Le sarkozysme, ou les chemins d’un racisme assumé

La France n’est pas raciste. Elle est simplement devenue sarkozyste. Ce qui n’est pas très différent.

Par Abed Charef

Qui est Zinedine Zidane ? Le meilleur footballeur de sa génération, qui a donné à la France une coupe du monde et une coupe d’Europe. Un spécialiste des sondages dirait que c’est l’homme le plus populaire de France depuis le décès de l’Abbé Pierre. Un footballeur définirait Zidane comme le partenaire idéal, car c’est le joueur qui fait le meilleur geste possible dans n’importe quelle situation. Un supporter algérien aigri dirait que Zidane est le footballeur algérien que la France nous a volés, et un apparatchik du FLN, tendance Belkhadem, qualifierait Zidane de traitre à son pays.

Toutes ces définitions de Zidane sont possibles. Mais il y en a une, nouvelle, que vient d’inventer le sarkozysme, lui-même nouveau concept politique inventé par la droite française. Selon la définition sarkozyste, Zidane est un binational, un immigré intégré, mais qui risque de mal tourner car l’un de ses enfants pourrait, un jour, porter le maillot de l’équipe d’Espagne plutôt que celui de la France. Ce jour-là, Zinedine Zidane deviendra un maghrébin, un arabe, un demi-français, susceptible d’être déchu de sa nationalité ou expulsé.

C’est là que mène le sarkozysme. Le citoyen n’est pas vu selon sa formation, sa réussite, son statut social, ses choix politiques ou son militantisme. Il n’est pas riche ou pauvre, travailleur ou chômeur. Il échappe à tous les classifications traditionnelles pour être rangé dans de nouvelles cases réinventées par le sarkozysme : l’ethnie et la religion. Et même sur ce chapitre, la classification ne concerne pas les catholiques et les protestants, ni les juifs et les bouddhistes. Elle s’adresse aux seuls noirs et arabes. Une sentence consacrée par Eric Zemmour, qui émettait cette célèbre fetwa : les Français issus de l’immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… c’est un fait », a-t-il dit au cours d’une émission grand public.

Eric Zemmour est lui-même un juif d’origine algérienne. Ses parents ont quitté l’Algérie pendant la guerre de libération. Passé de l’autre côté de la barrière, appartenant désormais à la bonne société civilisée, il peut s’en prendre librement aux autres, les non civilisés, ceux qui, selon Nicolas Sarkozy, ne sont pas encore entrés pleinement dans la civilisation. Une attitude qui montre bien ce qu’est le sarkozysme : on met en avant des références raciales, ethniques ou religieuses, sans craindre d’encourir une condamnation morale. Et c’est le chef suprême de la confrérie, Nicolas Sarkozy, qui donne l’exemple, en s’en prenant par exemple aux Roms, ces « beni aadess » de l’Europe.

Avec le temps, cette mise en avant systématique de la race et de l’ethnie à des fins électorales, a créé un nouveau comportement. Et en France, on évoque désormais la race comme une source potentielle de problèmes. Comme une tare. Et passé l’épopée de la génération « black blanc beur », les déboires de l’équipe de France de football ont désormais une nouvelle explication : c’est la faute aux noirs et aux arabes

C’est scientifique : on a cherché pendant trop longtemps de grands gaillards dans les banlieues, et on n’a trouvé que des noirs et des arabes. Pendant ce temps, l’Espagne s’orientait vers des joueurs plutôt petits et techniques. Et c’est l’Espagne qui est championne du monde.

La solution est donc toute trouvée : il faut revoir les critères l’admission des jeunes dans les centres de formation. Et privilégier les petits blancs. On n’ira pas jusqu’à dire ceux qui ont le physique de Sarkozy, mais on n’est pas loin. . D’autant plus que parmi ces milliers de jeunes qui passent dans les centres de formation, nombre d’entre eux, convaincus qu’ils n’auront pas leur place en équipe de France, choisissent l’équipe nationale de leur pays d’origine. Comment faire en sorte que seuls ceux qui joueront pour l’équipe de France puissent accéder en priorité aux centres de formation ? Et de là, le débat a naturellement dérapé vers les binationaux, pour leur barrer le chemin de la formation dans les centres français.

La bêtise, comme le racisme, n’ayant pas de limite, un député UMP a proposé de limiter les droits politiques des binationaux, ce qui est une absurdité juridique. Mais l’homme n’en a pas moins demandé l’établissement d’un fichier national pour les recenser. Dans la même veine, le célèbre Eric Besson, promoteur du débat sur l’identité nationale française, a suggéré l’établissement d’une “hiérarchie des appartenances” qui imposerait que l’appartenance à la France relègue en arrière-plan l’autre nationalité.

Un ancien footballeur, se déclarant non raciste, a proposé de faire payer aux pays concernés les frais de formation des footballeurs qui rejoindraient les équipes nationales d’Algérie, du Maroc ou du Sénégal par exemple. L’idée est bonne, à condition de l’élargir à d’autres domaines, et que Nicolas Sarkozy, qui a publiquement lancé l’idée d’immigration choisie, accepte de payer la formation des dizaines de milliers de personnes qui acquièrent une formation de haut niveau dans les pays du sud pour être absorbés par les pays du nord. Et là, il ne s’agit pas de quelques dizaines de footballeurs, mais de milliers d’ingénieurs, médecins, sociologues et universitaires dont les pays d’origine se sont saignés pour leur payer la formation.

Et accessoirement, la France devra payer à la Hongrie le fait de lui avoir volé un futur chef d’état. On verra alors si la France ne préfèrera pas expulser Sarkozy pour se débarrasser du sarkozysme.

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