Confusion semi-universelle autour d’un week-end algérien

Week-end, repos hebdomadaire, jour de prière : une grande confusion s’est imposée avec le changement du 14 août.

Par Abed Charef

 

L’entrée en vigueur du nouveau week-end a débouché sur une confusion semi-universelle. On ne sait plus quand commence le week-end et quand il se termine. On ne sait plus si le rôle de l’état est d’imposer une journée de repos obligatoire, de veiller à son respect et d’harmoniser l’activité sociale pour y introduire un maximum de cohérence, ou de laisser les lobbies décider librement comment ils doivent gérer le temps de travail et de repos.

Depuis le 14 août, le pays est divisé en corporations, groupes de pression et luttes d’influence autour d’une question qui n’aurait jamais du se poser. Chacun, dans son coin, travaille quand il veut et se repose quand il veut, alors que la mission de régulation de l’état dans ce domaine a été abandonnée.

Le résultat serait ridicule, s’il n’était destructeur. L’Algérie a un week-end renversé. A la poste, vendredi est le seul jour de repos. Au supermarché « Printemps », on travaille également le samedi, mais pas le vendredi. Mais dans les entreprises publiques aussi, la même confusion règne. L’exemple le plus connu concerne les imprimeries publiques. Celles-ci  ont imposé la parution des quotidiens le samedi, ce qui a des conséquences importantes : sociétés de distribution, buralistes, lecteurs, tout le monde est contraint de suivre, alors que les journaux peuvent précisément créer de nouvelles habitudes dans l’organisation du temps libre.

« Ce sont de petites Somalies qui ont été ainsi crées. Chacun peut faire ce qu’il veut dans son land », commente une sociologue, ajoutant que « le rôle de l’état est précisément d’imposer la norme ». Il est inadmissible que l’état fasse preuve d’autant de désinvolture, jusqu’à devenir source de désordre, ajoute-t-elle.

Les interventions de hauts responsables ont aggravé la confusion, dans les secteurs où le week-end est un sujet sensible. Ainsi, dans l’éducation, le ministère a proposé que vendredi soit jour de repos, mais que les élèves reviennent à l’école samedi matin, pour faire relâche samedi après-midi. Une seconde proposition consisterait à supprimer la demi-journée de repos du milieu de semaine, pour libérer vendredi et samedi. Autant de propositions qui relèvent plus de la discussion de café plutôt que de la gestion d’un pays, car elles ne tiennent aucun compte des paramètres pédagogiques. Mais le fait est là : ces propositions ont été formulées au nom du ministre de l’éducation !

Ceci révèle en fait une déchéance institutionnelle avancée, avec des mesures prises sans préparation, ni concertation. A cela s’ajoute une indiscipline structurelle dans les rouages de l’état et de l’administration, qui donne une impression d’amateurisme et de manque de sérieux dans l’étude des dossiers comme dans la prise de décision.

« C’est le système de prise de décision dans son ensemble qui a failli », note un politologue. Une décision comme celle relative au week-end devrait suivre un processus classique, dit-il. « On étudie l’impact de la décision, on l’évalue au plan économique, juridique, social et politique. On étudie ensuite son impact pratique et les difficultés de son application. On prépare des canevas de réponse à toutes les questions qui peuvent se poser. Ce n’est qu’à la fin de ce processus que la décision est prise », dit-il.

Ce qui s’est passé est à l’inverse de ce cheminement. On a annoncé la décision, et on a laissé les agents de l’administration trouver les meilleures modalités d’application. Les lobbies se sont aussitôt saisis de la question, pour la rentabiliser au mieux à leur profit. Le tout s’est passé dans le désordre le plus complet, ce qui a porté un sérieux tort à la décision elle-même.

Ce n’est d’ailleurs pas le contenu de la décision qui est en cause. On peut être favorable à cette décision ou s’y opposer, on peut appuyer les arguments avancés par le gouvernement ou les réfuter. Dans l’état où se trouve le pays, cette question paraît secondaire. Ce qui pose problème, par contre, c’est la manière de gouverner. Sur ce terrain, l’Algérie a semble avoir perdu une partie des traditions de l’état. La répétition des erreurs donne l’impression que le gouvernement est entre les mains de personnes qui n’ont pas le sens de l’état, et n’en connaissent ni les rouages ni le fonctionnement.

De là apparaît la nécessité de reconstruire ce qui a été déconstruit. Mettre en place des organismes de délibération, organiser la réflexion, situer la décision dans son cadre politique et légal, et l’inscrire dans une cohérence avec le reste de l’action gouvernementale : la tâche paraît aussi urgente que primaire. Mais quand le pays ne dispose plus d’instances délibérantes, et que même le conseil des ministres est pratiquement gelé, cela signifie que le pays est contraint de réapprendre les mécanismes primaires de la décision.

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