Troublants résultats à Ghaza

Ghaza a validé le Hamas comme représentant légitime de la résistance de la résistance palestinienne. Troublante conclusion d’une initiative israélienne.

Par Abed Charef

Israël a attaqué Ghaza, fief du Hamas,  mais c’est le Fatah qui s’est retrouvé perdant : ainsi peut être présenté sommairement le bilan de l’attaque sanglante subie par ce bout de territoire palestinien durant trois semaines. Israël et le Hamas, de leur côté, crient tous deux victoire, mais il faudra plus de temps pour savoir qui s’en sort le mieux, car le voile n’est pas encore levé sur tous les véritables objectifs et motivations de cette nouvelle guerre au Proche-Orient.

Pour le Hamas, les pertes militaires semblent avoir été largement compensées par le succès politique engrangé. Car le mouvement de Ismaïl Hanyeh apparaît désormais comme le véritable représentant de la résistance palestinienne face à Israël. Hamas a reconnu moins de cent morts dans ses rangs. Même si ce chiffre devrait être revu à la hausse, les pertes ne sont pas significatives. La capacité opérationnelle du mouvement a été maintenue dans ses grandes lignes, et, de l’aveu même des responsables militaires israéliens, quelques mois devraient suffire pour revenir au niveau d’avant l’agression. Avec l’expérience en plus.

Mais le Hamas souffre de nombreux handicaps. Il porte une part de responsabilité dans les divisions inter-palestiniennes, et il a montré une certaine difficulté à aller à des compromis raisonnables pour parvenir à ressouder les rangs palestiniens. Il risque, en plus, de se laisser emporter son propre discours, et couper ainsi les ponts avec le Fatah et les organisations palestiniennes, ce qui provoquerait l’irréparable. Enfin, le Hamas reste incapable de prendre l’initiative, et d’imposer son propre agenda. Encerclé, soumis à une adversité de tous les instants, il se retrouve dans un environnement totalement hostile, ce qui réduit d’autant sa capacité de mener une vraie réflexion sur sa démarche politique.

Israël affirme également avoir gagné. Les objectifs de cette guerre « ont été atteints, et même au-delà », selon la formule de Ehud Olmert. On ne sait pas exactement de quoi parlent les dirigeants israéliens, car le véritable objectif de l’attaque de Ghaza n’est pas encore visible. Il est difficile de croire les dirigeants israéliens quand ils affirment que leur objectif était d’éliminer le Hamas. Une telle opération ne peut être menée à bien en un mois, et ne peut se limiter au volet militaire.

Il est absurde de dire que les Israéliens voulaient mettre fin aux tirs de roquettes. Aucune opération militaire ne peut atteindre un tel objectif, car les roquettes sont d’une conception primaire, et à la portée de n’importe bon artificier. Du reste, les responsables des services spéciaux israéliens ont déclaré que le potentiel du Hamas en roquettes a été à peine entamé, et qu’il peut être reconstitué rapidement. Il y a, dans cet aveu israélien, une part de propagande, destinée à justifier une éventuelle nouvelle agression, mais il y a aussi une part de vérité.

L’opposition israélienne n’a pas pourtant pas crié au mensonge. Probablement parce qu’elle était au courant de l’objectif israélien réel, et qu’elle a donné son accord à l’agression. Cet objectif est donc autre que ce qui a été dit publiquement. Le timing semble indiqué qu’il est lié à l’investiture de Barak Obama. Le cessez-le-feu a été annoncé à la veille de l’investiture du nouveau président américain, à qui on prête une volonté de changer la donne au Proche-Orient. Comme si les dirigeants israéliens voulaient changer un élément central du conflit avant d’entrer dans une nouvelle étape qui serait engagée avec l’avènement de Barak Obama.

Qu’est-ce qui a changé, pour permettre aux israéliens de dire qu’ils ont atteint leurs objectifs ? Si on prend en considération la situation sur le terrain, une conclusion s’impose: le principal élément qui a changé au bout de trois semaines de drames à Ghaza est la quasi-disparition politique du Fatah, et l’avènement du Hamas, devenu le nouvel interlocuteur incontournable.

On se retrouverait alors dans un nouveau cas de figue bien connu : Israël a-t-il intérêt à avoir comme interlocuteur le Hamas ou le Fatah ? Certes, le Fatah est devenu un adversaire docile, prêt à tout accepter et à tout avaler. Même George Bush a réussi à le paralyser, en promettant un état palestinien avant fin 2005 ! Le Fatah a été tellement berné, aussi bien par les Israéliens que par les Américains, qu’il n’est plus crédible. Il n’est plus capable d’appliquer les accords qu’il serait amené à signer. Pire : il risque d’apparaître comme un supplétif des forces d’occupation, une évolution bien triste pour les compagnons de Yasser Arafat.

Si Israël avait voulu la paix, il a eu une décennie pour la signer. Des accords d’Oslo à la mort de Arafat, la conjoncture pouvait être favorable pour conclure des accords de paix, car les Palestiniens avaient des dirigeants encore crédibles pour les avaliser. Pendant toute cette période, Israël a systématiquement détruit les démarches de paix, avec l’appui d’une administration américaine aveuglée par son idéologie primaire.

Par contre, si Israël ne voulait pas la paix, il avait tout intérêt à créer les conditions pour faire échouer toute tentative de négociation. Pousser le Hamas sur le devant de la scène est un raccourci séduisant en ce sens. Les dirigeants israéliens auraient ainsi à leur disposition un épouvantail très commode, qui leur offre des arguments pour affronter les seuls adversaires qu’ils reconnaissent : leur opinion, et l’opinion occidentale. Demain, ils seront sûrs de trouver des oreilles plus attentives quand ils diront aux occidentaux qu’on ne peut discuter avec le Hamas. Ils pourront alors poursuivre la colonisation et les agressions cycliques. Les Palestiniens, de leur côté, continueront à se radicaliser, justifiant à postériori l’argumentaire israélien.

C’est une évolution qui a très bien réussi à Israël jusque là. Les Palestiniens n’ont plus qu’une seule parade possible : revenir aux fondamentaux de leur cause, en attendant mieux, et en essayant d’anticiper ce que pourrait être la nouvelle démarche de Barak Obama.

 

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