Réserves de change : Fausse alerte

Des menaces sur réserves de change de l’Algérie ? Un faux problème, qui en cache un autre, un vrai : l’inefficacité économique du pays.

Par Abed Charef

Alerte ! Les réserves de change de l’Algérie seraient menacées. Près de 180 milliards de dollars, dont une bonne partie libellée en bons du trésor américains, risquent de se volatiliser à cause d’une éventuelle faillite américaine.

Déjà, début août, les Etats-Unis avaient frôlé la catastrophe. Un accord de dernière minute a été trouvé pour permettre à l’état américain de continuer à honorer ses engagements. Républicains et démocrates, préoccupés par des soucis électoralistes, ont mis le monde entier en danger, en refusant de céder sur la loi autorisant un relèvement du plafond du déficit budgétaire.

Ce déficit, devenu abyssal, a fini par porter atteinte à la crédibilité des Etats-Unis, qui ont perdu le fameux triple A, une notation qui faisait des bons de leur trésor le refuge ultime pour toute personne voulant épargner. De là à voir dans l’état américain une entité vulnérable, susceptible de faire faillite comme une vulgaire entreprise publique algérienne sous Ouyahia, il y a un pas que de nombreux spécialistes algériens ont franchi, pour réclamer une autre gestion des réserves de change du pays.

Le ministre des finances a eu beau démentir, personne ne l’a vraiment cru. Il est vrai qu’avec le déficit de crédibilité dont souffre l’ensemble du pouvoir dans le pays, M. Karim Djoudi avait peu de chances d’être entendu. Avec son allure de fonctionnaire docile, ayant pour seul souci d’avoir des dossiers à jour pour passer avec succès l’oral devant le chef de l’état, M. Djoudi ne semble d’ailleurs pas particulièrement préoccupé par la question.

Mais pour une fois, M. Djoudi avait raison. Les réserves de change du pays ne sont pas en réel danger. Et en l’état actuel des choses, cette formule reste la meilleure solution pour placer l’argent algérien. Mieux encore, mettre en cause cette formule aujourd’hui, c’est offrir au ministre des finances l’occasion de se moquer de ceux qui le critiquent. Car la question ainsi posée offre un immense avantage à M. Djoudi : elle lui permet d’occulter le vrai problème, celui de l’inefficacité économique, du manque de crédibilité des institutions, et du nivellement par le bas qui touche désormais l’ensemble des secteurs d’activité.

Le fait que l’Algérie détient près de 180 milliards de dollars de réserves de change montre que le pays est incapable d’utiliser ces capitaux alors qu’il fait face au chômage, à la pauvreté d’une frange, même limitée, de la population, qu’il a un énorme déficit en logements, universités, écoles, et autres infrastructures. Le gouvernement agit comme un père de famille ayant de nombreux enfants, mais qui se contente de déposer son argent à la CNEP, au lieu de créer des entreprises, des fonds de commerce et des emplois pour ses enfants.

Plus grave encore : à l’heure actuelle, le pays ne peut pas faire autrement avec ce surplus d’argent. Il ne dispose pas des banquiers, des financiers, et des institutions financières assez solides et d’institutions politiques crédibles pour adopter une autre formule. Créer un fond souverain par exemple, pour investir et essayer de faire son entrée dans les grands circuits financiers internationaux. Aucune banque algérienne n’est outillée pour tenter l’aventure. Aucune institution n’est assez crédible pour prendre une telle décision. Aux yeux de l’opinion algérienne, placer de l’argent dans des marchés financiers aussi opaques sera considéré comme une simple opération d’évasion de capitaux. Avec le passif accumulé, il est impossible de demander à l’opinion publique de voir dans le pouvoir autre chose qu’une association de prédateurs prêts à tout pour s’emparer du maximum d’argent.

Il faudra donc autre chose pour que l’Algérie puisse tirer profit, au mieux, de ses ressources. Avec d’abord des dirigeants crédibles, une gestion transparente, l’existence de contre-pouvoirs forts, et des institutions financières en mesure de faire correctement leur travail. A ce moment là, il sera possible d’investir, de parler de fonds souverains et de finance de haute voltige. Comme le souligne l’économiste Mourad Goumiri, « tous les instruments monétaires et financiers méritent d’être explorés, à condition qu’ils entrent dans le cadre d’une stratégie de développement économique et social durable, cohérente en direction de l’intérêt général qui, préalablement, a emporté un consensus politique, le plus large possible ».

Autrement, il serait préférable de garder raison, et d’explorer d’autre pistes beaucoup plus simples, primaires, plus à la portée de la bureaucratie algérienne. « A la limite, à quoi bon pomper des hydrocarbures, les transformer en dollars US, pour ensuite les placer en bons du Trésor américain ou en capitaux à risque ? Ne vaut-il pas mieux extraire ce que de besoin et laisser le reste sous terre, dans notre pays ? », se demande Mourad Goumiri.

L’Algérie en est là, dans sa réflexion sur la gestion de ses avoirs financiers !

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