Les paradoxes du 10 mai

De nouveaux partis sont agréés, les candidatures sont relativement libres : même si elles bridées par deux décennies de restrictions, les élections du 10 mai présentent quelques espaces de liberté. Un vrai paradoxe.

Par Abed Charef

Une élection sans enjeu, pour un parlement sans pouvoir. C’est le premier verdict qu’on serait tenté de prononcer quand on examine les conditions dans lesquelles s’engagent les élections législatives du 10 mai prochain, tant les possibilités de voir le pays amorcer un changement à l’issue de ce scrutin paraissent minces. Le jugement pourrait même être plus sévère quand on voit la déchéance qui menace la prochaine l’Assemblée Nationale.

La donne semble en effet claire. Le Parlement a été dessaisi de tout pouvoir, lors du dernier amendement de la constitution. Les députés ne peuvent ni censurer le gouvernement, ni refuser son programme. Ce qui signifie que le chef de l’état peut désigner qui il veut à la tête du gouvernement, celui-ci étant désormais un simple premier ministre exécutant les instructions du chef de l’Etat.

Du reste, le président de la république peut légiférer par ordonnance, ce dont M. Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas privé durant ses différents mandats. Les lois les plus importantes ont été d’ailleurs adoptées par ordonnance, pour être avalisées après coup par le parlement.

Cette tendance est aggravée par une nouvelle donnée, résultat de l’agrément d’une quarantaine de partis depuis un mois. Le prochain parlement sera émietté entre une multitude de partis et un nombre élevé de candidats dits indépendants, ce qui rend difficile, voire impossible, la recherche d’une majorité homogène, au sens traditionnel du mot. Le chef de l’Etat aura donc beau jeu de dire que la meilleure formule sera, pour lui, de désigner un gouvernement et d’appeler les députés à le soutenir. Toute autre solution parait, de fait, aléatoire.

Cet émiettement d’une des deux chambres du parlement provoquera un dysfonctionnement tel de l’Assemblée Nationale qu’il contribuera à détruire le peu de crédit qui lui resterait éventuellement. Les Algériens seront alors confortés dans cette vision qui voudrait que les députés ne cherchent qu’un salaire élevé et, accessoirement, un poste qui leur permettrait d’étendre leur influence. Les Algériens se demanderont à quoi sert un parlement, et leur défiance envers la politique ne fera qu’augmenter.

Cette élection du 10 mai présente pourtant quelques paradoxes qui méritent d’être relevés. Même si des doutes sérieux persistent quant aux véritables intentions du pouvoir, notamment sur un nouveau verrouillage du champ politique au lendemain des élections, il n’empêche que quelque chose s’est passé dans les cercles du pouvoir. De nouveaux partis ont été agréés. L’administration fait preuve d’une certaine ouverture envers les candidats.

De plus, à l’exception de restrictions liées aux drames de la décennie 1990, les candidatures sont relativement libres. Les listes de candidats sont accueillies avec une relative neutralité par l’administration. Celle-ci fera preuve de partialité lors de l’élection, et la fraude traditionnelle semble exclue : la vraie fraude a déjà eu lieu, lorsque l’activité politique a été interdite depuis plus d’une décennie. On ne peut en effet dire que le RND et le PLJ de Mohamed Saïd partent sur un pied d’égalité quand le premier est au pouvoir, et utilise à volonté les médias publics, alors que le second était interdit d’activité depuis une décennie.

Autre point à l’avantage de ce scrutin : le suivi ne sera pas assuré par les traditionnelles commissions électorales, mais par la justice. Peu importe que celle-ci n’ait pas encore prouvé son indépendance et son impartialité. Mais le simple fait que la validation résultats soit confiée aux juges constitue déjà un pas dans la bonne direction.

Que compte faire le pouvoir ce ces nouveaux partis ainsi libérés, de cette responsabilité nouvelle accordée aux juges, de cette administration qui risque de trouver qu’il est plus confortable de ne pas truquer les élections ? Et comment faut-il interpréter cette interdiction de se présenter aux législatives à laquelle sont soumis de nombreux anciens dignitaires, comme le président sortant de l’Assemblée Nationale Abdelaziz Ziari ? Ne risque-t-elle pas de provoquer un renouvellement de fait du personnel politique, même si le nouveau personnel n’est pas forcément différent du précédent ? Toute cette évolution ne risque-t-elle pas de trouver un prolongement lors des élections locales, à l’automne, pour créer finalement un nouveau climat dans le pays ?

Ce schéma, souhaitable, ne semble guère envisageable. Rien n’indique qu’une dynamique de changement est engagée dans le pays. On en est même très loin. On est plutôt proche d’un scénario différent, dans lequel le pouvoir a vidé certaines institutions (parlement, assemblées élus, justice, etc.) de leur substance, en leur enlevant toute indépendance et en les dépouillant de toutes leurs prérogatives, pour ensuite en ouvrir l’accès à tous, du moment qu’il n’y a plus d’enjeu.

C’est tout le paradoxe des élections du 10 mai, qui promettent si peu quand on regarde la brutalité des faits, mais qui peuvent, peut-être, débloquer une situation figée. Même si cela relèverait plus du miracle que dans l’action politique.

رحلة الديمقراطية من باماكو إلى داكار

عابد شارف

بينما يواصل مالي الانزلاق نحو وضع يهدد أمن كل منطقة الساحل، جاءت أجمل مفاجأة لهذا الشهر من السينغال، حيث انتصرت الديمقراطية على حاكم أراد أن يخلد في السلطة على حساب بلاده. وفشل الرئيس عبدالله واد في محاولته للحصول على عهدة ثالثة، بينما كانت المعارضة تتهمه أنه يعمل لإقامة جمهورية وراثية لفائدة ابنه. وقد أدى الانفراج في السينغال إلى الاعتقاد أن الديمفراطية تبقى ممكنة في إفريقيا، بينما تشير الأحداث في مالي أن الانزلاق أمر سهل، ويبقى هو كذلك وارد في منطقة لم تستطع لحد الآن أن تجعل من الديمقراطية ممارسة عادية.

وقد كانت الأمور معقدة إلى أقصى حد قبل شهر فقط في السينغال، حيث كان الرئيس واد يتلاعب بالدستور وبالمؤسسات، ليحصل على عهدة ثالثة. ورغم معارضة الشارع، ورفض الدول التي تتعامل مع السينغال، تمسك عبد الله واد بمشروعه، ليعطي صورة كاريكاتورية للحاكم الإفريقي الذي يريد البقاء في السلطة إلى يوم الدين.

ومما زاد الصورة بؤسا أن السيد عبد الله واد كان معارضا تاريخيا منذ السنوات الأولى للاستقلال، وأنه صمد في وجه السلطة سنوات طويلة، إلى أن استطاع أن يصل إلى الحكم بطريقة ديمقراطية. ولما بلغ الرجل 86 سنة، تغير سلوكه، وأصبح يحب السلطة مثله مثل الكثير من حكام العالم الثالث الذين تمسكوا بالكرسي إلى أن طردهم الشعب أو ماتوا في السلطة. وبدأ الكثير يتساءل هل أن عبد الله واد سيعرف مصير القذافي أم مبارك أم روبار مغابي، بينما تساءل الآخرون ما هي تلك اللعنة التي أصابت إفريقيا ليبتليها قدرها بمثل هؤلاء الحكام؟ وفي ميدان آخر يخص السيد عبد الله واد، ولماذا اختار الزعيم السنغالي في آخر أيامه هذا السلوك الذي يحطم ماضيه ويقضي على صورة المعارض النزيه التي فتحت له أبواب السلطة؟

وقد أدى تصرف الرئيس السينغالي الأسبق إلى رد فعل أعطى دفعا جديدا للديمقراطية في بلاده. وقد حدث شبه إجماع وطني ضده، ووافق كل المرشحين للرئاسيات أن يلتفوا حول الوزير الأول الأسبق ماكي صال، وتعاطف الرأي العام الدولي مع المعارضة، إلى أن أصبحت الإطاحة بالرئيس الأسبق قضية دولية ليعيش السنغال ربيعه الديمقراطي.

ويشير الوضع في السنغال إلى أن انتصار الديمقراطية أصبح ممكنا بفضل التقاء سلسلة من العوامل، منها الصورة السيئة للرئيس عبد الله واد، وإجماع المعارضة ضده، والتفاف كل مرشحين الرئاسيات حول الوزير الأول الأسبق، إلى جانب صمود الشارع، ومواصلة الاحتجاج بطريقة ديمقراطية، ومساندة الدول الكبرى للمسار الديمقراطي. وتمكن السنغال من الاحتفاظ بالاحتجاج السلمي في ظرف صعب، لأن هذا البلد ورث تقاليد ديمقراطية منذ الاستقلال، واستطاع أن يحافظ عليها ولو بطريقته الخاصة.

وإذا كانت هذه التجربة الناجحة في السنغال تشير إلى أن الديمقراطية ممكنة في إفريقيا، فإنه يكفي أن نرى ما يجري خلف الحدود السنغالية من الجهة الغربية لنجد تجربة معاكسة تماما. وقد كانت مالي تعيش بداية تجربة ديمقراطية مع تنظيم انتخابات مقبولة، وبروز سلطة تتمتع بالشرعية الكافية لتتمكن من تسيير شؤون البلاد. لكن الظروف الدولية خلقت وضعا سياسيا جديدا أصبح يهدد استقرار مالي، وبادر عدد من الضباط إلى تنظيم انقلاب بحجة عجز السلطة القائمة على مواجهة الوضع.

وجاء هذا الانقلاب الجديد رغم أن عهدة الرئيس توماني توري تنتهي بعد شهر، ولأنه لا ينوي الترشح مرة أخرى، مما يعني أن الضباط الذين أطاحوا به لا يريدون تنحيته فقط بل يريدون كذلك وضع حد لمسار سياسي إلى جانب القضاء على المؤسسات القائمة. وإذا أضفنا إلى ذلك أن عوامل عدم الاستقرار متوفرة بكثرة في المنطقة، وأن كل المؤشرات تؤكد أن التوتر سيتضاعف، مع وجود التنظيمات المسلحة بكثافة، فإنه من الواضح أن الأزمة السياسية في مالي لن تزداد إلا تعقيدا.

وعند مواجهة هذه الأزمة التي تهدد مالي، سيكون من المفيد الرجوع إلى التجربة السنغالية: إن العوامل السياسية التي تدفع إلى الخروج عن المسار الديمقراطي تبقى متشابهة، ويمكن استعمال نفس الأساليب لمواجهتها، رغم بروز عناصر توحي أنها مختلفة.

La bonne surprise sénégalaise

Abdoulaye Wade s’en va. En voulant passer en force, le chef de l’Etat sénégalais a, malgré lui, contribué à ancrer la démocratie dans son pays.

Par Abed Charef

La (bonne) surprise du mois est venue de Dakar, où le président sortant du Sénégal Abdoulaye Wade s’est fait éjecter. Le vieux dirigeant sénégalais ne pourra rester au pouvoir pour un troisième mandat, et ne pourra pas non plus préparer le terrain à l’établissement d’une république héréditaire au profit de son fils Karim, un projet qui était devenu une obsession pour lui. Ce dénouement heureux de la présidentielle sénégalaise débloque une situation qui paraissait sérieusement compromise il y a encore un mois, et montre qu’il est encore possible d’imposer la démocratie par l’urne dans un pays africain. De manière plus générale, cette issue ouvre des perspectives prometteuses pour le Sénégal et pour toute l’Afrique de l’Ouest.

Pour les Sénégalais, le pire a été évité. Même si l’élection de Macky Sall, un ancien proche de Abdoulaye Wade, ne constitue pas un bouleversement politique majeur dans le pays, et ne suscite pas une passion particulière, le fait d’empêcher un président africain à rester au pouvoir en manipulant les institutions constitue une avancée indéniable pour l’Afrique. Un nouveau a été franchi dans l’ancrage de la démocratie sur le continent.

Les choses étaient pourtant mal engagées. Elles semblaient d’autant plus compliquées que le coup de Jarnac venait d’un opposant historique à Léopold Sédar Senghor et à son successeur Abdou Diouf, un homme dont le parcours semblait exemplaire. Comment Abdoulaye Wade, cet homme à l’itinéraire inattaquable, arrivé au pouvoir à force d’abnégation et de détermination, comment pouvait-il, au crépuscule de sa carrière, détruire ce capital et mettre en péril la stabilité de son pays, pour devenir ce petit dictateur intéressé par la seule idée de laisser un pays en héritage à son fils ?

Abdoulaye Wade avait fini par devenir une caricature du dirigeant africain le plus détestable. Un homme d’un autre temps, dépassé par la conjoncture, arcbouté au pouvoir, prêt à tout pour s’y maintenir, y compris manipuler la constitution et trouver des arrangements en dehors de la loi. Un comportement indigne, qui lui a valu l’hostilité d’une large frange de la société, et a fini par donner naissance à une sorte de consensus national contre lui.

Bien malgré lui, Abdoulaye Wade a donné au Sénégal son printemps. La rue s’est mobilisée pacifiquement, les opposants ont réussi à taire leurs divergences, et un « tout sauf Wade » a mobilisé le pays, dans un élan rarement vu dans la région. Les choses semblaient dès lors réglées. Le reste n’était qu’une question de temps. Et d’opportunité politique.

Le succès de l’opposition sénégalaise a bénéficié d’une série de facteurs. Il y a d’abord eu un large rejet du président sortant au sein de l’opinion, un rejet comparable à ce qui avait pu être observé en Tunisie ou en Egypte. Abdoulaye Wade était devenu un symbole qui cristallisait toutes les frustrations d’une société déçue par une attitude méprisante envers le peuple et envers les institutions.

Ce consensus anti-Wade a donné lieu à une mobilisation où les postulants à la présidence ont accepté de se ranger, de manière disciplinée, derrière le mieux placé d’entre eux, l’ancien premier ministre Macky Sall. Celui-ci n’est ni charismatique, ni un grand tribun. Il a simplement joué le rôle qui était le sien, prendre l’habit du chef d’une opposition consensuelle. Aux yeux de l’opinion, cet ancien compagnon de Wade incarnait une alternative crédible au chef de l’Etat sortant. Il était la preuve qu’on pouvait se passer de l’ancien président.

Le Sénégal est aussi un pays de vieille tradition démocratique. Quoiqu’on puisse dire des anciens dirigeants sénégalais, ils ont toujours réussi à transmettre le pouvoir en douceur, ce qui rassure les partenaires étrangers et les bailleurs de fonds, dont dépend fortement ce pays. Quand les premières victimes sont tombées (il y en a eu dix-huit, un nombre insignifiant comparé au Yémen ou à la Libye), les Sénégalais ont rapidement compris que la situation pouvait dégénérer, et que Wade avait franchi une ligne rouge. Il devenait dangereux pour le pays. Il fallait donc s’en débarrasser, sans aller jusqu’à prendre les armes contre lui. La mobilisation est restée pacifique jusqu’au bout.

Enfin, ce qu’on appelle la « communauté internationale » s’est mobilisée contre Abdoulaye Wade. La France, dont le poids reste déterminant, mais aussi les Etats-Unis et les autres pays européens, ont joué à fond la carte du changement. Le pari pouvait d’autant plus facilement être tenté que la situation pouvait facilement être présentée de manière manichéenne : d’un côté, un dirigeant dépassé, s’accrochant au pouvoir en manipulant la constitution, pour imposer son fils ; et, de l’autre côté, une société pacifique, aspirant à la démocratie, et se mobilisant massivement pour faire avancer le pays. Un schéma idéal pour bénéficier de la sympathie du plus grand nombre et de l’appui de l’opinion internationale, et faire tomber un pouvoir illégitime.

Après l’amère expérience ivoirienne, et au moment où le Mali voisin prend un dangereux chemin pour s’éloigner de la légalité institutionnelle et de la démocratie, les conditions qui ont permis au Sénégal de surmonter l’épreuve et de conforter la démocratie méritent d’être examinées.

Les paradoxes du 10 mai

De nouveaux partis sont agréés, les candidatures sont relativement libres : même si elles bridées par deux décennies de restrictions, les élections du 10 mai présentent quelques espaces de liberté. Un vrai paradoxe.

Par Abed Charef

Une élection sans enjeu, pour un parlement sans pouvoir. C’est le premier verdict qu’on serait tenté de prononcer quand on examine les conditions dans lesquelles s’engagent les élections législatives du 10 mai prochain, tant les possibilités de voir le pays amorcer un changement à l’issue de ce scrutin paraissent minces. Le jugement pourrait même être plus sévère quand on voit la déchéance qui menace la prochaine l’Assemblée Nationale.

La donne semble en effet claire. Le Parlement a été dessaisi de tout pouvoir, lors du dernier amendement de la constitution. Les députés ne peuvent ni censurer le gouvernement, ni refuser son programme. Ce qui signifie que le chef de l’état peut désigner qui il veut à la tête du gouvernement, celui-ci étant désormais un simple premier ministre exécutant les instructions du chef de l’Etat.

Du reste, le président de la république peut légiférer par ordonnance, ce dont M. Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas privé durant ses différents mandats. Les lois les plus importantes ont été d’ailleurs adoptées par ordonnance, pour être avalisées après coup par le parlement.

Cette tendance est aggravée par une nouvelle donnée, résultat de l’agrément d’une quarantaine de partis depuis un mois. Le prochain parlement sera émietté entre une multitude de partis et un nombre élevé de candidats dits indépendants, ce qui rend difficile, voire impossible, la recherche d’une majorité homogène, au sens traditionnel du mot. Le chef de l’Etat aura donc beau jeu de dire que la meilleure formule sera, pour lui, de désigner un gouvernement et d’appeler les députés à le soutenir. Toute autre solution parait, de fait, aléatoire.

Cet émiettement d’une des deux chambres du parlement provoquera un dysfonctionnement tel de l’Assemblée Nationale qu’il contribuera à détruire le peu de crédit qui lui resterait éventuellement. Les Algériens seront alors confortés dans cette vision qui voudrait que les députés ne cherchent qu’un salaire élevé et, accessoirement, un poste qui leur permettrait d’étendre leur influence. Les Algériens se demanderont à quoi sert un parlement, et leur défiance envers la politique ne fera qu’augmenter.

Cette élection du 10 mai présente pourtant quelques paradoxes qui méritent d’être relevés. Même si des doutes sérieux persistent quant aux véritables intentions du pouvoir, notamment sur un nouveau verrouillage du champ politique au lendemain des élections, il n’empêche que quelque chose s’est passé dans les cercles du pouvoir. De nouveaux partis ont été agréés. L’administration fait preuve d’une certaine ouverture envers les candidats.

De plus, à l’exception de restrictions liées aux drames de la décennie 1990, les candidatures sont relativement libres. Les listes de candidats sont accueillies avec une relative neutralité par l’administration. Celle-ci fera preuve de partialité lors de l’élection, et la fraude traditionnelle semble exclue : la vraie fraude a déjà eu lieu, lorsque l’activité politique a été interdite depuis plus d’une décennie. On ne peut en effet dire que le RND et le PLJ de Mohamed Saïd partent sur un pied d’égalité quand le premier est au pouvoir, et utilise à volonté les médias publics, alors que le second était interdit d’activité depuis une décennie.

Autre point à l’avantage de ce scrutin : le suivi ne sera pas assuré par les traditionnelles commissions électorales, mais par la justice. Peu importe que celle-ci n’ait pas encore prouvé son indépendance et son impartialité. Mais le simple fait que la validation résultats soit confiée aux juges constitue déjà un pas dans la bonne direction.

Que compte faire le pouvoir ce ces nouveaux partis ainsi libérés, de cette responsabilité nouvelle accordée aux juges, de cette administration qui risque de trouver qu’il est plus confortable de ne pas truquer les élections ? Et comment faut-il interpréter cette interdiction de se présenter aux législatives à laquelle sont soumis de nombreux anciens dignitaires, comme le président sortant de l’Assemblée Nationale Abdelaziz Ziari ? Ne risque-t-elle pas de provoquer un renouvellement de fait du personnel politique, même si le nouveau personnel n’est pas forcément différent du précédent ? Toute cette évolution ne risque-t-elle pas de trouver un prolongement lors des élections locales, à l’automne, pour créer finalement un nouveau climat dans le pays ?

Ce schéma, souhaitable, ne semble guère envisageable. Rien n’indique qu’une dynamique de changement est engagée dans le pays. On en est même très loin. On est plutôt proche d’un scénario différent, dans lequel le pouvoir a vidé certaines institutions (parlement, assemblées élus, justice, etc.) de leur substance, en leur enlevant toute indépendance et en les dépouillant de toutes leurs prérogatives, pour ensuite en ouvrir l’accès à tous, du moment qu’il n’y a plus d’enjeu.

C’est tout le paradoxe des élections du 10 mai, qui promettent si peu quand on regarde la brutalité des faits, mais qui peuvent, peut-être, débloquer une situation figée. Même si cela relèverait plus du miracle que dans l’action politique.

Nouvelles guerres d’Algérie

La commémoration du 50ème anniversaire de l’indépendance a commencé, mais du côté français…

Par Abed Charef

C’est parti. Avec « La déchirure », documentaire diffusé dimanche 11 mars sur France 2, a démarré, côté français, la commémoration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Jusqu’au 5 juillet, cette saga va se poursuivre, sous de multiples formes, pour imprégner durablement la mémoire des nouvelles générations, et façonner pour une longue période les relations entre les deux pays.

La partie française a mis les moyens. Films, documentaires, expositions, mobilisation des historiens, des meilleurs spécialistes et des communicants les plus efficaces, rien n’est épargné. Du militant pour l’indépendance de l’Algérie au fasciste défendant les thèses les plus proches de l’OAS, tous les avis seront bons à prendre. Avec toutefois une ligne dominante : le souci d’éviter tout dérapage, de garder le débat sous contrôle.

Cette ligne a été définie par le ministre français des affaires étrangères Alain Juppé, considéré comme le dernier dépositaire du gaullisme traditionnel, qui a fixé les règles du jeu en vue d’avoir une commémoration marquée par ce qu’il a appelé la « modération ». « Nous sommes convenus avec le président Bouteflika d’envisager la célébration du 50ème  anniversaire de l’indépendance de l’Algérie dans un esprit de modération, en essayant d’éviter les extrémismes de tous bords », a déclaré Alain Juppé à la mi-janvier devant la commission des Affaires étrangères de l’assemblée nationale française. «Nous nous étions mis d’accord pour dire: regardons l’avenir. Essayons de fonder la relation franco algérienne sur l’avenir et pas sur le passé ; J’espère qu’on va continuer sur cette ligne», a ajouté M Juppé

Le débat qui a suivi la diffusion du documentaire « La déchirure » s’est situé dans cette ligne. Même le très docte Ali Haroun n’a pas transgressé les règles de bienséance. Tout le monde a tenu des propos lisses, compatibles avec le discours traditionnel de la droite française sur la guerre d’Algérie, un discours qui se résume ainsi: le conflit a donné lieu à des excès des deux côtés ; la France a gagné la guerre mais la colonisation était un phénomène dépassé ; une bonne partie des Algériens étaient attachés à la France mais le radicalisme du FLN les a empêchés de jouer à fond la carte de la fraternité ; le FLN défendait a utilisé un moyen injustifiable, le terrorisme ; le jusqu’auboutisme des colons a empêché tout compromis ; la guerre a été une succession de rendez-vous ratés, etc.

Pour un public français, ce discours, tenu sur une chaine de télévision française, reste dans les normes fixées par Alain Juppé. Même s’il ne tient pas compte de la nouvelle sociologie de la France, où les nouvelles générations sont choquées par le phénomène colonial, et où les descendants de personnes venant des anciennes colonies se comptent désormais par millions. Mais c’est une situation gérable, et la France a fait pire. Elle a voté la loi du 23 février, et a eu comme ministre des affaires étrangères Bernad Kouchner, un homme qui a publiquement souhaité la disparition de la génération de novembre pour, selon lui, normaliser les relations entre les deux pays.

Il n’y a donc pas de vraie surprise du côté français. Quelques débordements sont cependant à prévoir. L’extrême droite française a ainsi fait pression pour faire annuler des colloques et des séminaires consacrés à la guerre de libération. Elle poursuivra cette guérilla de la mémoire pour tenter d’imposer sa lecture, qui reste marginale au sein de l’opinion française.

Par contre, côté algérien, on reste dans l’opacité la plus complète : quelle tonalité va dominer ce 50ème anniversaire de l’indépendance ? Sera-t-il célébré sous le signe de la réconciliation avec la France, ou dans la confrontation ? Sera-t-il fêté dans la « modération », ce qui signifierait que le président Bouteflika a accédé à une demande française en ce sens ? Abdelaziz Belkhadem, qui a fait de l’exigence de repentance un fonds de commerce très lucratif, exprime-t-il une demande officielle, ou bien est-il dans un sordide électoralisme ?

Mais derrière ces rodomontades, c’est le vide. L’Algérie ne dispose pas de la puissance d’un cinéma capable de produire des œuvres de qualité, ni d’une télévision assez performante pour concevoir et mener à bien la réalisation d’un programme d’envergure, digne de ce grand évènement. Au mieux, on aura droit à des tables rondes bâclées, avec des moudjahidine racontant des souvenirs qu’ils confondent avec l’histoire, et des historiens d’abord soucieux de conforter le discours du pouvoir en place.

Comme souvent, on sera condamné à assister, impuissants, à cette situation terrible : une cause juste, une épopée fabuleuse, une des plus belles aventures humaines du vingtième siècle, sera réduite à une formalité bureaucratique, par une administration algérienne inapte, incapable d’imagination. Pendant ce temps, de l’autre côté, l’ennemi d’hier, aura tout le loisir de donner le sens qu’il veut à l’évènement, marquant un point supplémentaire dans cette guerre des mémoires qui a pris le relais de celle des armes. Car contrairement à ce qui se dit et s’écrit, il n’est pas possible, en l’état actuel des choses, d’écrire une histoire à plusieurs voix. Seule la voix du plus fort, du meilleur communicant, de celui qui fait les meilleurs films, écrira les meilleurs romans, sera audible.

ذكرى الاستقلال ومعركة الذاكرة

عابد شارف

انطلقت الاحتفالات بالذكرى الخمسين للاستقلال من الجانب الفرنسي… وقد بثت قناة « فرانس2 » France2 يوم الأحد 11 مارس أول عمل أنجزه في هذا الإطار المؤرخ ابن يمين سطورة Benjamin Stora، وستتواصل العملية من الجانب الفرنسي إلى غاية 5 جويلية، بهدف صنع الصورة الجديدة التي تريدها فرنسا عن هذه الحرب، خاصة لدى الأجيال الجديدة التي تعش تلك المرحلة الدامية.

وقد جند الطرف الفرنسي كل ما يملك من قوة إبداعية. ومن المنتظر أن يتم إنتاج أفلام طويلة وأفلام وثائقية، وتنظيم معارض، وتجنيد المؤرخين وكل من عاش تلك المرحلة في محاضرات وملتقيات عديدة، إلى جانب استدعاء المؤرخين والخبراء في الدعاية وفي صنع الرأي العام. وستفتح فرنسا الباب لكل التيارات السياسية، من المناضلين من أجل استقلال الجزائر إلى أنصار منظمة الجيش السري OAS، مع التحكم الدائم في محتوى النقاش.

وقد حدد وزير الخارجية الفرنسي ألان جيبي Alain Juppé الإطار العام الذي سيتم فيه الاحتفال بهذه الذكرى، حيث قال أنه اتفق مع الرئيس عبد العزيز بوتفليقة على « الاعتدال » عند الكلام عن الثورة التحريرية. وأكد جيبي قبل شهرين أمام لجنة برلمانية فرنسية أنه اتفق مع الرئيس بوتفليقة من أجل الاحتفال بهذه الذكرى في « روح من الاعتدال وتجنب التطرف بكل أنواعه ». وأضاف: « اتفقنا على أن ننظر إلى المستقبل، ولنحاول أن نبني العلاقة بين الجزائر وفرنسا على المستقبل لا على الماضي ».

ويعني هذا الكلام أن الطرف الفرنسي سيحتفظ بنفس اللهجة التي تسود منذ نصف قرن عند الكلام عن حرب التحرير. ويرتكز الخطاب الفرنسي على نقاط أساسية منها أن الحرب أدت إلى انحرافات من الطرفين، وأن الجيش الفرنسي انتصر عسكريا لكن فرنسا خسرت سياسيا لأن عهد الاستعمار انتهى، وأن جزء كبيرا من الجزائريين كان متعلقا بفرنسا لكن تطرف جبهة التحرير وكبار المعمرين لم يسمح بالتوصل إلى حل معتدل مقبول، وأخيرا أن جبهة التحرير لجأت إلى استعمال الإرهاب…

هذا الكلام الفرنسي، على قناة فرنسية، يبقى أمرا عاديا. إنه لم يتغير منذ عشرات السنين، ولا شيء يوحي أنه سيتغير. ومن المنتظر أن تحاول تيارات سياسية، منها اليمين المتطرف الذي تتزعمه مارين لوبان Marine Le Pen، واليمين التقليدي الذي يقوده الرئيس نيكولا صاركوزي، من المحتمل أت تحاول هذه التيارات استعمال خطاب أكثر تطرفا من أجل استغلال أصوات الحركى خلال الانتخابات الرئاسية في فرنسا، إلى جانب الضغوط من أجل منع بعض المحاضرات والملتقيات بحجة أن المشاركين فيها يعادون فرنسا…

لكن هذا لا يزعج. وقد قامت فرنسا بأعمال أكثر عداوة للجزائر، مثل المصادقة على قانون 23 فيفري 2005 الذي يمجد الاستعمار، ومثل ذلك التصريح الذي أدلى به وزير الخارجية الفرنسي الأسبق برنار كوشنار Bernard Kouchner لما قال أنه ينتظر اختفاء جيل نوفمبر لتعود العلاقات الجزائرية الفرنسية إلى وضع طبيعي…

أما ما يزعج، فهو ذاك الضباب الذي يحوم حول ما ستقدم الجزائر في إطار الاحتفال بالذكر الخمسين للاستقلال. هل سيتم الاحتفال بهذه الذكرى في جو من المصالحة مع فرنسا، أم أن الجو العام سيبقى متوترا؟ هل ستتميز فعلا الاحتفالات بالاعتدال مثل قال وزير الخارجية الفرنسي، مما يعني أن الرئيس بوتفليقة وافق على ذلك فعلا، أم أن السلطة الجزائرية ستطلق العنان للخطاب العدائي التقليدي لاستغلاله على الساحة الداخلية؟ ويجب أن نعرف كذلك هل أن السيد بلخادم، الذي جعل من توبة فرنسا تجارة رابحة، هل أنه يتكلم باسم السلطة الجزائرية ويعبر عن موقفها، أم أنه يستغل تجارة في غياب ردود الفعل؟

هذا الموقف الجزائري هو الذي يثير القلق. ولا تكسب الجزائر سينما ولا طاقة فنية ولا قوة إبداعية يمكن أن تواجه بها الطرف الفرنسي. ومن المحتمل أننا سنكتفي بموائد مستديرة يروي فيها عدد من المجاهدين ذكرياتهم، وهي الذكريات التي تختلط عندهم مع التاريخ… وسنشاهد كذلك مؤرخين وخبراء يحاولون إرضاء السلطة بتمجيد دور أهل السلطة في الثورة التحريرية… هذا ما يثير القلق فعلا، لأنه أحسن طريق يؤدي الجزائر إلى أن تخسر معركة الذاكرة، رغم عظمة ثورتها وكبرياء ملحمة نوفمبر.