L’Algérie encerclée par le chaos

Le Mali, c’est l’Algérie, côté cour. Aucune solution ne devrait être imposée sans l’Algérie.

Par Abed Charef

S’agit-il d’un chaos voulu et programmé, ou d’un chaos tout court ? L’évolution de la situation au Mali, particulièrement inquiétante, impose désormais à l’Algérie une position tranchée, offensive, en vue de peser sur les évènements, au lieu de les subir comme ce fut le cas jusque-là, depuis le début de la crise libyenne. C’est une course contre la montre et contre le chaos qui est engagée.

D’autant plus que la situation évolue vite. Trop vite. De la mi-janvier, début de l’offensive du Mouvement National pour la Libération de l’Azawed (MNLA) à début avril, avec la prise de Gao et Tombouctou, la moitié de ce pays désertique a été conquise par des groupes rebelles, avant que le MNLA ne se trouve bousculé à son tour par des organisations islamistes type Al-Qaïda, qui ont pris le contrôle de cette partie du pays. Premier acte symbolique commis par ces groupes, ils ont hissé leur étendard à la place du drapeau algérien au consulat d’Algérie à Gao, avant de kidnapper le consul et cinq employés.

De tels groupes agissent comme des bandes armées troussant et rançonnant les gens, sans aucun sens de l’Etat. Et il ne faut pas se faire d’illusions : ces agissements montrent clairement que leurs auteurs n’ont pas de perspective de s’installer pour gérer un Etat. Ils commettent délibérément des actes inacceptables qui les situent dans une logique autre que celles de groupes voulant installer un pouvoir pérenne. Aucun mouvement politique souhaitant exercer le pouvoir au Mali ne peut en effet commencer par commettre des actes aussi inqualifiables, en déclarant la guerre au voisin le plus puissant.

C’est donc sans illusion qu’il faut envisager l’évolution de la situation au Nord du Mali. Il va falloir repartir de très loin pour rétablir l’intégrité territoriale du pays, remettre sur pied des institutions acceptables, et assurer au pays une amélioration de la situation sociale et économique pour garantir un minimum de stabilité. Il faudra aussi panser les blessures, et trouver un équilibre institutionnel pour permettre aux Touareg du Nord de ne pas se sentir en marge de la vie politique et économique du pays.

Dans cette immense opération, le rôle de l’Algérie sera central. L’Algérie doit agir pour trois raisons. D’un côté, elle sera la principale victime si la crise perdure. D’un autre côté, les choses se passent dans une sous-région, le Sahel, très importante pour sa sécurité. La troisième raison, elle, est assez relève plutôt du projet et de l’ambition que doit avoir l’Algérie: c’est, pour le pays, une occasion de repartir vers l’avant, d’avoir de l’ambition, de définir une politique régionale et de la défendre, y compris en affrontant les appétits de certains puissances qui jouent avec le feu. Car ce ne sont pas les fanfaronnades françaises ni les déclarations fracassantes provenant de Côte d’Ivoire qui apporteront les solutions au Mali, mais une action menée par l’Algérie, en concertation avec les pays directement impliqués.

Quand la crise libyenne avait éclaté, et alors que les choses se passaient à sa frontière, l’Algérie avait été mise sous pression pour être totalement paralysée et désarmée. Les « OTANistes » algériens avaient joué leur rôle, en contribuant à discréditer le pays. Résultat : l’Algérie été tétanisée, et a subi les évènements, sans pouvoir en orienter le cours, alors que la crise libyenne aurait du être réglée par l’Algérie et l’Egypte.

Cet échec ne doit pas se répéter au Mali. L’Algérie peut définir une ligne politique, déjà formulée par le premier ministre Ahmed Ouyahia : intégrité territoriale du Mali, intangibilité des frontières, négociations, élimination des groupes d’aventuriers et de bandes terroristes qui jouent le rôle de sous-traitants pour telle ou telle puissance. Dans une seconde étape, organisation d’un espace de coopération pour assurer un développement économique homogène, rassurer les populations, répondre positivement aux aspirations légitimes des populations, etc.

Une telle option de la part e l’Algérie risque évidemment de heurter les visées des grandes puissances, Etats-Unis et France en tête. Mais c’est la sécurité de l’Algérie qui est désormais en jeu. Avec une frontière fermée à l’ouest, une frontière est en ébullition et la guerre au sud, l’Algérie se trouve littéralement encerclée. C’est une situation intenable, un cercle infernal qu’il faut absolument briser. Ce n’est pas en demeurant dans une position de spectateur face à des évènements aussi graves qui se déroulent devant la porte que l’Algérie surmontera les périls.

Une initiative algérienne d’envergure permettra aussi de répondre à une autre question : ce qui se passe au Mali est-il le résultat, non souhaité, de la crise libyenne, ou bien fait-il partie d’un plan d’ensemble destiné à changer la donne dans toute l’Afrique du Nord ? L’équation semble très claire : si une démarche algérienne raisonnable trouve les appuis nécessaires pour maîtriser et résoudre la crise malienne, le discours des grandes puissances sur la sécurité de la région pourra gagner en crédibilité. A l’inverse, si les grandes puissances jouent le pourrissement, ou le chaos, empêchant l’Algérie de concevoir et de lancer une solution, il deviendra évident que tout ce désordre relève en relation d’une gestion voulue par les grandes puissances pour remodeler la région. Dans ce cas, il faudra en tirer la leçon, et se préparer à aller à la confrontation : c’est désormais la sécurité de l’Algérie qui est en jeu.

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