Et l’Irak?

La vague de contestation arrive en Irak. Si l’on peut dire. Car jusque là, toute contestation était étouffée dès qu’on lui collait le label « Al-Qaïda ». La résistance a été contenue avec trois armes: la puissance militaire américaine, le label Al-Qaïda qui a été collée à la résistance, et la dérive dans laquelle elle a été entraînée.

C’était la démocratie version George Bush. Des centaines de milliers de morts, et une hostilité très large.

La démocratie version Obama semble avoir plus de succès. On verra si M. Obama ira jusqu’à dénoncer la présence de toutes les forces étrangères en Irak. Car M. Obama doit bien admettre que la démocratie et l’occupation étrangère sont incompatibles, en Palestine, en Irak et ailleurs.

Publicités

Un pas en Libye

Petite bonne nouvelle pour la Libye: la création d’un Conseil National. Un premier lieu de concertation. Espérons qu’il sera plus consistant que la CNDC

Dérives familiales

Politique et argent font un cocktail dangereux. Et quand la famille s’en mêle, cela devient explosif. Egypte, Tunisie et Libye en font l’amère expérience.

Par Abed Charef

Seif el-Islam Kadhafi n’a pas été élu. Personne ne l’a désigné à la tête du gouvernement, ni au sein d’un quelconque ministère. Cela ne l’a pas empêché de faire irruption à la télévision libyenne, lundi 21 février, pour adresser un discours à « son » peuple au moment où la crise libyenne vivait un tournant décisif. A quel titre est-il intervenu à la télévision ? Au titre de fils du guide. Un titre qui n’existe pas dans la constitution libyenne, ni dans aucun organigramme officiel.

Cette gestion des affaires du pays est absurde. Elle montre un incroyable retard institutionnel, avec des mœurs politiques d’un autre temps. Elle dénote une gestion patrimoniale de l’Etat, avec des dirigeants qui ne font pas de différence entre leurs biens, ceux de leurs familles et ceux du peuple, et qui n’établissent pas de frontière entre le pouvoir institutionnel défini par la constitutionnel et celui d’une famille envahissante, prédatrice, ne connaissant aucune limite.

Il n’est pas étonnant que les pays arabes les plus touchés par ce « printemps » 2011 soient précisément ceux où la famille du chef a acquis un rôle central dans les affaires du pays, dans un mélange destructeur entre politique et affaires. En Tunisie, la famille Trabelsi, du nom de l’épouse de M. Zine El-Abidine ben Ali, a établi des réseaux d’une incroyable voracité pour faire main basse sur les richesses du pays. Nicolas Beau, co-auteur, avec Jean-Pierre Tuquoi, de « Notre ami ben Ali », et auteur de « La Régente de Carthage », a disséqué les mécanismes qui ont permis de mettre en place ce système mafieux.

En Egypte, le président Hosni Moubarak a progressivement mis sur orbite ses enfants, qui se sont retrouvés impliqués dans la vie politique et dans les affaires, utilisant allègrement leur influence politique pour s’enrichir, et propulsant leurs associés à des postes de ministres ou députés. Même si les chiffres publiés à propos de leur fortune doivent être pris avec des pincettes, il semble établi que le clan Moubarak a bâti une immense fortune.

En Libye, la situation est encore plus grave. Car si la Tunisie et l’Egypte ont pris soin de mettre en place des institutions formelles et des règles qu’ils contournaient à leur guise, en Libye, par contre, la confusion est totale. Personne ne sait qui est qui est et qui fait quoi. Mouammar Kadhafi lui-même, on l’oublie trop souvent, n’est pas président ni premier ministre, mais simple « guide de la révolution», une fonction très confortable qui lui permet de tenir tous les pouvoirs sans être formellement responsable de rien. Et son fils peut tout faire : s’enrichir, nommer les dirigeants, négocier les contrats les plus importants et gérer les dossiers les plus brûlants dans l’opacité la plus totale. Mais lui aussi n’a, formellement, aucune fonction officielle, si ne c’est celle de président d’une obscure et riche fondation.

En Algérie, cette confusion existe, même si elle n’atteint pas le degré de gravité de la Libye ou l’Egypte. Il y a quelques années déjà, un ancien officier de l’ALN, ironisant sur le rôle attribué à M. Saïd Boutelika, avait déclaré que « l’Algérie a inventé un poste unique au monde, celui de  frère du président de la république ». De manière plus générale, fils de wali, frère de ministre ou parent de général sont des titres très prisés, même si leur poids est très loin d’atteindre ce que ce phénomène est devenu en Egypte ou en Libye.

La présence envahissante de la famille dans les affaires de l’Etat finit par imposer une conception dangereuse de la politique. L’Etat devient une chose privée. De là nait l’idée de garder l’Etat dans la famille, une idée qui s’est imposée dans les pays arabes les plus fortement secoués par la contestation : la Tunisie, l’Egypte, la Libye, et le Yémen. Dans ces pays, on a évoqué, à un moment ou un autre, l’idée d’un transfert héréditaire du pouvoir. Depuis que la Syrie a ouvert la voie il y a dix ans, les choses ont beaucoup avancé en Egypte, en Libye et au Yémen, où le successeur semblait désigné et prêt à assumer ses fonctions, avant la tempête de ce début 2011.

Ce mode de succession montre, jusqu’à la caricature, jusqu’où la dérive avait emporté certains dirigeants arabes. Oubliant la constitution et les lois, balayant d’un revers de la main les règles morales et éthiques, ne tenant aucun compte du poids de l’histoire, refusant de tirer les leçons la décadence de leurs pays respectifs, ces dirigeants se sont installés dans un monde régi par des règles absurdes, entrainant leurs pays dans l’abime. Jusqu’à ce que la rue les réveille. Mais pour eux, c’était trop tard. Les jeux étaient faits. Contraints à un départ honteux, comme ben Ali, où une répression féroce, comme Kadhafi, ils sont condamnés à sortir par la petite porte.

Jusque-là, l’Algérie a été épargnée par des fins de ce type. Aucun ancien président n’a été contraint à la fuite. Aucun d’entre eux n’est connu pour avoir fait fortune pendant l’exercice du pouvoir. Le comportement de certains d’entre eux a même été particulièrement digne après leur départ. Il reste à savoir si cette tradition se maintiendra, ce qui ne sera possible que si le pays revient à un fonctionnement institutionnel ; ou si l’Algérie est, elle aussi condamnée, à sombrer.

الديمقراطية عند الدكتور سيف الإسلام

عابد شارف خلفت الأزمة الليبية خلال أسبوع واحد عددا من الضحايا يكون أعلى مما خلفته الأزمة المصرية والثورة التونسية مجتمعتين، مع التذكير أن الأولى دامت شهرا والثانية ثلاثة أشهر. ويؤكد التطور الخطير للأزمة الليبية منذ الأيام الأولى أن الوضع مقبل على انزلاق قد يؤدي إلى كارثة كبرى بسبب انعدام المؤسسات وغياب آليات التحكيم التي تفتح عادة المجال أمام حلول سلمية. وانتشر العنف بهذه الطريقة لأسباب ميدانية واضحة، أهمها التأخر الكبير الذي يعاني منه المجتمع الليبي، حيث أن البلاد حافظت على تركيبتها القبلية رغم الخطاب الديماغوجي المتعلق بالثورة في عهد معمر القذافي. ويقول أستاذ علم الاجتماع زبير عروس أن عددا من البلدان العربية تحتاج إلى إصلاح عميق لمواكبة العصر، لكن ليبيا تحتاج إلى ثورة حقيقية بسبب تأخرها السوسيولوجي. ويؤكد زبير عروس أن القبيلة مازالت تسيطر على الحياة السياسية في ليبيا، وأن السيد معمر القذافي فرض قبيلته كمحور أساسي للحياة السياسية والعسكرية في البلاد، حيث أن قيادة الجيش تأتي منها بينما يتحكم أبناؤه في المؤسسات الأمنية. ويقول الأستاذ زبير عروس أن القائد الليبي لم يدفع أبدا المجتمع الليبي إلى تنظيم عصري، بل أنه اكتفى بخطاب ثوري مع الارتكاز على القبيلة كعنصر سياسي أساسي. ووراء الرجل الفلكلوري الذي ينصب خيمته في شارع الإليزي ويستقبل ضيوفه في الصحراء، فإن القذافي رجل ذو قبضة حديدية وهو مستعد إلى أقصى الحدود للبقاء في السلطة. ويقول دبلوماسي جزائري اشتغل في ليبيا أن القذافي يستعمل القبيلة والجيش والمخابرات أو الميليشيات واللجان الثورية التي أسسها تطبيقا لنظريته السياسية البدائية التي جاءت في الكتاب الأخضر. ولا يوفر مثل هذا النظام مجالا للمعارضة أو الفكر المخالف. وداخل هذا النموذج السياسي، لا يمكن اعتبار المعارضة كبديل أو مصدر ثراء للفكر السياسي، إنما يظهر المعارض كتهديد ضد النظام القائم، والقضاء عليه لا يشكل جريمة أو خطأ سياسيا إنما يجب اعتباره عملا وطنيا. وهذا ما يفسر خطاب كل من السيد معمر القذافي وابنه سيف الإسلام حيث اعتبر كل منهما أن المعارضين لا يشكلون إلا خونة ومرتزقة وجرذان يجب القضاء عليهم. ويظهر هذا الفكر بكل بشاعته. إنه يعيد ليبيا إلى الجاهلية السياسية. إنه بلد لا يعرف الأحزاب والجمعيات المستقلة، ولا الديمقراطية والتداول على السلطة. ويجب الاعتراف أن القذافي لم يخف ينكر أبدا عداءه للديمقراطية، وساند كل الانقلابيين الذين تبنوا خطابا ثوريا مهما كان سلوكهم. وتظهر الديمقراطية غريبة عن السيد القذافي وعن طريقته في التفكير ولم يفكر أبدا في دفع ليبيا نحو الديمقراطية. ويشير هذا الواقع إلى الفشل الواضح للسيد معمر القذافي بعد أربعين سنة من وجوده في السلطة. ومن المفروض أن تكون ليبيا قد توصلت على الأقل إلى مستوى التطور الذي عرفته بلدان الخليج نظرا لثرواتها من المحروقات. لكن ذلك لم يؤثر على واقع المجتمع الليبي الذي احتفظ بكل مظاهره القديمة البالية، ولم يبلغ مستوى المعيشة ونوعية الحياة التي توصلت إليها بلدان الخليج. وعكس مصر وتونس، فإن ليبيا تتمتع بنوع من الاستقلالية تجاه الخارج. ومن الواضح أن الضغوط الأمريكية والأوربية لن يكون لها نفس الأثر مثلما كان الحال في مصر وتونس، لأن البلاد تكسب مخزونا هاما من الأموال كما أنها ستلعب أوراقا أخرى مثل النفط والتحكم في الهجرة نحو أوربا. هذه العوامل تجعل الأزمة الليبية تبقى محصورة في الداخل، دون أن تتمكن القوى الكبرى أن تؤثر عليها بصفة فعالة، مما يفتح مجالا واسعا للاقتتال في ليبيا. ومن المنتظر أن يتم حسم المعركة بالقوة في الداخل، مع كل ما يحمله ذلك من مخاطر. لكن العالم تغير، رغم أن السيد معمر القذافي يظهر وكأنه لم يدرك ذلك تماما، كما أنه لا يدرك أن جدار برلين سقط. وليس من الممكن اليوم القضاء على آلاف المواطنين في مجزرة مغلقة مثلما كان يحدث في الماضي. كما أن ليبيا لا تشكل إلا مرحلة من موجة ستجتاح الكثير من البلدان العربية. ولا يمكن للقذافي أن يعيش إلى الأبد ضد التاريخ. والأخطر من هذا كله أن بعض الآمال كانت متعلقة في ليبيا بابنه سيف الإسلام الذي قيل عنه متحضر ويعيش مع عصره، قبل أن يتضح أنه يستعمل نفس الكلام، حيث هدد بالحرب الأهلية وبحمام من الدم… وجاء هذا الكلام من رجل قدم شهادة دكتوراه في لندن حول « دور المجتمع المدني في دمقرطة المؤسسات »… ولعل سيف الإسلام له عذر، حيث لا يمكن إدخال الديمقراطية في المؤسسات في ليبيا لأن المؤسسات نفسها غير موجودة…

La Libye est très mal partie

« Si des pays arabes ont besoin de réformes, la Libye a besoin d’une véritable révolution, car son retard sociologique et institutionnel est énorme ».

Par Abed Charef

En trois jours, la crise libyenne a fait plus de victimes que la crise tunisienne qui avait pourtant duré trois mois. Et alors que la « révolution » libyenne n’a pas bouclé sa première semaine, l’inquiétude de voir ce pays emporté par un véritable bain de sang s’installe, tant ce pays apparait dépourvu d’instruments de médiation susceptibles de lui éviter la dérive, ce qui ouvre la voie à la force comme seul recours possible.

Cette violence n’est pas fortuite. Elle est le résultat d’un retard considérable de la société libyenne, qui a gardé presque intactes sa composition tribale sous le régime de M. Mouaamar Kadhafi. « Si les pays arabes ont besoin de réformes, la Libye a besoin d’une véritable révolution, car son retard sociologique et institutionnel est énorme », souligne Zoubir Arous, professeur de sociologie à l’université d’Alger. La tribu « reste dominante dans la vie politique et sociale» du pays, et Kadhafi « a imposé sa propre tribu comme émanation de l’armée et des services de sécurité libyens. Le pouvoir politique et militaire se trouve au sein de sa tribu, et ses fils contrôlent les appareils de répression », souligne Zoubir Arous, qui insiste sur un point : Kadhafi n’a rien fait pour changer la sociologie politique du pays. Il n’a jamais poussé à la modernisation de la société, préférant s’appuyer sur son caractère tribal, une donnée qu’il connaît et contrôle mieux.

Derrière le personnage folklorique de Kadhafi, il y a une autre réalité, celle d’un « personnage très dur, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir », dit Zoubir Arous. Et si son pouvoir est contesté, par d’autres tribus ou par des mouvements politiques modernes, il peut aussi bien utiliser l’armée que les milices, sur lesquels s’appuie son pouvoir, estime un diplomate algérien qui a exercé dans ce pays.

En fait, dans le système de pouvoir mis en place par M. Kadhafi, la contestation n’est pas vue comme une possibilité d’alternance, mais comme une menace contre l’ordre naturel des choses. Dès lors, éliminer un opposant n’est pas considéré comme une erreur politique ou un crime, mais comme un acte de survie. C’est ce qui explique le discours de Seif El-Islam Kadhafi, qui a menacé le pays d’un bain de sang si le calme n’est pas rétabli.

Ce modèle de pensée est effrayant. Il place la Libye à la préhistoire de la politique. C’est un pays qui ne connait ni les partis, ni les associations, encore moins l’alternance et la démocratie. Kadhafi ne s’en est jamais caché. La démocratie est un concept totalement étranger à son mode de pensée. Ce qui laisse la force brutale comme seul mode de règlement des conflits.

S’appuyant sur sa tribu et celles qui lui sont alliées, Kadhafi est sûr de lui, estime Zoubir Arous. Ses adversaires ne font pas le poids. Du moins tant qu’ils se placent sur le même terrain que lui. Et en l’absence d’organisations modernes, la contestation est soit le fait d’une foule non organisée, soit le fait des tribus, alors que la contestation islamiste, brandie comme une menace, ne semble pas encore en mesure de menacer le pouvoir libyen.

Ce constat assez sombre met à nu la réalité de la Libye, et le terrible bilan de quarante ans de règne M. Kadhafi, qui veut léguer le pouvoir à ses fils. Alors que son pays devrait rivaliser avec les Etats du Golfe dans le domaine du développement et du bien être social, la Libye se trouve, sur le plan institutionnel, au même niveau que le Yémen. Le pays a gardé des structures sociales archaïques, et les formidables recettes des hydrocarbures sont restées sans effet sur la société libyenne. A peine ont-elles servi à élargir le champ de la corruption et du gaspillage, alors que l’économie reste rudimentaire et les services sociaux d’une grande pauvreté.

Par ailleurs, le dénouement de la crise en Libye risque de pâtir du poids de l’extérieur, qui devient prépondérant, même si, contrairement à la Tunisie et l’Egypte, la Libye dispose d’une certaine autonomie. Disposant d’importantes réserves de change, non dépendante financièrement de l’occident, la Libye sera moins sensible aux pressions externes. Les dirigeants libyens disposent même de certaines cartes, comme celle des hydrocarbures. Une défaillance libyenne risque de perturber les marchés internationaux, et Kadhafi l’a bien senti, en brandissant la menace d’une interruption des livraisons.

Cette indépendance a toutefois des limites. Il n’est désormais plus possible de réprimer à huis-clos, comme c’était le cas durant les décennies écoulées. En outre, il semble bien que la Libye soit une simple étape d’une vague de contestation qui va balayer l’ensemble du monde arabe. La Libye n’en sortira pas indemne. D’une manière ou d’une autre, Kadhafi devra s’y plier, s’il n’est pas emporté.

L’hypothèse d’un Kadhafi balayé par une révolte populaire est plausible. Car le dirigeant libyen ne semble pas s’être rendu compte que le mur de Berlin est tombé, que le monde a changé, que les sociétés ne peuvent plus êtres gérées par des règles et des valeurs d’un autre temps. Et son fils Seif El-Islam, sur lequel beaucoup d’espoirs étaient fondés pour pousser le pays vers la modernité, a tenu un discours effrayant, digne de son père : c’est moi ou le chaos, c’est le régime de son père ou un bain de sang, c’est l’ordre ancien ou la guerre civile. Ce qui montre que la Libye est réellement mal partie.

Révolutions, côté cour

Il y a le côté spectaculaire d’une révolution. Et il y a le côté cour, avec les paradoxes et les contradictions.

Par Abed Charef

Il y a un an, des millions d’Egyptiens sortaient dans les rues du Caire pour fêter une victoire contre l’Algérie. On parlait alors de football, et de coupe d’Afrique des Nations. Le pays des pharaons semblait alors connaître un bonheur sans limites, destiné à durer une éternité. Mais sous la joie, factice, pointaient déjà les vrais problèmes qui ont été à l’origine du départ de Hosni Moubarak.

Quelques semaines plus tôt, l’Algérie avait été déjà envahie par une vague de joie jamais vue depuis l’indépendance, à la faveur du fameux match d’Oum Dourmane. Une joie qui a permis de contenir la vague de colère sourde qui montait depuis longtemps, et qui a fini par exploser en janvier 2011.

Après la guerre du football, les deux peuples se sont pleinement retrouvés dans la contestation de leurs pouvoirs respectifs. Et même s’il est difficile de dire ce que les Egyptiens ont ressenti pour l’Algérie, il est indéniable qu’un immense mouvement de sympathie en faveur de l’Egypte s’est emparé des Algériens. L’image de l’Egypte, avilie et prosternée, a été largement effacée, et remplacée par celle d’un peuple fier, digne, capable de se révolter pour renverser son tyran.

Ce que le football a défait, la politique l’a refait. Et nul doute que les choses ne s’arrêteront pas là, car les effets de l’aventure égyptienne sur l’ensemble du monde arabe ne sont pas encore terminés. Ce qui montre que la politique, utilisée positivement, peut galvaniser les peuples et mobiliser pour réaliser de grandes œuvres. A l’inverse, réduite à une simple course au pouvoir et à un partage de butin, elle devient un élément de destruction du pays et de déstructuration de la société.

A côté de cette formidable évolution que représente le rétablissement de ponts de solidarité entre peuples algérien et égyptien, la vague de contestation en cours comporte de nombreux paradoxes. Même si l’euphorie actuelle les a réduits au second plan, on ne pourra les occulter indéfiniment, car leur poids risque de se révéler décisif pour dessiner la nouvelle carte politique de la région.

Ainsi, le résultat de la révolution égyptienne laisse perplexe. Pour l’heure, s’il faut faire un bilan de ces journées durant lesquelles la place « Tahrir » a été le centre du monde, on notera que Hosni Moubarak a été éjecté, le Parlement suspendu, et l’armée a récupéré les pleins pouvoirs, au sein d’un conseil militaire. Dans la forme, le coup est une vraie réussite, mais dans le fond, c’est un bon vieux coup d’état classique qui a lieu, dans la plus pure tradition arabe et africaine. Coup d’état moderne, peut-être, soft, réalisé au profit de l’armée, avec l’appui de la rue égyptienne et de l’opinion internationale. Mais coup d’état tout de même.

Hosni Moubarak parti, la « rue arabe » a chanté victoire, convaincue qu’elle a restauré son pouvoir. Mais derrière ces millions de personnes qui défilent, comment ne pas relever le poids excessif de la pression américaine, exercée de manière directe et publique pour imposer le départ de Moubarak. A partir d’un certain point, il semblait même que les Etats-Unis avaient commencé à gérer la crise de manière directe. On a noté, au cours d’une journée décisive, des déclarations de Barak Obama, Hilary Clinton, Robert Gates, ainsi que différentes porte-paroles et hauts responsables, qui donnaient l’impression de dicter avec précision ce qui devait être fait en Egypte.

L’attitude des Etats-Unis révélé, elle aussi, deux énormes paradoxes. D’une part, et pour la première dans l’histoire récente, ils semblent accompagner, voire inspirer un mouvement populaire dans le monde arabe. D’autre part, ils mettent autant d’empressement à dénoncer les dictateurs qui tombent qu’ils mettent de force à protéger ceux qui sont encore en poste.

En s’acharnant sur les dirigeants déchus, les Occidentaux nous apprennent qu’ils sont les premiers à tirer sur les ambulances. Tant mieux, car ainsi, ceux qui gouvernent encore dans les pays du sud savent à quoi s’attendre, le jour où ils seront confrontés à la colère populaire.

En ce début 2011, on a aussi redécouvert le paradoxe qu’offre la puissance de la rue. Il n’y a pas mieux que l’enthousiasme populaire pour renverser un ordre injuste. Mais il n’y a pas pire que l’enthousiasme pour rendre aveugle. Et si la ferveur populaire a joué un rôle central pour éjecter Zine El-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, elle a aussi ôté tout sens de la mesure dans l’analyse aussi bien de ce qui s’est passé en Egypte que lors de la marche du 12 février à Alger. En Egypte, on n’a vu que la ferveur de la rue là où le jeu international et le rôle de l’armée ont joué à fond. De même, là où il y avait quelques centaines de personnes, à Alger, les partisans de la marche ont compté des milliers d’interpellations.

Et, pendant que la société algérienne tente de réoccuper l’espace politique et la rue, son opinion est livrée aux chaines étrangères. En ce sens, la marche du 12 février a donné lieu à une vraie bataille entre Al-Jazeera et les chaines françaises, alors que d’autres chaines tentaient de faire un peu de figuration. Par contre, même si l’ENTV a envoyé une équipe sur place, l’Algérie était totalement absente de la bataille : désormais, le Qatar a plus d’influence sur l’opinion algérienne que l’état algérien.

Ceci montre que le champ de bataille a changé. A l’ère Facebook, Twitter, SMS et Al-Jazeera Live, l’Algérie continue de se battre avec les techniques et les hommes du MALG. C’est le meilleur moyen, non de perdre la guerre, mais de ne même pas livrer bataille.

أموال ابن علي ومبارك: كلمة حق يراد منها باطل

عابد شارف

شنت البلدان الغربية حربا ضروسا ضد الأنظمة المستبدة في العالم العربي، كما أعلنت حربا دون هوادة ضد الرشوة التي يمارسها قادة بلدان الجنوب في إفريقيا وآسيا. وأصبح من الممكن أن نتابع هذه الحروب بصفة مباشرة مثلما تابعنا بكل شفافية سقوط الرئيس حسني مبارك من ساحة التحرير.

وبما أنها معروفة باستضافتها للقادة الأفارقة والعرب، ولأموالهم بصفة خاصة، فإن سويسرا كانت في الصف الأول في الحروب ضد الرشوة. وفي هذا الإطار، قررت الحكومة السويسرية تجميد كل ممتلكات الرئيس حسني مبارك وأقربائه، حتى لا يتمتعوا بالأموال التي نهبوها من الشعب المصري. وقد بادرت سويسرا بهذه القرارات بسرعة فائقة، حيث جاء القرار نصف ساعة فقط بعد الإعلان عن الإطاحة بالرئيس مبارك. وقالت الحكومة السويسرية أن تطبيق القرار سيبدأ حالا، وأنه اتخذ لمدة ثلاث سنوات، وأنه يهدف إلى تجنب أية محاولة لتحويل أملاك الدولة المصرية. ويظهر أن سويسرا تعتبر الأموال التي يتم تحويلها ملكا للقادة ماداموا في السلطة، لكنها تصبح أموال الشعب لما يسقط هؤلاء. وحتى البنوك السويسرية فإنها قد غيرت موقفها. وقد تنازل البنك الوطني السويسري عن كل قواعد السر للإعلان أن أملاك حسني مبارك في سويسرا قد تبلغ 2.27 مليار أورو، وهو التصرف الذي لم تسبق وأن أعلنت عنه أبدا في حق قائد أو حتى مواطن غربي إن لم يتم ذلك بطلب رسمي من العدالة…

وقد انتهجت فرنسا نفس الطريق مع الرئيس التونسي زين العابدين بن علي، وذلك بعد أن رفضت استقباله على إثر سقوط نظامه. وقال الناطق باسم الحكومة الفرنسية منتصف الشهر الماضي أن بلاده تبقى في خدمة السلطات الدستورية التونسية لتحديد طريقة التصرف في أموال الرئيس المخلوع، كما أعلنت فرنسا أنها تجمد أموال حسني مبارك.

وكان موقف بريطانيا الأكثر أناقة، حيث قال وزير التجارة أنه لم يكن على علم بوجود أموال للرئيس حسني مبارك في انجلترا… وأكد الوزير أن بلاده لن تبقى مكتوفة الأيدي أمام هذا الوضع، وأنها ستدرس الملف بدقة، وأن القرارت التي سيتم اتخاذها ستكون مرتبطة بالطريقة التي استعملت لجمع تلك الأموال.

ويبدو للوهلة أولى أن تصرف الغرب مع أموال القادة العرب قد تغير، ولأن البلدان الغربية ستضع حدا لوضع غير أخلاقي كان سائدا منذ زمن طويل. ويؤكد هذا التصرف أن البنوك تكون قد اكتشفت بدورها الأخلاق، وقررت أن تتعامل مع أموال الفقراء بطريقة جديدة.

لكن الحقيقة تختلف جذريا، لأن التدابير التي تتخذها أوربا جاءت تطبيقا لسياسة الخناجر التي تكثر لما يسقط الثور، لا أكثر ولا أقل. وتريد البلدان الأوربية بخطابها الجديد أن تصفي ماضيها وتحسن صورتها لدى الرأي العام عندها وعندنا. أما البنوك، فإن البعض منها تريد ببساطة الاستيلاء على تلك الأموال، أو استغلالها لمدة طويلة جدا. ونذكر مثلا أن إيران قضت أكثر من عشرين سنة لاستعادة جزء قليل من أموال الشاه…

وإذا كانت أوربا صادقة في خطابها الجديد، يكفيها أن تتخذ قرارات بسيطة جدا لتبرهن على ذلك. يكفيها أن تتصرف مع القادة الموجودين في السلطة مثلما تتصرف مع القادة المخلوعين. وأول البلدان الذي وجد نفسه أمام هذا المخرج هو فرنسا، لكن باريس رفضت هذا الحل. وقد قامت جمعيات مختلفة في فرنسا منها منظمة « شفافية دولية » Transparency International و »شاربا » Sherpa وعدد من الجمعيات التي شكلها أفارقة في المنفى، قامت تلك الجمعيات بتقديم ملفات كاملة وشاملة حول الأموال التي حولها القادة الأفارقة.

وجاء في تلك التقارير مثلا أن المرحوم عمر بونغو، الرئيس الغابوني الأسبق وأب الرئيس الحالي، كان يكسب 39 بناية وسبعين حساب بنكي في فرنسا، بينما كان من نصيب الرئيس الكونغولي دونيس صاصو نغيسو 24 بناية و112 حساب بنكي. وذكرت إحدى الجمعيات أن قيمة البنايات التي يكسبها ثلاث رؤساء أفارقة في فرنسا تبلغ 160 مليون دولار، ولا يتعلق الأمر هنا إلا بالأملاك التي تمكنت الجمعيات من رصدها…

فشكرا لأوربا على حجز أملاك ابن علي ومبارك، لكن سيكتمل الأمر إذا أعيدت تلك الأموال كلها وبسرعة للبلدان المعنية، وإذا تم تطبيق نفس الإجراءات على القادة الموجودين في السلطة. أما الباقي، كل الباقي، فهو كذب ودعاية.

Les dictateurs déchus sont moins riches, mais jamais pauvres

Les anciens dictateurs risquent de perdre l’argent déposé en Europe.  Et ceux encore en poste ?

Par Abed Charef

La guerre des pays occidentaux contre les dictateurs du sud n’a plus de limite. Tout comme leur lutte contre la corruption imposée par ces potentats ne connait, désormais, plus de répit. On peut suivre les batailles sur ce terrain comme on peut suivre la guerre livrée publiquement, et en toute transparence, sur la pace « Tahrir » du Caire pour déboulloner Hosni Moubarak.

Connue pour abriter l’argent mal gagnée, la Suisse est à la pointe du combat. Elle a décidé de geler tous les comptes de M. Moubarak et de ses proches, pour les empêcher de vivre une retraite dorée avec l’argent du peuple. La France a suivi, après avoir refusé d’accueillir l’ancien président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali. Il s’agit là, à priori, de gestes honorables, décidés pour corriger des « erreurs » antérieures, et pour mettre fin à une situation intolérable. C’est le signe aussi que la vertu finit toujours par triompher.

Pour le président Moubarak, cela s’est fait avec une rare célérité. Une demi-heure après la l’annonce de la chute du « pharaon », la Suisse a annoncé le gel de ses comptes bancaires et ceux de ses proches avec « effet immédiat ». Officiellement, la mesure, prise pour une durée de trois ans, vise à «éviter tout risque de détournement de biens appartenant à l’Etat égyptien».  Pour la Suisse donc, l’argent appartient à un dirigeant arabe tant qu’il est au pouvoir, mais dès qu’il tombe, cet argent devient suspect. C’est le conseil fédéral (gouvernement) lui-même, « prenant acte » de la chute de Moubarak, qui a pris la chose en main, alors que la Banque Nationale Suisse, oubliant le sacré secret bancaire, affichait le montant des avoirs de Moubarak en Suisse, estimé à 2,27 milliards d’euros.

Le porte-parole du gouvernement, François Baroin, avait fait preuve de la même célérité. Dès la mi-janvier, que son pays se tenait « à la disposition des autorités constitutionnelles tunisiennes » pour les aider dans ce domaine. Mais c’est en Grande Bretagne que les dirigeants se sont montrés les plus cyniques. A en croire leur ministre du commerce Vince Cable, ils ne savaient même pas que Hosni Moubarak possédait des comptes chez eux ! « Je ne savais pas qu’il avait d’énormes avoir ici », a dit l’honorable ministre, qui ne veut cependant pas rester les bras croisés. « Nous devons nous pencher sur la question. Mais cela dépend aussi de la manière dont été acquis ces avoirs », a-t-il précisé.

En réalité, ces mesures relèvent d’une incroyable hypocrisie. Aux yeux de la « rue arabe », cela permet de se racheter, et de donner l’impression qu’on soutient la démocratisation dans les pays du sud. Mais en fait, ces mesures permettent à de puissantes banques occidentales de garder cet argent pour de longues périodes, et peut-être de s’en emparer définitivement. Les procès autour de ce type de fortune peuvent prendre jusqu’à vingt ans, voire plus, avant que les sommes en question ne soient éventuellement restituées aux pays concernés. L’Iran a mis plus de deux décennies pour récupérer une partie infime de la fortune du Shah, pendant qu’une autre partie, dont la valeur est encore inconnue, a discrètement disparu dans des comptes numérotés ou dans des circuits inconnus des Etats du sud. De plus, même quand l’argent est restitué, un million de dollars séquestrés pendant vingt ans, cela permet de faire des bénéficies qui représentent vingt fois la somme initiale.

Mais le plus intéressant est ailleurs : pourquoi ces pays européens, qui s’empressent aujourd’hui de prouver leur vertu, ne décident pas de geler les comptes des chefs d’état encore en poste, qu’il s’agisse de potentats arabes, africains ou asiatiques ? Pourquoi l’Europe, qui vient de prendre une décision de geler l’argent de Moubarak, et le Luxembourg, paradis fiscal soft, font-ils tout pour faciliter l’évasion de l’argent du sud vers leurs banques ?

Pourtant, tout plaide en faveur de nouvelles mesures. Des associations ont présenté des dossiers très documentés, présentant la liste des biens et des comptes bancaires de certains dirigeants.  C’est en France que la situation est la plus avancée, en raison du poids excessif de la « Françafrique » et des réactions qu’elle suscite. Une enquête engagée depuis 2007 avait recensé 39 propriétés et 70 comptes bancaires détenus par feu Omar Bongo, ancien président du Gabon et père de l’actuel chef de l’état. La famille de M. Sassou Nguesso, président du Congo détenait 24 propriétés et 112 comptes bancaires. M. Teodoro Obiang, président de la Guinée équatoriale, avait lui aussi accumulé propriétés et voitures de luxe, tout comme le président du Cameroun Paul Biya et l’angolais Eduardo Dos Santos. Les trois premiers chefs d’état possèderaient un  parc immobilier d’une valeur de 160 millions d’euros, selon Transparency International. Depuis, les enquêtées ont été affinées, et il est possible d’établir un listing détaillé de ces biens, même si nombre de dirigeants arabes ont de plus en plus recours à des systèmes plus opaques, comme les paradis fiscaux et les banques du Golfe.

Pour l’heure, cependant les dirigeants occidentaux excellent dans un sport : tirer sur les ambulances. On s’en contentera. Même si aucun ancien dictateur n’est devenu pauvre.

Nouvelles alliances dans le monde arabe

par Abed Charef

Hillary Clinton affiche les mêmes objectifs que les manifestants de Tunis et du Caire. Vraie alliance ou convergence temporaire ?

Nicols Sarkozy a bien de la peine. Ses anciens amis subissent des revers, et il ne peut rien faire pour eux. L’ami Hosni Moubarak, dont il avait fait le co-président de l’Union pour la Méditerranée (UMP), est vivement contesté dans son propre pays, et ne peut terminer 2011 au pouvoir. L’ancien ami Zine El-Abidine Benali, à qui on avait également fait une place de choix au sein de l’UPM, a été contraint de sortir par la petite fenêtre, sous les sifflets de son propre peuple et sous les quolibets de l’opinion internationale. Les nouveaux amis, comme Mouaammar Kadhafi, et les amis plus sûrs, comme Mohamed VI, sont certes toujours en poste, mais un vent de fronde incroyable les menace. En Jordanie, en Algérie, et partout, un air de jasmin flotte dans l’air. Un air que Nicolas Sarkozy n’a pas su anticiper. Pire, les démêlés de certains de ses ministres, empêtrés dans des histoires ridicules, comme Michèle Alliot-Marie, montrent que la France croyait à une situation immuable sur la rive sud de la méditerranée. Et c’est sur cette stagnation que la France a choisi de fonder l’avenir des relations autour de la Méditerranée ! La France était pourtant bien placée, pour sentir à la fois l’aspiration au changement sur la rive sud, et la nécessité de ce changement. Il suffisait de suivre les pérégrinations du projet de l’Union pour la Méditerranée pour s’en rendre compte. Pourquoi le projet UPM n’a pas avancé ? Non parce que les pays arabes y étaient hostiles, mais parce que la force d’inertie les empêchait d’accompagner le mouvement. Ces pays n’avaient ni les institutions, ni le cadre législatif, ni la culture de l’action nécessaires pour s’intégrer dans un projet d’une telle envergure.

 Sous cet angle, la politique française parait bien archaïque, et totalement dépassée, à l’inverse d’une politique américaine qui tente de surfer sur la vague de la révolte, et qui a réussi un coup de force exceptionnel, celui d’apparaitre comme une force du changement et de l’innovation alors que les Etats-Unis portaient à bout de bras nombre de régimes en place dans le monde arabe. La nouvelle politique américaine n’est pourtant pas une surprise. Les prémices en étaient visibles depuis un moment. Les Etats-Unis cherchaient seulement le terrain et le moment où la recette pourrait être appliquée. Ce fut d’abord le Liban, où une « révolution » s’inspirant des grands mouvements de foule colorés des anciens pays de l’est (Ukraine, Géorgie), a permis de mettre fin à la présence syrienne au pays du Cèdre. Ce que la force n’avait pu réaliser, la rue l’a obtenu. Les Américains ont vu alors qu’un mouvement de rue pouvait être exploité, y compris dans le monde arabe, pour imposer des solutions américaines.

 Une situation inédite qui méritait d’être explorée. Plus question donc de recourir à la force brutale, qui a montré son échec, et qui n’a servi qu’à une radicalisation de l’opinion arabe.

 La méthode Obama remplaçait la méthode Bush, mais l’objectif restait le même. Les Etats-Unis voulaient, pour le monde arabe, un changement susceptible d’imposer un nouvel ordre plus favorable à leurs intérêts. Les régimes en place, devenus, en raison de leur inertie, un handicap à la politique américaine, devaient être débarqués. La révolte en Tunisie a servi de première expérience pour débloquer la situation, ce qui explique le discours novateur de Barak Obama et Hillary Clinton, un discours que ne renierait pas un manifestant de la place « Ettahrir ». Ceci a débouché sur une situation totalement inédite, qui a laissé perplexe les militants anti-impérialistes les plus radicaux : une convergence étonnante entre la politique américaine et les aspirations de la rue arabe. D’un côté, les Etats-Unis veulent bousculer un monde sclérosé, pour imposer un ordre plus moderne, susceptible de mieux servir les intérêts ; de l’autre côté, la rue arabe veut se débarrasser de ses tyrans et de dirigeants archaïques, qui étouffent les libertés et empêchent leurs pays d’accéder à la modernité.

Ceci rappelle, pour l’Algérie, la délégation des Amis du Manifeste (AML), remettant à des émissaires américains les revendications du mouvement national, lors de la seconde guerre mondiale, ou encore les chefs de tribu du Moyen-Orient s’appuyant sur les Etats-Unis pour se débarrasser de la présence turque ou franco-britannique au début du XXème siècle. Mais dans l’histoire moderne, les revendications populaires des sociétés arabes et la politique américaine se sont presque systématiquement retrouvées en conflit, non seulement à cause du soutien américain à Israël, mais aussi à cause du soutien des Etats-Unis à des régimes impopulaires. Faut-il en déduire que l’avènement de « Hussein » Obama marque le début d’une nouvelle étape ? Quelques frémissements sont perceptibles, comme cette insistance américaine à imposer le changement, ou cette inquiétude qui perce en Israël. Mais pour le reste, rien ne permet d’entrevoir une alliance durable entre la fameuse « rue arabe » et les Etats-Unis. Pour deux raisons essentielles. En premier lieu, les Etats-Unis sont toujours dans la même logique, mais ils utilisent des méthodes modernes, moins arrogantes, moins repoussantes. Ensuite, la « rue arabe » ne dispose pas encore d’institutions en mesure de définir ses intérêts, et de les défendre face à la puissance américaine. On risque dès lors de se retrouver face à un nouveau paradoxe : la rue arabe va applaudir des dirigeants issus de laboratoires américains, qui nous ont créé hier nos héros, qui avaient pour nom Saddam Hussein et Ben Laden, et qui, demain, nous créeront de nouveaux héros, avec des looks modernes et branchés. Et le jeu continuera indéfiniment, jusqu’au jour où les sociétés arabes pourront choisir librement leurs dirigeants ; des dirigeants choisis non sous le coup de la colère ou de l’émotion, mais choisis parce que ces dirigeants veilleront à préserver la liberté des Algériens et défendront leurs intérêts, quitte à faire des compromis raisonnables avec les grandes puissances.

<!–

0 fois lus

–>

Une révolution unique pour une transition très classique

La Tunisie est toujours dans l’euphorie. Elle vit comme un rêve, mais ses problèmes de transition sont d’un très grand classicisme.

Par Abed Charef

(Article poublié le 27 janvier 200)

Après une période de tâtonnements, les principaux partenaires de la crise tunisienne tentent, tant bien que mal, de reprendre la main pour remplacer la rue comme centre du pouvoir. Qu’il s’agisse d’acteurs internes ou externes, chacun essaie de se placer dans l’échiquier, pour négocier ou imposer ses positions. Le tout se déroule dans un beau désordre, symbolisé par cette rue encore en effervescence, et qui tente de ne pas se laisser confisquer sa « révolution du jasmin ». Jusqu’au jour où le nouvel ordre imposera ses propres règles.

Quatre grands groupes de partenaires se trouvent impliqués dans cette aventure. Et, pour l’heure, les plus puissants sont les plus discrets. Il s’ait des partenaires extérieurs de la Tunisie. La France, les Etats-Unis, l’Italie, mais aussi l’Algérie et la Libye, ont des positions à faire valoir. Du fait de la géographie, des intérêts économiques et politiques, et des effets de contagion éventuels, chacun tente d’influer, à sa manière, sur le cours des évènements.

Dans cette compétition, le leader libyen Mouammar Kadhafi parait le grand perdant, car le plus archaïque. C’est en effet le seul chef d’état au monde à avoir publiquement regretté le départ de l’ancien président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali. A l’inverse, Barak Obama s’est montré très habile, en saluant la révolution tunisienne, alors que les Etats-Unis ont une solide tradition d’hostilité envers tout ce qui est populaire. Quant à la France, après s’être couverte de ridicule, elle a fait son mea-culpa, en attendant son heure.

Les autres acteurs de la crise sont à l’intérieur. Le premier d’entre eux est l’armée, qui tente de piloter à vue une situation inédite pour elle. Son plus haut gradé, le général Rachid Ammar, chef d’état-major de l’armée de terre, s’est rendu auprès des manifestants pour lancer un coup de semonce. L’armée défendra la révolution, mais attention au chaos, qui crée le vide, propice à la dictature, a-t-il dit. Il a laissé un délai de six mois pour passer le cap de la transition.

Chose rare, l’armée tunisienne a bonne presse. Car le régime tunisien s’appuyait beaucoup plus sur la police, de sinistre réputation. Et la déclaration du chef d’état-major de l’armée de terre, qui semble avoir joué un rôle central dans la destitution du président Ben Ali, en refusant de tirer sur les manifestants, parait empreinte de bon sens. La rue a besoin de respirer, de jouir pleinement de sa victoire, de sentir son pouvoir et de l’exercer, même de manière désorganisée. Après deux décennies et demie d’étouffement, cette bouffée de liberté est salutaire.

En face de l’armée, les forces politiques, décimées par l’ancien pouvoir, ne semblent pas encore en mesure de tirer profit de la situation. A l’exception de l’islamiste Ennahdha, les partis d’opposition sont partagés sur les prochaines échéances. Organiser des élections présidentielles et législatives dans l’immédiat signifie que les formations émergentes vont aller vers l’inconnu, car aucun parti ne dispose d’une véritable organisation. Demander le report des échéances implique, à l’inverse, que la Tunisie doit encore composer avec des symboles de l’ancien régime, même si ceux-ci essaient de se recycler dans la nouvelle donne politique.

La rue, quatrième acteur de la crise, essaie précisément d’en finir avec ces symboles de l’ère Ben Ali. Elle ne veut pas se laisser voler sa victoire, et se bat pour imposer ses rêves, même si elle le fait parfois dans une belle pagaille. Les manifestations se sont ainsi poursuivies pendant cette semaine pour exiger le départ du gouvernement de Mohamed Ghannouchi. Celui-ci, naviguant à vue, ne semble pas avoir un cap bien précis. Après s’être autoproclamé président, il est redevenu simple premier ministre, avant de former un gouvernement qu’il a été contraint de remanier au bout d’une semaine.

Enfin, tapis dans l’ombre, soucieux de ne pas heurter l’opinion en montrant la force de leur organisation, les islamistes, ultimes acteurs de la crise, attendent leur heure. Avec une belle carte à jouer. Car si des courants novateurs au sein du pouvoir ne réussissent pas à établir des ponts avec la rue, et si les partis d’opposition ne quittent pas l’euphorie dominante pour revenir au réel, le vide imposé par l’ancien pouvoir risque fort d’être comblé par les islamistes. Ou par l’armée, qu’elle le fasse pour imposer un hold-up ou par nécessité.

Ceci donne, au bout du compte, un schéma d’une transition très classique en Tunisie. Avec les mêmes acteurs qui étaient, par exemple, partie prenante de la transition ratée en Algérie, même si le poids des uns et des autres n’est pas le même.

Pour l’heure, cependant, la Tunisie semble avoir deux urgences : relooker la façade gouvernementale, en y mettant des visages plus avenants, et, surtout, se doter d’un véritable plan de gestion de la transition. C’est ce cap, une sorte de nouveau compromis historique pour les prochaines décennies, qui donnera de la consistance au nouveau pouvoir. L’armée tunisienne doit favoriser pour faire émerger ce nouveau pacte, car si la situation dérape, c’est elle qui aura à en assumer les conséquences.