Le monde enchanté des séminaires économiques

Le débat économique fait défaut en Algérie. Mais il ne faut surtout pas le chercher dans les séminaires organisés.

Par Abed Charef

Les séminaires économiques offrent
une parenthèse enchantée d’efficacité et de bons sentiments. De la fiction pure.
Non parce que ce qui est dit est trop théorique, ou que les participants, des
professeurs d’université à la longue tignasse en désordre, disent des choses aussi
incompréhensibles que merveilleuses. Ni parce que ces lieux sont des forums
où on échange doctement des idées ou des principes sur la gestion, juste pour
briller ou pour faire belles phrases.

Non. C’est plus beau que ça. Ce
sont des lieux qui relèvent plutôt du bal masqué. Où tout le monde joue un
rôle. Chacun a bien appris son texte, dans une partition bien réglée, et en
fait une présentation irréprochable, pour s’attirer l’admiration de ses pairs
et de toute l’assistance, sans pour autant s’aventurer sur des chemins difficiles
ou dangereux. Le tout se joue selon une règle très chère aux économistes :
gagnant-gagnant. Et si jamais un dérapage se produit, ou une phrase
malencontreuse choque l’assistance, cela n’a guère d’importance. On est entre
spécialistes, entre initiés.

Dans les séminaires économiques
algériens, on retrouve les mêmes conférenciers, consacrés par les faiseurs
d’opinion du pays et par les chefs d’entreprises. Chercheurs soucieux de
briller, mais vivant à la lisière du pouvoir, professeurs d’université à la
recherche de postes de conseillers, anciens ministres sur le retour. Et des
chefs d’entreprises d’une redoutable efficacité, comme vous l’assurent à longueur
de journée des « experts internationaux » omniprésents.

Dans ces espaces, tout le monde
affiche un CV à faire pâlir de jalousie un « doctour » égyptien. Le
must, c’est d’afficher une formation poussée, une carrière dans l’entreprise
publique, et un passage dans des institutions internationales. Cela justifie
pleinement le droit de s’installer dans le statut de consultant, et d’y ajouter
parfois le qualificatif d’international pour faire chic.

Tous ces titres donnent
une certaine crédibilité, et donnent surtout l’illusion du savoir, condition
indispensable pour accéder aux travées du pouvoir, politique ou économique. Car
tout est là : le savoir exhibé n’est rien s’il ne sert à séduire les dirigeants
politiques et les propriétaires d’entreprises, les deux autres grands groupes d’acteurs
qui peuplent les séminaires économiques.

Et dans ce créneau, on
est plutôt bien servi. Les dirigeants d’entreprises privées vivant largement de
la rente sont présents en force. Ils dénoncent la bureaucratie et le manque d’efficacité
économique, l’instabilité et le manque de visibilité. Ils parlent de stratégie,
de plans de développement, de management et d’autres concepts tout aussi
savants, mais eux-mêmes vivent au jour le jour, attendant l’intervention d’un
ministre ou le coup de pouce d’un wali pour décrocher un marché. Ils exigent du
gouvernement l’établissement de règles du jeu, mais ils travaillent largement l’informel.
Ils regrettent l’absence d’encouragement à la production, eux qui réalisent l’essentiel
de leurs profits dans l’import-import. Et plus le gouvernement multiplie les
facilités, plus ils en redemandent. Pourquoi se gêner, du moment que l’exécutif
est prêt à répondre à toutes les sollicitations des « entrepreneurs »
et « managers » ?

Quant aux anciens
ministres et hauts responsables qui fréquentent les séminaires, ils sont
étonnants de duplicité. Ils énoncent des principes qu’ils n’ont jamais respectés
quand ils étaient aux affaires, et affichent des positions qui leur
paraissaient farfelues quand ils faisaient partie du gouvernement. Ils alignent
des projets très séduisants, sans jamais expliquer pourquoi ils ne les ont pas appliqués
quand ils en avaient le pouvoir. Ils parlent de Keynes, de la relance par la
dépense publique, de modèle coréen ou turc, mais quand ils avaient à gérer de
grandes entreprises ou des ministères, ils se comportaient en parfaits
bureaucrates, incapables d’innover, attendant les instructions.

Mais il faut leur
reconnaitre qu’ils tiennent bien leur rôle. Ils font bien ce qu’on attend d’eux.
Comme les autres participants aux colloques économiques, ils sont là, dans un
rituel sans aucune connexion avec le réel. Ils affichent des idées, des
positions et des attitudes sans rapport avec leur comportement au quotidien. Ils
sont comme Daho Ould Kablia défendant la démocratie, ou Ahmed Ouyahia prônant
des élections libres : eux-mêmes n’y croient pas, mais savent que c’est le
seul moyen qu’ils connaissent pour rester au pouvoir, pour les uns, ou gagner
encore plus d’argent, pour les autres.

Un général très efficace

A chaque crise, son dialogue. Et à chaque dialogue, ses spécialistes.

Le Quotidien d’Oran, 19 mai 2011)

Par Abed Charef

On le pensait parti. Ou à la retraite. Il coulait des jours heureux après une longue carrière militaire et une intrusion tout aussi réussie dans la politique. D’une manière ou d’une autre, il devait être loin, très loin, à savourer des moments de bonheur qu’offre le sentiment du devoir accompli. N’a-t-il pas participé à toutes les épopées de l’Algérie moderne, de la libération à la construction de l’état, avant de couronner le tout par une participation active à la guerre ultime menée pour préserver l’état algérien ?

On l’imaginait donc plein de cette sagesse qu’acquièrent les anciens guerriers, ceux qui ont passé toute leur énergie à combattre des ennemis de tous genres, et connaissent donc la valeur de la vie aussi bien que sa futilité. Il devait suivre la vie politique de manière distraite, pensait-on, et s’amuser de l’agitation de ces nouveaux hommes politiques sans envergure qui pensent changer le monde. Quant aux ambitions, il savait ce qu’elles valent : peu de chose, particulièrement quand on est au crépuscule de la vie, ayant atteint les soixante dix ans.

C’est un âge où on fait le bilan d’une vie, et on écrit ses mémoires. Pour laisser une image à la postérité, après une vie si bien remplie. Et la vie de cet homme a été bien remplie, dit-on. Il a fait le coup de feu contre la France, servi sous Ben Bella puis sous Boumediène, avant de prendre du grade et de l’épaisseur sous Chadli. L’apothéose, avec la fortune, est venue plus tard, avec un compagnon de longue date, Khaled Nezzar, qui lui a donné l’occasion d’exprimer pleinement son talent. Pendant que Nezzar menait les troupes au combat, lui se chargeait de donner les fondements théoriques de cette nouvelle politique. Il a, dit-on, doté l’armée d’une doctrine solide, contribuant à donner un sens à des choix politiques qui semblaient, jusque-là, hasardeux. Enfin, il a pas participé, comme acteur principal au sauvetage du pays, en organisant un dialogue national qui a amené Liamine Zeroual au pouvoir en 1994.

Il faut pourtant bien admettre, aujourd’hui, que le général Mohamed Touati a encore du ressort. Non seulement il n’est pas parti, non seulement il n’a pas quitté la scène, mais le voici de nouveau remis en selle, pour participer à l’organisation du dialogue national annoncé par le président Abdelaziz Bouteflika. Avec son compère Abdelkader Bensalah, il est chargé d’organiser des consultations qui devraient déboucher sur de profondes réformes politiques, avec notamment une nouvelle constitution, et de nouvelles lois sur la presse, les partis et, peut-être, sur la vie.

Les deux hommes avaient si bien réussi le dialogue de 1993 que le pouvoir (le pouvoir, pas M. Bouteflika) les a naturellement rappelés pour mener de manière tout aussi efficace le dialogue version 2011. Le pays ne pouvait tout de même se passer de telles compétences, ni occulter le savoir-faire et l’expertise de ces spécialistes du dialogue, qui ont déjà fait leurs preuves.

Avec de tels experts, le pouvoir se donne une solide garantie de résultat. A travers M. Bensalah et le général Touati, il va dialoguer avec lui-même, consulter ses clients, et prendre l’avis de sa société civile. Il va recevoir les propositions éclairées de Bouguerra Soltani et celles, tout en nuances, de Abdelaziz Belkhadem, calmer la controverse entre le RND et le FLN sur la nécessité de soutenir le président Bouteflika, et, cerise sur le gâteau, écouter Abderrahmane Belayat expliquer les vertus du parlementarisme. Il va organiser des tables rondes, certaines télévisées, d’autres pas, sur les avantages et les inconvénients du bicaméralisme, multiplier les réunions de conciliation pour aplanir les points de divergence et, au bout du parcours, adopter une nouvelle constitution.

Laquelle ? Celle dont le texte est déjà prêt. Ou qui n’existe pas encore, peu importe. Une constitution qui consacre les libertés, reconnait aux partis le droit d’exister, consacre la liberté de pensée ou d’expression, comme elle va consacrer l’islam religion d’état et le tamazight langue nationale. Une copie du texte sera distribuée à tout le monde, avec une dédicace du général Touati. Et chacun rentrera chez soi, avec le sens du devoir accompli.

Et c’est avec la nouvelle constitution que le pouvoir nommera le nouveau président, en 2014, ou avant. Preuve ultime que le dialogue aura réussi, et que le général Touati aura, une nouvelle fois, réussi sa mission.

عودة خبراء الحوار

عودة خبراء الحوار عابد شارف

أين كان الجل؟ ولماذا هذا الغياب الطويل؟ قال البعض أنه عاد إلى القرية التي ولد فيها ليعيش أياما سعيدة هادئة بعد أن أحيل على التقاعد، بعد سنوات طويلة وشاقة قضاها في خدمة الوطن والجيش. وقالوا أنه قد ضحى طويلا ومن حقه أن يقضي أياما هادئة بعد أن قام بواجبه، حيث شارك في كل ملاحم الجزائر المعاصرة، من حرب التحرير إلى مواجهة الهمجية التي كانت تريد القضاء على الدولة الجزائرية، مرورا بمرحلة بناء الجيش الوطني الشعبي وإقامة الدولة الجزائرية. ومع تجربته الطويلة في الحياة العسكرية ثم السياسية، توفرت عند الرجل تلك الرزانة التي لا نجدها إلا عند أصحاب أكبر وأغنى التحارب في الحياة الدنيا. وفعلا، أصبح الرجل ينظر بسخرية إلى كل هؤلاء المناضلين الذين يدعون تغيير مسار الدنيا، كما أنه يعلق بسخرية على تصرف أولئك الانتهازيين الذين يستعملون خطابا عنيفا لمهاجمة الحكومة ثم يدخلون الصف ليطلبوا منصبا… وأعطته تجربته الطويلة الرزانة الكافية ليعرف أن الطموح كثيرا ما يتحول مع السنين إلى مورد للثروة… واليوم، فقد بلغ الرجل السبعين، وهو السن الذي يفكر فيه الإنسان في تقييم حصيلة حياته، كما يفكر في كتابة مذكراته ليترك عن نفسه صورة تبقى خالدة… أو لم تكن حياته مليئة بالذكريات التي يجب تدوينها؟ ألم يشارك في طرد فرنسا قبل أن يشارك بناء الدولة مع أحمد ابن بلة وهواري بومدين، قبل أن يصل إلى القمة مع الشادلي بن جديد وعلي كافي؟ وتوصل الرجل رفقة خالد نزار إلى أعلى المناصب، فبينما كان نزار يحارب ميدانيا أعداء الدولة الجزائرية، كان الرجل يجتهد ليعطي تلك المغامرة قاعدة سياسية وإيديولوجية تتداولها الأجيال. وفي نهاية المطاف، شارك في تنظيم الحوار الوطني الذي أدى إلى تعيين اليمين زروال رئيسا للدولة الجزائرية، وكان ذلك أكبر انتصار له، وهو الانتصار الذي أكد أن الرجل يستحق أن يكون فعلا العقل المدبر للدولة الجزائرية… أما اليوم… أما اليوم، وقد أعلن الرئيس عبد العزيز بوتفليقة عن تنظيم حوار وطني للقيام بإصلاحات سياسية شاملة، فاضطر الرجل إلى العودة من جديد إلى الساحة… وكيف لا يعود إلى الساحة ليلبي نداء الواجب الوطني؟ إنه مازال قادرا على التضحية ومستعدا لتقديم كل التضحيات… وموازاة لذلك، فإن الجزائر لا تستطيع أن تستغني عن أكبر الكفاءات وأحسن القدرات، خاصة وأن عملية الحوار السياسي قضية صعبة ومعقدة، تتطلب تجنيد كل الطاقات… وهل يوجد في الجزائر بل وفي العالم العربي من هو أعرف بالحوار من الجنرال محمد تواتي؟ وسيشرع الجنرال تواتي، رفقة السياسي المحنك عبد القادر بن صالح، ابتداء من هذا الأسبوع، في تنظيم حوار سياسي شامل كامل سيسمح بمشاركة كل القوى السياسية في البلاد لينتهي السنة القادمة بالموافقة على دستور جديد. نعم يا سيدي… ستصادق الجزائر على دستور جديد السنة القادمة… ولا يدخل الجنرال تواتي في عملية سياسية إلا وتنجب دستورا جديدا ورئيسا جديدا. ومع وجود الجنرال تواتي في لجنة الحوار، فإن العملية ستنجح لا محالة. وبفضل الجنرال تواتي، سيحاور النظام نفسه، ويلتقي الأحزاب التي أنشأها أو قام بتعيين قادتها، وسيتفاوض مع المجتمع المدني الذي يأكل من فضلاته. وسيستمع إلى الآراء التقدمية التي سيتفضل بها السيد عبد العزيز بلخادم ويناقش الأفكار العلمية التي سيقدمها السيد بوقرة سلطاني، دون أن ننسى رموز العصرنة والتقدم التي ستشملها أطروحات السيد أحمد أويحيى وحزب التجمع الوطني الديمقراطي. وستتمثل إحدى أهم المحطات الحوار في تحليل مزايا النظام البرلماني التي سيناقشها أحد أبرز قادة الأفلان، وهو السيد عبد الرحمن بلعياط. ولا شك أن الجنرال تواتي سيعرف كيف يجمع بين كل هذه الآراء المتناقضة، ليخرج بدستور جديد يضمن الحريات ويحترم حقوق الإنسان، ويكرس التعددية. وليس من المهم أن نتكلم عن محتوى الدستور بالتفاصيل، وسنكتفي بالتركيز على أهم نقطة، لأنها أساسية في بناء الديمقراطية في البلاد، وهي أن الدستور لا يمنع أبدا النظام القائم من تعيين الرئيس الذي يريد لخلافة السيد عبد العزيز بوتفليقة. أما الباقي، كل الباقي، فهو ثانوي… وسيؤكد هذا المسار مرة أخرى أن الجنرال تواتي ضابط بارز ماهر، لا يفشل أبدا في المهام التي يكلف بها مهما صعوبتها. Laquelle ? Celle dont le texte est déjà prêt. Ou qui n’existe pas encore, peu importe. Une constitution qui consacre les libertés, reconnait aux partis le droit d’exister, consacre la liberté de pensée ou d’expression, comme elle va consacrer l’islam religion d’état et le tamazight langue nationale. Une copie du texte sera distribuée à tout le monde, avec une dédicace du général Touati. Et chacun rentrera chez soi, avec le sens du devoir accompli. Et c’est avec la nouvelle constitution que le pouvoir nommera le nouveau président, en 2014, ou avant. Preuve ultime que le dialogue aura réussi, et que le général Touati aura, une nouvelle fois, réussi sa mission.

Le sarkozysme, ou les chemins d’un racisme assumé

La France n’est pas raciste. Elle est simplement devenue sarkozyste. Ce qui n’est pas très différent.

Par Abed Charef

Qui est Zinedine Zidane ? Le meilleur footballeur de sa génération, qui a donné à la France une coupe du monde et une coupe d’Europe. Un spécialiste des sondages dirait que c’est l’homme le plus populaire de France depuis le décès de l’Abbé Pierre. Un footballeur définirait Zidane comme le partenaire idéal, car c’est le joueur qui fait le meilleur geste possible dans n’importe quelle situation. Un supporter algérien aigri dirait que Zidane est le footballeur algérien que la France nous a volés, et un apparatchik du FLN, tendance Belkhadem, qualifierait Zidane de traitre à son pays.

Toutes ces définitions de Zidane sont possibles. Mais il y en a une, nouvelle, que vient d’inventer le sarkozysme, lui-même nouveau concept politique inventé par la droite française. Selon la définition sarkozyste, Zidane est un binational, un immigré intégré, mais qui risque de mal tourner car l’un de ses enfants pourrait, un jour, porter le maillot de l’équipe d’Espagne plutôt que celui de la France. Ce jour-là, Zinedine Zidane deviendra un maghrébin, un arabe, un demi-français, susceptible d’être déchu de sa nationalité ou expulsé.

C’est là que mène le sarkozysme. Le citoyen n’est pas vu selon sa formation, sa réussite, son statut social, ses choix politiques ou son militantisme. Il n’est pas riche ou pauvre, travailleur ou chômeur. Il échappe à tous les classifications traditionnelles pour être rangé dans de nouvelles cases réinventées par le sarkozysme : l’ethnie et la religion. Et même sur ce chapitre, la classification ne concerne pas les catholiques et les protestants, ni les juifs et les bouddhistes. Elle s’adresse aux seuls noirs et arabes. Une sentence consacrée par Eric Zemmour, qui émettait cette célèbre fetwa : les Français issus de l’immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… c’est un fait », a-t-il dit au cours d’une émission grand public.

Eric Zemmour est lui-même un juif d’origine algérienne. Ses parents ont quitté l’Algérie pendant la guerre de libération. Passé de l’autre côté de la barrière, appartenant désormais à la bonne société civilisée, il peut s’en prendre librement aux autres, les non civilisés, ceux qui, selon Nicolas Sarkozy, ne sont pas encore entrés pleinement dans la civilisation. Une attitude qui montre bien ce qu’est le sarkozysme : on met en avant des références raciales, ethniques ou religieuses, sans craindre d’encourir une condamnation morale. Et c’est le chef suprême de la confrérie, Nicolas Sarkozy, qui donne l’exemple, en s’en prenant par exemple aux Roms, ces « beni aadess » de l’Europe.

Avec le temps, cette mise en avant systématique de la race et de l’ethnie à des fins électorales, a créé un nouveau comportement. Et en France, on évoque désormais la race comme une source potentielle de problèmes. Comme une tare. Et passé l’épopée de la génération « black blanc beur », les déboires de l’équipe de France de football ont désormais une nouvelle explication : c’est la faute aux noirs et aux arabes

C’est scientifique : on a cherché pendant trop longtemps de grands gaillards dans les banlieues, et on n’a trouvé que des noirs et des arabes. Pendant ce temps, l’Espagne s’orientait vers des joueurs plutôt petits et techniques. Et c’est l’Espagne qui est championne du monde.

La solution est donc toute trouvée : il faut revoir les critères l’admission des jeunes dans les centres de formation. Et privilégier les petits blancs. On n’ira pas jusqu’à dire ceux qui ont le physique de Sarkozy, mais on n’est pas loin. . D’autant plus que parmi ces milliers de jeunes qui passent dans les centres de formation, nombre d’entre eux, convaincus qu’ils n’auront pas leur place en équipe de France, choisissent l’équipe nationale de leur pays d’origine. Comment faire en sorte que seuls ceux qui joueront pour l’équipe de France puissent accéder en priorité aux centres de formation ? Et de là, le débat a naturellement dérapé vers les binationaux, pour leur barrer le chemin de la formation dans les centres français.

La bêtise, comme le racisme, n’ayant pas de limite, un député UMP a proposé de limiter les droits politiques des binationaux, ce qui est une absurdité juridique. Mais l’homme n’en a pas moins demandé l’établissement d’un fichier national pour les recenser. Dans la même veine, le célèbre Eric Besson, promoteur du débat sur l’identité nationale française, a suggéré l’établissement d’une “hiérarchie des appartenances” qui imposerait que l’appartenance à la France relègue en arrière-plan l’autre nationalité.

Un ancien footballeur, se déclarant non raciste, a proposé de faire payer aux pays concernés les frais de formation des footballeurs qui rejoindraient les équipes nationales d’Algérie, du Maroc ou du Sénégal par exemple. L’idée est bonne, à condition de l’élargir à d’autres domaines, et que Nicolas Sarkozy, qui a publiquement lancé l’idée d’immigration choisie, accepte de payer la formation des dizaines de milliers de personnes qui acquièrent une formation de haut niveau dans les pays du sud pour être absorbés par les pays du nord. Et là, il ne s’agit pas de quelques dizaines de footballeurs, mais de milliers d’ingénieurs, médecins, sociologues et universitaires dont les pays d’origine se sont saignés pour leur payer la formation.

Et accessoirement, la France devra payer à la Hongrie le fait de lui avoir volé un futur chef d’état. On verra alors si la France ne préfèrera pas expulser Sarkozy pour se débarrasser du sarkozysme.

Le jasmin et le souffre

Quand la Tunisie replonge dans la contestation, sa révolution ne sent plus le jasmin, mais le souffre.

Par Abed Charef

L’euphorie est brusquement retombée en Tunisie en ce début mai, cédant la place à un réalisme beaucoup moins romantique, sous lequel pointe une certaine inquiétude. En quelques jours, la violence a repris le dessus, avec son lot de manifestations et de répression et, pour finir, un  couvre-feu imposé à Tunis. Comme si la révolution ne sentait plus le jasmin, mais le soufre.

Cette évolution inquiétante a un mérite essentiel : ramener le pays au réel, pour poser les vrais enjeux de cette étape. Elle oblige différents acteurs à descendre de leur nuage, pour regarder la société tunisienne en face. Avec sa vitalité, son énergie, son aspiration au changement, mais aussi ses tares, qui sont nombreuses. Et à tenir compte aussi de la fragilité de ce pays, dont le destin ne peut être séparé de celui de ses voisins, Algérie et Tunisie.

Depuis le départ précipité du président Zine El-Abidine Ben Ali, il y a trois mois, la Tunisie semblait vivre comme dans un nuage. Tout, absolument tout, semblait possible. Il suffisait de sortir dans la rue pour faire chuter un gouvernement. Il suffisait d’une assemblée générale pour obtenir la tête d’un gouverneur ou d’un directeur de journal.

Les Tunisies planaient, convaincus qu’ils venaient d’inventer la révolution. Le monde entier chantait les mérites du jasmin, et les grandes puissances, traditionnellement hostiles aux mouvements de rue, découvraient brusquement les vertus de la contestation populaire. Le moment était grandiose, et la réaction de la rue était justifiée, car ces millions de personnes avaient « vieilli dans l’attente de ce moment historique », selon une formule devenue célèbre.

Sous l’euphorie, cependant, les problèmes s’accumulaient. L’économie tunisienne, déjà fragile, se trouvait au bord de l’asphyxie. Le tourisme, qui n’aime pas l’instabilité, était menacé. Les industries de la sous-traitance, sous pression à cause de la récession, subissaient de nouvelles contraintes liées à la contestation. Il fallait aux dirigeants tunisiens faire la tournée des capitales « amies » pour trouver de quoi joindre les deux bouts.

Mais ceci était somme toute prévisible, et un peuple aussi longtemps étouffé avait le droit d’exprimer son bonheur, même de manière maladroite. Par contre, ce qui était inquiétant, c’est cette impression de non gestion de la transition qui dominait jusque-là, car le gouvernement tunisien, pris dans la gestion des urgences, donnait l’impression d’être préoccupé par la seule idée de résister à la pression de la rue, et naviguer sans cap et sans de véritables perspectives.

En fixant au 24 juillet l’élection d’une assemblée constituante, il commettait sa première bévue. Car il est impossible à un pays comme la Tunisie de préparer des élections crédibles en si peu de temps. En fait, le gouvernement, désigné par l’armée, donnait l’impression de vouloir se débarrasser de certaines tâches qu’il ne pouvait assumer, quitte à aller vers l’impasse, accentuant cette tendance à se débarrasser des tâches les plus ardues, en les confiant à d’autres, même en sachant qu’ils ne peuvent les mener à bien.

Mais aujourd’hui que l’échéance se rapproche, il faut bien regarder les choses en face. Comment organiser des élections alors que les principaux changements se limitent à la destruction partielle de l’appareil du RCD de Ben Ali, et à la réhabilitation des islamistes d’Enahdha ? C’est ce qui semble inquiéter les états-majors politiques, et poussé le premier ministre Beji Caïd Essebsi à évoquer l’hypothèse d’un report des élections, même si Ennahdha, faisant preuve d’une incroyable arrogance, a voulu se montrer rassurant en promettant de ne pas prendre la majorité au prochain parlement, au moment où un ancien ministre de l’intérieur mettait en garde contre un possible coup d’état en cas de victoire d’Ennahdha. En un mot comme en cent, la Tunisie redoute une répétition du scénario algérien de 1991.

La situation est d’autant plus inquiétante que la marge de manœuvre de ce pays est particulièrement étroite. Car la Tunisie parait bien fragile quand on la situe dans son environnement international, entre une France qui a perdu la main mais qui veut préserver coûte que coûte ses intérêts, une Amérique qui veut tester une nouvelle approche avec les islamistes et les peuples arabes, une Egypte en pleine crise, et une Algérie incapable de dégager une démarche forte envers ses voisins immédiats en ébullition. Sans oublier une Libye qui pouvait apporter un socle financier pour la stabilité de la Tunisie et de l’Egypte, mais qui se trouve elle aussi en pleine tourmente.

La Tunisie se trouve ainsi ballotée dans une équation à plusieurs inconnues. Trop dépendante et trop vulnérable pour naviguer seule, elle est contrainte de composer avec un environnement qui n’a jamais été aussi instable. Elle composera avec les plus puissants. Ou avec ceux qui trouveront les leviers nécessaires pour exercer une influence.

Dans un cas comme dans l’autre, l’Algérie doit absolument trouver un moyen d’affirmer sa présence. A condition de ne pas être, elle-même, ballotée entre des enjeux qu’elle ne contrôle pas.

الثورة تكتشف الشوك تحت الياسمين

عابد شارف

عادت تونس إلى الاضطرابات مع بداية الشهر الجاري، واضطرت الحكومة إلى فرض حضر التجول في العاصمة وضواحيها بعد المواجهات العنيفة التي عاشتها المدينة هذا الأسبوع. ومع عودة العنف، خرجت البلاد من النشوة التي سادت منذ انتصار « ثورة الياسمين » على الرئيس الأسبق زين العابدين بن علي. واضطر المتعاملون السياسيون إلى مواجهة المجتمع التونسي بكل طاقاته ونقاط ضعفه، مع رغبته في التغيير وفرض احترام كرامة المواطنين من جهة، وكذلك هشاشة الموقع التونسي بسبب تبعيته الاقتصاد وضعف مؤسساته وانعدام التقاليد السياسية من جهة أخرى. واكتشف التونسيون أن مصيرهم مرتبط بمحيطهم الدولي حيث أنه لا يمكن فصل مستقبل تونس عن مصير البلدان المجاورة مثل الجزائر وليبيا ومصر.

وفرض هذا الوضع الجديد استفاقة صعبة بعد أن كان التونسيون يعيشون في حلم دام أشهرا طويلة. وكان التونسيون يعتقدون أن كل شيء أصبح ممكنا منذ أن غادر الرئيس ابن علي البلاد، وكان يكفيهم أن ينظموا مسيرة ليسقط وزير، ويكفيهم أن ينظموا جمعية عامة أو إضرابا ليسقط والي أو مدير جريدة. واعتقد التونسيون أنهم اخترعوا الثورة، وأنهم أنجزوا شيء لا يمكن أن يحدث ثانية في العالم، وصفق لهم العالم كله، وحتى القوى الكبرى فإنها وجدت نفسها مضطرة للتصفيق رغم أنها لا تحب عادة الثورات الشعبية وتعادي نزول السياسة إلى الشارع.

وفجأة، اكتشف التونسيون بداية هذا الشهر أن الثورة لم تنته بعد، بل أن ما تم إنجازه لا يشكل إلا القليل، وليس إلا مقدمة للثورة الحقيقية، خاصة وأن المشاكل قد تراكمت، ولأن الثورة عادة ما تتميز في مراحلها الأولى بجوانبها السلبية من عدم استقرار وتراجع الأمن وانهيار الاقتصاد، قبل أن تفتح المجال للتقدم والازدهار ويتمكن المواطن من جني ثمار الثورة. وفعلا، فقد تراجع الاقتصاد التونسي، خاصة وأنه يعيش من السياحة التي لا تحتمل عدم الاستقرار، كما يعيش من التعامل مع الخارج في مرحلة تتميز بالأزمة الاقتصادية وتراجع الطلب عن المنتوج التونسي. وعرفت البلاد أزمة مالية خانقة دفعت السلطات التونسية إلى الاستعانة ببعض الأصدقاء لتجاوز الأزمة.

لكن كل هذا كان منتظرا، ومن حق أي شعب عاش ما كانت تعاني منه تونس في زمن ابن علي أن يدخل مرحلة من الفوضى والاضطرابات بعد الإطاحة بتلك السلطة. وهذا ما عاشته الجزائر بعد أحداث أكتوبر 1988، وقد عبر عنه بصدق ذلك المواطن التونسي الذي قال « هرمنا في انتظار هذه اللحظة التاريخية »…

لكن المشكل الحقيقي في تونس يكمن في طريقة تسيير المرحلة الانتقالية، والتسرع الذي تميزت به قرارات الحكومة لمواجهة غليان الشارع. وظهرت الحكومة وكأنها تبحث فقط عن طريقة للصمود أمام ضغط الشارع، دون التفكير الجدي في أجندة سياسية للأمد المتوسط والبعيد. وفي هذا المجال، قررت الحكومة انتخاب مجلس تأسيسي في 24 جويلية القادم، وكلفت لجنة انتخابية بتحضير هذه المهمة المصيرية بالنسبة لتونس.

ومن الواضح أن هذه المهلة ليست كافية لتنظيم انتخابات مقبولة في تونس، لأن كل ما سيتغير في المرحلة بين سقوط ابن علي والانتخابات يقتصر على نقطتين: تدمير جزئي لجهاز حزب التجمع الدستوري الديمقراطي الذي كان يحكم البلاد من جهة، وإعادة الاعتبار لحزب النهضة الإسلامي من جهة أخرى. أما التركيبة العامة للمجتمع التونسي، بإدارته واقتصاده وشبكاته، فإنها تبقى قائمة دون أن يكون المجال كافيا لظهور مؤسسات وشبكات جديدة يمكن أن تتكفل بالمجتمع.

ويشكل هذا الوضع قنبلة موقوتة مزروعة في الساحة السياسية التونسية. فرغم تصريحات قادة « النهضة » لتهدئة الوضع وكلامهم عن رفضهم الاستيلاء على السلطة، فقد قال وزير الداخلية السابق أن البلاد مقبلة على انقلاب لأن الوضع الحالي في تونس سيؤدي إلى تسليم السلطة للنهضة عن طريق الانتخابات، وهو ما ترفضه المنظومة العسكرية والأمنية في تونس. وبعبارة أخرى، فإن الكل أصبح يخشى إعادة التجربة التي عاشتها الجزائر سنة 1992…

ويبدو أن الوزير الأول التونسي باجي قايد السبسي قد أدرك خطورة هذا الوضع، حيث تكلم عن احتمال تأجيل الانتخابات، خاصة وأن تونس توجد في وضع صعب جدا وسط محيط دولي غير ملائم. ويعود ذلك إلى عدم تحكم تونس في عدة عوامل لها أثر مباشر على مستقبلها، وعلى رأسها موقف البلدان التي لها تأثير على تونس. ونذكر مثلا أن الأمور في تونس ضاعت من أيدي فرنسا لكن باريس تريد أن تحافظ على مصالحها القوية في تونس، بينما دخلت الولايات المتحدة الساحة بقوة لتجرب سياسة جديدة سواء في علاقاتها مع الإسلاميين أو مع الشعوب العربية. أما ليبيا التي من المفروض أن تشكل أرضية اقتصادية ترتكز عليها تونس، فإنها تعيش حربا أهلية، في حين أن الجزائر ظهرت وكأنها لا تعرف كيف تتعامل مع الوضع الجديد في تونس.

Délit de presse : une carotte qui ne cache pas la forêt

Premier cadeau en signe de bonne volonté : le gouvernement va supprimer l’article 144 du code pénal, qui pénalise le délit de presse.

(Publié dans La Nation, http://lanation.info/Delit-de-presse-une-carotte-qui-ne-cache-pas-la-foret_a62.html)

Par Abed Charef

C’est une victoire qui en appelle d’autres. La dépénalisation du délit de presse, promise par le président Abdelaziz Bouteflika, est saluée par de nombreux journalistes et « spécialistes » proches du pouvoir, comme une preuve de la sincérité du gouvernement dans ses promesses de mener de « profondes réformes politiques ». Au minimum, faut-il reconnaitre que la mesure va dans la bonne direction, répète un « ami du pouvoir ».

La bonne direction ? Pas si sûr. Car il faudrait savoir ce qu’est la bonne direction. S’agirait-il d’offrir aux journalistes une sorte d’impunité, qui les mettrait au-dessus de la loi ? Et en contrepartie de quoi ? L’objectif ne serait-il pas d’obtenir les faveurs d’une partie de la corporation, la moins docile –la presse publique restant aux ordres- pour faire l’éloge de la réforme annoncée et sceller des relations inutilement hostiles entre le pouvoir et une partie de la presse?

Selon les juristes et les journalistes « branchés », la dépénalisation du délit de presse va consister à supprimer essentiellement un article du code pénal, article qui prévoit la possibilité d’une condamnation à une peine de prison à l’encontre d’un journaliste reconnu coupable d’un délit commis par voie de presse. Le délit en question concerne essentiellement la diffamation, qui a valu aux journalistes de nombreuses poursuites et des sanctions parfois humiliantes, comme la détention préventive.

Une telle mesure apporterait indéniablement une protection aux journalistes. Elle éliminera une menace qui pèse sur eux au quotidien. Constitue-t-elle pour autant une avancée de l’état de droit ? Offre-t-elle un plus pour l’exercice des droits et de la citoyenneté ? Il est permis d’en douter. Pour deux raisons. D’une part, ce qui est en cause en Algérie, ce n’est pas la loi, mais la manière dont elle est appliquée. Dans le cas de la diffamation, l’essentiel des abus enregistrés jusque-là contre les journalistes ne proviennent pas de l’application de la loi, mais de sa mauvaise application. Les journalistes mis en prison, à titre préventif ou après condamnation, l’ont tous été à la suite d’un abus de pouvoir caractérisé. Ils ont été victimes d’injustice, non de l’application de la loi.

Rien n’oblige, par exemple, à mettre un journaliste en détention préventive après publication d’un écrit à priori diffamatoire. La détention préventive suppose en effet que le prévenu menace pas l’ordre public, menace de détruire des preuves, ou qu’il est susceptible de fuir. Pour le journaliste, la prévention d’un tel risque est inutile. Ce qui exclut la détention préventive.

Le journaliste peut donc parfaitement être convoqué, et il doit l’être, en cas de plainte recevable contre lui. Il doit être jugé, et s’il a diffamé, il doit être sanctionné. Une justice équitable ira rarement jusqu’à prononcer une peine de prison. Et si elle y va, c’est parce que la faute est suffisamment grave.

D’autre part, si la dépénalisation du délit de presse protègera le journaliste contre certains abus, elle risque, par contre, de léser les citoyens face à la toute puissance des médias. Ceux-ci peuvent supporter sans problème des condamnations à des amendes, alors que l’honneur du citoyen diffamé ne peut être lavé par un simple procès. C’est une question délicate, qui risque d’être sacrifiée pour faire plaisir aux journalistes. Et il semble que c’est le véritable objectif visé : obtenir la faveur des journalistes par le biais de l’impunité, après avoir obtenu celle des médias par le biais de la manne publicitaire et de la pression autoritaire.

Ainsi, seront évacués les grands sujets qui fâchent. A commencer par le droit de créer des journaux, de lancer des radios et des chaines de télévision, de tirer pleinement profit des médias électroniques. Sur tous ces chapitres, l’Algérie a un retard énorme. De plus, elle souffre de deux handicaps majeurs : une vision autoritaire, hostile à toute idée d’ouverture de la part du pouvoir, et un retard économique considérable.

Pour l’heure, l’Algérie a cloné sa première chaine de télévision, et a doté chaque wali d’une radio. C’est un schéma nord-coréen, inefficace et sans crédibilité. Faut-il admettre que le pouvoir, son président, ses ministres et ses serviteurs, s’en sont rendus compte ? Peut-être que oui. Dans ce cas, ils devraient tous remettre le tablier et rentrer chez eux, car ils sont tous au pouvoir depuis douze ans, et le pays a déjà trop perdu de temps avec eux. Peut-être que non. Et dans ce cas, il s’agit simplement de mots, ou de mensonges. Ou de manipulations. Ou de tromperies.

Le choix est large, mais il confirme que la dépénalisation du délit de presse est une carotte brandie devant les journalistes, une carotte qui ne cache pas la forêt de l’autoritarisme et de l’incompétence.

Comment réussir, même en ratant sa communication

Les ratés de la communication de Barak Obama n’ont pas atténué le succès de l’opération qui a permis d’éliminer Ben Laden. Ce qui confirme que la com, c’est bien, mais ce n’est pas l’essentiel.

Par Abed Charef

L’opération qui a permis aux forces spéciales américaines d’abattre Oussama Ben Laden, dans la nuit de dimanche à lundi, n’a connu qu’un raté mécanique, facilement surmonté. Un hélicoptère de l’armée américaine est tombé en panne, forçant ses occupants à monter dans les autres appareils, non sans rappeler le fiasco de la tentative de libérer les otages en Iran, il y a trente ans.

Par contre, l’opération de communication, volet moins dangereux mais plus délicat de cette affaire, a donné lieu à une série de ratés. Peut-être à cause de la complexité de cette communication, qui devait cibler deux publics différents, l’un américain, l’autre arabe et musulman, des publics qui ont forcément une perception parfois opposée des messages.

Les ratés les plus significatifs sont au nombre de quatre, et ils illustrent bien les points les plus complexes de l’opération. Et ils ont commencé avec le récit même de l’opération, quand l’armée américaine a prétendu, dans un premier temps, que Ben Laden était armé et avait tenté de résister. C’était pour le moins le minimum, de la part d’un terroriste. Et cela explique et justifie le fait qu’il ait été abattu et non capturé.

Mais il s’est rapidement avéré que Ben Laden n’était pas armé au moment de l’assaut mené par les forces spéciales américaines. Il n’avait donc pas opposé de résistance. Le mensonge a été vite réparé, car il risquait d’amener les Américains sur une piste dangereuse. Dire qu’il a résisté justifie sa liquidation physique, mais présente Ben Laden sous une image avantageuse aux yeux de ses partisans, qui pourront toujours dire qu’il est mort les armes à la main. En martyr. Ce que les Américains veulent à tout prix éviter.

Par contre, affirmer que Ben Laden n’a pas résisté offre une autre image plus plate, avec un message totalement différent. Se rendre sans se battre, c’est d’abord une image avilissante. Cela avait partiellement marché avec Saddam Hussein. Mais affirmer qu’il n’a pas résisté, c’est reconnaitre que l’armée américaine a tiré sans sommation, dans le tas, ne souhaitant visiblement pas faire de prisonnier. Comment allier cette nécessité de montrer la fermeté de l’armée américaine tout en mettant la forme ? Le choix a été difficile, mais l’armée américaine a montré sa préférence. On tue d’abord, on s’expliquera ensuite.

Le commando américain semble avoir donc agi avec une seule devise : pas de quartier. Pas de survivant. Ni femmes ni enfants n’ont été épargnés. Comment justifier un tel carnage ? Ben Laden et ses compagnons auraient utilisé des femmes comme bouclier humain. Un musulman n’hésite pas à utiliser sa propre femme pour se protéger contre la mort. Image primaire, raciste même. Mais qu’importe, elle servira à justifier l’absence de survivants. Et de témoins.

Le terrain est libre pour l’armée américaine et lui permettre de présenter l’affaire comme elle veut. C’est de bonne guerre. Mais il y a les films et les photos. Comment les soustraire aux yeux de l’opinion ? La photo de Ben Laden mort est atroce, il n’est pas possible de la montrer. L’argument est venu après, lorsque les spécialistes se sont étonnés du manque d’images, alors que chaque soldat qui participait à l’opération avait une caméra rivée sur son casque, ce qui permettait à Barak Obama de suivre l’opération comme s’il y était. Comme dans un match de football transmis en direct, il y a avait même un réalisateur chargé de choisir les images transmises au commandement des forces américaines, et donc à M. Obama. Visiblement, le traitement de ces images n’est pas encore fini. A la fois pour collecter les informations nécessaires, mais aussi pour expurger tout ce qui peut être gênant. Il est clair qu’in ne verra jamais un militaire américain tirer à bout portant sur un enfant.

Par contre, on peut faire ce qu’on veut du corps d’un mort. Y compris le jeter à la mer, en respectant le rituel musulman. Cet argument, d’un parfait cynisme, illustre à la fois la gêne américaine sur un point précis, mais aussi la manière utilisée pour dépasser cet obstacle. Ce qui confirme qu’au bout du compte, rater une opération de com devient secondaire quand le véritable objectif est atteint. Et même si les Américains ont quelques craintes relatives à de possibles retombées de la mort de Ben Laden, il est tout aussi évident que la mort du chef d’Al-Qaïda est la meilleure opération de communication de l’année pour Barak Obama. Il est donc préférable de réussir ses projets et rater sa com, plutôt que de vouloir embellir le néant.

Ben Laden : la fin d’un cycle

Après Carlos, Ben Laden. Le monde enterre un nouveau modèle de violence, mais pas les problèmes qui lui ont donné naissance.

Par Abed Charef

Un vent de liberté souffle sur le monde arabe, sans que la menace islamiste ne s’impose clairement comme la seule alternative aux pouvoirs autoritaires en place. Et c’est à ce moment précis qu’Oussama Ben Laden a été tué, après une traque de plus de dix ans. Faut-il y voir un signe, selon lequel le cycle de l’islamisme radical violent serait arrivé à son terme, et que les pays arabes peuvent désormais aller tranquillement vers la démocratie, sans crainte d’une dérive qui permettrait aux ennemis de la démocratie de prendre le pouvoir par les urnes?

Le raccourci est séduisant. Mais dangereux. Car il occulte des données essentielles liées à Ben Laden lui-même, et au rôle historique que ce courant islamiste radical a pu jouer dans le monde moderne. Un rôle qui apparait à travers ce rappel de l’itinéraire du chef de la compagnie Al-Qaïda: la CIA a mis dix ans pour créer Ben Laden, dix ans pour le gérer, et dix ans pour l’éliminer. Avec des dégâts collatéraux dramatiques pour le monde musulman : deux pays occupés et détruits, des centaines de milliers de morts dans d’autres pays, une société détruite, écrasée, humiliée, et qui peine encore à redresser la tête ; des pays entiers qui aspiraient à la démocratie depuis des décennies, mais qui se trouvaient condamnés à subir des régimes autoritaires sous prétexte que la démocratie apporterait inévitablement le chaos de la dictature islamiste.

L’histoire de Ben Laden renvoie donc le monde musulman à sa dure réalité. C’est une société dont des pans entiers, par crainte d’affronter l’avenir et ses incertitudes, rêvent encore du retour à un mythe ; une société dont l’autre partie n’arrive toujours pas à trouver les bons leviers pour s’accrocher au monde moderne. Dans cet affrontement, somme toute très banal dans l’histoire de l’humanité -l’ordre nouveau contre l’ancien, la modernité contre la tradition, demain contre hier-, le monde musulman offre un champ idéal pour toutes les manipulations, toutes les compromissions et toutes les trahisons.

Mais le paradoxe ne s’arrête pas là. Ces défaites politiques et morales, autant que militaires, cette incapacité à imposer et à maitriser la modernité, ne sont pas pour autant venues à bout de toutes les luttes, tous les espoirs et tous ces formidables élans de mobilisation que vivent les sociétés musulmanes. Des victoires, mêmes éphémères, continuent de faire l’histoire de ces sociétés. Des avancées, même remises en cause, témoignent encore de la vitalité de ces sociétés et de leur volonté de bousculer le destin.

Ce parcours chaotique impose donc de nouvelles réflexions, pour permettre l’émergence de nouvelles règles : comment éviter qu’un nouveau Ben Laden ne vienne encombrer le chemin de la construction démocratique qu’il faudra tôt ou tard engager ? Comment éviter que l’épouvantail d’un Aymane Ezawahiri ne serve de prétexte à un futur Ben Ali pour empêcher son pays d’aller vers la liberté et le progrès ? Et puis, comment faire en sorte que les Occidentaux ne puissent plus nous créer des Ben Laden, après nous avoir longtemps ligotés avec Khomeiny, Saddam, Kadhafi et Omar El-Bachir ?

Car il ne faut pas se voiler les yeux. Ben Laden est autant un montage qui a échappé à ses fabricants, qu’il est le produit d’une société en crise. On peut bien accuser, à raison, la CIA de l’avoir créé dans une phase donnée, mais Ben Laden est d’abord le produit d’une société musulmane en crise. Il a bénéficié de la sympathie d’une partie, même minime, de la société musulmane, qui y voyait une sorte de vengeur masqué, utilisant sa fortune et ses réseaux pour s’attaquer aux plus puissants. Au moment où l’islamise remplaçait le communisme come grand ennemi de l’Occident, Ben Laden a pris le relais de Carlos, qui était à la gauche ce qu’a été ben Laden à l’Islam, tout en donnant à son action une envergure exceptionnelle. D’ailleurs, sa mort a suscité un malaise, et si l’opinion arabe ne semble pas franchement désolée de sa disparition, elle n’a pas non plus applaudi le raid américain qui a permis de le tuer.

Les Américains, quant à eux, ont fait preuve de leur arrogance traditionnelle, même si une certaine gêne pointe cette fois-ci dans leur communication. Après avoir annoncé que Ben Laden s’était défendu lors de l’assaut durant lequel il a été tué, ils ont fini par admettre qu’il n’était pas armé. Ce qui signifie qu’il a été froidement abattu. Pour expliquer la mort de femmes et d’enfants abattus avec lui, les Américains ont affirmé qu’une femme a été utilisée comme bouclier humain. C’est de la propagande primaire, qui laisse entendre qu’un musulman utilise même son épouse pour se protéger. Ce qui montre que chez les Américains, de gros efforts restent à faire pour être convaincants face aux musulmans, alors que pour les musulmans, tout reste à faire pour convaincre qu’ils sont aptes à bâtir un monde différent.

ابن لادن وأزمة المجتمعات الإسلامية

عابد شارف

أمضت أمريكا عشر سنوات من تاريخها لتصنع أسماة بن لادن، ثم قضت عشرية كاملة وهي تبحث عن طريقة للتحكم فيه، قبل أن تدخل عشرية ثالثة عملت كل ما في وسعها للبحث عنه بهدف قتله. ويحصر هذا الملخص تاريخ قائد تنظيم القاعدة وعلاقته المعقدة مع أمريكا، في تلك المرحلة التي كان التيار الديني الراديكالي يشكل تهديدا على البلدان الإسلامية وشبحا يمنعها من دخول الحرية والديمقراطية.

وكانت الخسائر المرتبطة باسم أسامة بن لادن وبالتيار السياسي الذي ينتمي إليه كبيرة جدا. وقد أدت أعمال ابن لادن بصفة مباشرة أو غير مباشرة إلى احتلال بلدين، وخلفت مئات الآلاف من القتلى، كما أدت إلى تدمير التركيبة الاجتماعية للبلدان الإسلامية، ومنعتها من دخول عهد التعددية بحجة أن الحرية في البلدان الإسلامية ستؤدي حتما إلى دكتاتورية التيار الديني.

لكن ما يحدث اليوم يوحي أن هناك تغيير جذري في هذه المعادلة، فقد جاء اغتيال ابن لادن مع حدوث ثورات في بلدان إسلامية متعددة دون أن يؤدي ذلك إلى استيلاء الراديكاليين من التيار الديني على السلطة. وسواء تعلق الأمر بمصر أو تونس أو اليمن أو سوريا اليوم، فإن التيار الديني لم يكن له دور أساسي في الثورة التي وقعت، ورغم ما يدعيه قادة هذا التيار بتنظيماته المتعددة، فإن وزنه السياسي في عملية التغيير لا يكاد يذكر.

لكن لا يكفي أن نسجل اختفاء ابن لادن للقول أن العالم تغير، وأن البلدان الإسلامية ستجد أمامها طريقا سهلا نحو الحرية. وإذا كنا نشير إلى الدور الأساسي الذي لعبته المخابرات الأمريكية في صنع ابن لادن وفرضه على الساحة السياسية، فإن ذلك لا يمكن أن ينسينا أن المجتمعات الإسلامية تشكل أرضا خصبة لبروز هذا النوع من السياسيين الذين كادوا يسيطرون على الساحة الإعلامية منذ ثلاث عشريات.

ويبقى العالم الإسلامي يعاني من هذا الوضع، فهو منقسم بين فئة، ولو قليلة، ترفض دخول العالم المعاصر وتحلم بالعودة إلى ماض تعتبره مثالي، وفئات أخرى تريد دخول العالم المعاصر لكنها لم تجد المفاتيح التي تسمح لها بالدخول في المغامرة. ويكاد العالم الإسلامي يغرق في هذه المعركة التقليدية بين الماضي والمستقبل، بين ما هو عصري جديد وما هو بالي قديم، بين الشجاعة التي تدفع إلى المغامرة من أجل دخول عالم جديد، والنزعة المعاكسة التي تدفع إلى التمسك بالماضي. معركة بين ابن لادن وشباب الحرية والفايسبوك…

ومن هذا المنطلق، فإن موت ابن لادن يطرح تساؤلات جديدة: ما العمل حتى لا يعود ابن لادن آخر ليقف حجر عثرة أمام التجربة الديمقراطية التي ستخوضها البلدان الإسلامية عاجلا أم آجلا؟ ما العمل حتى لا يتحول شبح خلفاء ابن لادن إلى حجة يستعملها أمثال ابن علي والقذافي للبقاء في السلطة إلى الأبد؟  وما العمل حتى نمنع الغرب من أن يصنع لنا ابن لادن جديد بعد أن صنع لنا في الماضي أبطال آخرين مثل الخميني وصدام حسين وغيرهم من التماثيل التي دمرها الغرب في نهاية الأمر؟

وإذا كان دور أمريكا واضحا في صنع هذه الرموز المتتالية لهزائمنا، فإنه من الصعب أن ننسى الواقع ومسؤولية المجتمعات الإسلامية في هذه الظاهرة: إن أناسا من أمثال ابن لادن وصدام حسين ليسوا من صنع أمريكا فقط، بل هم أساسا ينبعون من مجتمعات تعيش أزمة حادة ولا تعرف كيف تخرج منها، فتختار حلولا انتحارية عدمية، لإقامة نظام متسلط باسم الدين أو الوطنية. وبطبيعة الحال فإن تلك الحلول تعمق الأزمة وتضع البلاد أمام مأزق خطير.

وتبقى نقطة أساسية تدفع إلى التفاؤل، وهي أن الثورات العربية الجديدة أكدت أن المجتمعات الإسلامية بدأت تبتعد من الحلول الخاطئة التي يرمز إليها ابن لادن وصدام وغيرهم. وقد بدأ ريح من الحرية يفرض نفسه في كل البلدان الإسلامية، مما يؤكد أن أن ثقافة التسلط باسم الوطنية أو الدين أو الاشتراكية أو غيرها من الإيديولوجيات قد تجاوزها الزمن.

لكن هذا التطور الإيجابي في تعامل المجتمعات الإسلامية مع الحرية ليس كافيا ليضمن الحلول الحقيقية لأزمة تلك المجتمعات. وتؤكد تجارب الماضي أن الحذر يبقى سيد الموقف: من كان يفكر يوما أن الجيل الذي حرر كل هذه البلدان العربية والإفريقية سيتحول يوما إلى سلطة مستبدة تقهر شعبها؟