Lakhdhar Bouragaa : Aït-Ahmed et ben Bella sont faits de la même pâte, celle des géants

Il y a des hommes dont la parole apaise. Lakhdhar Bouragaa, commandant de l’ALN, évoque, à l’occasion du 5 juillet, ce que fut pour lui l’indépendance, et comment il voit certains dirigeants historiques.

 Comment avez-vous passé la journée du 5 juillet 1962 ?

Le 5 juillet 1962, nous avons organisé à Sidi-Fredj une cérémonie à laquelle étaient conviées les autres wilayas. Nous nous sommes rendus à Sidi-Fredj tôt le matin à cet endroit précis où les forces françaises avaient débarqué 132 ans plus tôt. J’étais membre du conseil de la Wilaya IV. Nous avons accueilli les délégations des autres wilayas. Je me rappelle Mohand Oulhadj pour la Wilaya III, Saout El-Arab (Salah Boubnider) pour la wilaya II, et Kadhi Boubekeur pour la wilya V. Si Hassan était là en tant que chef de la wilaya IV. Il y avait aussi Mohamed Bousmaha et Ahmed Bencherif parmi les officiers de la Wilaya IV. Mohamed Oulhadj a fait un discours, en sa qualité de doyen.

Nous avons détruit une grande stèle érigée là par l’armée coloniale. On a utilisé les tracteurs et engins fournis par les fellahs des fermes de la région. Il y avait là des parachutistes français, qui ont voulu nous en empêcher. Nous avons failli en venir aux armes. Il a fallu de longues palabres. Finalement, ils ont reçu des ordres et nous ont laissé détruire ce symbole de l’occupation.

 

Vous viviez ce moment historique, l’indépendance. Mais quelle est la différence de votre perception de l’indépendance, avant le 5 juillet 1962, et aujourd’hui

Avant le 5 juillet 1962, il y avait deux univers, pour moi. L’un était fait d’injustice, d’exploitation, d’ignorance, de dénuement. J’en faisais partie. L’autre était fait d’espoir, d’ambition à une vie libre, dans la dignité. Il ouvrait le droit au bénéfice légitime des richesses du pays.

La ligne de séparation entre ces deux univers n’était pas facile à franchir, ni à la portée de tout le monde. Un groupe de militants avait décidé de franchir cette ligne quel que soit  le prix. Un autre groupe est arrivé au bord de la ligne et est revenu. Pour différentes raisons. D’autres étaient tombés en cours de route, sans arriver sur l’autre rive. Ce sont les plus grands, les plus dignes. Les meilleurs d’en entre nous.

Le 5 juillet 1962, c’est la renaissance de l’Algérie. La nation algérienne a de nouveau émergé.

Aujourd’hui, après un demi-siècle d’indépendance, je note que nos espoirs n’ont pas été pleinement été réalisés. Les promoteurs de la révolution ont disparu, nombre de nos compagnons aussi. Je suis musulman, je pense que leurs âmes continuent de planer au-dessus des montagnes, attendant de nous qu’on fasse ce qui n’a pas été accompli, attendant aussi des nouvelles générations qu’elles d’accomplissent ce que notre génération n’a pu faire.

 

La génération de la guerre de libération devait-elle tout faire ? Libérer le pays, construire l’état, mettre en place des institutions, construire une économie et le Maghreb… Est-ce que ce n’est pas au-dessus de ses capacités ?

L’homme qui fait la révolution et celui qui construit le pays ensuite ne sont pas les mêmes. Il faut des qualités différentes. Celui qui fait la révolution agit dans des conditions particulières. Il n’y a pas de loi et d’institutions pour l’encadrer. Ses seuls repères , c’est sa conviction, la rigueur, la discipline, l’obéissance aux ordres.

Cela a abouti à certaines dérives, peut-être. Des erreurs. Obéir aux ordres, faire preuve de discipline, c’est par exemple pour certains compagnons participer avec l’armée des frontières à la prise du pouvoir à l’indépendance.

En face, on avait un état qui nous réprimait par tous ses moyens, ses armes, ses lois, son armée, son administration. Nous, on devait créer au fur et à mesure les institutions qui donnent un sens à notre action.

Aujourd’hui, avec le recul, les choses apparaissent de manière radicalement différente. Cette génération a fait la révolution, avec ses moyens, son génie et ses tares. Mais aujourd’hui, on se rend compte qu’on s’est peut être trompé de priorités. Il aurait fallu mieux préparer l’indépendance. C’est là que l’effort essentiel aurait du porter.

 

Et pourtant, le FLN a formé beaucoup de gens justement pour gérer l’après indépendance…

C’est vrai. Mais ces jeunes formés par le FLN se sont retrouvés à l’indépendance dans une situation délicate. Que faut-il faire ? Avec qui ?, se demandaient-ils, en voyant les ainés se battre pour le pouvoir.

Ces jeunes ne sont pas des hommes de décision. Des hommes de réflexion, peut-être, mais pas des hommes qui forcent les décisions. Certains ont même été choqués par les méthodes de certains dirigeants. D’autres se sont pris au jeu. Ils sont devenus des fonctionnaires du pouvoir. Peut-être à cause de la faillite de ceux qui étaient jusque-là leurs modèles.

 

Toujours à propos des générations, Saad Dahlab a écrit un livre : Mission accomplie…

Je pense qu’il l’a dit avec amertume, mais c’est une vérité…

 

Mehri défend une autre vision. Pour lui, le FLN n’a pas achevé sa mission historique, en trois parties : restauration de l’état algérien, système démocratique et édification du Maghreb.

Saad Dahlab est un ancien militant, un centraliste. Il était au cœur de la pensée du mouvement national. Il considérait qu’il n’a pas participé à dessiner la feuille de route du 1er novembre, mais il a apporté sa contribution à sa réalisation. Comme centraliste, il a souffert dans ses rapports avec les autres courants du mouvement national. Il était d’ailleurs devenu un spécialiste pour renouer le dialogue. Il pensait qu’il ne faut jamais couper les ponts.

Il avait des convictions très fortes, mais c’était un pragmatique, Il considérait qu’il devait y avoir des étapes, et que la plus cruciale, c’était l’indépendance. Celle-ci acquise, sa génération pouvait exprimer sa satisfaction du devoir accompli.

Mehri, de son côté, pensait les choses dans une continuité permanente. Il a une perception différente du temps. Il pense les choses dans leur globalité (koul  moutakamil), et ne veut pas dissocier les étapes.

 

Saad Dahlab, Abdelhamid Mehri… Deux personnalités d’envergure, qui en évoquent deux autres, Aït-Ahmed et Bella…

Ben Bella et Aït-Ahmed sont trop grands pour qu’on les évoque comme ça. Ils sont au-dessus de tout ce qu’on puisse dire d’eux. Ils ont été partie prenante dans les actes fondateurs de la violence révolutionnaire. Ils étaient à la direction de l’OS, et l’attaque de la poste d’Oran, en 1950, c’était eux. Tu te rends compte ? Cela s’est passé il y a 61 ans ! Et ensuite, ce fut le 1er novembre. Ils y étaient.

Ils sont plus grands que nous du fait de leur militantisme, de leur itinéraire personnel, de leur histoire. Ils sont faits de la même pâte, celle des géants.

Je me rappelle un moment d’une grande tension. Le pays était en ébullition, avec un grave conflit. Aït-Ahmed et Ben Bella étaient en conflit ouvert. Les conditions ont imposé un consensus national. Une rencontre a été organisée, durant laquelle les gens étaient armés. On appréhendait ce moment où Aït-Ahmed et Ben Bella se retrouveraient dans la salle. Que feraient-ils en se retrouvant face à face ? Eh bien, quand ils se sont retrouvés, ils se sont longuement donnés l’accolade.

Je crois que quelque chose de particulier les unit, définitivement et éternellement. Même s’ils le voulaient, ils ne pourraient pas y échapper.

 

Ben Bella, Aït-Ahmed. De qui vous sentez-vous le plus proche ?

C’est un vrai problème. Un paradoxe, que je n’arrive pas à résoudre. Sur un plan idéologique, je me sens plus proche de Ben Bella, son attachement à la nation arabe, à un destin commun, à une sorte de militantisme internationaliste. Il avait une vraie ambition pour l’Afrique, pour les pays pauvres. Il a eu la chance inouïe de côtoyer des gens, de l’envergure de Che Guevara, Castro, etc.

Mais sur le plan concret, je me retrouve plus à côté d’Aït-Ahmed. Il est plus constant, plus cohérent, et je me suis retrouvé avec lui dans l’opposition. Dans l’action, dans les prises de position et dans les relations au pouvoir, je suis très proche d’Aït-Ahmed. Il a une analyse plus complète, et son action est plus conforme aux idées qu’il prône.

Ceci dit, je garde pour le deux le même respect, la même affection. Et je crois que je préfère rester sur ce terrain de l’affection.

 

Votre génération est celle qui a le plus marqué l’histoire du pays au 20ème siècle. Pourtant, elle est perçue aujourd’hui comme encombrante par une partie des autres générations, plus jeunes…

Parce qu’il y a eu une coupure brutale qui a laissé des séquelles… je veux dire une coupure avec la feuille de route de la révolution. Une crise politique d’une semaine dans la vie d’une nation, c’est beaucoup. Une crise aussi longue, ça provoque une perte de tous les repères chez une partie de la société.

Je vais vous faire une confidence. Je me suis enthousiasmé pour Bouteflika quand il était encore dans les pays du Golfe, bien avant qu’il ne devienne candidat au pouvoir. Je considérais alors que c’était un blessé du système, qu’il avait atteint l’âge de la sagesse. Je me disais aussi qu’il connait tous les boutons et les leviers de notre système politique. Il était donc le plus qualifié pour changer les choses. Et voilà ce que ce choix a donné plus tard…

 

Vous avez connu l’occupation, vous l’avez combattu. Et aujourd’hui, vous voyez des peuples, ou une partie d’entre eux, demander aux occidentaux de venir attaquer leur propre pays pour les libérer. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Les espoirs de ces pays n’ont pas été réalisés. Ces peuples avaient de rêves, des projets, qui ne sont pas concrétisés. Ces peuples pensaient qu’une fois indépendants, ils pourraient choisir qui va les diriger pour réaliser leurs rêves, et ils se retrouvent avec des dirigeants qui veulent choisir le peuple avec lequel ils vont vivre !

Une partie du peuple en arrive à désespérer, et à se nourrir d’illusions, en pensant que tout ce qui peut soulever la montagne qui les écrase est le bienvenu. Ils pensent qu’ils n’ont pas le choix. C‘est le désespoir qui mène à l’aveuglement.

 

Vous avez connu et côtoyé des dirigeants célèbres. En Algérie et ailleurs. Plus ils ont suscité d’espoir, plus leur échec parait grand

J’admets que certains dirigeants ont longtemps fait illusion. Ils se sont donnés une image de bâtisseurs, de résistants, mais leur démarche a échoué. Leurs erreurs ont provoqué une frustration, et une perte de repères.

Celui qui a subi la domination coloniale sait ce que c’est que l’injustice. Mais celui qui ne l’a pas subi peut avoir des illusions. Ajoutons à cela que les occidentaux ont un excellent service après-vente, ce qui nous permet de comprendre pourquoi un Libyen pense que l’OTAN peut le libérer, malgré le précédent irakien.

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Fukushima, une catastrophe un peu algérienne

La Japon a subi une catastrophe nucléaire. Mais cela
reste moins grave qu’une catastrophe de la pensée.

Par Abed Charef

Fukushima. Un nom à consonance très japonaise, qui risque
sous peu de devenir très familier à l’Algérie. Le tsunami qui a frappé le nord
du Japon, le 11 mars, et qui a provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima,
a en effet provoqué un bouleversement de la donne énergétique mondiale, avec
des effets directs sur l’Algérie.

De manière schématique, le monde était, jusque là, partagé sur
les sources d’énergie qui devraient satisfaire l’explosion de la demande dans
les années à venir, avant de remplacer progressivement le pétrole. Le gaz,
source d’énergie propre, ne peut constituer qu’une transition vers les autres
sources d’énergie. Le charbon, trop polluant, est dans la mire des écologistes,
dont l’influence sur les grandes décisions devient de plus en plus forte. Le
gaz de schiste, très abondant, est lui aussi rejeté à cause de son effet sur l’environnement.
Des gouvernements de droite, comme celui de M. Nicolas sarkozy,
traditionnellement peu regardants sur l’écologie, ont été contraints d’annuler
des permis de recherche, à cause de l’impact sur l’opinion publique.

Dans toutes les analyses, la place faite au nucléaire dans
les sources d’énergie du futur promettait d’être consistante, voire
primordiale. La tendance était encouragée par l’expérience de certains pays,
comme le France et la Lituanie. Le second, petit pays sans envergure
particulière, tirait 64 pour cent de son énergie du nucléaire. Le premier,
champion du monde, atteignait le chiffre impressionnant de 78 pour cent. Et
dans les deux cas, aucun incident majeur n’a été signalé depuis la mise en
exploitation des centrales nucléaires.

Certes, les déchets nucléaires continuent de poser problème,
et le risque de passer du nucléaire civil à la bombe atomique planait toujours.
Mais les constructeurs étaient si puissants, ils promettaient de telles
améliorations et imposaient de telles garanties que même des pays grands
producteurs d’énergie fossile se laissaient tenter et se sont lancés dans le
nucléaire.

Et puis, il y eut Fukushima. La plus grave catastrophe
nucléaire depuis Tchernobyl. L’effet a été immédiat : elle a disqualifié
le nucléaire. L’opinion publique mondiale a été secouée. Fukushima est à
l’énergie ce que le 11 septembre a été à la sécurité. Il faudra au moins une
décennie pour s’en remettre. D’autant plus que la gestion de l’après
catastrophe a révélé des failles aussi nombreuses qu’importantes : le
niveau de sécurité requis n’était pas respecté, les autorités ont menti, aussi
bien au Japon que dans les autres pays, etc. Autant d’éléments qui ont
contribué à instaurer la méfiance envers une filière traditionnellement
entourée de mystères.

Les premières retombées sont déjà là. L’Allemagne, où Angela
Merkel avait décidé d’abandonner l’idée de sortir du nucléaire à l’horizon
2020, est revenue sur cette décision, pour confirmer l’abandon de la filière
dans une décennie. En Italie, un référendum organisé dans la foulée de
Fukushima a confirmé un rejet assez net du nucléaire. Et il est probable que
des mesures allant dans le même sens vont concerner l’ensemble des pays
européens.

Tout ceci peut paraître assez banal pour un spécialiste.
Mais pour l’Algérie, ceci est décisif. Car ce changement de stratégie
énergétique ouvre d’immenses perspectives pour l’Algérie. Les difficultés qui
s’annoncent pour remplacer le pétrole plaident de manière concertée pour
l’énergie solaire. Une énergie propre, illimitée, sans danger, et dont
l’Algérie peut être un grand champion. A condition d’oser, d’être là quand il
le faudra.

Et l’Algérie risque précisément de ne pas être au
rendez-vous. Les responsables du secteur bottent tous en touche. Le ministre de
l’énergie, Youcef Yousfi, comme le patron de Sonelgaz Noureddine Bouterfa,
alignent, avec un rare talent, les arguments pour ne rien entreprendre.
L’investissement est trop lourd, le marché européen de l’énergie est difficile
d’accès, l’énergie solaire est trop chère, son transport n’est pas encore au
point, alors que l’Espagne et l’Italie, par où cette énergie devrait transiter,
ont des réseaux complètement saturés, disent-ils. On retrouve, dans ce
raisonnement, le parfait raisonnement du bureaucrate qui justifie son inaction
et attend que les autres fassent tout.

Le patron de Sonelgaz a même déclaré qu’il appartient aux
futurs consommateurs de pratiquement tout faire, de la recherche à
l’investissement, s’ils veulent tirer profit de notre soleil. En attendant, nous,
on a le soleil. Pourquoi se presser ? Pourquoi se précipiter ? Le
temps travaille pour nous.

Voilà ce qui s’apparente à un Fukushima de la pensée.

Réforme à reculons au sud de la Méditerranée

Il y a ceux qui réforment par conviction ; ceux qui le font sous la contrainte ; et les autres, les pays d’Afrique du Nord, qui font semblant de réformer.

Par Abed Charef

Pendant que la Tunisie condamnait son ancien président Zine El-Abidine Ben Ali à une lourde peine de prison, l’Egypte se demandait si elle pourra jamais juger son Raïs Hosni Moubarak. Dans une atmosphère moins frénétique, le Maroc s’apprête à voter une timide réforme politique proposée par un Roi qui tente de garder la main, alors que la Libye, immense désert institutionnel, se prépare à faire ses premiers pas dans la modernité en payant le prix fort, celui du sang. Tout ceci se passe sur la rive sud de la Méditerranée, une zone qui n’a pas su aller au changement quand il était temps, et qui se trouve aujourd’hui en pleine effervescence. Dès lors, sous la pression et dans l’urgence, tout le monde fait semblant de vouloir réformer, mais personne ne semble savoir où mènera cette transition, tant ses acteurs semblent dispersés, éparpillés, soumis à des intérêts contradictoires impossibles à concilier. Dans l’immédiat, la Tunisie semble d’abord soucieuse de donner des gages à la rue. En sacrifiant un président déchu, humilié, et en lui faisant porter, seul, la responsabilité d’une dérive qui a duré un quart de siècle. C’est de bonne guerre, si cela permet de calmer momentanément la rue, et de signifier qu’il y a quelque chose d’irréversible. En Egypte, on sacrifie les dignitaires de l’ancien régime par paquets. Parents de Hosni Moubarak et anciens dignitaires sont condamnés à tour de bras, mais le Raïs est jusque-là épargné. Le nouveau pouvoir égyptien semble hésiter à s’acharner contre un homme âgé et gravement malade. Mais ces actions, peut-être souhaitées par la rue, peut-être aussi nécessaires pour apaiser la colère d’une opinion impossible à satisfaire autrement, ces actions, donc, ne peuvent servir de projet politique. A peine pourront-elles servir à faire patienter des peuples emportés par un formidable élan d’enthousiasme et nourris d’un immense espoir. Ceci peut durer un temps, mais la réalité reprendra rapidement le dessus. Avec cette vérité : les pouvoirs en place, naturellement conservateurs, tentent de gérer le temps pour éviter une dynamique qu’ils ne pourraient contrôler. Les puissances étrangères, dont l’influence reste décisive, plaident publiquement pour le changement, mais travaillent en sous-main à préserver leurs intérêts, qui sont objectivement contre le changement. Quant au peuple, il est d’abord prisonnier de son propre désarroi : comment prendre le pouvoir sans détruire une économie aussi fragile ? Comment s’imposer sans hypothéquer gravement la période de transition, très délicate à gérer ? Au Maroc, le Roi s’estime plus chanceux. Il n’a pas eu à faire face à une révolution qui pourrait l’emporter, et il cherche précisément à l’éviter, en prenant les devants. Il propose une réforme sans impact significatif sur le fonctionnement institutionnel du royaume, ni sur la société. Mais son initiative reçoit, curieusement, un écho très favorable en Europe. A l’inverse, quoi qu’il fasse, Maammar Kadhafi sera condamné par les pays occidentaux, qui ne semblent pas disposés à admettre davantage sa présence au pouvoir. Mais il est vrai que le dirigeant libyen réunit tout ce qu’il est possible de détester : autoritarisme, arrogance, mauvaise gestion, violation de la loi et des Droits de l’Homme, etc. indéfendable, même pour ses amis, il joue ses dernières cartes, en sachant que s’il perd, il perd tout : fortune, pouvoir, et probablement la vie. Aucun de ces pays du sud de la Méditerranée n’a pris l’initiative d’engager le changement avant d’y être acculé. Les réformes n’ont été évoquées que lorsque la tempête les imposées, ou lorsque la menace est devenue si pressante qu’il fallait offrir quelque chose à la rue pour ne pas être emporté. Ce qui suscite forcément une forte méfiance de la part de l’opinion : aucun dirigeant dans tous ces pays n’est sincère. Ils ne font de concessions que sous la pression. Mais si le rapport de forces leur est de nouveau favorable, ils reviendront sur les concessions qu’ils auront faites. Dans chacun de ces pays, le raisonnement aurait pourtant dû être inversé. Au lieu de la question : que faire pour ne pas être emporté ? les dirigeants de tous ces pays auraient dû se poser d’autre questions : de quelles réformes le pays a besoin pour entrer et s’installer dans la modernité ? quels changements politiques, économiques et institutionnels sont nécessaires pour garantir au pays les meilleures chances dans le monde de demain ? quels moyens, quelles institutions, quels acteurs doivent être mobilisés pour mener la réforme dans les meilleures conditions ? L’Algérie s’est posée ces questions il y a plus de vingt ans. Cela a donné des réformes particulièrement ambitieuses, avortées au milieu du gué. Depuis, le pays tourne en rond, en parlant de réformes sans jamais avancer. A défaut de réussir son changement, l’Algérie peut servir de contre-modèle. Elle peut montrer aux autres pays d’Afrique du Nord ce qu’il ne faut pas faire. Et leur montrer, surtout, où aboutit le refus d’évoluer.

فوكوشيما في اليابان… وفي الجزائر

عابد شارف

غيرت كارثة فوكوشيما بصفة
جذرية سوق الطاقة في العالم في القرن الجديد، مما سيؤثر بصفة مباشرة على الجزائر
إذا عرفت كيف تدخل هذا العالم. وأدى الزلزال الذي ضرب اليابان في 11 مارس الماضي
وخلف تسونامي وكارثة نووية، أدى إلى إعادة نظر شاملة في طريقة إنتاج الكهرباء في
العشريات المقبلة، مما سيؤدي إلى إعادة توزيع كل الأوراق.

وكان العالم لحد الآن
يبحث عن حل لمعادلة من عدة عناصر. يجب أولا الاستجابة للطلب المتزايد على البترول،
ثم البحث عن بدائل له لما يصبح من المستحيل الاستجابة للطلب العالمي من النفط. وفي
نفس الوقت يجب البحث عن بدائل تحترم البيئة وبأسعار معقولة حتى لا يدخل العالم
أزمات اقتصادية متتالية. ومن هنا بدأت منافسة حادة بين مصادر الطاقة، في ظل ضغط
الحركات السياسية التي تدافع عن البيئة والتي أصبحت تشارك في صنع القرار في الدول
المستهلكة.

ويعتبر الغاز مصدر طاقة
نظيف لكنه لن يكون البديل للبترول لأنه متوفر بكميات منتهية، وسيشكل الغاز جزء
صغيرا من الحل في المرحلة الانتقالية لا غير. أما الفحم التقليدي، فإنه متوفر
بكثرة لكنه مضر للبيئة، خاصة وأن العالم يواجه مشكل الاحتراز الحراري. وكان
الخبراء يعتبرون أن التكنولوجيا النووية ستوفر إحدى أهم مصادر الطاقة في المستقبل
خاصة وأن الكهرباء المولدة من المفاعلات النووية هي الأقل ثمنا.

وساهم في فرض هذا الرأي
نجاح بعض الدول التي لجأت إلى التكنولوجيا النووية في العشريات الماضية. والمعروف
أن 78 بالمائة من الكهرباء المستهلكة في فرنسا مثلا مصدرها المفاعلات النووية،
وتبلغ هذه النسبة 64 في بلد مثل لوتوانيا. ولم يحدث في هذين البلدين أي مشكل يذكر
منذ تشغيل المفاعلات النووية. ورغم مشكل النفايات، ورغم إمكانية التحول من
التكنولوجيا النووية المدنية إلى تكنولوجيا عسكرية، فإن الشركات الكبرى التي تروج
للتكنولوجيا النووية أعطت الضمانات الضرورية أنه لم يحدث أي انزلاق أو خطأ.

لكن فوكوشيما قلبت كل
هذه المعطيات، ووضعت القطاع النووي خارج اللعبة. وقد كان للكارثة أثر كبير جدا على
الرأي العام العالمي، خاصة في البلدان المستهلكة. وكانت ردود الفعل سريعة. وفي
ألمانيا، قررت أنجيلا ميركل التخلي عن الطاقة النووية بعد عشرية من الآن، مع
التذكير أن المستشارة الألمانية كانت في الماضي قد ألغت قرارا اتخذه الاشتراكيون
من قبل للخروج من الطاقة النووية في حدود 2020. أما في إيطاليا فقد تم تنظيم
استفتاء أدى إلى رفض الطاقة النووية بأغلبية كبيرة. ومن المنتظر أن تواجه أوربا
كلها موجة مماثلة في السنوات القادمة.

هذا الوضع يفتح مجالا
واسعا للطاقة الشمسية، ويسمح للجزائر أن تكون من أكبر المنتجين بفضل شمسها وقربها
من السوق الأوربية. لكن المسؤولين الجزائريين يتصرفون وكأنهم لا يريدون أن تدخل
الجزائر هذا الميدان. وتكلم المسؤولون بنفس الطريقة ليبرروا رفضهم دخول هذه
المغامرة، سواء تعلق الأمر بالوزير يوسف يوسفي أو بالمدير العام لشركة سونالغاز
نور الدين بوطارفة.

وقالوا أن الاستثمار في
الأبحاث والمعدات الضرورية للطاقة الشمسية يتجاوز قدرة الجزائر، وقالوا أن سوق
الطاقة الأوربية مازالت مغلقة، مما يجعل الاستثمار في الميدان مغامرة، كما قالوا أن
سعر إنتاج الطاقة الشمسية مازال مرتفعا، وأنه في كل الأحوال يبقى على البلدان
المستهلكة أن تأتي وتستثمر وتقوم بالأبحاث الضرورية إذا أرادت استغلال هذه الطاقة
من الصحراء الجزائرية.

ويعني هذا الكلام أننا
« نكري لهم » الشمس إن أرادوا، وعليهم أن يأتوا بكل شيء. أما نحن، فعندنا
الشمس، وندخل معهم بـ « لاطاي ». وهذا ما يشبه فوكوشيما فكرية.

عبد العزيز وبوقرة

عابد شارف

تحالف السيد عبد العزيز زياري مع بوقرة سلطاني لدفع العمل السياسي نحو
الأسفل. ويتضح ذلك من خلال تعاليقهم على الحوار الذي انطلق تحت رعاية لجنة عبد
القادر ابن صالح. ورغم الاختلاف الشكلي بينهما، فإن تصريحات رئيس المجلس الشعبي
الوطني ورئيس حزب حماس تلتقي في
نوعيتها ومستواها الذي يجعل منها نموذجا لما يجب
تجنبه في العمل السياسي.

أما السيد زياري، فإنه هاجم أحزاب المعارضة، حيث قال عنها أنها ضعيفة،
وأنها لا تكسب برنامجا يسمح لها أن تصبح يوما بديلا للحكومة الحالية. وأضاف رئيس
المجلس أن المعارضين يريدون رغم ضعفهم أن يأخذوا مناصب أهل السلطة من أمثال السيد
زياري وأصدقائه. ويتكلم السيد زياري وكأنه نسي أن للمعارضة حق شرعي للوصول إلى
الحكم، وأن هدف كل تنظيم سياسي يبقى الاستيلاء على السلطة.

ويؤكد كلام السيد زياري أن الرجل يتبنى مفهوما غريبا للسياسة، فهو يعتبر
أنه من الطبيعي أن يكون في السلطة، وأن المكان الطبيعي لمن لا يتفق معه هو أن يبقى
في المعارضة. وهذا الكلام معروف ومنتشر عند الكثير من القادة الجزائريين والعرب،
حيث أن الرئيس اليمني علي عبد الله صالح والزعيم الليبي معمر القذافي مثلا لا يرون
أنه من الممكن أن يغادروا السلطة. وهم يعتبرون أن السلطة من حقهم، ومن نصيبهم، بل
أنهم يشكلون السلطة الطبيعية التي لا يمكن الاستغناء عنها.

ومن هذا المنظور، فإن الكلام عن التداول على السلطة والفصل بين السلطات
لا يشكل إلا ثرثرة صالونات وطريقة لتجميل الخطب السياسية. أما تطبيقه على القوم،
فهذا غير وارد إطلاقا لأنه ليس من المعقول أن يطعن أحد في بقاء أهل السلطة في
السلطة. وأعطى مثالا رائعا لذلك الأسبوع الماضي المسؤول الأول في حزب البعث
السوري، لما قال أنه يوافق على الإصلاحات والتعددية السياسية، بشرط أن لا تمس
الإصلاحات الدور الطلائعي لحزب البعث…

ويؤدي مثل هذا الموقف إلى نظرة عدمية تضع صاحبها في سجن فكري حيث لا يرى
البديهيات. فلما يقول السيد زياري مثلا أن المعارضة ضعيفة ولا تكسب برنامجا يمكن
أن يكون بديلا، فهو ينسى أن السلطة التي ينتمي إليها تمنع تلك المعارضة أن تنشط
وأن تنظم نفسها وأن تخاطب الشعب عبر وسائل الإعلام العمومية، كما أنه المعارضة ممنوعة
من تنظيم التجمعات والمسيرات وممنوعة حتى من الوجود القانوني. هل نسي السيد زياري
أن شخصيات وطنية بارزة منعت من تأسيس أحزاب؟ وكيف يمكن للمعارضة أن تكون قوية في
هذه الظروف؟

ومن جهة أخرى، فإنه من المفروض أن ضعف المعارضة يدفع السيد زياري إلى
القلق لا إلى « معايرة » المعارضين. ومن المفروض أن يتوفر بلد مثل الجزائر
على سلطة شرعية وبدائل متعددة، وإذا فشلت قيادة البلاد، تستطيع المعارضة أن تشكل
بديلا. لكن إذا فشلت السلطة مثلما هو الحال اليوم، وكانت المعارضة ضعيفة، فمن
يتكفل بشؤون البلاد؟ هل من المعقول أن يبقى في السلطة نفس الأشخاص الذين قال عنهم
الرئيس بوتفليقة نفسه أنهم فشلوا في إقامة اقتصاد جزائري قوي؟

هذا عن البروفيسور زياري. أما عن سلطاني بوقرة، فإن الرجل أصبح خبيرا في
الثرثرة الهدامة التي لا فائدة منها. وقد قال الأسبوع الماضي أن الجزائر تعاني من
أزمة لصوص لا من أزمة نصوص. وقد س
بق له في الماضي أن قال أن لديه ملفات متعلقة
بالرشوة. ونذكر كذلك أن صاحب كتاب السحر كان في الحكومة لمدة خمسة عشر سنة. ويعني
هذا الكلام إما أن السيد سلطاني كان يعيش مع اللصوص، وأنه يعرفهم، وهو بالتالي
متواطئ معهم لأنه لا يعمل ما هو ضروري لمقاضاتهم، أو أنه « يهدر وخلاص »،
وأن كلامه لا معنى له ولا جدوى منه، ولا بد لمناضلي حزبه ومن وضعوه في الحكومة أن يعرفوا
ذلك، ويعرفوا كيف يمكن أن تشترك شخصيات بارزة في نشر كلام من الأفضل أن نكتفي بقول
« سبحان الله » لما نسمعه…