Novembre et ses héritiers

Le 1er novembre a de nombreux héritiers. Mais de quoi ont-ils hérité au juste ? et qu’en-ont-ils fait ?

Par Abed Charef

 

Ce sont de petites évidences, sur lesquelles le temps a jeté un discret voile de l’oubli. Des évidences qu’on évoque à voix basse lors des anniversaires et commémorations, pour passer rapidement à autre chose, alors qu’elles ont animé les grands moments de la vie du pays et constitué les piliers de son histoire. Le temps, cet ennemi de la vérité, qui transforme le gris en blanc et les opportunistes en héros, a occulté ces évidences ; ils les a poussées vers la marge, ou transformées en éléments folkloriques que brandissent de vieux militants au physique incertain.

Le temps a fait son œuvre, donc. Mais pas seulement lui. Car les hommes aussi ont contribué à cet oubli. Ils y ont même beaucoup contribué. Et pour les hommes, les motivations sont très concrètes. Elles englobent pouvoir, argent, rente, honneurs et influence. Beaucoup avaient intérêt soit à manipuler ces évidences, pour en tirer profit, soit à les occulter, pour éviter d’exposer leurs défaillances. Car celui qui impose sa lecture du passé réussit le plus souvent à imposer son pouvoir.

Quand ce jeu concerne des personnes, il est toujours possible de trouver la parade. Il suffit d’un témoin, d’un document, pour rétablir la vérité. Quand ce sont des groupes politiques et sociaux qui se mobilisent pour manipuler l’histoire s’accaparer de pans de entiers, il devient plus difficile de s’y retrouver.  Mais quand c’est une majorité qui adopte une lecture partiale de l’histoire, comme si les Algériens avaient décidé de ne plus regarder leur passé en face, il devient périlleux de s’accrocher à ces bribes de vérité, à ces évidences que la masse a décidé d’ignorer.

C’est ce qui arrive précisément avec un thème majeur de la guerre de libération. Il s’agit de la filiation idéologique du 1er novembre, avec ses immenses implications sur notre présent et sur l’avenir du pays. Pendant un long moment, pendant la guerre de libération et après l’après-indépendance, un slogan a dominé la vie politique du pays : « un seul héros, le peuple ». C’était une démarche habile pour effacer Messali Hadj puis faire oublier Ahmed Ben Bella, entre autres, mais aussi pour donner au pouvoir une assise populiste, avec un discours aussi facile primaire que facile. Il suffisait de flatter le peuple pour être dans la ligne, et devenir légitime.

La guerre de libération était cependant trop proche, et personne n’était dupe. Les exclus – Ferhat Abbas, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït-Ahmed, Krim Belkacem, puis Ahmed Ben Bella, et tant d’autres- disparaissaient du discours officiel, mais leur poids politique ou moral restait très fort. Pour une raison simple : ils étaient attaqués par des groupes qui détenaient le pouvoir, mais qui utilisaient un discours qu’ils avaient empruntés à ces mêmes opposants !

Le changement est venu plus tard, lorsque des groupes idéologiques, politiques ou sociaux se sont mis à l’œuvre pour tenter de donner un autre sens à la guerre de libération. Entre ceux qui affirmaient que le 1er novembre avait pour objectif de rétablir une douteuse authenticité, ceux qui le prédestinaient pour jouer le rôle moteur d’une révolution sociale à venir, et d’autres qui y voyaient le premier pas vers le rétablissement d’un mythique califat, la guerre était ouverte. Elle n’a jamais cessé depuis, avec notamment une offensive ininterrompue de ceux qui voulaient faire de Abdelhamid Ben Badis le personnage clé du mouvement national durant la première moitié du XXème siècle.

Ferhat Abbas, quant à lui, n’avait guère de partisans en mesure de l’imposer comme symbole du mouvement national. Le courant populiste est, de son côté, disqualifié par l’itinéraire ambigu de Messali, et par le bilan mitigé de sa gestion de l’après-indépendance. La chute du mur de Berlin a exclu les courants de gauche. Il ne reste dès lors que les islamistes pour tenter encore de se placer comme parrains idéologique du 1er novembre, ce qui est évidemment une supercherie.

Mais ce qui est encore plus grave pour le pays tout entier, c’est que le courant populiste, qui a constitué la colonne vertébrale du mouvement national, renie ses propres fondements. Il n’arrive pas à admettre que sa lutte était, certes, fondée sur des aspirations à la liberté et à l’indépendance, mais que ses références étaient plus proches des idées des Lumières que de celles des zaouis ou de toute forme d’organisation traditionnelle de la société algérienne.

Le succès du 1er novembre n’est pas le résultat des seuls sacrifices et de l’héroïsme abstrait du peuple. Il est aussi, et en premier lieu, le produit de l’accès des dirigeants du mouvement national à la modernité : utilisation des formes modernes d’organisation, prise en charge de la société selon des méthodes modernes, mise en place du noyau d’un état moderne, adoption d’un discours moderne sur des thèmes comme la libération de la femme, l’accès de tous à l’école et au savoir, égalité entre tous les citoyens, etc. L’accès à cette modernité, malgré le caractère largement archaïque de la société, a été le prix à payer par l’élite algérienne pour parvenir à l’indépendance, alors que les formes traditionnelles de lutte et de résistance, même celles menées par des hommes de l’envergure de l’Emir Abdelkader, n’avaient pas abouti. En ce sens, le 1er novembre trouve ses sources dans les Lumières, non dans des références religieuses, claniques ou tribales.

Aujourd’hui, des courants idéologiques tentent d’occulter cette réalité historique pour imposer leur vision de la société. Ils veulent rattacher le 1er novembre à des racines qui ne sont pas siennes. C’est une supercherie, mais cela fait partie du jeu. Ce qui est plus troublant, par contre, c’est que ceux qui se prétendent héritiers du 1er novembre accompagnent ce mouvement, et laissent le pays revenir aux archaïsmes qui avaient rendu possible la colonisation de l’Algérie.

نوفمبر وميراثه الفكري

نوفمبر ملك لكل الجزائريين، لكن الفكر الذي صنع نوفمبر مازال يثير النقاش.

عابد شارف

من سيرث أول نوفمبر؟ من سيفرض نفسه كوريث سياسي وإيديولوجي للأفكار التي صنعت أول نوفمبر وفتحت للحركة الوطنية أبواب الملحمة التي انتهت باستقلال الجزائر؟ إن المعركة التي اندلعت منذ الاستقلال مازالت متواصلة لحد اليوم بين التيارات والمجموعات التي تريد أن تبرهن أن نوفمبر ينبع من فكرها، مع العلم أن من يفرض نفسه في هذا الميدان يستطيع في نهاية الأمر أن يقول أن له الشرعية الكافية للاستيلاء على السلطة أو البقاء فيها.

ولهذه القضية سوابق كثيرة، وقد طرحت نفسها منذ السنوات الأولى للثورة التحريرية. وقد اختارت قيادة الثورة ثم السلطة القائمة في الجزائر المستقلة، اختارت شعارا يسمح لها بتجنب النقاش حول القضية، فقالت أن الشعب هو البطل الوحيد في البلاد. وإذا كان الشعب بطلا، فإن دور الشخصيات التاريخية يسقط، واستطاعت السلطة بهذه الطريقة أن تمحو اسم مصالي الحاج، خاصة وأن هذا الأخير رفض أن يكون زعيم الخطوة الأخيرة التي تؤدي إلى الاستقلال بعد أن كان الرمز الأول للحركة الوطنية في النصف الأول من القرن الماضي.

وبعد ذلك، فإن الفشل النسبي للتيار الشعبوي في تسيير شؤون البلاد بعد الاستقلال فتح الأبواب أمام مختلف التيارات لتدعي أن أول نوفمبر ينبع عن فكرها ونهجها. إلا أن هذه الادعاءات بقيت ضعيفة، ولم تفرض نفسها في العقود الأولى بعد الاستقلال لأن ذاكرة الثورة كانت قوية. إضافة إلى ذلك، فإن ميزان القوى السياسي أقصى بعض التيارات من المشاركة في الصراع للاستيلاء على فكر أول نوفمبر. وقد أدى سقوط جدار برلين مثلا إلى القضاء على التيارات اليسارية التي كانت ترى في أول نوفمبر خطوة نحو تحقيق الاشتراكية. أما الفكر الليبرالي التقليدي، الذي يمكن أن نجده عند شخصية مثل فرحات عباس، فإنه لم يجد الأنصار الذين يدافعون عنه ويفرضونه على الساحة الوطنية.

ودخل التيار الديني بدوره ساحة المنافسة، واستطاع أن يحتل بعض المواقع في أجهزة الدولة، حيث أن الكثير من الكتب المدرسية تعطي لجمعية العلماء دورا يفوق دورها الحقيقي بكثير في عملية تحضير أول نوفمبر. ونفس الكتب تعطي للسيد عبد الحميد بن باديس دورا بارزا كزعيم وطني، إلى أن بعض النصوص تجعل منه الزعيم الأول للحركة الوطنية.

وفي نهاية المطاف، توصل أنصار هذا التيار إلى القول أن أول نوفمبر كان يستمد قوته من المطالب الدينية، وهذا خطأ وتحايل على التاريخ. لكن الخطأ لا ينبع فقط من ورثة جمعية العلماء الذين كثيرا ما يحاولون الاستيلاء التاريخ، بل أن الخطأ ينبع بالدرجة الأولى عن الذين يدعون أنهم ورثة جبهة التحرير الوطني ويتخلون عن الفكر الحقيقي الذي أعطاهم الأسبقية في الحركة الوطنية. ونلاحظ اليوم مثلا أن أبرز تظاهرة يشارك فيها الأمين العام لحزب جبهة التحرير الوطني بمناسبة ذكرى أول نوفمبر هي تكريم أحد زعماء جمعية العلماء، السيد توفيق مدني.

وتزداد القضية تعقيدا لما نلاحظ أن التنظيمات التي تتبنى أول نوفمبر كمرجع أساسي لا تعترف بالفكر الذي ينبع منه هذا الحدث البارز في تاريخ الجزائر المعاصرة. وقد كان أول نوفمبر شاهدا على أن الحركة الوطنية قطعت خطوات أساسية لتصبح حركة تتماشى مع العصر. ولم يكن أول نوفمبر نتيجة فكر أو تصرف طائفي أو ديني أو قبلي، بل كان يشكل أسمى ما شهدت الجزائر من مظاهر التقدم: كان أول نوفمبر يتميز بالعصرنة لأنه أقام تنظيما جديدا، وتبنى أفكارا جديدة عصرية مثل تحرير المرأة والمساواة بين المواطنين وتقديس العلم وحرية الفكر، كما أدى أول نوفمبر إلى إقامة مؤسسات عصرية لتأطير الثورة والمجتمع، وأقام نواة أولى لدولة عصرية.

ومن هذا المنظور، فإن أول نوفمبر كان أقرب إلى فكر عصر الأنوار منه إلى أي فكر آخر، كما شكل أول نوفمبر قطيعة مع الفكر التقليدي للمجتمع الجزائري. وقد سمح هذا التقدم الفكري في الحركة الوطنية إلى بناء تنظيم استطاع أن يحقق ما فشلت عن تحقيقه كل التنظيمات السابقة، لا لأنها لم تكن مخلصة أو أنها لم تقدم التضحيات اللازمة، إنما فشلت لأنها كانت تواجه ظاهرة عصرية بطرق ووسائل قديمة بالية.

وأخطر نقطة في القضية هي أن جبهة التحرير التي تشكل العمود الفقري للحركة الوطنية، تخلت عن هذا الفكر العصري، لتعود إلى فكر قديم كان قد جعل من الجزائر بلدا قابلا للاستعمار…

Démissions

Un ministre laisse aux directeurs d’établissements scolaires d’organiser le week-end. Ou comment l’état régulateur démissionne.

 

Par Abed Charef

Ils ont une étonnante capacité à nous surprendre. A chaque sortie, on se dit qu’ils ont atteint le top, et qu’ils ne peuvent pas aller plus loin. Et pourtant, ils y parviennent, comme si, pour eux, l’activité politique et la gestion d’un ministère se mesurent exclusivement à leur talent d’aller plus loin, toujours plus loin.

Après la réforme de la réforme de l’école, après le tablier blanc ou rose, après toutes les innovations qui ont donné des résultats douteux, le ministre de l’Education vient de jeter un nouveau pavé dans la mare. Il a laissé aux chefs d’établissements le soin d’organiser le week-end. Directeurs et proviseurs ont toute latitude d’organiser le repos hebdomadaire selon leur bon vouloir.

Ils peuvent organiser des cours mardi après-midi, et donc éliminer la demi-journée de repos à mi-semaine. Ils peuvent organiser des cours samedi matin, ou encore samedi après-midi, ce qui signifie que les parents n’auront pas de week-end, au sens moderne d’aller en week-end. Ils peuvent aussi ajouter des heures de cours pendant les jours de semaine, ce qui risque de donner huit heures de cours par jour, comme c’est le cas de nombreux lycées, ce qui donne un rythme de travail insupportable pour les élèves. Ils peuvent enfin, et c’est le top, réduire le nombre d’heures cours ! Pour les lycéens, par exemple, il n’y a qu’à supprimer une heure de maths par ci, une heure de philosophie par là, et le tour est joué.

On est évidemment sidéré par tant de légèreté au moment de prendre des décisions d’une telle envergure. On est également désarmé par un système de décision qui débouche sur de pareilles absurdités. Certes, on savait que les ministres doivent tout à celui qui les nomme, et n’ont aucun compte à rendre aux Algériens.  A ce titre, ils peuvent donc agir sans avoir à tenir compte de la volonté des citoyens.

Mais l’opinion publique impute tout de même à ces hommes un savoir, un minimum de compétence, et un sens des responsabilités qui devrait leur épargner des dérives aussi  graves. Les ministres ont des conseillers, des cabinets, des directeurs centraux en mesure d’arrondir les angles et de leur éviter de tels déboires. Ils ont une administration supposée leur fournir les éléments nécessaires à la prise de décision, comme ils sont supposés travailler au sein d’équipes ayant des objectifs communs, chacun devant faire sa part du travail pour arriver ensemble au but auquel tous aspirent. Enfin, un ministre est sensé appartenir à un courant politique ayant une vision de la société, ce qui balise le terrain à chaque membre de l’équipe et lui évite de se perdre.

Mais tout ceci ne suffit visiblement pas. A croire que certains ministres cherchent délibérément à montrer qu’ils sont aptes à dépasser tout sens de la mesure, et de ne plus s’imposer de règles. Donner aux directeurs d’établissements la possibilité de s’organiser comme ils veulent, y compris de supprimer des heures pédagogiques, relève de ces absurdités que le bon sens le plus primaire permettrait d’éviter.

La situation est aggravée par de multiples aspects. C’est, en premier lieu, une décision qui touche des millions d’enfants, dont l’avenir est hypothéqué par  cause des décisions approximatives. De plus, il s’agit de décisions impliquant ce qui est supposé être l’élite du pays : chef de gouvernement, ministres, pédagogues officiant au ministère, tout le monde est impliqué par ces décisions, soit en agissant pour les concrétiser, soit en laissant la dérive se poursuivre.

D’autre part, en rejetant la balle dans le camp des directeurs d’établissements, le ministre se défausse sur un encadrement qui a une autre mission. Ce n’est pas au proviseur de lycée de décider si les élèves ont cours samedi matin ou non. Ceci est une prérogative de l’état, à travers ses lois et règlements. Le directeur d’établissement ne peut que s’exécuter en appliquant la loi.

Enfin, phénomène le plus grave, de telles décisions consacrent une sorte de démission de l’état régulateur et de ses agents. En refusant d’exercer les prérogatives que lui confère la loi, le ministre laisse un vide que d’autres vont remplir. Et on sait qui est le plus habile à ce jeu. En tout état de cause, il est préférable d’avoir des décisions impopulaires, s’appuyant sur de mauvais choix, et les assumer publiquement, comme il est de tradition chez M. Ahmed Ouyahia, par exemple, plutôt que de faire des choix sans les assumer.

 

عن العادات والتقاليد (2) : من أداة للتحرر إلى أداة لتكريس الانغلاق

 

تكلمنا الأسبوع الماضي عن العادات والتقاليد، ومحتواها الذي كثيرا ما يعادي العلم والتقدم. وفي نفس السياق نتكلم عم التيارات الفكرية والفئات الاجتماعية التي تنادي لالتمسك بالعادات والتقاليد.

عابد شارف

 

وبداية، نشير إلى ظاهرة أولى، وهي تشابه الخطاب السياسي والإيديولوجي الذي يتبناه أنصار المحافظة على "العادات والتقاليد"، سواء في الجزائر أو اليابان أو فرنسا أو حتى في الولايات المتحدة التي لا تكسب تاريخا قديما. وسواء كان التمسك بالتقاليد نتيجة خيار واعي أو نتيجة عجز عن مواكبة العصر، فإنه يستعمل نفس الخطاب ويلجأ إلى نفس الحجة. ومن يسمع خطاب "فيليب دي فيليي" Philippe de Villiers  في فرنسا أو "رابطة الشمال" في إيطاليا أو التقليديين في اليابان، يظن أنه يسمع خطاب التيارات الجزائرية المماثلة، مع تغيير واحد حوا طبيعة تلك التقاليد.

وحتى تكون الأمور أوضح، فإن هذه التيارات تعتبر أن تقاليدها أسمى وأفضل وأعرق من كل ما يوجد في العالم، سواء كانت مبنية على الدين أو التاريخ أو الحضارة. ويقول التقليديون الفرنسيون أنه بلادهم اكتشفت العلم والحضارة، ولا يجوز أن تتخلى عن القيم التي سمحت لها أن تحقق هذا التفوق، بينما يعتبر الياباني المماثل أن الحياة بصفة شاملة مبنية على الحفاظ على القيم التي أدت إلى ازدهار بلاده. وفي الجزائر، يعتبر التقليديون أن العادات والتقاليد لعبت دورا أساسيا في الحفاظ على الشخصية الوطنية، رغم أن الحركة الوطنية كانت مبنية بالدرجة الأولى على أفكار التحرر التي يقول عنها البعض أنها مستوردة من الغرب…

وكثيرا ما تكون هذه الإيديولوجية مبنية على أفكار بسيطة، إن لم تكن بدائية، مثل تفوق العادات المحلية التي تعتبر مقدسة، وانحطاط الآخرين الذين لا يعرفون تلك العادات المجيدة، واعتبار أن معظم مشاكل البلاد تأتي من الخارج، سواء عن طريق الفكر المستورد مثلما يقال في الجزائر، أو عن طريق الأجانب مباشرة مثلما تقول تيارات كثيرة في فرنسا وإيطاليا وحتى بعض بلدان أوربا الشمالية التي كانت في الماضي تبدو محمية من هذا الفكر.

ويشكل هذا الفكر خطوة أولى نحو العنصرية، حيث أنه يبدأ بتمجيد الذات، وغالبا ما ينتهي بمعاداة الآخرين، بعاداتهم وتقاليدهم وفكرهم. لذلك لا نجد هامشا كبيرا يفرق بين أنصار التقليديين واليمين المتطرف. ولذلك يعتبر التيار الذي يقوده De Villiers في فرنسا كنقطة وصل بين اليمين المتطرف والتيارات اليمينية التقليدية.

ومن يسمع خطاب ورثة جمعية العلماء ودفاعها عن حماية التقاليد يستغرب أكثر. ففي النصف الأول من القرن الماضي، كانت المنظمة التي يتزعمها عبد الحميد بن باديس تنادي بالتخلص من التقاليد الجامدة والعادات البالية التي أدت إلى انحطاط الجزائر. وكانت المنظمة تدعو إلى التفتح على العصر ومواكبة الجديد والتمسك بالعلم. أما اليوم فإن أعضاء المنظمة –أو الناطقين باسمها- عادوا إلى النقطة الصفر، وأصبحوا يعادون تقريبا كل ما لا يوافق فكرهم، إلى أن أصبحوا يستعملون نفس الخطاب الذي تلجأ إليه أكثر التيارات انغلاقا. وما حدث من جدال بين السيد عبدالرحمن شيبان وأدونيس أحسن دليل على ذلك، حيث قال السيد شيبان أن كلام أدونيس من "أباطيل الشيطان" و"أراجيف وقحة"، ويقول أن الكاتب السوري "إباحي"، و"ملحد"، و"من الآمرين بالمنكر الناهين عن المعروف"…

هذا الحكم ينبع من قناعة السيد شيبان أن كل ما يخرج عن معتقداته غير مقبول، بل ويشكل خطرا على المجتمع. ويؤكد كلامه أن هناك من يبدأ مشوار التحرر انطلاقا من الدفاع عن الهوية والعادات، لينتهي في آخر المطاف إلى سجن نفسه قس أفكار تقليدية تدفعه إلى التنديد بكل ما هو خارج عن تقاليده. وذلك ما سنتكلم عنه الأسبوع القادم.

Petites querelles entre anciens amis

Les guerres de clans constituent un phénomène banal en Algérie. Mais quand ces conflits mettent à mal une institution aussi sensible que la police, on n’est pas loin du dérapage.

Par Abed Charef

Le sujet est explosif. Deux hommes clé du système Bouteflika, M. Noureddine Zerhouni et Ali Tounsi, seraient en guerre. Et leur affrontement se jouerait autour du contrôle d’un corps essentiel pour le maintien de n’importe quel système, et en particulier d’un système autoritaire : la police.

Il ne s’agit donc pas d’une querelle marginale entre deux hommes en cour souhaitant faire de l’excès de zèle pour plaire au Roi, ni d’un banal conflit de compétences entre deux sous-ministres. Bien au contraire. Le conflit oppose le puissant ministre de l’intérieur, homme de confiance du président Abdelaziz Bouteflika, son ami et homme de confiance depuis un demi-siècle, numéro de la fameuse sécurité militaire pendant deux décennies, au directeur général de la sûreté nationale, un autre baron du système algérien. C’est dire que c’est un conflit type au sein du sérail, avec tous les ingrédients que cela suppose : c’est un conflit qui se déroule au coeur du système, il est opaque, tout comme ses enjeux, mais sa portée est autrement plus dangereuse que les traditionnels conflits entre ministres ou responsables de partis.

La portée de ce conflit devient particulièrement inquiétante sur deux points. D’une part, il concerne deux hommes issus du cœur du système algérien, le MALG, dans lequel les deux hommes semblent être nés. D’autre part, le conflit est porté dans la rue, exposé dans les journaux, avec ses coups tordus et ses coups bas relatés comme dans un feuilleton de deuxième catégorie.

MM. Zerhouni et Tounsi se connaissent depuis plus d’un demi-siècle lorsque, à l’ombre de feu Abdelhafidh Boussouf, se construisait le noyau qui allait donner naissance au système de pouvoir algérien. Ils ont passé les périodes fastes te traversé le désert de manière presque similaire. Durant toute leur carrière, ils côtoyaient un homme flamboyant, qui occupait les devants de la scène pendant qu’eux, dans l’ombre, détenaient le vrai pouvoir. Ils étaient la face cachée de Abdelaziz Bouteflika, qui n’a jamais oublié où se trouve le vrai pouvoir. Et lorsque celui-ci a été choisi pour le poste de président de la république en 1999, il a tout naturellement repris langue avec les anciens de la maison mère, celle du MALG.

Comment des hommes issus d’un tel compagnonnage en viennent-ils aujourd’hui à s’affronter ainsi ? Pour en arriver à s’exposer ainsi, il faut supposer que le conflit est si grave que toutes les tentatives d’aplanir les divergences ont échoué. Et qu’un arbitrage du président Bouteflika lui-même n’aurait pas donné de résultat non plus. Enfin, que les deux hommes s’estiment suffisamment puissants, pour poursuivre un combat face auquel le chef de l’état semble désarmé !

Ce n’est pourtant pas le différend en lui-même qui pose problème. Après tout, la vie politique est faite de luttes, de réconciliation, de conflits, de compromis, d’ententes et même de trahisons et de coups tordus. C’est donc l’évolution de ce conflit qui inquiète davantage. Les deux parties en sont en effet arrivés à un étalage de linge sale qui concerne l’un de corps les plus sensibles du pays, les services de sécurité.

Des journaux évoquent à longueur de colonne comment tel haut responsable de la police a été limogé parce qu’il aurait fait allégeance à l’un, alors que tel autre responsable aurait fait l’objet d’un coup tordu destiné à l’éliminer, simplement parce qu’il serait l’homme de la partie adverse. Dans la foulée, l’encadrement de la police est transformé en punching-ball, balloté entre les uns et les autres, alors que les cadres de la sûreté sont sollicités pour élaborer de faux dossiers destinés à éliminer des personnalités gênantes. Et tout ceci arrive à des moments particulièrement gênants pour la police, dont la réputation a été sérieusement ternie dans des scandales liés à la corruption. M. Younsi avait lui-même évoqué un « complot » contre la sûreté nationale.

On ne retrouve évidemment aucune trace d’un fonctionnement institutionnel dans cette affaire. Traditionnellement, la direction de la sûreté nationale est placée sous la coupe du ministre de l’intérieur. Ce qui devrait contraindre M. Tounsi à se placer sous la tutelle de M. Zerhouni. M. Tounsi a-t-il cherché à devenir autonome, avec pour objectif de créer un ministère de la sécurité qui détiendrait en fin de compte tous les pouvoirs, comme l’avancent  certains journaux ? Toujours est-il que le conflit a dégénéré, révélant encore une fois la déliquescence institutionnelle qui prévaut dans le pays.

C’est d’autant plus grave que cette descente aux enfers est l’œuvre d’anciens du MALG, qui se sont imposés comme les derniers représentants de la génération de novembre au pouvoir. On disait de ces hommes qu’ils pouvaient avoir des défauts, mais qu’ils avaient une grande qualité: le sens de l’Etat. Ce qu’ils montrent au crépuscule de leur vie dément l’un des éléments qui ont fait leur mythe.

عن العادات والتقاليد

عابد شارف

لماذا يذهب أناس إلى سهرات فنية، ويسمعون غناء لا يليق بهم، فيحتجون ويقولون عنه أنه غير مقبول؟ أيوجد فعلا غناء مقبول وآخر غير مقبول، أم أن هناك جمهور يقبل حرية الفنان ويحترمها، وجمهور آخر يريد أن يفرض على الفنان الكلمات التي يغنيها؟ ولماذا يتمسك الكثير بسلوك ما، ويفضلون تصرفا يعود إلى عشرات، بل مئات السنين، ويرفضون سلوكا جديدا يقول عنه آخرون أنه يتلاءم مع العصر؟

إن هذا التناقض يعبر عن موقف الناس حول قضية لم يفصل فيها البشر منذ مئات السنين، سواء كانوا ينتمون إلى بلدان غنية أو فقيرة، وسواء كانوا يعيشون في الشرق أو في الغرب. ونجد هذا التناقض مطروحا في كل المجتمعات، رغم أن حدته تختلف من مجتمع إلى آخر، لتبلغ ذروتها في المجتمع العربي الإسلامي: إنه تناقض المواقف تجاه العادات والتقاليد، بين من يتبناها ويدافع عنها ويريد بقاءها بل ويعمل لانتشارها، ومن يعتبر العادات والتقاليد  عبء على المجتمع وعاملا من عوامل التخلف.

ولا يمكن هنا أن نفصل في هذه القضية، لكن يمكن أن نتكلم عن بعض جوانبها التي تطرح نفسها بحدة في المجتمع الجزائري، خاصة بعد أن ظهرت تيارات فكرية تقول أنها "محافظة"، وأنها تريد أن تبقى على عاداتنا وتقاليدنا الأصيلة، مع العلم أن التمسك بالتقاليد كان يعتبر منذ مدة طويلة كظاهرة تكرس التخلف والجهل ورفض التقدم والعصرنة.

ومن المعروف أن المناطق الريفية هي التي تنادي عادة بالتمسك بالعادات والتقاليد، بينما يبتعد عنها أهل المدينة من المتحضرين، وأهل العلم والفكر وبعض الفئات الاجتماعية مثل الفنانين. لكن الجزائر تعطي نموذجا آخر لهذه الظاهرة حيث انتشر دعاتها في المدينة لأن الريف تغلب على المدينة، وفرض الأفكار التي يؤمن بها أهل البادية. وفي كل مناطق البلاد، نجد أن النزوح الريفي فرض نفس الظاهرة، مع السيطرة العددية لأهل الريف، الذين استطاعوا أن يفرضوا نمط العيش الذي يريدون، فتحولت معهم المدينة إلى مجموعة من العروش، لا تعرف التحضر والتمدن مثلما تكلم عنهم ابن خلدون. وبدل أن يتحضر أهل البادية الذين دخلوا المدينة، استطاعوا بسبب عددهم الهائل أن يجروا المدينة إلى أن تترك تحضرها وتتصرف مثلما يتصرف أهل البادية.

ومن المعروف كذلك أن موضوع العادات والتقاليد يطرح نفسه لما يتعلق الأمر بالقضايا الشخصية وبحقوق المرأة، كما يرتكز الموضوع بصفة خاصة على سلوك المرأة وعلاقتها بالرجل. وبطبيعة الحال لا يكسب المجتمع الجزائري تقاليد في التعامل مع البنك والمؤسسات ولا مع السيارة والكمبيوتر لأن كل هذه القضايا جديدة بالنسبة إليه، فيحصر قضية العادات على المرأة. ولكن ما طبيعة تلك العادات والتقاليد؟

والحقيقة تفرض أن نعترف أن العادات والتقاليد في أغلب المناطق الجزائرية لا تعتبر المرأة إنسانا كاملا. وفرضت التقاليد على المرأة جهلا شاملا خلال عشرات السنين. وكانت التقاليد أول عمل يمنع البنات من الدراسة لمدة طويلة. ولم تتغير هذه الأوضاع إلى بعد أن ظهرت تيارات فكرية وسياسية قررت أن تحارب تلك العادات في بداية القرن الماضي. وحتى نكون منصفين، يجب أن نشير إلى أن جمعية العلماء كان لها دور في محاربة تلك التقاليد، لكن الدور الأساسي كان لأنصار الحركة الوطنية الذي كانوا يميلون أكثر إلى الأفكار العصرية المستقاة من الإعلان العالمي لحقوق الإنسان أفكار الحرية والفصل بين السلطات وغيرها…

وبطبيعة الحال، فإن سيطرة العادات والتقاليد في مجتمع ما تفرض جدلا مع فكرة الحرية. وتفرض التقاليد على الإنسان تصرفا كثيرا ما يتعارض مع ممارسة حريته وحقوقه، كما أن التقاليد غاليا ما تمنع التقدم وتتعارض مع الحصول على العلم، وسنتناول هذه القضية في الأسبوع القادم.

 

الأزمة تفرض عطف الضعيف على الغني

فرضت الأزمة الاقتصادية قواعد جديدة، من أهمها إقناع الفقراء على مساعدة الأغنياء.

عابد شارف

بينما بدأت تظهر البوادر الأولى لخروج الاقتصاد العالمي من الأزمة،  تشير التحاليل الأولية إلى مفاجأة كبرى حول طبيعة تلك النكسة التي أصابت الاقتصاد العالمي. وعكس ما كان يشاع، فإن الأزمة الحالية لا تختلف عن سابقاتها من حيث النتائج والمضمون، ولا فيما يتعلق بضحاياها وقائمة الخاسرين فيها. إنها أزمة عادية جدا، لا تتميز عن سابقاتها إلا في الطريقة التي لجأت إليها الدول الغنية لمواجهتها ، والمناورات الدعائية التي استعملتها الدول الغربية حتى تبرر استعمال أموال الفقراء لمساعدة الأغنياء وإنقاذ رأس المال بأموال العمال.

وقد كان ثمن الأزمة باهظا، حيث اضطرت الولايات المتحدة مثلا إلى الشروع في برامج إستعجالية فاقت قيمتها ألف مليار دولار. أما الأثرياء العرب، فقد خسروا ضعف تلك المبالغ بسبب تراجع قيمة ممتلكاتهم في البلدان الغربية. غير أن هذا الجانب يتعلق ببلدان وفئات اجتماعية خسرت أموالا لكنها لم تعرف اليأس والحرمان.

أما الخاسرين الحقيقيين في الأزمة، فإنهم أولائك الفقراء في البلدان الغنية، من عمال وبطالين. وفي الولايات المتحدة دائما، تضاعف عدد البطالين، بينما لجأت شركات كثيرة إلى استعمال الأزمة حجة لإعادة هيكلتها وتسريح العمال بالآلاف. كما ضيع الملايين من الناس مساكنهم وممتلكاتهم في أمريكا وبعض البلدان الأوربية بسبب التلاعب بالقروض من طرف البنوك.

وفي قائمة الخاسرين، نجد كذلك البلدان الفقيرة التي وجدت نفسها أمام وضع لم تشارك في صنعه، ولا تكسب الوسائل الضرورية لمواجهته. وكانت الفئات المتواضعة في تلك البلدان الفقيرة هي الأكثر تأثرا بالأزمة، مما يؤكد إحدى الثوابت الاقتصادية: لا يشارك الفقراء في صنع الأزمة، لكنهم أول من يدفع ثمنها، وهذا مصير أغلبية البلدان الإفريقية وسكانها.

ولما انتشرت آثار الأزمة، اجتهد قادة البلدان الغنية لمواجهتها. ومن الظواهر الإيجابية التي تميزت بها هذه الأزمة، يمكن أن نذكر موقف البلدان الغنية التي عملت بصفة جماعية ومنسجمة، وكانت مبادراتها ناجحة إلى حد بعيد، حيث استطاعت البلدان الغنية أن تخفف من حجم الأزمة، وتمنعها من دفع الاقتصاد العالمي إلى الانهيار.

لكن يجب أن نعود إلى مفهوم النجاح ومضمونه. ولا بد هنا من التذكير أن قادة البلدان الغنية استعملوا أموال المواطنين لمساعدة الأغنياء وإنقاذ البنوك. ولم يكن ذلك غريبا لأن الأنظمة القائمة في تلك البلدان تنبع عن إرادة الفئات الثرية، حتى ولو كانت تدعي أنها تتبنى فكرا يساريا. وكان من الطبيعي أن يسرع القادة إلى إنقاذ البنوك وشركات السيارات الكبرى التي لا يمكن التخلي عنها دون انهيار قطاعات كاملة من الاقتصاد في تلك البلدان.

ولكن ما يلفت الانتباه هو المجهود الدعائي الذي رافق عملية إنقاذ الشركات التي كانت متسببة في الأزمة. والمعروف أن الأزمة الحالية جاءت بسبب التصرف اللامسئول والجشع الذي ميز عمل المؤسسات المالية، خاصة الأمريكية منها. ولما وصلت تلك المؤسسات إلى مأزق وأصبحت مهددة بالانهيار، اجتهد قادة البلدان الغربية ليقنعوا مواطنيهم والعالم أن الأزمة تهدد الجميع، وأن إنقاذ البنوك يشكل خطوة أساسية لإنقاذ الاقتصاد العالمي…

ومن هذا المنطلق، قرر أولائك القادة استعمال المال العمومي لإنقاذ البنوك. وارتفع حجم الديون العمومية في البلدان الغربية التي لجأت إلى هذه الصيغة، مما يعني أن الفقراء سيدفعون لسنوات طويلة ضرائب من أجل تسديد تلك الديون التي تم استعمالها لإنقاذ بنوك ومؤسسات مالية يكسبها الأغنياء…

وأكدت هذه الظاهرة أن أصحاب المال قد فرضوا رأيهم في بلدانهم من جهة، وأنهم أصبحوا يصنعون القرار الحقيقي في السياسة والاقتصاد. وأكدت نفس الظاهرة أنهم تجاوزوا هذا المستوى ليفرضوا رأيهم في المحافل الدولية، حيث فرضوا على قادتهم أن يجتمعوا وينسقوا مبادراتهم من أجل الحفاظ على مال الأغنياء.

عكس ذلك، اتضح مرة أخرى أن الفقراء لم يتوصلوا إلى هذا المستوى من التنظيم، بل أنهم أصبحوا متأخرين إلى درجة كبيرة مقارنة مع أصحاب المال. واتضح أن النقابات وأحزاب اليسار التي تتبنى مبادئ التضامن، مازالت كلها تعمل على مستوى الأقطار التقليدية، بينما استطاع رأس المال أن يتخطى الحدود.

وفي الأخير، يستحي الإنسان أن يتكلم عن الجزائر وطريقتها في مواجهة الأزمة. وكيف نتكلم عن ذلك مع العلم أن مسئولين جزائريين قالوا في بداية المطاف أن الأزمة لن تمس البلد بفضل التدابير التي تم اتخاذها في إطار برنامج رئيس الجمهورية، قبل أن ينهار سعر النفط وتقرر الحكومة مواجهة الأزمة فاستعملت طرقا كانت قائمة في القرن التاسع عشر قبل ميلاد الاقتصاد العصري…

Solidarité postmoderne

Pour une fois, crise oblige, les pauvres se sont solidarisés avec les riches. Bien malgré eux.

Par Abed Charef

Le monde émerge à peine de la crise, que les premiers bilans de ce grave dérapage de l’économie libérale commencent à être établis. Et, surprise, cette crise est d’une banalité et d’un classique étonnants, même si, cette fois-ci, elle a connu une ampleur sans précédent depuis un siècle.

Comme dans toutes les crises, on retrouve, en effet, les mêmes acteurs, les mêmes gagnants et les mêmes perdants. Comme les crises précédentes, celle qui s’est déclenchée en 2008 a été le révélateur de grands bouleversements politiques et économiques, qui vont se poursuivre au cours de la prochaine décennie et redessiner la carte économique de la planète. En ce sens, la crise aura joué un rôle d’accélérateur, qui a donné de la vitesse à un mouvement amorcé depuis des années.

La crise a englouti des sommes colossales, avec des plans de relance frisant les mille milliards de dollars pour les seuls Etats-Unis. Les avoirs des pays arabes ont fondu de 2.000 milliards de dollars, selon des estimations crédibles. Mais ce volet concerne des fortunes appartenant à des catégories sociales qui ont peut-être perdu de l’argent, mais qui ne sont pas poussées au désespoir.

Car les vrais perdants de la crise sont ailleurs. Ils sont à répertorier dans deux grandes catégories : pays, et catégories sociales. D’une part, les pays marginaux, amorphes, ceux qui sont dotés de systèmes politiques et économiques dépassés, incapables de réagir, encore moins d’anticiper, ont payé le prix fort. Presque toute l’Afrique et une partie du monde arabe se classent dans cette catégorie.

D’autre part, dans ces pays, comme dans les pays riches, ce sont les catégories les plus vulnérables qui ont le plus souffert. La hausse spectaculaire du chômage dans les pays riches a brutalement jeté à la marge plusieurs dizaines de millions de chômeurs, pendant que des millions d’autres étaient ruinés à cause des manipulations des crédits. Aux Etats-Unis, le taux de chômage a déjà doublé, alors qu’en Europe, les entreprises prennent prétexte de la crise pour mener des restructurations difficiles à engager en temps normal.

Tout ceci relève cependant du volet traditionnel de la crise. Par contre, la crise a apporté cette fois-ci deux innovations majeures : la réaction collective et concertée des pays capitalistes, et le rôle central des médias pour présenter des supercheries comme des solutions.

A l’actif des pays riches, on notera, en premier lieu, leur capacité à comprendre rapidement la nature et l’ampleur de la crise, ainsi que la méthode qu’il fallait utiliser pour y faire face. Cette première crise de l’ère de la mondialisation nécessitait une réponse différente, innovante, dépassant les frontières, avec des interventions massives des Etats, quitte à oublier momentanément l’hostilité traditionnelle des néolibéraux à l’intervention de l’Etat.

La crise a aussi consacré la supériorité de l’argent sur les Etats. Ces deniers se sont mobilisés massivement pour sauver le capital contre ses propres dérives. Et l’opération a été si bien menée qu’on a assisté à une situation loufoque : l’argent des citoyens a été utilisé pour sauver les banques ! C’est en effet de l’argent public qui a été injecté massivement pour maintenir à flot un système bancaire, lequel continue de fonctionner selon les mêmes méthodes.

Comble de l’ironie, le sauvetage des banques a été présenté comme une action ultime destinée à défendre les petites gens. Par de subtils raccourcis, l’aide destinée au capital le plus vorace, le capital financier, dont les dérapages ont été à l’origine de la crise, est devenue une œuvre de charité dont la finalité serait de secourir les catégories les plus vulnérables. Les dirigeants des pays riches ont aussi organisé une belle opération médiatique autour des paradis fiscaux et des fameux bonus, avant de laisser le tout en l’état : rien n’a changé dans ces sphères, mais l’illusion que le capitalisme a été « moralisé » ou « refondé », a été largement diffusée.

Pendant que le capital réussissait ainsi à prendre le contrôle des Etats les plus puissants, et mettait à son service la puissance du G20, la représentation populaire restait étrangement absente. Les syndicats en sont encore à s’organiser au niveau local ou national. Ce qui confirme cette vérité : l’argent a pris une longueur d’avance sur le travail. Pendant ce temps, la pensée de gauche piétine, et n’arrive guère à sortir du cadre national traditionnel, alors que le capital a pris en charge la mondialisation.

Les peuples n’ont pas encore trouvé la parade face à l’arrogance du libéralisme. Mais pour nous, le plus choquant dans cette crise n’est pas là. Le plus choquant, c’est ce constat humiliant : l’Algérie agit comme s’il ne s’était rien passé. Comme si elle n’était même pas au courant de la crise, de ses effets et des bouleversements.

 

مطالب نقابية في الزاوية القرضاوية

عابد شارف

بعد الرسائل المفتوحة الموجهة إلى الوالي والوزير، والصرخة الموجهة إلى رئيس الجمهورية، عرفت الجزائر قفزة نوعية في طريقة تقديم المطالب، حيث دخلت مرحلة الرسائل الموجهة إلى أهل النفوذ الحقيقيين وأصحاب القرار الذين لا ترد دعواهم.

وقد اختارت مجموعة من النساء من مدينة غليزان أن توجه نداء إلى القرضاوي ليساعدهن على تجنب عقبة قانونية. وقالت تلك النساء أنها تطلب تدخل القرضاوي لدى الرئيس عبد العزيز بوتفليقة حتى تتراجع الإدارة ولا تفرض عليهن نزع الخمار عند التقاط الصورة التي يفرضها القانون لاستخراج بطاقة التعريف وجواز السفر. وتعتبر تلك النساء أن هذا الإجراء القانوني مخالف لاعتقاداتهن، وطالبت بإلغائه، اللهم إلا إذا تكرم الشيخ وأصدر فتوى تبيح لهن إزالة الخمار من أجل الصورة… فالقرضاوي معروف أنه يوزع الفتاوى مثلما يوزع السيد جمال ولد عباس الوعود…

لماذا اختارت تلك المجموعة من النساء أن تسأل القرضاوي؟ لأنه داعية معروف، ولأنه يحظى باحترام وصداقة الرئيس عبد العزيز بوتفليقة. وتعتقد تلك المواطنات أن الجاه والتقرب من السلطة بواسطة شخصيات معروفة أفضل من التمسك بالقانون وأفضل من النضال لمطالبة صانعي القانون أن يعيدوا النظر في نصوصهم.

ولا مجال للحديث هنا عن طبيعة المطلب، ولا مجال للجدال حول المبررات التي تتبعه, ولا مجال للكلام عن المبررات التي فرضت هذا الإجراء… إن مثل هذه الملفات لا تفتح بابا للنقاش… بل أنها متعبة. لكن ما يثير الانتباه هي تلك النزعة التي انتشرت في المجتمع الجزائري، والتي تدفع الناس إلى البحث عن حلول في غير محلها. فعائلة المريض مثلا لا تطلب من الطبيب أن يجتهد ليشفي ابنهم، بل نجد أنها تتجه لذوي المال ليتبرعوا من أجل دفع تكلفة العملية الجراحية… ولا يطلب المواطن من الحزب أو النائب في البرلمان تغيير قانون يعتبره مجحفا، لكنه يتوسط بشيخ الزاوية أو أحد أعيان القرية للحصول على مطلبه بصفة مخالفة للقانون…

لكن الإنصاف يفرض ألا نلوم المواطن، أو لا نلومه لوحده، لأن تصرفه يتطابق مع تصرف السلطة التي شجعت هذه الطريقة الملتوية في تسيير قضايا البلاد. وقد عملت السلطة جادة لتمنع ظهور أي تنظيم عصري، سواء حزبا أو نقابة أو جمعية مستقلة يمكن أن يتكفل بانشغالات المواطنين. وإلى جانب عدائها للمنظمات العصرية، فإن السلطة اجتهدت في نفس الوقت لتشجيع وسطاء وتنظيمات تعمل خارج المؤسسات الرسمية، من أعيان وأعضاء الزوايا ونشطاء دون حزب ولا تنظيم معروف.

ولما وقعت أزمة في منطقة القبائل مثلا، لم تكتف السلطة برفضها محاورة الأحزاب والتنظيمات التي كان لها حد أدنى من النفوذ من أجل احتواء الأزمة، بل ذهبت إلى اختلاق تنظيم جديد وغريب أعطى نفسه تسمية "العروش"، وجعلت منه الممثل الشرعي والوحيد للمنطقة قبل أن تدفنه دون جنازة. وفي غرداية، رفضت السلطة أن تتعامل مع التنظيمات التي تنتمي إلى مؤسسات الجمهورية، وراحت تحاور كل من أعطى نفسه صفة الوسيط…

هذه النزعة إلى التخلي عن المؤسسات الرسمية وعن المتعاملين الذي ينشطون في شفافية تامة، واللجوء إلى "أعيان" لهم عين على أموال الناس، هذه النزعة دفعت بطبيعة الحال الكثير من المتطفلين إلى فرض وجودهم كوسطاء يكلفون أنفسهم بمهام لا دخل لهم فيها. ولعل هذا ما دفع مثلا رئيس إحدى منظمات أرباب العمل إلى طلب الحكومة أن تناقش قانون المالية مع أرباب العمل…

لكن هل نلوم هذا الرجل الذي يريد مناقشة قانون المالية في مكان النواب الذين من المفروض أنهم يمثلون الشعب، هل نلومه ونحن نعرف أن السلطة لا تعترف بوجود الشعب، ولا تعترف بممثليه، ولا تسمح لهم أن يناقشوا قانون المالية؟ هل نلومه لما تتحول السلطة نفسها إلى مهرج إشهاري لصالح الزاوية القرضاوية علة حساب المؤسسات الرسمية؟

 

Quand la zaouïa avance, la République recule

La zaouïa mène face à la République. Et Kardhaoui a acquis un statut à part : il est désormais invité à faire la loi, jusqu’à Relizane !

Par Abed Charef

La lettre ouverte au président de la république est passée de mode. On s’adresse désormais aux notables, aux hommes d’influence et à ceux qui, sans occuper de fonctions officielles, détiennent un véritable pouvoir. Des citoyennes algériennes, habitant Relizane, ont ainsi choisi de s’adresser non au wali ou à un quelconque ministre, mais au célèbre Cheikh Kardhaoui. Par le bais d’une lettre ouverte, elles demandent au prédicateur, considéré comme le guide spirituel des frères musulmans, d’intervenir auprès du président Abdelaziz Bouteflika pour leur épargner une obligation légale, imposée par la loi algérienne.

Il s’agit, pour ces dames, de pouvoir produire des photos d’identité destinées à des documents officiels, carte nationale d’identité ou passeport, sans avoir à se dévoiler les cheveux ni les oreilles, c’est-à-dire sans enlever le khimar. Elles considèrent cette obligation légale contraires à leurs croyances, et demandent en conséquence à en être dispensées.

Pourquoi s’adressent-elles au Cheïkh Qardhaoui ?  A cause de sa notoriété dans le monde arabe et islamique, de son amitié avec le président Abdelaziz Bouteflika, et du respect que ce dernier lui voue, disent-elles. A défaut d’être dispensées d’enlever leur khimar, elles demandent au prédicateur égyptien d’émettre une fetwa à ce sujet, sachant que le vénérable Cheikh a la fetwa aussi facile que M. Djamel Ould Abbès  a la promesse facile.

Sur ce type de revendication, chacun a son opinion. Il ne s’agit pas de les discuter, ni même de les évoquer. C’est une thématique usée, faite d’un mélange d’archaïsme et de bigoterie. Ce qui inquiète par contre, c’est cette tendance qu’ont des Algériens, de plus en plus en nombreux, à s’adresser à tous, sauf aux institutions supposées être chargées de prendre en charge ces problèmes. On ne s’adresse pas au médecin pour être soigné mais aux âmes charitables pouvant financer l’opération. On ne s’adresse pas non plus aux partis et à leurs députés, supposés faire les lois, mais au cheikh de la zaouïa, dont l’influence serait très étendue.

Ceci n’est pourtant guère surprenant. Ce sont en effet les officiels qui ont consacré ce fonctionnement parallèle. Toute l’action des gouvernants tend à empêcher l’émergence d’interlocuteurs représentatifs et crédibles, qu’il s’agisse de partis, de syndicats, d’élus ou d’associations. Leur hostilité à l’émergence de relais modernes n’a d’égale que leur acharnement à favoriser l’apparition d’interlocuteurs archaïques, pour traiter avec eux de manière occulte, dans l’opacité la plus totale. Le résultat est terrible pour le pays, car quand ces responsables sont confrontés à une crise grave, ils se retrouvent face au vide. Leur acharnement à discuter avec des interlocuteurs sans crédibilité ne fait qu’aggraver le problème.

Quand la crise a éclaté en Kabylie, le pouvoir a favorisé l’émergence d’une structure archaïque, baptisée « arouch », plutôt que de discuter avec les partis ayant quelque crédit. A Ghardaïa, les autorités ont discuté avec tout le monde, imams, notables, journalistes, mais aucune tentative sérieuse n’a été ébauchée en direction des interlocuteurs « républicains », c’est-à-dire partis, syndicats, élus des APC et APW réellement représentatifs.

Cette tendance a été poussée jusqu’à la caricature lorsque des affrontements ont eu lieu à Debdeb, localité du grand sud frontalière avec la Libye. L’auteur de coups ayant entraîné la mort d’un jeune homme s’est réfugié en Libye. Son retour n’a pas été obtenu grâce à une procédure diplomatique, à une extradition légale ou un quelconque recours à Interpol, mais ce sont des notables qui l’auraient convaincu de rentrer, selon les informations disponibles.

Les notables sont d’ailleurs devenus très à la mode. Il s’agit, en général, d’hommes fortunés, bien introduits auprès de l’administration, et très impliqués dans le business local. Sans statut particulier, ils arrivent pourtant à court-circuiter les instances locales, APC et APW, avec la bénédiction des walis et ministres, qui préfèrent traiter avec eux en aparté plutôt qu’avec les institutions.

Les « notables » ne sont pas les seuls à usurper un pouvoir qu’ils détiennent par la grâce du vrai pouvoir. En fait, à force de glissements, une telle confusion s’est installée que chacun s’estime en droit de faire ce qui sert ses intérêts du moment. Tel artiste se proclame ambassadeur d’Algérie et tel autre s’érige porte-parole de la présidence de la république.

Mais cela va plus loin quand des intérêts économiques et politiques sont en jeu. Ainsi, alors que le Parlement lui-même est dessaisi de ses prérogatives de discuter des lois, le président d’une organisation patronale a exigé que la loi de finances soit discutée entre le gouvernement et les patrons ! Mais ce chef d’entreprise a-t-il vraiment tort de vouloir se substituer aux représentants du peuple, alors que le pouvoir ne reconnaît pas au peuple le droit d’avoir des représentants ? Et le citoyen a-t-il tort de s’adresser à la zaouïa, qu’il s’agisse de la Tidjania ou de la Kardhaoui, quand le chef de daïra et le ministre se placent eux-mêmes sous la protection de la zaouïa ?