pas réussi à bâtir une économie viable!

Les décisions de M. Ouyahia pêchent par trois handicaps majeurs. D’une part, il cherche à corriger, après coup, des dérapages qu’il n’a pas su prévoir. Ainsi en est-il de la hausse vertigineuse des importations, qu’il tente de maîtriser après avoir pris des mesures qui les ont fait exploser. D’autre part, il propose des remèdes pires que le mal. Ainsi, impose-t-il aujourd’hui des conditions draconiennes à l’investissement étranger, alors que dans le monde entier, les entreprises sont en crise à cause de la surproduction !

Enfin, M. Ouyahia déstabilise une nouvelle fois un secteur qui a besoin de visibilité. A titre d’exemple, si Toyota est tentée d’investir en Algérie, elle aura besoin de savoir quelle sera la réglementation algérienne dans dix ans : cinq années pour les études et la réalisation du projet, et cinq autres pour l’amortir. Comment investir dans un pays où on ne sait pas ce que sera la réglementation dans six mois ?

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الجزائر تمنع الاستثمار الأجنبي

عابد شارف

قررت الجزائر تغييرا جذريا في طريقة التعامل مع الاستثمار الأجنبي. وجاء القرار من خلال تعليمة بسيطة صدرت عن الوزير الأول، السيد أحمد أويحيى، في 21 ديسمبر الماضي، حسب ما نشرت الصحف هذا الأسبوع. وتشير قراءة بسيطة لهذه التعليمي أن القرار سيقضي على الطموحات القليلة التي كانت تتعلق بمشاركة الاستثمار الأجنبي في دفع الاقتصاد الجزائري.

واختار الوزير الأول أن يستعمل تعليمة بسيطة لتغيير قواعد ينصّ عليها القانون، سواء تعلق الأمر بقانون المالية أو قانون النقد والقرض. ويؤكد هذا التصرف أن الوزير الأول يبقى فوق القانون، اذ أنه يتستر وراءه إذا اضطر إلى ذلك، ويتخطاه إن كان يشكل عائقا لقراراته العشوائية. وقد أدى قرار السيد أويحيى إلى فرض عدم الاستقرار في ميدان حساس، مع العلم أن عدم الاستقرار وتغيير قواعد اللعبة تشكل أكبر العوائق التي يخشاها الاستثمار الأجنبي. ويؤكد كل الخبراء أن المستثمر يفضل دائما أن يعرف قواعد اللعبة التي سيتم تطبيقها على المدى البعيد، وهذا ما عجزت عن فهمه الحكومات الجزائرية المتعاقبة منذ عهد طويل.

واستطاع السيد أويحيى بفضل هذه التعليمة أن يعيد الجزائر إلى عهد قديم. فقد دار نقاش في الجزائر في منتصف الثمانينات حول الاستثمار الأجنبي، ووقع إجماع على ضرورة اتخاذ قرارات تفتح الاقتصاد الوطني في هذا الاتجاه. وكان البعض يعتقد أن الجزائر كانت بحاجة إلى الاستثمار الأجنبي بسبب الأزمة المالية. لكن بعد عشرية ونصف، عاد الرخاء المالي، ولم تستطع الجزائر أن تحول أموالها إلى ثروة. وتأكد عندها أن الجزائر لا تحتاج إلى أموال فقط، بل تحتاج إلى شركات أجنبية تتحكم في التكنولوجيا وفي التسيير والتسويق والإنتاج. كما تأكد أن المروءة و"النيف" والوطنية العمياء لا تكفي، بل يجب معرفة السوق الدولية ثم التحكم فيها، ودخول عهد العولمة، مما يفرض نموذجا اقتصاديا جديدا.

وجاء عهد الليبرالية المتوجشة في التسعينات من القرن الماضي، وكان السيد أويحيى آنذاك من أهل السلطة. وشارك في خوصصة المؤسسات الوطنية في عهد الرئيس اليمين زروال، وواصل العملية مع السيد بوتفليقة، قبل أن يعود ثانية ويكتشف الوطنية الاقتصادية لما ارتفع سعر البترول. وأصبح السيد أويحيى يتبنى خطابا يقول عنه أنه وطني، ويعتبر أنه من ميراث المرحوم هواري بومدين.

لكن الواقع يختلف، لأن السيد أويحيى ليس ليبراليا، ولا اشتراكيا، ولا من أنصار "كينز" Keynes، ولا حتى من أنصار الليبرالية المتوحشة. إن السيد أويحيى رجل يكتفي بتطبيق ما تختاره السلطة، ويحاول أن يعطيه صبغة وطنية تارة، وعصرية تارة أخرى، كما تتطلبه الظروف.

ويجب الاعتراف أن السيد أويحيى يتميز بقدرة كبيرة في التكيف مع ما تريده السلطة، كما أنه يتميز بنفس الخصال في السياسة. فقد كان السيد أويحيى استئصاليا محنكا في مرحلة أولى، ثم ادعى الديمقراطية في مرحلة أخرى، قبل أن يكتشف المصالحة ويقوم بحملة من أجل الوئام الوطني. ويجب أن نعترف كذلك في نفس الباب أن السيد أويحيى يقتسم هذه القدرة في التغيير مع أعضاء آخرين من الحكومة، مثل السادة عبد الحميد طمار وشكيب خليل، الذين أبديا قدرة كبرى على مسايرة الرياح، حيث يتجهون يمينا أو شمالا دون أي قلق أو حرج…

ومن جهة أخرى، فإن تصرف الوزير الأول يؤكد عدم معرفته للقواعد الاقتصادية، لأنه مازال يعتقد أنه يكفيه إصدار قرار أو تعليمة ليغير مجرى الأمور. والحقيقة أن قرار السيد أويحيى سيقضي على ما تبقى من إمكانيات استثمار أجنبي، لأن الثقة القليلة التي كانت قائمة ستزول بسبب آخر تعليماته.

ونذكر أن هذه التعليمة تفرض على أي مستثمر أجنبي أن يكون شريكا مع متعامل جزائري، ولا يمكن للأجنبي أن يكسب أغلبية الأسهم. كما عليه أن يبرهن أن مشروعه سيؤدي إلى فائض في العملة الصعبة. ويعني ذلك أن شركة "طويوطا" Toyota مثلا، إن أرادت أن تستثمر في الجزائر، سيكون عليها أن تشترك مع شركة العربات الصناعية أو مع السيد إسعاد ربراب، وعليها أن تكتفي بنصيب لا يبلغ نصف الأسهم، وأن تبرهن أن سياراتها ستباع في الخارج بحجم سيغطي الاستثمار وكل ما سيتم استيراده من أجل الإنتاج… وكان من الأفضل للسيد أويحيى أن يتخذ إجراء بسيطا وسهلا. كان عليه أن يقول للأجانب: ممنوع الاستثمار… لأن الشروط التي يفرضها السيد أويحيى تشكل شروطا تعجيزية…

Troublants résultats à Ghaza

Ghaza a validé le Hamas comme représentant légitime de la résistance de la résistance palestinienne. Troublante conclusion d’une initiative israélienne.

Par Abed Charef

Israël a attaqué Ghaza, fief du Hamas,  mais c’est le Fatah qui s’est retrouvé perdant : ainsi peut être présenté sommairement le bilan de l’attaque sanglante subie par ce bout de territoire palestinien durant trois semaines. Israël et le Hamas, de leur côté, crient tous deux victoire, mais il faudra plus de temps pour savoir qui s’en sort le mieux, car le voile n’est pas encore levé sur tous les véritables objectifs et motivations de cette nouvelle guerre au Proche-Orient.

Pour le Hamas, les pertes militaires semblent avoir été largement compensées par le succès politique engrangé. Car le mouvement de Ismaïl Hanyeh apparaît désormais comme le véritable représentant de la résistance palestinienne face à Israël. Hamas a reconnu moins de cent morts dans ses rangs. Même si ce chiffre devrait être revu à la hausse, les pertes ne sont pas significatives. La capacité opérationnelle du mouvement a été maintenue dans ses grandes lignes, et, de l’aveu même des responsables militaires israéliens, quelques mois devraient suffire pour revenir au niveau d’avant l’agression. Avec l’expérience en plus.

Mais le Hamas souffre de nombreux handicaps. Il porte une part de responsabilité dans les divisions inter-palestiniennes, et il a montré une certaine difficulté à aller à des compromis raisonnables pour parvenir à ressouder les rangs palestiniens. Il risque, en plus, de se laisser emporter son propre discours, et couper ainsi les ponts avec le Fatah et les organisations palestiniennes, ce qui provoquerait l’irréparable. Enfin, le Hamas reste incapable de prendre l’initiative, et d’imposer son propre agenda. Encerclé, soumis à une adversité de tous les instants, il se retrouve dans un environnement totalement hostile, ce qui réduit d’autant sa capacité de mener une vraie réflexion sur sa démarche politique.

Israël affirme également avoir gagné. Les objectifs de cette guerre « ont été atteints, et même au-delà », selon la formule de Ehud Olmert. On ne sait pas exactement de quoi parlent les dirigeants israéliens, car le véritable objectif de l’attaque de Ghaza n’est pas encore visible. Il est difficile de croire les dirigeants israéliens quand ils affirment que leur objectif était d’éliminer le Hamas. Une telle opération ne peut être menée à bien en un mois, et ne peut se limiter au volet militaire.

Il est absurde de dire que les Israéliens voulaient mettre fin aux tirs de roquettes. Aucune opération militaire ne peut atteindre un tel objectif, car les roquettes sont d’une conception primaire, et à la portée de n’importe bon artificier. Du reste, les responsables des services spéciaux israéliens ont déclaré que le potentiel du Hamas en roquettes a été à peine entamé, et qu’il peut être reconstitué rapidement. Il y a, dans cet aveu israélien, une part de propagande, destinée à justifier une éventuelle nouvelle agression, mais il y a aussi une part de vérité.

L’opposition israélienne n’a pas pourtant pas crié au mensonge. Probablement parce qu’elle était au courant de l’objectif israélien réel, et qu’elle a donné son accord à l’agression. Cet objectif est donc autre que ce qui a été dit publiquement. Le timing semble indiqué qu’il est lié à l’investiture de Barak Obama. Le cessez-le-feu a été annoncé à la veille de l’investiture du nouveau président américain, à qui on prête une volonté de changer la donne au Proche-Orient. Comme si les dirigeants israéliens voulaient changer un élément central du conflit avant d’entrer dans une nouvelle étape qui serait engagée avec l’avènement de Barak Obama.

Qu’est-ce qui a changé, pour permettre aux israéliens de dire qu’ils ont atteint leurs objectifs ? Si on prend en considération la situation sur le terrain, une conclusion s’impose: le principal élément qui a changé au bout de trois semaines de drames à Ghaza est la quasi-disparition politique du Fatah, et l’avènement du Hamas, devenu le nouvel interlocuteur incontournable.

On se retrouverait alors dans un nouveau cas de figue bien connu : Israël a-t-il intérêt à avoir comme interlocuteur le Hamas ou le Fatah ? Certes, le Fatah est devenu un adversaire docile, prêt à tout accepter et à tout avaler. Même George Bush a réussi à le paralyser, en promettant un état palestinien avant fin 2005 ! Le Fatah a été tellement berné, aussi bien par les Israéliens que par les Américains, qu’il n’est plus crédible. Il n’est plus capable d’appliquer les accords qu’il serait amené à signer. Pire : il risque d’apparaître comme un supplétif des forces d’occupation, une évolution bien triste pour les compagnons de Yasser Arafat.

Si Israël avait voulu la paix, il a eu une décennie pour la signer. Des accords d’Oslo à la mort de Arafat, la conjoncture pouvait être favorable pour conclure des accords de paix, car les Palestiniens avaient des dirigeants encore crédibles pour les avaliser. Pendant toute cette période, Israël a systématiquement détruit les démarches de paix, avec l’appui d’une administration américaine aveuglée par son idéologie primaire.

Par contre, si Israël ne voulait pas la paix, il avait tout intérêt à créer les conditions pour faire échouer toute tentative de négociation. Pousser le Hamas sur le devant de la scène est un raccourci séduisant en ce sens. Les dirigeants israéliens auraient ainsi à leur disposition un épouvantail très commode, qui leur offre des arguments pour affronter les seuls adversaires qu’ils reconnaissent : leur opinion, et l’opinion occidentale. Demain, ils seront sûrs de trouver des oreilles plus attentives quand ils diront aux occidentaux qu’on ne peut discuter avec le Hamas. Ils pourront alors poursuivre la colonisation et les agressions cycliques. Les Palestiniens, de leur côté, continueront à se radicaliser, justifiant à postériori l’argumentaire israélien.

C’est une évolution qui a très bien réussi à Israël jusque là. Les Palestiniens n’ont plus qu’une seule parade possible : revenir aux fondamentaux de leur cause, en attendant mieux, et en essayant d’anticiper ce que pourrait être la nouvelle démarche de Barak Obama.

 

الإجماع الإسرائيلي وضرورة الوفاق الفلسطيني

عابد شارف

بدأت القضية باعتداء إسرائيلي على غزة، معقل حركة "حماس"، وانتهت بانهزام حركة "فتح" ومنظمة التحرير الفلسطينية بصفة عامة: هذا هو الاستنتاج الأولي الذي يمكن أن نتوصل إليه بعد ثلاث أسابيع من العدوان على غزة. وإذا كان انهزام حركة "فتح" واضحا، فإن كلا من قادة حماس والقادة الإسرائيليين يعلنون أنهم انتصروا، لكنه يصعب لحد الآن أن نعرف من نجح ومن فشل في القضية، لأن غموضا كبيرا مازال يغطي الأهداف الحقيقية للهجوم الإسرائيلي.

وتقول حركة حماس أن خسائرها كانت ضعيفة، حيث لم تبلغ المائة من الفدائيين. وحتى إن كان هذا الرقم لا يعبر عن الحقيقة، فإن خسارة حماس لم تكن بالحجم الذي يمكن أن يهدد وجوده، إضافة إلى أن كل ما تخسره حماس في الميدان العسكري تربحه في الميدان السياسي. وقد أصبحت حركة حماس تشكل التنظيم الذي لا يمكن تجاوزه في أي حال من الأحوال، كما أنه يستطيع استرجاع ما ضاع منه من قوة عسكرية في فترة أشهر قليلة، مثلما اعترف به قادة المخابرات الإسرائيلية.

لكن حماس تعاني من عدد العيوب الخطيرة التي لا يمكن تجاهلها. إنها تتحمل مسئولية، ولو جزئية، في انقسام الصف الفلسطيني. إضافة إلى ذلك، فإن حماس لا تتميز بالمرونة السياسية التي تسمح لها بتجنب بعض الأخطاء البدائية، كما أن نشوة ما تسميه اليوم بالانتصار يمكن أن يدفعها إلى التخلي عن بعض القضايا الأساسية، مما يمكن أن يؤدي بها إلى ارتكاب أخطاء لا تغتفر. وفي الأخير، فإن حماس لم تستطع أن تفرض رزنامتها وتستعمل الوقت لصالحها، حيث أن أغلب ما قامت به لحد الآن جاء على شكل ردود فعل لأوضاع فرضت عليها، لا على شكل مبادرات من حماس، خاصة وأن الحركة تعيش في مناخ عدائي، وتحت حصار دائم، لا يسمح لها بالقيام بتحليل جاد وشامل لمسيرتها النضالية.

ومن جهة أخرى، فإن القادة الإسرائيليين يقولون هم كذلك أنهم حققوا كل أهدافهم، بل تجاوزاها من خلال العدوان على غزة. وقال الوزير الأول الإسرائيلي يهود أولمرت كلاما بهذا المعنى، مما أثار تساؤلات عديدة: ما هي هذه الأهداف التي تم تحقيقها؟ إذا كان الوضع يتعلق بالقضاء على "حماس"، فمن البديهي أن هذا غير صحيح وأن حماس مازالت قوية، بل هي أقوى مما كانت عليه. وإذا كان أولمرت يتكلم عن وضع حد لاستعمال الصواريخ من طرف الفلسطينيين، فهذا كذلك خاطئ لأن الصواريخ مازالت موجودة.

رغم ذلك، نلاحظ أن المعارضة الإسرائيلية لم تستغل هذه الأكاذيب في حملتها الانتخابية، وكأن هذه المعارضة تعرف هي كذلك الأهداف الحقيقية للغزو، ووافقت عليها، كما تعرف أن تلك الأهداف قد تم تحقيقها. ونتساءل: ماذا تحقق في الميدان؟ الجواب بسيط: إلى جانب الدمار والموت، فإن أكبر نتيجة أدى إليها العدوان الإسرائيلي على غزة تتمثل في انهيار حركة فتح وتكريس "حماس" كطرف أساسي في المعادلة الفلسطينية. وهذا ما يثير بدوره تساؤلات أخرى: هل من مصلحة إسرائيل أن تتفاوض مع فتح أم أنها تريد القضاء على عهد "فتح" ودخول مرحلة جديدة، مرحلة حماس؟

هذا ما يطرح قضية موقف إسرائيل من فكرة السلم. ولو كانت إسرائيل تريد السلم، بالتفاوض أو بفرض شروطها، لكانت استغلت الفرص العديدة التي أتيحت لها منذ أكثر من عشرية، أي منذ اتفاقيات أوصلو. وكان لها خاصة أن تصل إلى السلم في السنوات الأخيرة، لما أبدى رئيس السلطة الفلسطينية محمود عباس استعدادا لتقديم كل التنازلات المطلوبة. لكن كلا من إسرائيل والولايات المتحدة تلاعبت بالسلطة الفلسطينية، وأعطت وعودا كاذبة بإقامة دولة فلسطينية قبل نهاية 2005، ثم قبل انتهاء رئاسة جورج بوش، لكن لم يحصل الفلسطينيون على أية نتيجة.

أما إذا كانت إسرائيل لا تريد السلم، فليس عليها إلا أن تخلق الشروط التي تمنع المفاوضات، أو أن تدفع المنطقة إلى جو سياسي غير مناسب للسلم. ولا شك أن وجود حماس كممثل للفلسطينيين يسمح لإسرائيل أن تقول لأصدقائها الغربيين وللدول العربية التي يقال عنها معتدلة: لا يمكن التفاوض مع حركة لا تريد التفاوض. وبذلك تبقى إسرائيل على سياستها التوسعية المعتادة.

ولا يمكن لحركة حماس أن تتجاهل هذا الواقع، خاصة إذا توصلت إلى وضع ريادي في المقاومة الفلسطينية. وأكثر من ذلك، فإن حماس تجد نفسها أمام مسئوليات جديدة تفرض عليها أن تدرك أن هزيمة "فتح" لا تعني فقط انتصار حماس، بل من الممكن أن تتحول إلى هزيمة فلسطينية شاملة، لأنه لا يمكن مواجهة الإجماع الإسرائيلي بصفوف فلسطينية منقسمة.

Barak Obama: Un prophète face à la crise

L’Investiture de Barak Obama révèle l’exceptionnelle vitalité du système américain, et sa capacité à créer du rêve. Un rêve destiné aux seuls américains.

Par Abed Charef

Les Etats-Unis mettent aujourd’hui sur le marché, le plus formidable produit médiatique de ce début de siècle : Barak Obama. Avant même son entrée en fonctions, le quarante quatrième président des Etats-Unis est d’ores et déjà élevé au rang de prophète, sur lequel reposent les espoirs de l’Amérique et du monde entier.

Pour les Etats-Unis, Obama est un symbole avant d’être un président. Avec lui, le pays du Ku Klux Klan et de la ségrégation raciale solde une partie de son histoire, la plus douloureuse, celle de l’esclavage. Les siècles d’injustice, du crime institutionnalisé, de l’inégalité structurée, sont rayés de l’histoire du pays. Ces plaies sont oubliées, et remplacées par un « postive act », la concrétisation du rêve de Martin Luther King, des aspirations les plus démesurées du pasteur Jessie Jackson et de générations de militants des droits civiques.

De manière plus terre à terre, les Etats-Unis soldent la période de George W. Bush, qui lègue à son pays deux guerres, en Irak et en Afghanistan, deux crises régionales, au Proche-Orient et en Iran, une crise économique majeure, ainsi qu’une crise aigue du système international. Cette période qui vient de s’achever, marquée par une idéologie intolérante et une politique guerrière, a sérieusement altéré l’image d’une Amérique leader du monde libre.

L’Amérique compte donc sur le nom magique de Barak Obama pour faire oublier ceux de Dick Cheney et Donald Rumsfield. Le nouveau président devra aussi éliminer les symboles d’une Amérique arrogante, violente, brutale, sans morale ni justice, avec ses deux grands scandales que sont Guantanamo et Abou Ghreib. De même, devra-t-il entamer une nouvelle politique avec l’Iran, aborder autrement la situation au Proche-Orient, engager une politique ambitieuse en matière d’environnement et de dépassement du pétrole. Quant à l’Afrique, elle attend l’impossible de l’un de ses enfants.

Bref, ce n’est plus un prophète, mais un Dieu que l’Amérique s’apprêt à introniser ce mardi 20 janvier, tant les attentes paraissent démesurées. C’est pourquoi Barak Obama, qui a bénéficié d’un exceptionnel état de grâce, risque de se retrouver fort dépourvu quand viendra le moment de décider. Et force est de constater que les premières décisions et les premiers choix sont pour le moins ambigus.

En attendant de voir ce que fera l’équipe économique de Obama, le monde subit les Etats-Unis d’abord sur le plan diplomatique et militaire. Sur ces terrains, le nouveau président n’a guère innové. Au département de la défense, il a reconduit Robert Gates, l’homme qui a quelque peu sauvé la face à George Bush, en évitant la débâcle de l’armée américaine en Irak. Mais le secrétaire à la défense n’est pas vraiment innovateur. Il compte d’abord sur la puissance militaire des Etats-Unis, et en promet seulement une utilisation plus intelligente. Il n’a pas renié les guerres de Bush, mais se montre simplement favorable à une autre manière de les mener. Il va simplement hiérarchiser les priorités, en ramenant l’effort principal vers l’Afghanistan.

Sur le terrain diplomatique, Hilary Clinton, choisie par Obama, promet d’être aussi favorable à Israël que tous ses prédécesseurs. Elle a d’ailleurs tenu un discours intransigeant lors de la campagne électorale, ne laissant percer aucune illusion sue le sort qu’elle compte réserver aux Palestiniens. Et comme pour confirmer cette tendance, le poste clé de secrétaire général de la Maison Blanche a été confié à Emmanuel Rahm, fils d’un membre fondateur d’Israël, et qui a lui-même effectué son service militaire en Israël.

 Sur l’Iran, Hilary Clinton a promis d’être plus dure qu’Obama. Il sera d’ailleurs intéressant de suivre le nouveau président sur ce dossier : imposera-t-il, sur le dossier iranien,  sa propre vision, celle qu’il a affichée durant la campagne électorale, visant à engager un dialogue avec Téhéran, ou bien laissera-t-il à Hilary Clinton une marge pour développer son discours de faucon ?

L’Afrique, quant à elle, continuera d’attendre. L’avènement de Barak Obama intervient dans une conjoncture marquée par la crise économique la plus grave que connaît le monde depuis bientôt un siècle. Ce qui signifie une restriction drastique de l’aide au développement, une aide qui était déjà insignifiante sous son prédécesseur. Le rêve américain risque, pour nombre de pays du continent noir, se transformer en cauchemar africain.

Est-ce à dire que Barak Obama ne sera finalement qu’un président comme un autre ? Probablement pas. Il a montré une capacité hors pair à développer un discours cohérent et différent sur des sujets majeurs. Notamment ceux de politique intérieure. Sur ce terrain, Obama peut engager de vrais changements, et réussir ses projets, comme ceux visant à améliorer la couverture maladie, les retraites et le désengagement envers le pétrole arabe. Il aura alors rempli son contrat.

Peut-être alors se rendra-t-on compte que Barak Obama a vendu un rêve aux Américains, et que d’autres peuples ont cru que le message leur était destiné. Ils en seront pour leurs frais. Mais dans l’intervalle, on aura confirmé l’exceptionnelle vitalité du système américain qui, pour tourner la page Bush, a créé un formidable mythe. Un mythe qui risque de se révéler suffisamment fort pour dépasser les problèmes de l’Amérique, mais un mythe qui permettra aux Etats-Unis d’écraser davantage le monde, car personne ne pourra s’opposer au prophète Obama.

Le Hamas gagne à tous les coups

Le Hamas n’est pas perçu comme un mouvement islamiste, mais comme le dernier bastion de la résistance.

Par Abed Charef

Tirant profit d’une supériorité militaire écrasante, Israël a eu recours, une nouvelle fois, à la force brutale pour tenter de faire évoluer en sa faveur la situation sur le terrain. Et, encore une fois, l’usage de la force s’est non seulement révélé hasardeux, mais il risque, à terme, de se révéler contre-productif, et de provoquer un effet inverse à ce qui en était attendu.

En attaquant Ghaza, Israël a agi en sous-traitant de nombreuses forces influentes dans la région. Certes, Israël était supposé bénéficier de l’affaiblissement du Hamas, mais l’Egypte, les Etats-Unis et nombre de ce qu’on appelle les Etats « modérés » de la région souhaitaient un affaiblissement, voire une élimination du Hamas. Pour tout ce monde, le mouvement islamiste joue le rôle qu’avait assumé Yasser Arafat dans les derniers mois de sa vie : c’était un empêcheur de capituler en rond. Il fallait donc le réduire, pour se présenter en position favorable quand le président américain élu Barak Obama lancera la grande initiative qu’on lui attribue.

Dans cette perspective, Israël voulait marquer des points. Eliminer ou affaiblir le Hamas lui permettrait de négocier dans des conditions favorables, c’est-à-dire imposer sa solution. D’autres pays de la région, qui ont admis leur défaite et se sont résolus à l’impuissance, estiment qu’ils pourraient eux aussi tirer profit d’une normalisation qui se ferait aux conditions israéliennes. Ils peuvent obtenir plus d’aide, plus d’argent, et jouer un rôle que les conditions de guerre ne leur permettent pas d’assumer.

Eliminer le Hamas signifie aussi pour ces pays l’élimination d’une menace. Tous ces pays ont en effet beaucoup investi pour contenir l’islamisme politique, et ils n’admettent guère de le voir s’installer au pouvoir dans une entité palestinienne, même virtuelle. Pour eux, le Hamas apparaît aussi dangereux et aussi déstabilisateur que l’étaient les organisations palestiniennes de gauche dans les années soixante dix. Avec un élément supplémentaire : le Hamas bénéficie dune véritable implantation populaire, alors que les autres organisations sont toujours restées minoritaires.

C’est donc à Israël qu’a échu le rôle de réduire militairement le Hamas. Mais la nouvelle agression contre Ghaza a fait du mouvement islamiste le véritable porte-drapeau de la résistance palestinienne, à l’inverse d’un mouvement Fatah, qui apparaît devenu amorphe, docile, à la limite de la complicité ou de la complaisance avec l’agresseur.

Mahmoud Abbas l’a bien senti, et tente de se racheter depuis quelques jours, en mettant en avant l’unité nationale palestinienne. Mais il pourra difficilement remonter la pente. Pour lui, les dégâts semblent être définitifs. Il risque désormais d’être mis en minorité, non seulement à Ghaza, mais aussi en Cisjordanie.

Par ailleurs, l’attaque israélienne contre Ghaza était basée sur un postulat qui s’est avéré totalement erroné. Les acteurs de la crise pensaient que les Palestiniens prendraient leurs distances avec le Hamas, ou se révolteraient contre lui, en l’accusant d’être responsable des difficultés qu’ils subissent. Difficultés de la vie quotidienne d’abord, en raison de l’embargo en vigueur depuis plusieurs mois ; difficultés de la guerre ensuite, avec les morts et blessés depuis la dernière attaque israélienne. Ceux qui ont pensé cette nouvelle guerre semblaient s’attendre à une sorte d’intifadha contre le Hamas. Comme si les Palestiniens étaient victimes d’une crise économique, humanitaire ou financière, et qu’ils devaient s’en prendre à un mauvais gouvernement. Ah ! Si la question palestinienne pouvait être réduite à une simple question de revenu, de niveau de vie et de bien-être !

Ce postulat occultait le fond du problème. Les Palestiniens de Ghaza ne demandent pas d’aide humanitaire. Leur préoccupation première n’est pas le pain. Ils ne protestent pas contre une dégradation des conditions de vie, contre une inflation galopante ou contre les conséquences sociales d’une récession économique. Ils demandent le retour à leur terre, pour y établir un Etat, leur Etat.

Les Palestiniens de Ghaza ne sont pas otages du Hamas. Ils ont plutôt tendance à le considérer comme la principale organisation luttant pour la reconquête de leurs droits nationaux. Le facteur religieux devient dès lors secondaire. Comme avec le Hezbollah au Liban, des nationalistes, musulmans ou chrétiens, des laïcs et des libéraux vont rallier le Hamas, non parce que c’est un parti religieux, mais parce qu’il défend une idée nationale qui leur paraît juste. Et ce renforcement du Hamas se fera forcément aux dépens du Fatah, dont la dérive ne semble guère devoir s’arrêter.

Le Hamas se substitue ainsi au Fatah historique. Ce n’est pas un hasard si des dirigeants historiques du Fatah, comme Farouk Kaddoumi, se retrouvent plus proches du Hamas que de la direction de l’autorité palestinienne, pourtant issue du Fath. Kaddoumi a été le compagnon de Mahmoud Abbas pendant quatre décennies. Mais aujourd’hui, il estime que Khaled Mechaal représente mieux l’idée nationale palestinienne.

Il reste à savoir si les dirigeants israéliens ont envisagé ce schéma, et pris délibérément le risque de remplacer le Fatah par le Hamas. Ou si c’est là le résultat d’un faux calcul de leur part. car même défait, le Hamas s’en sortira renforcé.

حماس تخسر الحرب وتربح المعركة السياسية

عابد شارف

اختارت إسرائيل مرة أخرى منطق القوة في محاولة لتغيير الواقع الميداني لصالحها في منطقة الشرق الأوسط. وتريد إسرائيل أن تحقق كل أهدافها قبل انتخابات فيفري القادم، وقبل استلام الرئيس الأمريكي الجديد باراك أوباما زمام السلطة قي بلاده يوم 20 جانفي القادم. ولكن مرة أخرى، اتضح أن الرهان على القوة لن يضمن الأهداف التي سطرت لها إسرائيل، بل أن النتيجة من الممكن أن تكون عكس ما ينتظره القادة الإسرائيليون.

وقد كانت إسرائيل تريد ضرب حماس للقضاء عليه أو، على الأقل، الحد من قوته ونفوذه في الساحة الفلسطينية. ومن المعروف أن قوة حماس ونفوذه يحرجان كذلك الولايات المتحدة وعدد من الدول العربية التي يقال عنها أنها "معتدلة"، والتي كانت تبحث عن وسائل لتجنب الحديث مع الحكومة التي يترأسها إسماعيل هنية. وكانت كل هذه المجموعة من الدول تعتبر أن حماس ضرر يجب القضاء عليه، وبقي حماس يلعب الدور الذي كان يقوم به ياسر عرفات في آخر أيامه: كان يمنع القوم من الذهاب إلى حل استسلامي.

وكانت كل دولة من الدول المعادية لمنظمة حماس تلعب ورقتها الخاصة. كانت إسرائيل تريد القضاء على حماس لفرض شروطها على سلطة فلسطينية تكاد تكون مستسلمة. أما الدول العربية المجاورة، فإنها تبحث لنفسها عن دور لم تستطع أن تلعبه زمان الحرب، كما تبحث عن مساعدات وامتيازات مالية مقابل الخدمة التي تقدمها. إضافة إلى ذلك، فإن تلك البلدان العربية تعتبر أن القضاء على حماس سيؤدي إلى زوال خطر واضح. فقد استثمرت هذه البلدان الكثير من أجل منع الإسلاميين من الوصول إلى السلطة، وهي لا تقبل استيلاء حماس على السلطة حتى ولو كان ذلك في دولة فلسطينية وهمية. ويعتبر هؤلاء أن حماس يشكل خطرا وعاملا يهدد استقرارهم مثلما كانت المنظمات الفلسطينية اليسارية تظهر كتهديد بالنسبة للأردن ومصر وسوريا في السبعينات. مع الإشارة إلى أن المنظمات الفلسطينية اليسارية كانت ترتكز على نخبة من المناضلين والمثقفين، بينما تمكنت حركة حماس من أن تحصل على وجود شعبي قوي.

ومن هذا المنطلق، تكفلت إسرائيل بالعملية العسكرية التي كان يراد منها أن تقضي على حماس. لكن انقلبت الأمور، وأدت العملية في نهاية المطاف إلى نتيجة لم يكن ينتظرها الكثير، حيث تمسك الفلسطينيون بحماس لأنها في رأيهم ترمز إلى المقاومة، عكس منظمة "فتح" التي تبدو متذبذبة، فاشلة، غير قادرة على اتخاذ مبادرات ولا على المواجهة، إن لم تكن متواطئة مع المحتل.

وجاءت هذه النتيجة معاكسة لما كانت تهدف إليه إسرائيل لأن العدوان على غزة كان مبنيا على فكرة خاطئة. كان مدبرو العدوان يعتقدون أن الفلسطينيين في غزة مستاءون من حماس، لأن ظروفهم المعيشية أصبحت لا تطاق، بعد أشهر من الحصار التام. واعتبر أصحاب العدوان أن الفلسطينيين مستعدون لانتفاضة ضد حماس، خاصة إذا تضاعفت المآسي مع حرب جديدة وارتفاع عدد الضحايا. وإذا لم يكن ذلك كافيا، فإنه من الممكن ضرب حماس ليستطيع الفلسطينيون أن يثوروا ضده إذا أحسوا أنه تحت الضغط وأنه أصبح ضعيفا. وتم بناء هذه النظرية على فكرة وهمية، وهي أن أهالي غزة كانوا رهائن حماس، وأنهم ينتظرون الفرصة السانحة للتخلص منه.

وفشلت الفكرة لأنها تجاهلت الجانب الأساسي للقضية. إن الفلسطينيون لا يثورون لتحسين ظروفهم المعيشية، ولا يتظاهرون لأنهم ضحية أزمة اقتصادية أو مالية، ولا يموتون لأنهم يحتجون ضد فشل حكومة ما. إنهم لا يطالبون بمساعدات اقتصادية أو إنسانية، وانشغالاتهم ليست متعلقة بالخبز أو الدخول الشهري. إنهم يناضلون من أجل استعادة حقوقهم الوطنية، ومن أجل استرجاع أراضيهم المغتصبة، ومن أجل إقامة دولتهم الوطنية.

ومن هنا، فإن حماس تظهر بصورة التنظيم الذي يواصل النضال من أجل استعادة الحقوق الوطنية، عكس منظمة "فتح" التي تظهر وكأنها مستعدة لقبول تسوية غير عادلة وبثمن بخص. ومثلما وقع مع "حزب الله" في لبنان، فإن الجانب الديني أصبح ثانويا. ومثلما انضم إلى "حزب الله" مناضلون مسلمون، سواء كانوا شيعة أو سنة، ومسيحيون  ولائيكيون وليبراليون، انضموا إليه تحت لواء المقاومة، فإن حماس يلعب اليوم نفس الدور، وسينضم إليه مناضلون من مختلف القناعات السياسية والدينية والعقائدية، لأنه حافظ على صورة التنظيم النظيف النزيه، الذي لا يتلاعب بالقضية الوطنية. وإذا تضاعفن قوة حماس، فسيتم ذلك على حساب "فتح"، مما يخلق اختلالا في التوازن في الصفوف الفلسطينية. فهل سيعرف القادة الحاليون من فتح وحماس كيف يحافظون على الوحدة الوطنية التي تبقى أول سلاح بين أيديهم؟

ويبقى سؤال آخر: ألم يكن في حساب القادة الإسرائيليين أن حربهم الأخيرة على غزة ستعطي قوة لحركة حماس، مما سيضاعف عوامل الحرب الأهلية الفلسطينية؟ أليس هذا الهدف الرئيسي الذي يعملون من أجله، في حين يبقى محمود عباس وحمد دحلان وغيرهم ينتظرون هدية أمريكية-إسرائيلية؟

A Ghaza, il n’y a pas de guerre, mais un massacre

Par Abed Charef

Les lieux portent des noms très exotiques. Jabalya, Rafah, Eretz, Chadjaaya, Madinat Ezzahra (la ville de la rose). Les journalistes et envoyés spéciaux occidentaux, particulièrement ceux des chaînes de télévision, font des efforts méritoires pour prononcer correctement ces mots, avec l’accent arabe de circonstance. En vain. Les noms des villes israéliennes sont prononcés avec un peu plus d’aisance, car plus facilement occidentalisés. Le ton est grave, car on parle de guerre, de morts. Il faut aborder une mine de circonstance.

Sur les chaînes en langue arabe, l’atmosphère est différente, bien que dissemblable. Il y a les chaînes dont le personnel prend un peu de distance avec les évènements, pour tenter de garder un minimum de crédibilité. Il y a celles dont les journalistes veulent montrer qu’ils sont d’abord des militants, et enfin, une troisième catégorie, toute récente, celles des chaînes lancées dans les grands pays occidentaux, créées spécialement pour s’adresser à un public arabe. Le modèle le plus abouti est la chaîne américaine « El-Hourra », qui passe des analystes maison et des dirigeants arabes plus proches des thèses américaines que le département d’état lui-même. Ainsi, retrouve-t-on les dirigeants du Hamas et ceux des milices de Ghaza sur Al-Djazeera, au ton populiste prononcé ; les dirigeants du Fatah sont plutôt sur Al-Arabya et les chaînes arabes dites modérées, alors que Mohamed Dahlane est si présent sur « Al-Hourra » qu’il devient gênant pour la chaîne elle-même.

Mais on retrouve le même trait dans toutes chaînes : les dirigeants du pays concerné sont systématiquement encensés. On trouve toujours un responsable palestinien qui rend hommage au pays hôte, qu’il s’agisse de l’Algérie, de l’Arabie saoudite ou du Yémen. Les chaînes égyptiennes forcent le trait, jusqu’à l’absurde. Elles sont les seules à dépasser nettement la télévision algérienne sur ce terrain. Au point de présenter la position égyptienne comme la seule intelligente, réellement favorable aux Palestiniens.

Le foisonnement de spécialistes et d’analystes sur toutes ces chaînes surprend. Politologues, et spécialistes des questions militaires, généraux à la retraite et professeurs d’université, dirigeants politiques et experts en tous genres se succèdent à un rythme effréné, ce qui rend difficile la compréhension des évènements. Les chaînes occidentales elles mêmes sont prises par cette frénésie. Mais elles gardent toujours la maîtrise de leur ligne éditoriale. Elles partent d’un postulat primaire : le Hamas a tort, Israël a raison. Le reste peut être discuté.

Toutes ces chaînes, malgré leurs divergences et leur différence de nature, convergent sur un point : la violence des combats à Ghaza, particulièrement depuis le début de l’invasion terrestre. Avec des formules différentes, elles font toutes état de « violents combats », voire « très violents », d’affrontements « intenses »,  d’une « rare violence », avec des mots en arabe qui ont une force particulière : une « confrontation féroce » (charissa), et une résistance « héroïque » (bassila).

Peu à peu, tout ce monde médiatique, pris dans l’engrenage de la guerre, perd progressivement le sens du réel, pour glisser vers de pures fabulations. Pour finalement inventer des évènements militaires fictifs, comme ces duels à l’artillerie lourde signalés avant hier, lundi, ou ces violents accrochages qui ont duré des dizaines de minutes, voire plusieurs heures. Comme si le Hamas disposait d’une artillerie, ou pouvait riposter à l’artillerie lourde israélienne.

Pourquoi invente-t-on une guerre là où il n’y en pas ? Pourquoi créer de toutes pièces une confrontation là où il n’y a qu’un massacre froid ? Les médias arabes ont largement fait écho à ces informations, pour la plupart fantaisistes. La logique de la propagande n’explique pas tout. Mêmes les chaînes occidentales ont répercuté ces informations. Tout comme elles sont amplifié l’impact des roquettes du Hamas, qui ont pourtant montré leurs limites.

Un expert militaire est catégorique. Les combattants palestiniens risquent de ne jamais se trouver en position d’affronter directement l’armée israélienne. Pour plusieurs raisons. En premier lieu, l’état-major israélien fera en sorte que son infanterie n’interviendra que lorsque le terrain sera complètement réduit. Tirant les leçons de ce qui s’est passé au Liban, les israéliens veulent coûte que coûte éviter toute possibilité de perdre des hommes, et donc éviter tout face à face.

Ceci est possible en ayant recours à la supériorité militaire écrasante d’Israël, dont les avions, les hélicoptères, l’artillerie et les chars, agissant de concert, continueront à bombarder et à pilonner Ghaza jusqu’à la réduire en poussière, s’il le faut, mais sans jamais risquer la vie de soldats. Cela s’est parfaitement confirmé pendant les dix premières journées, où un seul soldat israélien a été tué au combat, au début de l’invasion terrestre.

Les dirigeants israéliens ont clairement signifié qu’ils prenaient toutes leurs précautions en ce sens. Même si leurs objectifs militaires ne sont pas atteints, ils n’iront pas jusqu’à engager des combats de près. Ainsi,  le ministre de la guerre Ehud Barak a indiqué qu’il n’était pas question d’occuper Ghaza. Cela signifie qu’Israël bombardera autant qu’il le faudra pour affaiblir, ou éliminer le Hamas, mais quand la situation politique deviendra intenable, les forces israéliennes se retireront.

En ce sens, Israël fera le bilan de l’opération en fonction de deux paramètres : le degré d’affaiblissement du Hamas, d’une part, et la faiblesse du nombre de victimes israéliennes, d’autre part. En 2006, lors de l’agression contre le Liban, le rapport dans le nombre des victimes avait été de un contre dix, au profit d’Israël. Le Hezbollah avait considéré ce résultat comme une victoire, alors qu’Israël avait subi cela comme un affront.

Cette fois-ci, jusqu’à lundi soir, ce rapport était de un mort israélien contre cent morts palestiniens. Les dirigeants israéliens considèrent un tel chiffre comme supportable pour leur société. Ils ont donc tout intérêt à laisser circuler cette idée selon laquelle il y a une vraie guerre. Ainsi pourront-ils poursuivre tranquillement le massacre. D’autant plus que le mouvement Hamas et ses supporters continuent eux-mêmes à affirmer qu’il y a une véritable résistance à l’agression israélienne.

Hamas est dans l’obligation de tenir ce discours. Mais toute cette propagande qui fait de la surenchère autour de lui pose un réel problème. Par sa bêtise, ou par sa complicité.

Questions humanitaires à Ghaza

Ghaza est bombardée, envahie. Mais les humanitaires n’ont pas flanché.

Par Abed Charef

Les spécialistes de l’humanitaire sont unanimes : Ghaza est menacée d’une grave crise humanitaire. L’eau, la nourriture, les médicaments, le fioul pour faire tourner les installations, tout manque dans cette province maudite. L’invasion israélienne a aggravé une situation déjà précaire, et mis en péril la vie de milliers de civils palestiniens. A tout cela, il faut ajouter le Hamas, synonyme de Mal pour les Occidentaux et nombre de pays arabes.

L’alerte a été donnée par une organisation israélienne des Droits de l’Homme, qui a publié un communiqué alarmant. « 75% de l’électricité a été coupée car sept des douze lignes ont été endommagées par les bombardements, plus de 500.000 personnes n’ont pas accès à l’eau courante, les égouts se répandent dans les rues, il n’y a pas eu de livraisons de fioul depuis le 27 décembre, et tout le système d’approvisionnement (eau, électricité, égouts) est sur le point de s’effondrer", affirme cette ONG. En fait, les habitants de Ghaza, près de 1.5 millions de personnes, manquent de tout. Ils dépendant à près de 80% de l’aide internationale.

La guerre a ajouté un nouvel élément de dégradation. En effet, les hôpitaux et centres de soins, déjà débordés, manquant de médicaments, de matériel médical et de personnel, sont assiégés par les milliers de blessés qu’il faut soigner dans des conditions épouvantables. Dans les rues, c’est une image d’apocalypse. Colonnes de fumée dues aux bombardements, bâtiments rasés, routes défoncées, égouts à ciel ouvert, tout semble préparer Ghaza à la catastrophe. Et tout ceci se passe sous le regard du monde entier, avec ces caméras installées en permanence dans les hôpitaux, montrant les morts et les blessés, les enfants en quête d’eau et ceux à la recherche de leurs parents…

Face à cette catastrophe humanitaire qui se profile, tout le monde y est allé de sa mise en garde et de ses avertissements, affichant ses nobles sentiments et faisant preuve d’une admirable compassion. Le très humanitaire Bernard Kouchner ne pouvait rater une telle occasion. Avant de s’envoler pour une tournée dans la région, le ministre français des Affaires étrangères a ainsi dénoncé « une situation humanitaire qui est bien impossible à supporter ».

Mais la situation est si grave que même les Etats-Unis se sont alarmés. Ainsi, le Département d’Etat a appelé Israël à penser aux "conséquences » de ses actions militaires « sur les populations civiles".

Dans la même logique, la présidence tchèque de l’Union européenne a mis en garde contre le sort des civils palestiniens, estimant qu’Israël n’a pas le droit d’engager des actions militaires qui "affectent largement les civils". Le ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg a appelé à " la facilitation de l’aide humanitaire aux habitants de la bande de Gaza ».

Les dirigeants israéliens se sont montrés sensibles à ces pressions et appels venus de tous horizons. Le premier ministre Ehoud Olmert a ainsi affirmé dimanche, au deuxième jour de l’invasion, qu’Israël "ne permettrait pas qu’une crise humanitaire éclate". "Nous aiderons à l’acheminement de nourriture et de médicaments", a-t-il assuré.

Les bons sentiments ont fini par triompher. La pression internationale a porté ses fruits, car Israël, très sensible à son image dans l’opinion internationale, a cédé. Les Palestiniens de Ghaza ne mourront pas de faim. Les camions transportant l’aide vont de nouveau entrer dans ce territoire. Des médecins viendront soigner les victimes des bombardements et les enfants traumatisés. Les boulangeries de Ghaza vont recevoir la farine nécessaire pour le plein. L’armée israélienne l’a assuré : le programme alimentaire mondial (PAM) a cessé d’envoyer du blé à Ghaza parce que les centres de stockage sont pleins !

Ghaza est sauvée de la faim. Les humanitaires ont rempli leur rôle avec succès. L’armée israélienne peut tuer des palestiniens bien nourris. Du moins tant que le monde continuera regarder la situation en Palestine de manière erronée ou hypocrite. Et tant que des humanitaires continueront à occulter les crimes des dirigeants politiques. Car en Palestine, il n’y a pas de problème humanitaire. Il y a un peuple qui a été dépossédé de sa terre et qui est toujours interdit de créer son Etat.