De l’argent, encore de l’argent

La distribution d’argent, même les patrons y ont droit. C’est que M. Ouyahia est si généreux !

Par Abed Charef

Rédha Hamiani est un homme comblé. Le Forum des Chefs d’entreprises (FCE) qu’il préside a obtenu tout ce qu’il voulait. Et même plus. Au cours de la tripartite qui s’est tenu fin mai, il a également réussi à apparaitre comme le patron qui ne plie pas, qui tient tête au premier ministre Ouyahia, et à qui, finalement, le temps finit par donner raison.

Sûr de lui, l’ancien ministre de Belaïd Abdessalam n’a pas hésité à s’en prendre au premier ministre Ahmed Ouyahia, lui reprochant des  résultats «mitigés, pour ne pas dire médiocres».  «L’Algérie n’a pas fait le bon diagnostic pour faire face au troisième millénaire», et «l’économie algérienne n’est pas préparée pour faire face à cette ouverture économique», a déclaré M. Hamiani, qui reproche aux dirigeants des erreurs stratégiques, comme la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne et l’intégration de la zone arabe de libre échange.

Mais M. Rédha Hamiani n’est pas téméraire. Il sait reconnaitre les mérites du gouvernement car, reconnait-il, « les mesures prises récemment par l’Etat vont dans la bonne direction ». Du reste, il tient à ce que ses propos ne soient pas interprétés comme un désaveu ou un signe de méfiance envers le gouvernement. « Nous sommes vos alliés », rappelle-t-il.

M. Hamiani avait visiblement raison d’être conciliant.  Et quand il dit que les doléances du patronat « ont trouvé un  écho favorable auprès des pouvoirs publics », c’est un euphémisme. En fait, les patrons d’entreprises sont obtenu tout ce qu’ils voulaient, et même plus, en tirant profit de l’empressement du gouvernement à tout accepter. Cela va du rééchelonnement par l’Etat des créances bancaires, au paiement différé de la dette, ainsi que la bonification des taux d’intérêt pour les projets d’investissement : autant de décisions « sans précédent », de l’aveu même d’un patron d’entreprise. Le gouvernement est aussi revenu partiellement sur le fameux Crédoc,  comme il accepté un doublement du plafond du paiement libre des importations, qui passe à quatre millions de dinars.

Concrètement, cela signifie qu’une entreprise a droit au crédit, à des taux imbattables, parfois inférieurs à l’inflation, qu’elle peut reporter le paiement de sa dette, et si au bout du compte, elle n’y arrive pas, c’est le trésor public qui prend en charge le remboursement. Les biens personnels ne sont plus concernés par la garantie.

Et puis, immense bonheur, le foncier industriel sera désormais cédé de gré à gré. Pas question d’appliquer la ruineuse formule des enchères, qui risque de pousser les prix vers le haut, et pourrait même imposer une certaine concurrence et un peu de transparence. Désormais, c’est l’administration locale qui a tout le pouvoir pour fixer le prix et décider qui prend quel terrain. Cela s’appelle une autoroute vers la corruption.

Le gouvernement pouvait-il faire moins pour les entreprises ? Non. Il veut même faire plus. Il veut assainir le climat des affaires, dit-on. Et prendre des mesures qui permettent aux entreprises de travailler sans gêne. Par exemple, les banques vont créer des sociétés de leasing, et achèteront du matériel qu’elles cèderont à terme aux entreprises. Mais si celles-ci n’en veulent pas, les banques se débrouilleront pour le gérer. Connaissant les pratiques en vigueur dans les banques publiques, cela signifie réformer ce matériel. Des fonds d’investissement vont également être créés. Leur vocation est d’entrer comme actionnaires dans des entreprises, et de s’en retirer dès que les propriétaires pourront racheter les parts appartenant initialement à ces fonds, qui ne feront pas de bénéfices !

Autant de mesures expliquent le bonheur de M. Hamiani, qui reste toutefois préoccupé par deux problèmes majeurs : l’extension de  l’économie informelle, qui menace les entreprises ; et l’atrophie de l’administration, qui reste incapable d’appliquer toutes ces mesures. Mais là, le gouvernement ne peut rien faire. Il sait distribuer de l’argent, aux fonctionnaires, aux entreprises, aux jeunes, il sait même en gaspiller. Il sait aussi prendre une décision et son contraire, légiférer et violer la loi. Il sait dépenser tout le revenu de l’Algérie pour acheter la paix sociale et corrompre les partenaires politiques et sociaux. Mais le gouvernement ne sait pas lutter contre l’informel, ni bâtir une administration efficace, encore moins mettre sur un pied un système bancaire en mesure de booster l’économie nationale. Il ne faut pas être trop exigeant : c’est une tâche trop complexe pour un gouvernement algérien.

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