En attendant le printemps des riches

Le printemps arabe a apporté un peu de liberté, et beaucoup d’instabilité. Et c’est désormais en Occident que le besoin de printemps se fait le plus sentir.

Par Abed Charef

Et si l’Occident faisait son propre printemps ? Le printemps, dit arabe, a été une révolte contre une situation absurde, faite d’humiliations, de privation de libertés, de mauvaise gouvernance, de gestion des pays en dehors de la loi et des institutions. Il fut l’expression d’une immense vague de colère qui a brisé les peurs, cassé les tabous, pour s’attaquer frontalement à des pouvoirs qui semblaient immuables.

Et le printemps n’a pas apporté que du jasmin, des fleurs et du beau temps. Il a aussi apporté, pour la Libye, une grêle d’obus et de bombes, un foisonnement d’armes, et des organisations armées qui poussent comme la mauvaise herbe après la pluie d’automne. Pour la Syrie, c’est une guerre civile, avec un massacre qui se poursuit, sous l’arbitrage des grandes puissances qui utilisent la Syrie comme terrain de confrontation, comme aux belles heures de la guerre froide.

En Tunisie, où un président minoritaire tente de maintenir à flots une barque à la dérive, le printemps a libéré, en premier, le pire. Le courant le plus visible, libéré par le départ de Ben Ali, est en effet celui qui rêve de tuer la liberté. Quant à l’Egypte, elle s’apprête à entrer, très démocratiquement, dans l’ère des Frères musulmans. Retour au temps des mameluks ou percée dans la modernité, à la manière de la Turquie ? On ne le sait encore.

Les Occidentaux, eux, méritent peut-être mieux comme printemps, car ils ont consacré les libertés et les Droits de l’Homme, dans les textes comme dans la pratique. Mais leur actualité montre qu’ils ont bel et bien besoin d’un printemps, eux aussi. Car si, chez eux, les gens vivent mieux, jouissent d’un certain confort matériel, et d’un épanouissement qu’on ne peut comparer à ce qu’il y a dans les pays du sud, les contrastes restent nombreux et, souvent, scandaleux.

Ces pays riches et prospères, détenant savoir et puissance, ne manquent pas d’absurdités. A commencer par ces banques, qui ont pris plus de pouvoir que les chefs d’Etats, qui mettent à genoux des pays entiers, et qui contraignent ces Etats à les sauver avant de s’attaquer à ces mêmes Etats pour les appauvrir! Il faudrait même plus qu’un printemps pour maitriser ces banques qui font des profits gigantesques, en prenant des risques incroyables, pour finalement réduire à la pauvreté des millions de gens, et pousser au chômage des millions d’autres.

Leur action débouche sur des situations qui ne répondent à aucune logique. Du jour au lendemain, l’Espagne s’est retrouvée avec deux millions de chômeurs supplémentaires, et deux millions de logements invendus et invendables. Pourquoi construit-on autant de logements là où personne ne peut les acheter, quand des dizaines de millions de personnes en Afrique et en Asie vivent dans des huttes ou dans des bidonvilles, quand ils ne sont pas dans la rue? Pourquoi, dans ce monde occidental où circulent autant d’argent de richesses, le mot qui revient le plus souvent dans le discours politique et chez les simples citoyens est « précarité » ?

A côté des banques, il y a aussi les dirigeants occidentaux eux-mêmes, qui semblent avoir besoin d’un printemps de la pensée. En effet, ces grands démocrates mènent de longues campagnes électorales pour prôner la transparence, la moralisation de la vie politique, la liberté du vote, mais dans le même temps, reçoivent, discrètement, dans l’arrière-boutique, de l’argent venu d’Afrique, par valises entières, pour financer leurs campagnes. Ils dénoncent, bien sûr, les dictateurs africains, soutiennent publiquement les militants de la démocratie, ils vont même jusqu’à faire la guerre à Maammar Kadhafi, dont ils cautionnent l’assassinat, avant qu’on ne découvre qu’ils recevaient de l’argent de ce même Kadhafi, sur qui ils comptaient énormément pour renflouer leurs entreprises par ses achats d’armes, de matériel militaire et d’équipements de tous genres.

Et ces discours de la haine, ne nécessitent-ils pas un printemps pour éliminer ces hommes politiques qui gèrent leur pays en s’en prenant aux plus faibles, aux plus démunis, aux immigrés, aux roms, à tous les autres, ceux qui portent une différence dans leur peau et leurs croyances ? Il faut, là encore, plus qu’un printemps pour mettre fin à un modèle politique supposé libre mais où, sous la pression des sondages, les plus hauts responsables d’un pays développent un discours raciste pour se faire élire, ou réélire.

Mais un printemps ne suffit pas. Il en faudrait bien plus pour que ce monde riche, égoïste, repu, atteint d’obésité et de cholestérol, n’accepte de sortir de son bunker, pour compatir avec les autres, ceux qui ont faim et froid. Et là, aucun signe d’amélioration à l’horizon. Rien, depuis que la première démocratie du monde a menti, accusant l’Irak de posséder des armes de destruction massive, juste pour trouver un prétexte en vue de détruire massivement ce pays, et créer une situation qui provoquera des morts massives d’Irakiens.

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