Obama n’est pas palestinien

Le discours américain envers Israël est « ferme ».  Une fermeté qui devrait inquiéter les Palestiniens en premier lieu, car elle rappelle la promesse faite par George de doter les palestiniens d’un Etat, promesse lancée à la veille de l’invasion de l’Irak.

Par Abed Charef

Le pape n’a pas été à la hauteur, lors de sa visite en terre sainte. C’est, du moins, ce qu’ont martelé les Israéliens dès le début du périple du chef de l’église catholique au Proche-Orient. Benoît XVI avait beau se plier aux vœux les plus secrets de ses hôtes, il n’arrivait pas à s’attirer les faveurs des dirigeants et de la presse israélienne.

Il n’y a aucun mystère à cette attitude. Les israéliens avaient décidé de mettre la pression, par tous les moyens, sur le Pape. Aucun répit ne devait lui être laissé. L’idée a même été tentée de saborder la visite, en accusant le Pape d’avoir eu un passé nazi. Tout ceci pour l’empêcher de parler de la douleur des palestiniens, de leurs droits, l’empêcher aussi d’évoquer Ghaza et de critiquer le mur de séparation érigé en Palestine.

Benoît XVI a tout de même parlé du droit des Palestiniens à un état. Il a qualifié le mur de séparation de tragédie. Mais la portée de ses propos a été largement atténue par le climat de tension et de suspicion créé autour de sa visite. Contraint de faire publier un communiqué pour s’expliquer sur son passé, le pape s’est retrouvé dans la position d’accusé, alors qu’il était supposé constituer une force morale. Ghaza a été oubliée. Le blocus aussi. Et, au bout du compte, les Israéliens ne s’en sont pas trop mal tirés. Ils venaient, une nouvelle fois, d’utiliser avec succès des recettes classiques en matière de propagande et de diversion. Des recettes facilement relayées, il est vrai, par une presse docile, complaisante et  souvent complice.

Ce scénario, qui a donné des résultats probants avec le Pape, est en train de se mettre en place, avec quelques variantes, pour encercler M. Barak Obama, et tuer dans l’œuf les innovations qu’on prête au nouveau président américain. A la veille de la visite de Benyamin Netanyahou à Washington, les israéliens ont lancé leur offensive. Ils ont laissé entendre que Si Obama et Netanyahou n’en n’arrivent pas aux poings lors de leur rencontre de lundi 18 mai, ce sera un succès pour les Israéliens. Une manière de dire qu’un fossé sépare les deux parties, que le nouveau président américain aurait des positions pro-palestiniennes, et qu’il veut obliger Israël à des sacrifices impossibles ! Autant d’absurdités, destinées à l’opinion occidentale, la seule qui compte vraiment.

La pression sur Barak Obama va s’amplifier dans les jours qui viennent. Jusqu’au 4 juin, date à laquelle le chef de la Maison Blanche prononcera son discours à l’adresse du monde arabe, pour définir la politique américaine envers cette partie du monde. D’ici là, les grandes manœuvres sont lancées pour faire fléchir la position américaine. Mais force est de constater que le jeu est faussé, car les interlocuteurs de M. Obama n’ont pas les mêmes atouts.

Barak Obama reçoit à Washington trois dirigeants de la région. Israël sera représenté par Benyamin Netanyahou, qui est plus américain qu’israélien. Vivant aux Etats-Unis, il a une parfaite connaissance du système américain, où il dispose du plus formidable lobby qui puisse exister dans le monde, avec l’appui d’un redoutable appareil de propagande. Il bénéficie aussi d’une légitimité que personne, chez lui, ne remet en cause.

A l’inverse, Mahmoud Abbas, qui sera reçu à Washington, part avec une série de handicaps. Il ne connaît guère les Etats-Unis. Il est fortement contesté dans son propre camp, et il dispose de peu d’arguments, depuis qu’il a renoncé à la lutte armée. Quant au président égyptien Hosni Moubarak, il se voit attribué un rôle très ambigu. Certes, il est remis en selle dans le jeu régional, mais la date choisie pour le discours de M. Obama, le 4 juin, anniversaire de la débâcle de 1967, remet M. Moubarak à sa véritable place, celle de président d’un pays qui est non seulement défait, mais qui accepte sa défaite.

Le scénario, comme on le voit, est très défavorable aux Palestiniens. De plus, il faut faire confiance aux Israéliens pour aggraver ce climat. Comment ? En rappelant, par exemple, que le Hamas est un mouvement « terroriste » qui risque de prendre le contrôle de l’état palestinien envisagé par M. Obama; que l’Iran n’attend que l’occasion favorable pour épauler le Hamas, comme il l’a fait avec le Hezbollah au Liban, et que, du reste, la menace iranienne devient la nouvelle priorité de la région. Et si cela ne marche pas, les Israéliens trouveront d’autres arguments, en rappelant par exemple que le second prénom de Barak Obama est Hussein!

Encore une fois, les Israéliens sont les mieux préparés pour cette nouvelle échéance. Pourtant, ils ont sonné le branlebas de combat, ce qui laisse supposer que le président Obama serait sur le point de leur imposer de grandes concessions. Est-ce vraiment le cas ? Si on  s’en tient au discours, on serait tenté de dire qu’avec l’avènement de Barak Obama, les Etats-Unis seraient sur le point d’imposer un virage significatif à leur politique au Proche-Orient. En effet, M Obama s’est clairement prononcé en faveur d’un état palestinien, comme il a demandé aux Israéliens de mettre fin aux colonies.

Le nouveau président américain tranche aussi par son approche de la situation dans cette région du monde. Il donne l’impression d’être le premier président américain à comprendre que la Palestine n’est pas un élément du problème, mais qu’elle constitue le nœud du problème, autour duquel s’articulent les autres questions. Il s’est rendu compte qu’il est impossible pour les Etats-Unis de construire une relation apaisée avec cette partie du monde tant que les Palestiniens n’auront pas été rétablis dans un minimum de droits et de dignité. Enfin, M. Obama refuse d’être obnubilé par l’Iran. Il refuse de suivre les dirigeants israéliens quand ceux-ci affirment que la question palestinienne devient secondaire par rapport au « danger » nucléaire iranien.

Ce sont, en théorie, des avancées significatives de la part d’un président américain. Il faut toutefois les remettre dans leur véritable perspective. En premier lieu, M. Obama peut faire des promesses, ce qui ne signifie pas qu’il les concrétisera.  George Bush a, lui aussi, promis un état palestinien. Il avait même fixé une échéance : avant la fin 2005 ! Mais c’était juste pour faire avaler la pilule de l’invasion de l’Irak. M. Obama peut promettre un état palestinien pour mobiliser les dirigeants arabes contre l’Iran et atténuer les effets d’une éventuelle attaque contre les installations nucléaires iraniennes. Mais rien ne dit qu’il ira jusqu’au bout de ses promesses en faveur des Palestiniens. Ne vient-il pas de revenir sur l’une des promesses les spectaculaires de sa campagne, celle relative à la gestion législation antiterroriste promulguée par George Bush?

En réalité, le discours de M. Obama doit être remis dans sa propre logique. Celle d’un président américain certes novateur, moderne, soucieux de projeter son pays dans le nouveau siècle, mais un président soucieux d’abord de servir le système qui l’a produit. En ce sens, l’intérêt des Etats-Unis est de rétablir leur image dans une partie du monde qui possède encore les hydrocarbures, et qui reste capable de nuisance, à défaut de construire quelque chose de durable : c’est ainsi qu’est perçu le monde arabo-musulman à partir de Washington, et c’est à cette image que veut répondre la nouvelle politique de M. Obama.

Même si les Palestiniens, enfermés dans leurs drames, ont envie de croire que M. Obama constitue pour eux une lueur d’espoir, il faudra tout de même rappeler certaines évidences. Les Etats-Unis ont parrainé les accords d’Oslo, et les ont laissés mourir. Ils ont inventé la fameuse « feuille de route », qui a emmené les palestiniens à la guerre civile et à l’impasse. Les Etats-Unis ont aussi demandé à Israël de mettre fin aux colonies, sous William Clinton comme sous George Bush, mais les colonies n’ont jamais autant prospéré depuis. M. George Bush a promis un Etat aux Palestiniens, et la démocratie au monde arabe : il a laissé Ghaza sous les bombes, et le chaos en Irak.

En tout état de cause, les Etats-Unis n’ont jamais rempli une promesse positive pour les Arabes. Dans le même temps, ils ont toujours fidèlement appliqué leurs menaces envers les pays arabes. A l’inverse, ils n’ont jamais appliqué la moindre menace contre Israël. Mais ils ont été toujours fidèles dans l’accomplissement de leurs promesses envers Israël. Y a-t-il une raison pour que cela change ?

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