Force d’inertie face à la nécessité de changement

Le changement est nécessaire. Mais quel changement ? Et qui le pilotera? Questions cruciales pour l’avenir de l’Algérie et de tout le monde arabe.

Par Abed Charef

Tunis, Le Caire, Sanaa. Bientôt peut-être, Alger, Tripoli, et d’autres capitales encore. Derrière cette fièvre qui s’est emparée du monde arabe, où un vent de liberté semble défier la formidable force d’inertie et de stagnation imposée par les pouvoirs en place, se posent avec acuité des questions dont dépend la survie de toutes ces sociétés et leur place dans le monde de demain.

Pour les pouvoirs en place, la question essentielle est : comment survivre au moindre coût ? La réponse est simple : c’est impossible. Il n’est pas possible d’assurer la survie et des régimes, et des pays à la fois. L’un d’eux doit céder pour que l’autre puisse s’épanouir. Pour que les pays arabes retrouvent une place acceptable dans le concert des nations, pour que les peuples puissent s’épanouir, jouir des libertés et des fruits du développement, les régimes doivent disparaitre. A défaut, le maintien des systèmes autoritaires en place perpétuera la violence jusqu’à l’épuisement.

Ce qui vient de se passer en Tunisie et en Egypte a montré que la stabilité dans la stagnation est une illusion. Tôt ou tard, il faudra payer le prix des réformes non réalisées. Et plus le temps passe, plus la facture sera lourde. Ce qui impose à l’ensemble des pays de la région une obligation de réformer, non parce que c’est un effet de mode, ni pour plaire à l’occident, mais parce que ne pas doter ces pays d’instruments modernes de gestion, c’est les condamner à la régression à la disparition.

Face à cette situation, deux constats, très pessimistes, s’imposent. D’un côté, la plupart des pays arabes sont incapables d’introduire des réformes. En Algérie, par exemple, le pouvoir en place est même devenu antinomique avec le concept de réforme. Non seulement il ne veut pas, mais il ne peut pas réformer. Du moins pour le moment, car il n’a ni la culture, ni les instruments, ni les capacités de concevoir et de mener à terme de vraies réformes. A quelques variantes près, ce schéma se retrouve dans la plupart des pays arabes.

D’un autre côté, la nécessité de changer est si forte qu’elle finira par s’imposer. Et si le changement s’impose contre la volonté du pouvoir en place, cela se fera dans la violence, comme c’est le cas en Tunisie et en Egypte. Avec des traumatismes, des dégâts, et un passif qui s’alourdit à mesure que le temps passe.

De manière plus générale, le changement peut se faire de trois manières différentes. La première méthode est celle qui donne le plus d’atouts au pays. C’est le pouvoir qui prend l’initiative du changement. Disposant des moyens de l’état, il peut utiliser un large éventail d’instruments pour impulser la réforme, et amener l’ensemble des partenaires à y adhérer.

A défaut, le changement se fera par la rue. Souvent dans la violence, avec des affrontements interminables, des pertes de temps et des traumatismes qui marquent le pays pour longtemps. Mais dans ce cas de figure, rien n’est jamais assuré, car la rue peut choisir le meilleur comme elle peut choisir le pire, tout comme elle peut être manipulée par des pouvoirs habiles et par des acteurs étrangers.

L’intervention étrangère est précisément la troisième voie possible pour le changement. Dans ce cas, le changement ne se fait jamais dans l’intérêt du pays concerné, mais vise plutôt à consolider des intérêts de grandes puissances, les Etats-Unis en premier lieu. Qu’il s’agisse de la méthode brutale, imposée en Irak, ou en douceur, comme en Egypte, où les Etats-Unis souhaitent débloquer la situation en remerciant un régime devenu pesant, le résultat est le même. Le pays où se déroule le changement le subit, il n’en est pas l’acteur. Il ne le maitrise pas.

Ces trois schémas ne sont pas exclusifs. Ils peuvent se rejoindre. Ainsi, l’initiative du pouvoir pour le changement peut être accompagné d’un mouvement de rue, ce qui peut soit conforter le changement, comme ce fut le cas en Afrique du Sud et dans les anciens pays de l’est, soit mener l’expérience à l’impasse, comme ce fut le cas en Algérie au début des années 1990.

Que peut l’Algérie aujourd’hui ? Un premier constat d’abord : le pays a payé un prix très élevé sans mener le changement. A l’heure actuelle, le pouvoir vit dans la peur de ce qui peut se passer, comme le montrent les mesures d’apaisement prises par les autorités. De plus, le pouvoir ne sait pas réformer, car cela demande une expertise, un savoir-faire et des instruments qu’il n’a pas.

Mais le plus grave est ailleurs : il semble trop tard pour faire quoi que ce soit. Le pouvoir est piégé par sa propre stagnation. S’il s’engage aujourd’hui dans des réformes, la rue pensera qu’il a peur, et qu’il faut donc accentuer la pression. Le pouvoir serait donc plus enclin à se cabrer, et à se recroqueviller sur ses centres les plus hostiles au changement, ce qui ne fera qu’accentuer l’impatience de la rue.

Force d’inertie face à la nécessité de changement. Qui l’emportera, avec quels acteurs ? La réponse est entre les mains du pouvoir, puis de la rue.

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1 commentaire

  1. bouziane

     /  1 février 2011

    Vous dites bien que la première hypothèse est impossible. le pouvoir ne peut être l’acteur du changement. il n’a pas les moyens d’une telle décision. la deuxieme n’est pas envisageable non plus. la société algérienne n’a pas produit les leviers nécessaires au changement. personnellement, je ne vois pas de forces sociales en mesure de réaliser une telle action.
    il reste la troisieme option. des acteurs étrangers peuvent disposer un orchestre suffisamment bruillant et efficace pour se debarrasser d’une équipe au pouvoir assimilée à une serviette hygiénique.
    le volume des réserves de changes, les hydrocarbures, la perspective d’un marché maghrébin et le dispositif projeté par les états unis depuis le sud soudan jusqu’au golfe de Guinée semblent être des mobiles suffisamment importants pour que washington démarre la partition du changement.
    cette hypothèse me semble facile à réaliser quand on pense à l’extrême fragilité du cheptel politique Algérien. les menaces, le chantage combinées à des promesses assez juteuses suffisent à ejecter un personnel qui s’est gavé. par cette attitude, il est devenu un obstacle économique et financier au moment où l’occident vit une des plus grâves crises depuis 1929.

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