Histoire de balances

Les importations augmentent. Les exportations chutent. La
balance des paiements frôle le rouge, même si la balance commerciale continue
de faire illusion.

Par Abed Charef

Le premier chiffre de l’année est tombé comme une massue. Ce
qu’il révèle est préoccupant, mais ce qu’il laisse entrevoir est encore plus inquiétant.
Car si la situation économique du pays, à l’heure actuelle, se révèle difficile,
la tendance sur le long terme, elle, suscite les plus grandes inquiétudes. Une
tendance qui montre une dépendance de plus en plus grave envers les
exportations d’hydrocarbures, alors que le discours officiel porte précisément
sur la nécessité de bâtir une économie équilibrée. En parallèle, le pays subit une
régression continue du système de production. Comme si l’Algérie avait
définitivement abandonné l’idée des mettre en place une démarche de
développement crédible.

Selon des statistiques officielles, les recettes des exportations
algériennes durant le mois de janvier 2009 couvrent à peine les importations.
Le centre national de l’informatique et des statistiques de la douane a annoncé
que l’Algérie a exporté pour 4.07 milliards de dollars en janvier, et importé
pour 3.07 milliards.

L’excédent commercial ainsi annoncé est de un milliard de
dollars, en baisse de 72 pour cent par rapport à celui de janvier 2008. Mais en
réalité, le pays ne dégage pas d’excédent en devises, car le milliard restant
est absorbé par la balance des services, qui reste largement déficitaire. Entre
différents remboursements,  frais
financiers, bénéfices des entreprises étrangères, transferts sociaux et autres,
les devises sortent à la pelle. Si on en croit la tendance observée en 2008, le
montant mensuel des transferts hors marchandises se rapproche du milliard de
dollars. Cela signifie clairement que non seulement le pays ne dégage pas
d’excédent en devises, mais qu’il va commencer très bientôt à puiser dans les
réserves de change !

Car à côté de ces chiffres, il y a, encore une fois, le
poids des tendances constatées depuis la mi-2008, et qui se confirment. D’une
part, les importations augmentent à un rythme régulier, en quantité et en
valeur, et le pays ne peut plus s’en passer sans risquer un dérapage social
grave. D’autre part, les exportations se contractent, et rien ne laisse
envisager un redémarrage des prix du pétrole dans l’immédiat, pour espérer
dégager une marge positive de la balance des paiements et maintenir des
réserves de change consistantes.

Janvier 2009 restera, à ce sujet, comme une étape clé dans
l’évolution économique du pays. C’est le moment où les exportations, en baisse,
et les importations (biens et services), en hausse, se retrouvent au même
niveau. A partir du premier trimestre, le solde de la balance des paiements pourrait
donc se retrouver dans le rouge.

Autre sujet d’inquiétude : malgré une baisse de 36.4
pour cent par rapport à janvier 2008, les exportations d’hydrocarbures
représentent 97.64 pour cent des exportations. Autrement dit, les exportations
hors hydrocarbures ont, elles aussi, baissé. Elles représentent 2.4 pour cent
de la valeur des exportations. Mais même ce chiffre doit être ramené à sa juste
valeur, car la moitié des exportations hors hydrocarbures sont en fait
constitués de produits dérivés d’hydrocarbures !

Enfin, autre signe de l’indigence économique
algérienne : le paiement cash reste dominant dans le financement des
importations.  Il atteint 83,16%, contre
seulement 12,51% du volume global des importations financé par les lignes de crédit.
Cela montre clairement que les importateurs algériens restent incapables
d’imaginer des montages financiers élaborés, alors même que la plupart des
entreprises dans le monde souffrent de surproduction et cherchent à écouler
leurs produits à tout prix, en offrant toutes les facilités possibles.

Face à cette évolution, que fait le gouvernement ? Il a
d’abord nié la crise, affirmant qu’elle n’aura pas d’impact sur l’Algérie.
Ensuite, il a tenté de lancer des mesures bureaucratiques pour contrôler la
dérive, des mesures dont l’effet sera, le plus souvent, destructeur. Mais une
autre réalité s’impose : le gouvernement n’a plus de prise sur la
situation. Il est condamné à subir, et à tenter des rattrapages lorsqu’il sera
trop tard.

Par ailleurs, ce n’est pas tant la baisse de la valeur des
exportations qui constitue en elle-même un sujet d’inquiétude. Il en est de
même pour la hausse des importations. Le plus grave, c’est ce sentiment que
l’Algérie a déjà vécu la même expérience, sans en tirer la moindre leçon. Le
pays a déjà vécu, au début des années 1980, une période faste, due à des prix
du pétrole élevés, suivie d’une période de vaches maigres. Après cette première
crise, le pays avait engagé un vrai débat politique, et tenté une démarche
osée. Cette fois-ci, l’Algérie semble résignée, comme si  elle était dépourvue du moindre projet
politique. Même les élections présidentielles n’ont pas donné lieu à la moindre
confrontation d’opinions. Mais peut-être faudrait-il avoir de vraies élections
pour avoir de vrais débats.

 

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