Confusion semi-universelle autour d’un week-end algérien

Week-end, repos hebdomadaire, jour de prière : une grande confusion s’est imposée avec le changement du 14 août.

Par Abed Charef

 

L’entrée en vigueur du nouveau week-end a débouché sur une confusion semi-universelle. On ne sait plus quand commence le week-end et quand il se termine. On ne sait plus si le rôle de l’état est d’imposer une journée de repos obligatoire, de veiller à son respect et d’harmoniser l’activité sociale pour y introduire un maximum de cohérence, ou de laisser les lobbies décider librement comment ils doivent gérer le temps de travail et de repos.

Depuis le 14 août, le pays est divisé en corporations, groupes de pression et luttes d’influence autour d’une question qui n’aurait jamais du se poser. Chacun, dans son coin, travaille quand il veut et se repose quand il veut, alors que la mission de régulation de l’état dans ce domaine a été abandonnée.

Le résultat serait ridicule, s’il n’était destructeur. L’Algérie a un week-end renversé. A la poste, vendredi est le seul jour de repos. Au supermarché « Printemps », on travaille également le samedi, mais pas le vendredi. Mais dans les entreprises publiques aussi, la même confusion règne. L’exemple le plus connu concerne les imprimeries publiques. Celles-ci  ont imposé la parution des quotidiens le samedi, ce qui a des conséquences importantes : sociétés de distribution, buralistes, lecteurs, tout le monde est contraint de suivre, alors que les journaux peuvent précisément créer de nouvelles habitudes dans l’organisation du temps libre.

« Ce sont de petites Somalies qui ont été ainsi crées. Chacun peut faire ce qu’il veut dans son land », commente une sociologue, ajoutant que « le rôle de l’état est précisément d’imposer la norme ». Il est inadmissible que l’état fasse preuve d’autant de désinvolture, jusqu’à devenir source de désordre, ajoute-t-elle.

Les interventions de hauts responsables ont aggravé la confusion, dans les secteurs où le week-end est un sujet sensible. Ainsi, dans l’éducation, le ministère a proposé que vendredi soit jour de repos, mais que les élèves reviennent à l’école samedi matin, pour faire relâche samedi après-midi. Une seconde proposition consisterait à supprimer la demi-journée de repos du milieu de semaine, pour libérer vendredi et samedi. Autant de propositions qui relèvent plus de la discussion de café plutôt que de la gestion d’un pays, car elles ne tiennent aucun compte des paramètres pédagogiques. Mais le fait est là : ces propositions ont été formulées au nom du ministre de l’éducation !

Ceci révèle en fait une déchéance institutionnelle avancée, avec des mesures prises sans préparation, ni concertation. A cela s’ajoute une indiscipline structurelle dans les rouages de l’état et de l’administration, qui donne une impression d’amateurisme et de manque de sérieux dans l’étude des dossiers comme dans la prise de décision.

« C’est le système de prise de décision dans son ensemble qui a failli », note un politologue. Une décision comme celle relative au week-end devrait suivre un processus classique, dit-il. « On étudie l’impact de la décision, on l’évalue au plan économique, juridique, social et politique. On étudie ensuite son impact pratique et les difficultés de son application. On prépare des canevas de réponse à toutes les questions qui peuvent se poser. Ce n’est qu’à la fin de ce processus que la décision est prise », dit-il.

Ce qui s’est passé est à l’inverse de ce cheminement. On a annoncé la décision, et on a laissé les agents de l’administration trouver les meilleures modalités d’application. Les lobbies se sont aussitôt saisis de la question, pour la rentabiliser au mieux à leur profit. Le tout s’est passé dans le désordre le plus complet, ce qui a porté un sérieux tort à la décision elle-même.

Ce n’est d’ailleurs pas le contenu de la décision qui est en cause. On peut être favorable à cette décision ou s’y opposer, on peut appuyer les arguments avancés par le gouvernement ou les réfuter. Dans l’état où se trouve le pays, cette question paraît secondaire. Ce qui pose problème, par contre, c’est la manière de gouverner. Sur ce terrain, l’Algérie a semble avoir perdu une partie des traditions de l’état. La répétition des erreurs donne l’impression que le gouvernement est entre les mains de personnes qui n’ont pas le sens de l’état, et n’en connaissent ni les rouages ni le fonctionnement.

De là apparaît la nécessité de reconstruire ce qui a été déconstruit. Mettre en place des organismes de délibération, organiser la réflexion, situer la décision dans son cadre politique et légal, et l’inscrire dans une cohérence avec le reste de l’action gouvernementale : la tâche paraît aussi urgente que primaire. Mais quand le pays ne dispose plus d’instances délibérantes, et que même le conseil des ministres est pratiquement gelé, cela signifie que le pays est contraint de réapprendre les mécanismes primaires de la décision.

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لما تتسبب السلطة في انتشار الفوضى

عابد شارف

تحولت الجزائر من نظام عطلة نهاية الأسبوع إلى نظام آخر في منتصف الشهر الماضي. وبعد أن كانت عطلة نهاية الأسبوع تمتد من الخميس إلى الجمعة، أصبحت تشمل الجمعة والسبت. وأهم ما تميز به هذا التغيير لا يتعلق برفض تيارات سياسية أو دينية لهذا القرار، ولا بوجود أحزاب أو كتلة سياسية تعارضه، بل أهم ما أثار الجدل هو تصرف المسئولين الكبار في الدولة حول طريقة تطبيقه.

وكان الكثير يعتقد أن التيارات الدينية ستجعل من هذه القضية حجة لمحاربة السلطة. لكنه اتضح بسرعة أن الحجة الدينية ضعيفة لرفض القرار، كما أن الأحزاب التي من الممكن أن تعارض تغيير نهاية الأسبوع أصبحت تأكل في أيدي السلطة ولا تستطيع أن تحرك ساكنا. ولعل سكوت حماس أحسن دليل على ذلك، حيث أن السيد بوقرة سلطاني مثلا سكت سكوت السارق الذي يمر أمام المسجد.

أما طريقة تطبيق القرار فقد أدت إلى فوضى كبرى، وتحول نظام نهاية الأسبوع الذي قيل عنه أنه عالمي إلى نظام شبه قبلي أو شبه مهني، حيث أن كل فئة أو مهنة أو طائفة صنعت لنفسها عطلة حسب ما يرضيها.

وفي البريد مثلا، جاء القرار ليؤكد أن عطلة نهاية الأسبوع ستكون يوم الجمعة، بينما يعمل الجميع يوم السبت، وكأن القرار لا يؤثر على هذا القطاع. ولاحظنا أن عددا من المتاجر الكبرى مثل "الربيع" printemps  لا تشتغل الجمعة في حين تشتغل يوم السبت، واختارت نهاية الأسبوع التي تليق بها.

ولم تنج من هذه الظاهرة المؤسسات العمومية، وأبرزها المطابع. وقد بقيت هذه المؤسسات تعمل بطريقة غريبة، حيث أنها تشتغل يوم الجمعة بعد الظهر وتأخذ عطلة يوم الخميس، مما يفرض على الجرائد أن تصدر يوم السبت وتحتجب يوم الجمعة. وبطبيعة الحال فإن مثل هذا القرار يؤدي إلى سلسة من النتائج منها أن شركات التوزيع والأكشاك التي تبيع الجرائد تجد نفسها مضطرة إلى العمل يوم السبت…

ولما اختلطت الأمور في بعض القطاعات، تدخل مسئولون في الدولة من أجل حل المشكل، فزادوا الوضع تعقيدا. ففي قطاع التعليم مثلا، قال مسئول كبير أن يوم الجمعة يبقى محرما، واقترحت الوزارة اللجوء إلى الدراسة يوم السبت صباحا، أو إلغاء راحة منتصف الأسبوع. ولا يليق مثل هذا الكلام بأناس في هذه المناصب، حيث لا يعقل أن العائلة تدخل عطلة نهاية الأسبوع الجمعة صباحا ثم تعود للنشاط السبت صباحا على أن يكون ظهر السبت مخصصا للراحة… ولا نعرف كيف ستتصرف إدارة قطاع التربية مع هذه القضية، لكن يبقى أسوأ حل محتمل… وأكد لنا عدد من عمال قطاع الصحة أنهم وجدوا أنفسهم مضطرين لإتباع هذا النظام الغريب، حيث أنهم لا يعملون يوم الجمعة لكنهم يعودون للعمل يوم السبت صباحا ثم يغادرون العمل بعد ظهر السبت…

وتشير هذه "الخلوطة" إلى انهيار المؤسسات، وغياب الانضباط في مختلف الأجهزة. ومن المفروض أن قرارا من هذا النوع يفرض نفسه على الفئات والهيئات، وأن الحكومة تدرس بدقة نتائجه على كل القطاعات قبل صدوره، وتحدد بدقة طريقة تطبيقه، حتى يبقى القانون سيدا يفرض نفسه على كل الناس.

أما إذا كانت السلطة نفسها لا تحترم قوانينها، أو تشجع على عدم احترامها، أو تتغافل أمام الاعتداء على القانون من طرف بعض الجهات، فإنها تقضي على أحد أهم أسباب وجود الدولة. وكانت السلطة في الماضي تشجع بعض المؤسسات إلى تغيير عطلة نهاية الأسبوع تحضيرا للقرار الجديد، لكنها اليوم تجد نفسها أمام فوضى كانت السلطة قد تسببت فيها بنفسها، وأصبحت اليوم عاجزة عن مواجهتها. وبغض النظر عن موقف هذا الطرف أو ذاك من قرار تغيير عطلة نهاية الأسبوع، فإنه يبقى على الدولة أن تتخذ قرارت تستطيع أن تطبقها، وتفرض احترامها من طرف الجميع. وإن لم تحترم هذه القواعد البسيطة، فإن السلطة تصبح خطرا على البلاد، لأمها تتحول إلى عامل لانتشار الفوضى.

 

Quand l’argent coule à flots

Les entreprises étrangères font des bénéfices, et les transfèrent à l’étranger. Leurs transferts atteignent des seuils alarmants. Mais la bureaucratie est vigilante.

Par Abed Charef

 

Les petites informations font les grandes surprises. Au détour d’une information banale, révélée par l’entreprise Orascom, on apprend que la compagnie égyptienne aurait des difficultés à transférer vers l’étranger ses bénéfices annuels de 2008, engrangés grâce à l’exploitation d’une licence de téléphonie mobile. Un doigt accusateur est aussitôt brandi vers la bureaucratie algérienne, connue pour ses lenteurs légendaires. N’est-elle pas responsable de tous les maux du pays ? N’est-elle pas responsable de situations inacceptables, et de blocages qui freinent l’investissement étranger en Algérie ? Le discours est connu. Il est devenu banal. La fameuse bureaucratie algérienne, qui aurait acquis une certaine marge d’autonomie par rapport au pourvoir, est capable de créer des situations gênantes, comme celle de créer des frictions avec le plus gros investisseur étranger en Algérie hors hydrocarbures.

Mais cette version n’est pas la seule à circuler à Alger. Des analystes au courant du dossier laissent entendre que l’administration auteure de ces lenteurs a été sollicitée pour provoquer délibérément l’incident, et permettre d’ouvrir le « dossier » Orascom, avec les bénéfices faramineux réalisés par cette compagnie en Algérie. Le tout afin de justifier, entre autres, la volonté du gouvernement algérien de maîtriser les transferts massifs de devises  vers l’étranger.

Et c’est là qu’on découvre le vrai filon. A en croire un site internet, Orascom aurait fait 580 millions de dollars de bénéfices en 2008. C’est le plus grand bénéfice d’une compagnie étrangère hors hydrocarbures. Un chiffre qu’il faut aussi ramener aux données du secteur. Car si Orascom a investi et a le droit de dégager des bénéfices, il n’en reste pas moins que la rentabilité de son investissement est exceptionnelle : ses bénéfices représentent près de 58 pour cent de son chiffre d’affaires. Le plus aventurier des traders ne peut assurer un tel résultat.

Autre sujet de friction, les investissements d’Orascom restent modestes pour l’année en cours. Ils atteignent à peine 130 millions de dollars, alors que la compagnie avait annoncé 500 millions de dollars d’investissements. Ce qui semble avoir poussé les autorités à prendre le risque d’ouvrir les hostilités avec Orascom, dans le cadre de la nouvelle politique de « patriotisme économique » et de maîtrise du transfert de devises.

Le coup est sévère. C’est ce qui semble avoir forcé le patron d’Orascom à réagir, et à exposer publiquement le problème, alors que traditionnellement, les problèmes de genre se règlent plutôt discrètement. Au moins pour ne pas révéler la gabegie qui règne en Algérie, et qui en a fait l’un des pays au monde les plus gaspilleurs d’argent, selon une enquête de la Banque Mondiale rendue publique cette semaine. En attendant des statistiques plus précises, un spécialiste évalue le transfert des bénéfices des entreprises étrangères à dix milliards de dollars par an. C’est presque le montant des exportations marocaines !

Cette nouvelle affaire Orascom rappelle, par ailleurs, quelques règles de base de la gestion économique que l’Algérie semble avoir oubliées. Elle montre que les choix en matière de politique d’investissement donnent des résultats à partir de cinq ans, et atteignent un rythme de croisière après une décennie. La saignée actuelle, avec ces flots de devises qui quittent le pays, n’est donc pas le résultat de décisions prises cette année ou l’année dernière, mais de choix faits il y a des années. Ces choix ont clairement montré leurs limites : ils ont favorisé un investissement effréné dans des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment les services, comme la téléphonie et les banques, mais sans aucun impact sur les secteurs « lourds », qui nécessitent une présence significative, tout en assurant décollage de la production, à la manière chinoise ou coréenne.

Les autorités essaient de corriger aujourd’hui les résultats de choix économiques faits il y a bientôt dix ans. C’est de bonne guerre, et c’est légitime. Mais les nouveaux choix risquent à leur tour de déboucher sur de nouvelles erreurs. On aura donc perdu dix ans pour aboutir à la situation actuelle, et on mettra dix ans pour la corriger. Mais on se rendra alors compte qu’on est allé à une situation peut-être différente, mais porteuses des mêmes dangers.

Dans un premier temps, l’Algérie a offert des facilités inimaginables à certains investisseurs étrangers, qui ont ramassé le jackpot. Aujourd’hui, on verrouille tout, de manière à ne laisser aucune place à l’investisseur étranger. Dans dix ans, on mesurera l’impact d’une telle décision, avec un pays renfermé sur lui-même, incapable de produire, et se trouvant contraint à importer toujours plus.

Entre les deux, il doit y avoir un juste milieu, que l’Algérie n’arrive pas à trouver. Elle ne pourra pas le trouver. Du moins tant qu’elle ne change pas les mécanismes, les procédures et peut être les hommes qui ont fait les premiers choix ayant mené à l’échec.

Au pays des hommes bleus

Le syndrome de la ligne bleue a pris des proportions inquiétantes. Etat des lieux face à la propagation de cette étrange maladie.

Par Abed Charef

Les hommes bleus envahissent l’Algérie. Il ne s’agit pourtant ni de Touareg, avec leur majestueuse abaya bleue, ni de blonds aux yeux bleus débarquant de quelque pays nordique. Il ne s’agit pas non plus de quelconques extraterrestres au gros nez et aux jambes maigres, ayant atterri d’une soucoupe volante pendant que les gardes communaux étaient battus par le Ramadhan ou occupés à une interminable partie de domino durant la soirée. Il s’agit plutôt d’hommes saisis pas « le syndrome de la ligne bleue », une maladie dont la propagation en Algérie a largement dépassé celle de la grippe porcine.

Ce « syndrome de la ligne bleue », rappelons-le, a été évoqué la première fois par M. Abdelhamid Mehri. Le concept désigne cette tendance, observée depuis quelques années déjà chez les responsables algériens, consistant à lancer un projet sans préparer le terrain, ni examiner la faisabilité, sans même étudier l’impact ni prévoir les retombées. M. Mehri avait parlé de ce syndrome lorsque le wali d’Alger avait fait tracer une ligne bleue sur la voie express entourant la capitale. Cette ligne bleue devait délimiter un couloir réservé exclusivement aux transports collectifs, comme cela se passe en Californie. Une fois la décision prise, les dépenses engagées et la ligne tracée, on s’est rendu compte que la décision était aussi absurde qu’impossible à appliquer.

Depuis, l’Algérie a multiplié les décisions similaires. Quelques rappels montrent que le syndrome a touché tous les domaines, des plus sérieux aux plus anodins. Ainsi, un texte de loi pour protéger l’environnement a été voté par le parlement il y a deux ans. Le texte interdit l’extraction de sable dans les oueds. Mais aussitôt le texte adopté, on s’est rendu compte que son application risquait d’hypothéquer le fameux projet du million de logements, lancé en 2004 par le président Abdelaziz Bouteflika. Une « décision » a été prise pour surseoir à l’application pour une période transitoire de deux ans. Depuis, la période transitoire s’est terminée, et rien n’a été fait pour fournir du sable en quantité suffisante sans puiser dans les oueds. Alors, une deuxième décision pour ne pas appliquer cette loi a été adoptée en juillet 2009. Mais d’une manière ou d’une autre, les projets grandioses en matière de logement ne seront pas réalisés, car cette fois-ci, c’est le ciment qui manque : l’Algérie a lancé un appel d’offre pour l’importation d’un million de tonnes de ciment !

Toujours à propos de sable, des hauts responsables et de puissants hommes d’affaires avaient annoncé » en grande pompe qu’ils avaient trouvé la parade : ils ont annoncé qu’ils allaient puiser le sable des fonds marins. Un journal avait annoncé que des experts s’étaient déployés à l’ouest d’Alger, sur le front de mer, pour détecter les « nappes » de sable susceptibles d’être utilisées. Mais un mystère plane toujours : Comment un pays peut-il se lancer dans l’extraction de sable sous-marin alors qu’il n’a pas pu exploiter la plus grande réserve de sable du monde à ciel ouvert?

Dans le même sens, une décision, fortement médiatisée, devait imposer l’utilisation des chèques pour toutes les transactions dont le montant dépasse 50.000 dinars. Destiné à lutter à la fois contre l’économie informelle et contre le blanchiment d’argent, la mesure a été reportée une première fois, pour donner aux opérateurs économiques le temps de s’organiser. Mais il est rapidement apparu que la mesure était inapplicable, et risquait de paralyser l’économie. Elle a alors été discrètement abandonnée.

M. Mohamed Raouraoua, président de la fédération Algérienne de Football, a lui aussi, fait valoir ses talents dans ce domaine. Il a décidé, par exemple, de bannir les footballeurs de plus de trente ans dans les divisions inférieures. Cette catégorie d’âge représente plus du quart des joueurs en activité, que le président de la FAF a exclu sur une « nefha » (une envie), avant de se rendre compte de l’inanité de sa décision.

Heureusement qu’il y a l’oubli pour couvrir d’un voile pudique ces décisions, et épargner leurs auteurs. Sinon, sur quel ton discuter avec un ministre qui annonce la signature d’un contrat pour la construction de la première voiture algérienne avant la fin de l’année, avant de se rétracter un mois plus tard, et déclarer que cette fameuse première voiture algérienne sera là dans dix ans ? Et celui qui annonce que les travaux ont été engagés en vue d’aménager les infrastructures nécessaires pour lancer le transport maritime à Alger, seul moyen selon lui de décongestionner la capitale ?

Comme on le voit, le syndrome de la décision absurde est largement répandue chez des hommes qui n’ont plus de souci à se faire, ni pour leur crédibilité ni pour leur maintien dans les cercles du pouvoir. Ces hommes savent que leur maintien au gouvernement ou dans de hautes responsabilités n’a aucun lien avec leur mérite ou avec la cohérence de leur pensée. Et s’ils sont devenus bleus, ce n’est ni de peur ni de honte : ils sont devenus des hommes bleus parce qu’ils cultivent soigneusement le syndrome de la ligne bleue.

Une nouvelle limite a été franchie

Si un acte de corruption au sein du gouvernement ne provoque pas un séisme politique, cela signifie que le pays a perdu son système immunitaire.

Par Abed Charef

Un ministre accusé de concussion ? L’information est si grave qu’elle provoque un séisme politique dans n’importe quel pays. C’est en effet toute la crédibilité de l’Etat, du gouvernement et des représentants du pouvoir qui est mise à mal. Les citoyens ne les perçoivent plus le pouvoir de la même manière. L’exécutif se trouve contraint de prendre des mesures radicales pour rétablir sa légitimité et sa crédibilité, y compris en organisant des élections anticipées. Le parti auquel appartient le ministre concerné est mis à l’index, et se trouve contraint lui aussi de couper les branches pourries pour limiter les dégâts lors des prochaines élections.

Un simple soupçon suffit pour créer un malaise politique, qui altère sérieusement l’action du gouvernement. Ce qui a amené certains pays à introduire des règles, parfois non écrites, pour gérer une situation aussi délicate. Ainsi en est-il, par exemple, de la « jurisprudence Balladur », du nom de l’ancien premier ministre français, qui avait imposé une règle selon laquelle tout ministre mis en examen doit démissionner, jusqu’à ce que la justice le blanchisse.

Dans les pays disposant d’institutions crédibles, les ministres corrompus sont jugés, condamnés et envoyés en prison si la preuve de leur culpabilité est établie. C’est le cas en Israël, où deux anciens ministres ont mis en prison le 1er septembre, pour purger des peines de prison, après avoir été condamnés pour corruption. Abraham Hirshson, ancien ministre des finances, a été condamné en juin à cinq ans et demi de prison pour avoir détourné un million de dollars. Il avait été ministre entre 2006 et 2007 dans le gouvernement Ehoud Olmert. Shlomo Benizri doit de son côté purger une peine de quatre ans de prison pour corruption, fraude et entrave à la justice. Il a été condamné cette peine en juin, après avoir été deux fois ministre.

Le jour même où ils étaient incarcérés, reprenait le procès de l’ancien président Moshé Katsav, accusé de viol et harcèlement sexuel, alors que l’ancien premier ministre Ehud Olmert a été inculpé pour corruption et risque à son tour de se retrouver en prison.

Que se passe-t-il en Algérie quand un cas similaire se produit ? Rien. Le ministre, ou le responsable concerné, continue de vaquer à ses occupations, comme si de rien n’était. A peine murmure-t-on, à son passage, quelques mots pour signifier qu’il est peut-être en difficulté. Y a-t-il poursuite ou non ? Comment se déroule l’enquête ? A quel stade en est-elle ? Personne ne le sait. C’est ce qui s’est passé avec l’ancien président de l’Assemblée Nationale (APN), accusé d’avoir détourné trente milliards de dinars, l’équivalent de 300 millions d’euros.

Un journal algérien, citant une source de la présidence de la république, vient de lancer un autre pavé. Il a annoncé que le président de la république soupçonne des membres du gouvernement, et qu’il aurait déposé plainte contre eux.  Citant l’un de ces ministres, le journal rapporte que le chef de l’état lui a reproché non seulement de percevoir des commissions, mais de fixer des taux élevés ! Le ministre concerné n’a pas démenti. La présidence de la république non plus.

Quel est l’objectif visé à travers la diffusion d’une telle information ? Volonté d’éliminer un ministre ? Manipulation ? Lutte de clans ? Volonté du président de la république de se démarquer de certains ministres ? Quelle que soit l’explication, elle devient secondaire face aux dégâts qu’elle a causés. Car aux yeux de l’opinion, les choses sont aussi évidentes que définitives : Ministres et hauts responsables sont tous voleurs, et bénéficient d’une impunité totale. Ils sont définitivement au-dessus des lois. Même quand ils sont mis en accusation par le président le la république en personne, ils ne sont pas inquiétés.

D’autre part, cette nouvelle affaire révèle quel degré de déliquescence ont atteint les institutions algériennes. Car dans un pays normal, un chef d’état ne se contente pas de faire distiller des informations visant à décrédibiliser ses ministres. Il va au bout de sa logique, pour les limoger, et les forcer à rendre compte devant la justice : le président de la république est le premier magistrat du pays.

Les usages politiques ont imposé un certain nombre de règles face à la corruption. Un chef d’état, un chef de gouvernement, un ministre, devraient observer un comportement exemplaire face à ce type de situation. Les acteurs aussi : la justice se saisit du dossier, et la presse ne cesse d’enquêter jusqu’à établir la vérité. Dans cette nouvelle affaire, aucun acteur n’a rempli son rôle.

Qu’un ministre soit corrompu, c’est inévitable. Qu’il échappe à la justice parce qu’il n’a pas été découvert, cela peut également se comprendre. Mais que des informations émanant de la présidence de la république, faisant état de concussion, soient publiées, et que tout le monde fasse comme si de rien n’était, ce n’est plus possible. Le pays a perdu son système immunitaire. Une limite a été franchie. Et c’est définitif.

Un été poussiéreux et confus

Après l’été, ce sera le Ramadhan. Une manière comme une autre de prolonger les vacances, et la vacance en matière de gouvernance.

Par aBED CHAREF

C’est un été très algérien. Un été chaud, poussiéreux et confus. Un été qui risque de s’allonger indéfiniment, avec le début du Ramadhan dans à peine une semaine. Et dans ce pays qui ne semble guère avoir envie de sortir de sa torpeur, avec une vie politique en hibernation, une administration sans génie fait semblant de gérer une société en ébullition.

L’Algérie a déjà vécu des étés similaires, qui ont d’ailleurs marqué son  histoire récente. Celui de 1988 avait découché sur les émeutes d’octobre, et la fin du parti unique. Celui de 1997 avait précédé les grands massacres de cette année, avant le limogeage de Mohamed Betchine et la démission du président Liamine Zeroual.

L’été 2009 se présente cependant de manière différente. Malgré un remaniement du gouvernement attendu pour l’après Ramadhan, on ne parle guère de changement d’homme, ni de luttes de clans, encore moins de changement politique majeur. Tout bouleversement semble exclu. Le président Abdelaziz Bouteflika, fraichement reconduit pour un troisième mandat, s’est installé dans la durée. Aucune force ne semble pouvoir le menacer, si ce n’est la force d’inertie du système.

L’été 1988 avait été marqué par une grave crise économique et sociale, alors que le pays était, curieusement, engagé dans un vrai débat politique, malgré le système du parti unique. L’été 1997 avait, de son côté, été marqué par une lutte féroce entre clans du pouvoir, avec en toile de fond une divergence sur la manière de gérer le terrorisme, après l’accord obtenu pour une trêve que devait proclamer le groupe armé le mieux structuré, l’AIS.

L’été 2009, quant à lui, est marqué par une autre particularité : une dégradation institutionnelle et politique qui a débouché sur une non gouvernance plutôt qu’une mauvaise gouvernance, d’une part, et l’absence de débat et d’activité politiques. Car  si le pouvoir a réussi à épuiser l’opposition et à domestiquer les appareils politiques, il n’a strictement rien fait pour dynamiser ses propres structures. Plus grave encore, il les a vidées de toute capacité de créativité et d’énergie, laissant sur la place une administration amorphe et sans génie. Et surtout sans règles.

Car cette administration semble avoir perdu la principale vertu de toute administration : le respect de la norme et de la procédure. Sa régression est telle qu’elle n’est même plus capable de cette cohérence qui affole parfois les personnes et les entreprises, mais assure un fonctionnement institutionnel a minima.

Cette régression est visible, y compris au gouvernement, où des décisions sont prises sans les précautions d’usage à ce niveau de responsabilité. Dans toute institution, on retrouve un « filtre », un service chargé de vérifier que les décisions prises sont conformes à la loi et aux grands principes du droit, nous a dit un professeur à la faculté de droit d’Alger. Et parmi les grands principes du droit, qu’on apprend dès la première année à l’université, figure la non rétroactivité des lois. Cela n’a pas empêché le gouvernement de faire avaliser une loi de finances complémentaires qui devait contourner ce principe, note-t-il.

«On peut admettre qu’un gouvernement manque de cohérence politique et économique», commente cet universitaire. « Cela donne, par exemple, une politique encourageant outrageusement l’investissement étranger, puis une déclaration de guerre à ce même investissement étranger. Dans ce cas, le gouvernement est sanctionné par l’urne et par ses partenaires. Mais prendre des décisions qui ne respectent l’esprit des lois est inadmissible. C’est la crédibilité de l’ensemble des institutions qui est en jeu », dit-il.

 Cette dégradation institutionnelle s’est confirmée dans l’application du même texte. Plusieurs ministres et hauts responsables se sont prononcés pour soutenir que la loi aura un effet rétroactif, puis pour affirmer le contraire. Ce qui donnait l’impression d’une bataille pour imposer tantôt une lecture de la loi, tantôt une autre lecture.

Cette absence de discipline institutionnelle révèle la véritable nature de la crise de l’été 2009 : il n’y a plus un pouvoir centralisateur, en mesure de réguler  la vie économique et politique du pays, mais une dissémination de la sphère de décision entre plusieurs pôles, qui affirment tous agir au nom du président, alors qu’ils le font au profit de leurs intérêts ou ceux de leurs groupes. Dans tous les cas de figure, le président Bouteflika est là pour offrir sa couverture. C’est son rôle principal : assumer ce que font les autres en son nom. C’est la meilleure garantie de survie pour lui et pour les autres. Mais ce n’est pas le meilleur choix pour le pays.

Des effets d’une crise

Il y a un an, le monde ne parlait que de subprimes. Que reste-t-il de la crise, et quelles leçons en a tirées l’Algérie.

Par Abed Charef

Un an après la faillite de Lehman Brothers, considérée comme la moment symbole marquant le début de la plus grave crise économique que le monde ait connue depuis bientôt un siècle, l’économie mondiale donne de sérieux signes de reprise. Malgré les menaces qui continuent de planer, la situation semble s’être stabilisée, quand elle n’a pas connu une reprise, dans la plupart des pays, comme les Etats-Unis, l’Allemagne et la France. Certains pays émergents, comme la Chine, l’Inde et le Brésil, continuent de leur côté de fonctionner à un régime soutenu. Malgré une diminution de deux à trois points, la croissance dans ces pays reste élevée. En Chine, par exemple, le taux de croissance se situait à 11 pour cent avant la crise, avant de redescendre à 8 pour cent. Tout ceci semble avoir autorisé le patron de la réserve fédérale américaine à estimer que la récession est très probablement derrière nous.

La crise a eu des effets politiques et symboliques majeurs, dont le monde ne mesure pas encore toute la portée. Les plus spectaculaires ont eu lieu chez les deux premières économies mondiales, Etats-Unis et Japon, encore en convalescence. Les Etats-Unis ont vécu un évènement spectaculaire dans leur histoire, avec l’élection d’un noir à la présidence, alors que le Japon vient tout juste de mettre fin à l’hégémonie du parti libéral, qui domine la vie politique du pays depuis plus d’un demi-siècle.

Les grandes puissances économiques ont aussi su innover et se concerter pour faire face à la crise. Des mécanismes destinés à a atténuer le choc ont été mis en place de manière concertée, et des dogmes sont tombés. Nationaliser ou mettre de l’argent public dans une banque privée, considéré comme une aberration en temps normal, est devenu un acte de gestion banal dans les pays qui ont inventé le moins d’état et la dérégulation.

FMI et Banque Mondiale ont, de leur côté, mis de côté certains principes dont ils ont fait une religion depuis plusieurs décennies. Le déficit budgétaire n’est plus un péché, et le recours aux fonds publics pour investir dans les grands projets constitue, désormais, un choix honorable pour ces vénérables institutions.

Mais s’il fallait retenir les aspects qui ont dominé cette crise, on retiendra, de manière arbitraire, trois traits dominants : d’abord, la capacité des pays occidentaux à se concerter pour faire face de manière collective à la crise ; ensuite, les effets dévastateurs de la crise sur les pays pauvres, plus touchés dans leur vie quotidienne que les pays riches ; enfin, le maintien de l’Algérie hors temps, malgré l’opportunité offerte par la crise pour tenter de s’adapter à l’économie moderne.

Les pays occidentaux ont développé des mécanismes insoupçonnés de concertation, réussissant tous à agir dans la même direction, malgré quelques ratés au départ. L’injection massive d’argent public dans des banques privées, par le biais de plans de relance mobilisant des montants gigantesques, ont permis de maintenir le système en vie. Tout en critiquant ce système et tout en promettant de le rénover en profondeur, ce qui apparait comme un simple discours destiné à justifier cette aide massive aux riches, les dirigeants des grandes puissances économiques ont réussi à maintenir une certaine cohésion. La Chine elle-même, qui détient pout deux mille milliards de dollars en bons du trésor américain, a été contrainte de jouer le jeu, pour sauver ses réserves de change, et maintenir à flots l’économie de son principal client, les Etats-Unis. C’est là le signe d’une imbrication totale de l’économie mondiale, d’une part, et une preuve que la Chine est plus dépendante des Etats-Unis qu’on ne le croyait.

Quant aux pays pauvres, ils ont subi la crise de plein fouet. Mais comme on ne s’intéresse guère à leur sort, les dégâts qui y ont été causés par la crise ne sont pas encore médiatisés. On s’intéresse davantage aux vingt millions de dollars perdus par Enrico macis dans une banque islandaise qu’aux quelques milliers de dollars perdus par une coopérative de paysans du Niger dans la faillite d’une banque belge.

Enfin, un phénomène mérite qu’on s’y arrête : les dirigeants algériens ne semblent guère s’être rendus compte qu’il y a eu crise. Leur comportement sur le terrain économique est fait des mêmes aberrations qu’avant la tempête. Après avoir prétendu que l’Algérie ne serait pas touchée par la crise, « grâce aux mesures prises conformément aux orientations du président de la république », ils sont revenus aux vieilles méthodes de gestion, faites d’injonctions et de décisions contradictoires, sur un fond de dysfonctionnement institutionnel généralisé. Navigant au jugé, décidant selon les humeurs du moment, ils ont éliminé tous les organismes de concertation, y compris les plus dociles : l’Assemblée Nationale, totalement soumise, est pourtant interdite de débat, et des organismes comme le CNES n’ont plus le droit de faire semblant d’être critiques !

Aujourd’hui, ceux qui ont ligoté l’économie algérienne à coups d’injonctions et de décisions bureaucratiques prétendent apporter le remède. En utilisant les mêmes méthodes, comme s’ils voulaient absolument démontrer qu’ils n’ont rien retenu de la crise.

الأزمة أرحم من الحكومة

قبل سنة، سقط البنك الأمريكي العتيق "ليمان يروذر" Lehman Btothers، معلنا بداية الأزمة المالية التي اجتاحت العالم في أخطر مغامرة عرفها الاقتصاد العالمي منذ ما يقارب القرن. ومنذ ذلك الوقت، سقطت قلاع وقناعات، وطالب زعماء الليبرالية بحماية الدولة، كما طالب قادة اليمين الأمريكي والبريطاني بقرارات كانت حراما عندهم، واضطرت أمريكا التي حاربت تدخل الدولة في الاقتصاد منذ زمن بعيد، اضطرت إلى استعمال الأموال العمومية لإنقاذ الاقتصاد.

وأدت هذه التقلبات إلى تصرف جديد من طرف أغنياء العالم، حيث أقامت القوى الاقتصادية الكبرى مؤسسات وشبكات جديدة للتشاور، وتعاملت مع الأزمة بطريقة جماعية، وأخذت جملة من القرارات المنسقة والمتجانسة من أجل مواجهة الأزمة. ومن أهم تلك التدابير، جاءت المخططات الكبرى من أجل دفع الاقتصاد، وقد خصصت لها تلك الدول مبالغ ضخمة لم يكن أحد يتوقع أن البلدان الغربية ستجند المال العمومي بهذه الطريقة لتأميم البنوك والمؤسسات المصرفية.

وسقطت الحدود الإيديولوجية مع انتشار الأزمة، حيث لجأ الليبرالي جورج بوش إلى إنقاذ بنوك خاصة بفضل تأميمها، وهو نفس التصرف الذي لجأ إليها البريطاني غوردن براون بموافقة قادة المعارضة اليمينية. وخرج كل من صندوق النقد الدولي والبنك العالمي عن ديانتهم السابقة التي تعتبر العجز المالي حراما كما تعتبر اللجوء إلى الاستثمار العمومي بدعة. وأصبحت هذه المؤسسات التي تصدر أكبر الفتاوي الاقتصادية، أصبحت تمدح تدخل الدولة لإنقاذ البنوك الخاصة، كما أصبحت تدعو إلى الاستثمار العمومي لإنقاذ الاقتصاد.

ولو تمر الأزمة دون أن تؤثر وبصفة جذرية على الاقتصاد العالمي. وقد انهار اقتصاد بعض الدول بصفة شاملة مثلما كان الحال في إسلندا، بينما خسرت بعض البلدان العربية ما يفوق ألف مليار دولار، حسب بعض الإحصائيات. وأبرزت الأزمة تضامنا جديدا بين بلدان لم يكن أحد ينتظر منها مثل هذا التصرف. فالصين مثلا بذلت قصارى جهدها لإنقاذ الاقتصادي الأمريكي، لسببين بسيطين: إن الصين تكنز 2.000 مليار دولار، وكان من الضروري عليها أن تدافع عن قيمة الدولار حتى لا تضيع هذه الثروة من جهة، كما أن الولايات المتحدة تبقى أول متعامل اقتصادي بالنسبة للصين، وانهيار الاقتصادي الأمريكي يعني حتما تراجعا كبيرا للاقتصاد الصيني من جهة أخرى.

وبصفة عامة، فقد استطاعت البلدان الغنية أن تواجه الوضع بفضل أساليب جدية في التشاور، سمحت لها بالتخفيض من حدة الأزمة التي ستضر بالدرجة الأولى البلدان الفقيرة والفقراء في البلدان الغنية. وبرهنت هذه الميكانيزمات الجديدة على أنها قادرة أن تواجه أزمة حادة حتى وإن كانت غير قادرة على تجنب الأزمة. ومازال النقاش متواصلا في تلك البلدان حول الطرق التي يجب استعمالها مستقبلا من أجل تفادي مثل هذه الكوارث. وتركز الحديث مؤخرا حول تنظيم سوق المالية وتحديد قواعد جديدة لتصرف البنوك، وغيرها من الإجراءات التي يمكن اتخاذها في هذا الميدان.

ولم تكن الأزمة خالية من التصرفات الغريبة. فهذا الرئيس الفرنسي نيكولا صاركوزي يهدد ويتوعد بإصلاح النظام الرأسمالي العالمي، وهذا صديقه جورج بوش الذي يعتبر الاشتراكية شرا مطلقا يلجأ إلى تدابير من النوع الكوبي، وهذا أنريكو ماصياص Enrico Macias  يخسر عشرين مليون أورو فتتكلم عنه كل صحف العالم بينما لا يتكلم أحد عن أموال الفلاحين الإفريقيين التي ضاعت في البنوك الأوربية…

لكن أغرب من هذا كله ما وقع الجزائر التي تتصرف وكأنها لم تعلم أن أزمة اقتصادية اجتاحت العالم… وقد أكدت الأزمة أن مواجهة مثل هذه الكوارث تتم بفضل مؤسسات اقتصادية وسياسية قوية. وقد انتظر أقوى رجل في العالم، وهو الرئيس الأمريكي، مصادقة الكونغرس على مشروعه لإنقاذ الاقتصاد قبل أن يوزع الأموال على الشركات التي كانت في حاجة إليها… وهو يعمل اليوم لإقامة مؤسسات جديدة قوية ومستقلة في محاولة لتنظيم ومراقبة القطاع المالي…

أما في الجزائر، فقد قيل في مرحلة أولى أن الأزمة لن تؤثر علينا لأنه تم اتخاذ التدابير الضرورية طبقا لتوصيات رئيس الجمهورية… ولما انهار سعر النفط، بدأت القرارت تسقط بصفة عشوائية ودون أي تنسيق، من طرف بيروقراطيين لا يعرفون معنى التشاور. وذهب القوم إلى منع النقاش حتى على المؤسسات التي لا تعرف كلمة "لا"، ولم تسمح السلطة لنوابها ولمجلسها الاقتصادي والاجتماعي مناقشة الأزمة… ومازالت الجزائر تنتظر من أناس وضعوا القيود للاقتصاد الجزائري أن ينقذوا ذاك الاقتصاد، ليثبتوا مرة أخرى أن الأزمة أحسن وأرحم من حلولهم.

مرض الخط الأزرق

أتعرفون مرض الخط الأزرق؟ إنه ذلك المرض الغريب الذي يصيب عددا من المسئولين الجزائريين لما يصلون إلى منصب يسمح لهم باتخاذ بعض المبادرات، فيقررن "بأرجلهم" بدل استعمال العقل والعلم والخبرة والقانون. ودفعهم المرض إلى اتخاذ قرارات لا يمكن تطبيقها، لأن القرار جاء دون تشاور، ودون دراسة الوضع. ولم يفكر القوم في الميكانيزمات التي يجب تحضيرها لتطبيق القرار، ولم يدرسوا عواقب قرارهم ولا الشروط التي يجب توفيرها ليتم تطبيق القرار بصفة مقبولة.

وأول من تكلم عن هذا المرض هو السيد عبد الحميد مهري. وكان السيد مهري يشير إلى القرار الذي اتخذه قبل سنوات والي العاصمة، الذي أراد أن يخصص رواقا للنقل الجماعي في الطريق السريع الذي يحيط بالعاصمة. وأصدر والي الجزائر آنذاك قرارا في هذا الشأن، وأمر بإقامة الرواق المخصص لذلك، وهو الرواق الذي يحدده الخط الأزرق. وكان الوالي يظن أنه يكفي اتخاذ قرار بيروقراطي لتحويل العاصمة الجزائرية إلى مدينة من مدن كاليفورنيا، والقضاء على مشاكل المرور… ولما تم صرف الأموال واتخاذ كل الإجراءات الإدارية، اتضح أنه من المستحيل تطبيق هذا القرار…

ومنذ ذلك الوقت، أصبحت عبارة "مرض الخط الأزرق" تشير إلى تلك القرارات التي يتم اتخاذها بـ"النفحة"، دون تفكير ولا دراسة، سواء لأن رئيس الجمهورية عبر عن غضبه تجاه ظاهرة ما فحاول القوم إرضاءه، أو لأن ضغوطا خارجية فرضت هذا الاتجاه أو ذاك، أو لأن مسئولا ما أراد أن يرضي السلطان بقرار ثوري فدخل عالما لا يتحكم فيه.

وانتشر المرض إلى ميادين متعددة، منها الاقتصاد والمدرسة وحتى الرمال والرياضة والنقل والمحروقات. وقد صادق المجلس الشعبي الوطني قبل سنتين على قانون يهدف إلى حماية البيئة. ويقضي هذا القانون بمنع استعمال الرمال الموجودة في الأودية. لكن مباشرة بعد المصادقة على القانون، اكتشف القوم أن هذا القرار سيقضي على ما تبقى من برنامج رئيس الجمهورية الذي يهدف إلى بناء مليون مسكن. وبناء على هذه الملاحظة، قررت الحكومة تأجيل تطبيق القانون لمدة سنتين حتى يتم توفير الظروف الضرورية لتطبيقه. ومضت سنتان، ولم يتغير شيء، فقرر البرلمان من جديد تأجيل تطبيق نفس القانون مرة ثانية… لكن تطبيق القانون أو تأجيله لن يغير شيء بالنسبة لقطاع السكن، وحتى إن تم توفير الرمال، فإن الإسمنت غير متوفر مما دفع الجزائر إلى استيراد مليون طن من الإسمنت.

ودائما عن الرمال، فقد أعلن أحد الوزراء قبل سنوات أن الجزائر ستشرع في استعمال رمال أعماق البحر في قطاع البناء… الله أكبر… وقال الوزير أن خبراء من القطاع قد بدؤوا يعملون على السواحل لدراسة طبيعة الرمال الموجودة في البحر وتحديد أجود الرمال لإقامة مشاريع كبرى لاستغلالها. وأثنى عليه أحد أرباب العمل المشهورين، وأعلن في الإذاعة أنه سيجتاح هذا الميدان في أقرب الآجال… وماذا يأتيك من رجال عجزوا في استغلال الرمال الموجودة على سطح الأرض فقرروا التنقيب عن الرمال الموجودة في أعماق البحر…

وفي ميدان المالية، أعلنت الحكومة قبل سنوات أنها ستفرض استعمال الصكوك في كل المعاملات التي تفوق خمسين ألف دينار، في إكار محاربة تبييض الأموال ومحاربة الإرهاب غب نفس الوقت. وحددت الحكومة تاريخا لذلك، وقالت أنه سيكون آخر أجل. وبعد ذلك عادت الحكومة ومددت المهلة، ثم تراجعت نهائيا عن القرار لما اتضح أن فرض هذه الطريقة في المعاملات أمر مستحيل. ورغم أن الحكومة نسيت هذا القرار، فإنها لم تعلن رسميا أنها تخلت عنه.

ولم تنج الرياضة من مثل هذه القرارات. وآخرها ما جاء على لسان رئيس الفدرالية الجزائرية لكرة القدم، السيد محمد روراوة حفذه الله. وقد قرر السيد روراوة منع اللاعبين الذين تجاوز سنهم ثلاثين عاما من المنافسات في بعض الأقسام. واضطر هؤلاء اللاعبين على الاحتجاج والتجمع أمام مقر الفدرالية ليكتشف السيد روراوة أن قراره خالي من أي عقلانية.

ولم يبق لهؤلاء إلا النسيان ليستر عارهم، مثل ما حدث مع ذلك الوزير الذي أعلن قبل سنوات أنه اجتهد ووجد حلا لمشكل النقل في العاصمة. وقال الوزير يومها أن الأشغال انطلقت بميناء الجزائر لتحضر الهياكل الضرورية من أجل الشروع في استعمال النقل البحري بين مختلف أحياء ونواحي العاصمة… ووحد آخرون حلا راديكاليا، يتمثل في كثرة الكلام حتى لا يتذكر أحد ما قالوا، مثل ذلك الوزير الذي أعلن أنه سيتم التوقيع على اتفاق لصناعة السيارات في الجزائر قبل نهاية السنة الحالية، قبل أن يتراجع في الأسبوع الموالي ويقول أن أول سيارة جزائرية ستسير في طرقنا بعد عشر سنوات

ومن الواضح أن أصحاب هذا الكلام لا يهتمون بمصداقيتهم وليسوا منشغلين ببعض المبادئ مثل المنطق والعقلانية واحترام الجمهور الذي يخاطبونه. إنهم يكتفون بالكلام والثرثرة، لأنهم تحصلوا على المناعة منذ عهد طويل، منذ أصابهم مرض الخط الأزرق.

Contrôleurs des prix contre spéculateurs : Le folklore du ramadhan

La bataille entre spéculateurs et contrôleurs a reprend chaque année à la veille du ramadhan : c’est l’économie revue et corrigée par les pieds nickelés.

Par Abed Charef

Ils sont là. Ils constituent l’inévitable duo du Ramadhan. Il y a, d’un côté, les méchants, ceux qui affament le peuple en manipulant les marchés et en poussant les prix vers le haut. De l’autre côté, il y a les bienfaiteurs, dont la tâche est précisément de réguler les marchés, mais qui n’arrivent malheureusement jamais à accomplir leur mission correctement, faute de moyens et de capacités d’intervention. La bataille va reprendre entre eux, avant une trêve de onze mois, au prochain Ramadhan.

Les bienfaiteurs, ce sont les contrôleurs des prix, ces fonctionnaires devenus inutiles, dont on déplore l’incapacité à faire respecter les prix, sans jamais pouvoir expliquer leur impuissance. On en parle abondamment pendant les périodes de hausse de prix, pour les encenser ou les maudire. D’un côté, on souhaite leur présence « sur le terrain », afin de protéger le portefeuille du pauvre. De l’autre côté, on dénonce leur incompétence ou leur complicité supposée avec les « affameurs du peuple ».

Des ministres, des hauts fonctionnaires et des spécialistes se laissent aller à ce discours populiste, faisant croire qu’il est possible de contrôler les prix. Ils promettent tantôt la multiplication des contrôles, tantôt des sanctions sévères contre les commerçants coupables de la moindre infraction. Les services administratifs des wilayas publient d’ailleurs régulièrement des bilans des opérations de contrôle menées par leurs agents, pour bien montrer que Monsieur le Wali est très attentif à la vie de ses sujets. Mais le tout n’a évidemment aucun effet.

Car à l’exception de quelques produits de base, les prix des produits agricoles sont libres en Algérie, et soumis à la concurrence. L’action du contrôleur n’a donc forcément aucun impact. Le rôle du contrôleur des prix se limite donc à vérifier le respect de certaines procédures, comme l’affichage des prix et la disponibilité de factures, pour s’assurer que la marchandise provient d’un circuit « légal », alors que croyance populaire, alimentée par la bureaucratie, le crédite d’un pouvoir immense.

L’impuissance des contrôleurs des prix n’a d’égale que l’efficacité des fameux « spéculateurs », ces hommes qu’on imagine tapis dans l’ombre, stockant les produits, manipulant les prix et s’enrichissant sans vergogne au détriment des plus pauvres. On les imagine puissants, disposant de réseaux aux pouvoirs illimités, introduits dans les  sphères du pouvoir et dans les milieux économiques, manipulant fonctionnaires et hauts responsables pour satisfaire leur « avidité » et leur « appât du gain », selon la formule consacrée. Leur immense influence est à la mesure de leur fortune. Mais ils restent non identifiés, non identifiables, ce qui ajoute au mystère qui les entoure : bénéficieraient-ils de l’appui et de la complicité de quelques généraux et ministres, ou bien auraient-ils quelque banque à leur disposition, pour pouvoir mobiliser autant d’argent pour faire disparaître certains produits du marché quand ils le veulent et amasser une fortune quand les prix augmentent?

En réalité, les spéculateurs sont  à l’économie algérienne ce que la main de l’étranger est à la politique : une pure fiction destinée à couvrir l’incompétence et l’incapacité des uns, et l’absence de courage politique chez les autres. N’a-t-on pas entendu de hauts responsables dénoncer les spéculateurs à la suite d’une pénurie de ciment, il y a quelques mois, avant de se rendre compte que la production était insuffisante parce que des cimenteries étaient à l’arrêt? Mais accuser les fameux spéculateurs permet d’occulter les vraies questions et d’avoir la conscience tranquille.

Dans les augmentations des prix enregistrés ces derniers jours, personne n’a apporté un début de preuve qu’il y a spéculation. Et pour cause : il n’y a pas de spéculation. Par contre, il y a de vrais facteurs économiques et psychologiques qui, comme pour le pétrole et le ciment, expliquent les variations des prix.

Pour le Ramadhan 2009, la hausse la plus significative concerne la viande. Elle est due en partie à un facteur psychologique. Le Ramadhan est en effet une période favorisant la fébrilité des prix, amplifiant des tendances réelles. Comme les crises internationales poussent les prix de l’or et du pétrole vers le haut, par un effet presque mécanique.

Mais d’autres facteurs économiques ont contribué à cette hausse du prix de la viande. En premier lieu la bonne pluviométrie durant les saisons écoulées. Car des pluies abondantes et régulières allègent considérablement les frais pour les éleveurs. Les moutons se contentent d’herbe, et la paille est abondante grâce à la bonne récolte de céréales. Les charges pour la prochaine saison seront donc  réduites, parce que le recours aux aliments du bétail sera limité. Du coup, l’éleveur peut réduire la quantité de bétail à mettre sur le marché, et laisser le mouton prendre du poids pendant une année supplémentaire.

Par un effet tout aussi mécanique, la hausse du prix de la viande provoque une pression sur la demande de poulet, provoquant une hausse du prix de ce produit. C’est ce qui s’est passé cet été. Et qui risque de se renouveler chaque année, à la veille du Ramadhan. Jusqu’à ce que les responsables algériens admettent que le marché a des règles, qu’il est préférable de les connaître et d’anticiper les variations, plutôt que d’accuser d’hypothétiques spéculateurs et d’envoyer de fantomatiques contrôleurs les pourchasser.