Après match

J’aime Farid El-Atrache, j’adore Oum Kalsoum, et Abdelhalim Hafedh a bercé mon adolescence. J’ai eu l’immense plaisir de voir Adel Imam sur scène, et je n’ai jamais su si, dans ses romans, Nadjib Mahfoudh décrivait l’Egypte ou l’Algérie. J’ai été secoué par « L ‘Oiseau » de Youcef Chahine, et les mélodies de Cheïkh Imam m’ont longtemps accompagné.

J’ai lu avec fascination les écrits de Abderrazek, premier penseur égyptien moderne, comme j’ai lu avec passion l’histoire et les contradictions qui ont fait le mythe et la chute de Nasser. J’ai entendu des militants algériens de la première me parler de leur exil en Egypte, et comment ils y ont trouvé les appuis pour contribuer à transformer le FLN en mythe avant même de bâtir un état.

Je suis encore admiratif devant le culot de Aboutrika et son but dédié à Ghaza. C’est le même esprit dont parlait feu George Habache quand il parlait de l’Egypte, un pays avec qui les relations étaient pourtant très difficiles. Je me souviens encore de ce jour où, jeune journaliste, je prenais un café avec Geroge Habache et, quelques minutes plus tard, avec Nour Charif, venu assister à un conseil national palestinien : le second parlait d’engagement et de militantisme, le premier parlait philosophie et poésie !

Je peux encore parler de ces écrivains égyptiens qui ont refusé la déchéance, de ces hommes libres qui ont refusé de devenir les amis du prince pour éviter la cour de la honte, des militants qui refusent de se laisser aller à l’hystérie, et d’autres égyptiens encore, ces hommes qui donnent l’impression de vouloir ressembler à l’image que donnent d’eux les feuilletons.

Mais est-ce nécessaire ? J’aime l’Egypte, et ce n’est pas un régime autoritaire, ni un prince pressé de monter sur le trône, ni des poètes de cour, qui me feront changer d’avis. L’Egypte, ce n’est pas une puissance financière qui réussit à corrompre nombre de médias, ni des stars d’une télé de pacotille, ni des écrivains qui courbent l’échine à l’approche du chef ou du vice-roi.

L’Egypte, c’est bien plus, c’est bien plus grand. C’est un peuple qui sourit à la vie qu’il porte pourtant sur les épaules. C’est du talent, de la bonté, c’est de la générosité comme on ne peut en trouver qu’en Algérie ! C’est le pauvre qui partage le bout de pain, le malade qui réconforte le bien portant en lui racontant une noukta.

Les excès d’un match de football ne changeront pas cela. Même si des manipulations outrancières ont fait oublier à de stupides responsables égyptiens un devoir essentiel, celui d’assurer la sécurité et la dignité de leurs invités. Le chauvinisme qui en a résulté est choquant. Inacceptable. Intolérable. Y compris de la part de mes amis, ceux qui affirment à longueur d’année que la solidarité, la fraternité, l’amitié et les grandes valeurs de l’Humanité doivent demeurer primordiales.

Oui, j’aime l’équipe nationale de football.

Et j’aime l’Egypte, malgré les matches du Caire et de Khartoum.

Abed Charef

 

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