Quand les mouvements « radicaux » servent d’alibi à l’intervention étrangère

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Al-Qaïda, Ansar Eddine, Boko Haram, demain les chebab somaliens et les talibans. Le nord du Mali regroupe déjà une belle brochette de mouvements peu recommandables. De quoi justifier une nouvelle interevntion américaine dans la région. Comme toujours.

 

Par Abed Charef

Pas d’Etat Azawed au nord du Mali. Pas de séparatisme. Rejet de toute tentative sécessionniste. Refus de la remise en cause des frontières héritées aux indépendances, malgré les précédents soudanais et érythréen : la réponse de la « communauté internationale » à la proclamation d’un Etat azawed dans le nord du Mali a, pour une fois, été suffisamment ferme pour couper court à l’aventure engagée par le MNLA et le groupe « Ansar Eddine ». L’unanimité qui s’est dégage permet d’envisager, à terme, de préserver l’intégrité territoriale du Mali, et de refroidir les ardeurs de cette faune de mouvements armés et des ces aventuriers qui rêvent de se retrouver à la tête de nouveaux états.

D’Alger à Nouakchott, de Paris à Washington, le refus a donc été net. Pas de concession, pas d’ouverture, pas de négociation autour de l’idée de sécession. Une position si tranchée qu’elle ne laisse aucun espoir aux différents mouvements et groupuscules tentés de se lancer dans une aventure sécessionniste dans la région du Sahel. La région doit déjà supporter assez de problèmes pour ne pas ouvrir une brèche susceptible de nourrir de nouvelles illusions.

Le consensus qui s’est dégagé est exceptionnel. Il réunit des parties qui ont, traditionnellement, beaucoup de peine à s’entendre. Sur la situation dans le Sahel et le moyen d’y assurer la sécurité et la stabilité, les points de vue ont en effet souvent divergé entre Alger, Paris, Washington et Tripoli, par exemple.

Ce nouveau consensus semble avoir été imposé par la peur de l’inconnu. Différents partenaires et acteurs de la crise ont le sentiment que la naissance d’un Etat azawed ouvrir la boite de Pandorre. Pour tous, le péril est là. Il frapper aux portes du Sahel. La menace touche tout le monde, même si elle ne pèse pas de la même manière sur chaque pays.

Pour les pays du Sahel, c’est leur existence même qui est en jeu. Le Niger, le Mali, La Mauritanie, le Tchad, et jusqu’au Burkina-Faso et à la Côte d’Ivoire : tous ces pays, et de nombreux autres dans la région, sont des entités trop fragiles pour ne pas sentir que le dépeçage de l’un d’eux va, tôt ou tard, les atteindre tous. Aucun d’eux ne dispose des moyens militaires nécessaires pour faire face à une menace comme celle qui a ébranlé le Mali. Et si les armées locales peuvent tenir le coup pendant un moment, le spectre somalien est proche. L’usure, la déliquescence, la lassitude, le manque de vigilance, la corruption : tout peut favoriser une descente aux enfers si des organisations militaires s’installent dans la durée comme ce fut le cas au Soudan, en Somalie ou en Côte d’Ivoire.

L’expérience libyenne a aussi révélé une autre donnée, sous-estimée jusque-là : une crise dans un pays risque rapidement de déborder pour en atteindre d’autres. Car si l’Algérie avait réussi, dans les années 1990, à maitriser sa crise interne et éviter que la violence ne déborde vers les pays voisins, rien n’assure qu’une déstabilisation du Mali ne finira pas par désagréger le Niger, provoquer une scission au Tchad ou une guerre civile en Côte d’Ivoire. Particulièrement dans cette zone où les états « défaillants » n’arrivent à assurer ni l’intangibilité de leurs frontières, ni la sécurité des biens et personnes, ni le contrôle de leurs populations.

D’autre part, cette instabilité dans le Sahel inquiète depuis de longues années l’Algérie, qui a longtemps insisté pour établir un dialogue entre le pouvoir central de Bamako et différents mouvements rebelles de l’Azawed. Pour l’Algérie, le principal leitmotiv était de ne pas rompre les ponts, de ne pas commettre l’irréparable, tout en poussant vers des réformes qui accorderaient plus de place aux Touaregs dans la vie politique malienne.

Cette position était possible tant que les mouvements rebelles gardaient une certaine cohérence. Ce n’est plus le cas depuis l’irruption de « Ansar Eddine », une organisation qui fait allince avec Al-Qaïda pour imposer un régime théocratique. Depuis quelques jours, on parle même de l’irruption de la fameuse organisation Boko Haram, qui mène une campagne meurtrière au Nigeria. Il n’y a plus qu’à ramener les chebab de Somalie et quelques talibans pour que la boucle soit bouclée.

Pour l’Algérie, la position adoptée face à la crise malienne allait de soi. Dans une conjoncture régionale délicate, toute nouvelle déstabilisation constitue une menace potentielle, qui s’ajouterait à une situation déjà insupportable : à l’exception de la partie tunisienne, plus aucune frontière de l’Algérie ne vit actuellement une situation normale. C’est plus que ce qu’un pays ne peut supporter. L’Algérie a donc, pour une fois, fait preuve d’une fermeté, alors qu’elle se trouve en première ligne face à la crise, car elle et triplement touchée. D’abord parce que le consul d’Algérie à Gao et des employés consulaires ont été kidnappés ; ensuite parce le réfugiés maliens affluent par milliers vers l’Algérie ; enfin, parce que la sécurité de l’Algérie est directement menacée.

La France, de son côté, semble avoir opéré un important virage. Elle redoute d’autant plus une déstabilisation régionale qui menacerait ses intérêts que les mouvements qui lui sont liés ne semblent pas en mesure de s’imposer. La manière dont le mouvement Ansar Eddine a doublé le MNLA au nord du Mali a été un évènement révélateur : là où la France, et les occidentaux de manière générale, s’attendent à l’émergence de mouvements modernes et démocratiques, ils assistent à l’irruption de groupes islamistes difficiles à contrôler, même si leurs dirigeants sont de vieilles connaissances des services secrets occidentaux.

La France a mesuré l’ampleur du péril, et mis les moyens pour y faire face. Elle a mobilisé la CEDEAO, la communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui a pris le risque d’étouffer le Mali pour imposer le retrait de la junte militaire qui a déposé le président Amadou Toumani Touré. La Frane est également prête à assurer la logistique nécessaire pour les quelque milliers d’hommes que les pays de la CEDEAO seraient prêts à envoyer au Mali pour rétablir la situation.

Il reste à savoir ce que feront les Etats-Unis, dont la position première face à la crise malienne semblait proche de celle de la France. Pour l’heure, les intérêts des deux pays se superposent, sans se heurter. Mais l’opération entamée il y a un an en Libye peut déboucher sur une refondation de la carte de la région. Dans ce cas, les positions des deux pays peuvent évoluer rapidement. Et les Etats-Unis, fraichement accueillis jusque-là lorsqu’ils voulaient établir des bases militaires et installer l’Africom dans la région, risquent de prendre leur revanche.

Cela fait des années qu’ils attendaient leur moment. Et ce moment est proche, car il n’est pas exclu que de nouveaux dérapages poussent des pays de la région à faire appel à la puissance de l’armada américaine pour rétablir la sécurité. On pourra alors vérifier, une fois encore, ce postulat : ce sont les mouvements qui montrent le plus de hargne à combattre la présence des koffar américains qui, en fin de compte, rendent la présence américaine indispensable. Comme Boko Haram, Al-Qaïda, Ansar Eddine, par exemple.

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