Barak Obama: Un prophète face à la crise

L’Investiture de Barak Obama révèle l’exceptionnelle vitalité du système américain, et sa capacité à créer du rêve. Un rêve destiné aux seuls américains.

Par Abed Charef

Les Etats-Unis mettent aujourd’hui sur le marché, le plus formidable produit médiatique de ce début de siècle : Barak Obama. Avant même son entrée en fonctions, le quarante quatrième président des Etats-Unis est d’ores et déjà élevé au rang de prophète, sur lequel reposent les espoirs de l’Amérique et du monde entier.

Pour les Etats-Unis, Obama est un symbole avant d’être un président. Avec lui, le pays du Ku Klux Klan et de la ségrégation raciale solde une partie de son histoire, la plus douloureuse, celle de l’esclavage. Les siècles d’injustice, du crime institutionnalisé, de l’inégalité structurée, sont rayés de l’histoire du pays. Ces plaies sont oubliées, et remplacées par un « postive act », la concrétisation du rêve de Martin Luther King, des aspirations les plus démesurées du pasteur Jessie Jackson et de générations de militants des droits civiques.

De manière plus terre à terre, les Etats-Unis soldent la période de George W. Bush, qui lègue à son pays deux guerres, en Irak et en Afghanistan, deux crises régionales, au Proche-Orient et en Iran, une crise économique majeure, ainsi qu’une crise aigue du système international. Cette période qui vient de s’achever, marquée par une idéologie intolérante et une politique guerrière, a sérieusement altéré l’image d’une Amérique leader du monde libre.

L’Amérique compte donc sur le nom magique de Barak Obama pour faire oublier ceux de Dick Cheney et Donald Rumsfield. Le nouveau président devra aussi éliminer les symboles d’une Amérique arrogante, violente, brutale, sans morale ni justice, avec ses deux grands scandales que sont Guantanamo et Abou Ghreib. De même, devra-t-il entamer une nouvelle politique avec l’Iran, aborder autrement la situation au Proche-Orient, engager une politique ambitieuse en matière d’environnement et de dépassement du pétrole. Quant à l’Afrique, elle attend l’impossible de l’un de ses enfants.

Bref, ce n’est plus un prophète, mais un Dieu que l’Amérique s’apprêt à introniser ce mardi 20 janvier, tant les attentes paraissent démesurées. C’est pourquoi Barak Obama, qui a bénéficié d’un exceptionnel état de grâce, risque de se retrouver fort dépourvu quand viendra le moment de décider. Et force est de constater que les premières décisions et les premiers choix sont pour le moins ambigus.

En attendant de voir ce que fera l’équipe économique de Obama, le monde subit les Etats-Unis d’abord sur le plan diplomatique et militaire. Sur ces terrains, le nouveau président n’a guère innové. Au département de la défense, il a reconduit Robert Gates, l’homme qui a quelque peu sauvé la face à George Bush, en évitant la débâcle de l’armée américaine en Irak. Mais le secrétaire à la défense n’est pas vraiment innovateur. Il compte d’abord sur la puissance militaire des Etats-Unis, et en promet seulement une utilisation plus intelligente. Il n’a pas renié les guerres de Bush, mais se montre simplement favorable à une autre manière de les mener. Il va simplement hiérarchiser les priorités, en ramenant l’effort principal vers l’Afghanistan.

Sur le terrain diplomatique, Hilary Clinton, choisie par Obama, promet d’être aussi favorable à Israël que tous ses prédécesseurs. Elle a d’ailleurs tenu un discours intransigeant lors de la campagne électorale, ne laissant percer aucune illusion sue le sort qu’elle compte réserver aux Palestiniens. Et comme pour confirmer cette tendance, le poste clé de secrétaire général de la Maison Blanche a été confié à Emmanuel Rahm, fils d’un membre fondateur d’Israël, et qui a lui-même effectué son service militaire en Israël.

 Sur l’Iran, Hilary Clinton a promis d’être plus dure qu’Obama. Il sera d’ailleurs intéressant de suivre le nouveau président sur ce dossier : imposera-t-il, sur le dossier iranien,  sa propre vision, celle qu’il a affichée durant la campagne électorale, visant à engager un dialogue avec Téhéran, ou bien laissera-t-il à Hilary Clinton une marge pour développer son discours de faucon ?

L’Afrique, quant à elle, continuera d’attendre. L’avènement de Barak Obama intervient dans une conjoncture marquée par la crise économique la plus grave que connaît le monde depuis bientôt un siècle. Ce qui signifie une restriction drastique de l’aide au développement, une aide qui était déjà insignifiante sous son prédécesseur. Le rêve américain risque, pour nombre de pays du continent noir, se transformer en cauchemar africain.

Est-ce à dire que Barak Obama ne sera finalement qu’un président comme un autre ? Probablement pas. Il a montré une capacité hors pair à développer un discours cohérent et différent sur des sujets majeurs. Notamment ceux de politique intérieure. Sur ce terrain, Obama peut engager de vrais changements, et réussir ses projets, comme ceux visant à améliorer la couverture maladie, les retraites et le désengagement envers le pétrole arabe. Il aura alors rempli son contrat.

Peut-être alors se rendra-t-on compte que Barak Obama a vendu un rêve aux Américains, et que d’autres peuples ont cru que le message leur était destiné. Ils en seront pour leurs frais. Mais dans l’intervalle, on aura confirmé l’exceptionnelle vitalité du système américain qui, pour tourner la page Bush, a créé un formidable mythe. Un mythe qui risque de se révéler suffisamment fort pour dépasser les problèmes de l’Amérique, mais un mythe qui permettra aux Etats-Unis d’écraser davantage le monde, car personne ne pourra s’opposer au prophète Obama.

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