Les frères musulmans et leur impossible promesse

Gagner les élections a été une épreuve très dure pour les frères Musulmans en Egypte. Mais c’est maintenant que commence le vrai défi : comment réaliser leur impossible promesse de construire une société juste, libre et prospère.

Par Abed Charef

L’armée égyptienne a manœuvré, tergiversé ; elle a monté des combines, fomenté des coups tordus ; elle a c herché des solutions alternatives, et monté des scénario très complexes ; mais au final, elle a cédé. Elle a fini par admettre la victoire de Mohamed Morsi, candidat des Frères Musulmans, aux élections présidentielles organisées en Egypte.

Il a fallu une semaine au Conseil suprême des forces armées, qui dirige le pays depuis la chute de Hosni Moubarak, pour reconnaître publiquement cette évidence. Alors que la victoire de Mohamed Morsi ne faisait aucun doute depuis le succès des islamistes aux législatives, et le résultat sans appel du premier tour des présidentielles, le Conseil a pris le temps de tout verrouiller, et probablement de négocier avec les Frères Musulmans, avant de reconnaitre la victoire du candidat islamiste.

L’enjeu était suffisamment grave pour que le maréchal Hussein Tantaoui, patron de l’armée et président du conseil suprême, prenne toutes les précautions. Héritier d’une longue tradition dans la gestion du pouvoir par l’armée, il ne pouvait se défaire d’une telle charge sans garanties. D’autant plus qu’avec l’accès de Mohamed Morsi à la présidence, l’Egypte s’apprête peut-être à changer d’époque, en admettant, pour une fois, que l’urne désigne qui doit exercer le pouvoir dans le pays.

Le maréchal a donc joué toutes les cartes pour préserver le statuquo. Après avoir exclu de faire élire Ahmed Chafik, ancien général, dernier chef de gouvernement de Hosni Moubarak, il a examiné les possibilités qui restaient : accepter un Frère musulman au poste de président, en le dépouillant de tous les pouvoirs.

Pour y arriver, il a fait invalider les élections législatives qui ont eu lieu en janvier dernier, et qui s’étaient terminées par un raz-de-marée islamiste, avec la moitié des voix pour les frères Musulmans et un quart pour les salafistes de la Daawa salafia. En attendant, l’armée garde encore la possibilité de modeler à sa guise la nouvelle constitution : le pouvoir sera exercé là où l’armée pensera qu’elle aura le plus d’influence, au parlement, à la présidence, à l’état-major des forces armées, qui pourrait être doté de certains pouvoirs, à l’image de ce qui se passait en Turquie, ou dans une nouvelle structure qui pourrait être créée à cet effet.

Ce jeu permettrait à l’armée de préserver son pouvoir et son influence, dans un pays où elle représente la colonne vertébrale du pouvoir. Pour elle, l’enjeu est d’autant plus important que les frères Musulmans, en phase de conquérir la présidence, constituent la plus grande force politique du pays, la seule en mesure de rivaliser avec l’armée. Celle-ci ne pouvait accepter facilement de transférer le pouvoir à son ennemi de près d’un siècle+.

La victoire des frères Musulmans dépasse toutefois ce simple enjeu lié au pouvoir interne et à l’influence. Il concerne également la capacité des islamistes égyptiens à s’adapter à une gestion moderne du pays. Le nouveau pouvoir sera ainsi très surveillé dans le domaine du respect des libertés et des Droits de l’Homme. D’ores et déjà, la gestion du secteur touristique sera un révélateur de cette capacité d’adaptation des frères Musulmans. Le tourisme rapporte dix milliards de dollars à l’Egypte, et offre des milliers d’emplois dans un pays où les équilibres sont très précaires.

L’organisation des frères musulmans devra également gérer le dossier sensible des coptes, qui représentent entre huit et dix pour cent de la population. La coexistence entre communautés n’a guère posé de problèmes pendant de longues décennies, mais des actions, aussi sanglantes que spectaculaires, a ravivé des antagonismes que la société égyptienne avait contenus. Le côté spectaculaire des attentats, et leur impact psychologique, en ont fait une priorité pour tout pouvoir égyptien.

Au plan régional, la victoire des frères musulmans sera attendue sur deux dossiers sensibles. En premier lieu, l’impact qu’elle aura le dossier palestinien, dans lequel l’Egypte s’est installée dans un rôle de modérateur entre Palestiniens et israéliens, après avoir accepté d’être exclue du jeu.

Mais le principal enjeu concernera l’évolution d’une Egypte dirigée par les frères Musulmans. Connaitra-t-elle une évolution semblable à celle de la Turquie, avec un respect des institutions, qui finira par moderniser le pays. Ou bien les frères Musulmans vont-ils se recroqueviller sur leur noyau dur, et s’appuyer éventuellement sur une alliance avec les salafistes, pour réprimer une société dont il sera impossible de satisfaire les revendications économiques et sociales dans un pays en crise ?

Après la Tunisie, l’Egypte est le second pays arabe où les islamistes remportent des élections libres, après la destitution d’un chef d’Etat emporté par la vague du printemps arabe. Mais l’Egypte, en raison de sa démographie et de son statut de pays arabe le plus peuplé, a un poids autrement plus important. A ce titre, l’expérience égyptienne sera déterminante pour de nombreuses sociétés arabes. Soit l’Egypte réussit à concilier libertés et démocratie avec les impératifs de la vie moderne, et elle fait avancer le « modèle turc », pour offrir une nouvelle voie qui servirait de modèle aux sociétés musulmanes; soit, plus probablement, elle naviguera entre un mythe à construire et une réalité beaucoup moins belle, pour buter sur une réalité socio-économique qu’il sera impossible à dépasser.

Ce sera le prix à payer pour dépasser le mythe d’une société idéale, que les Frères Musulmans, et les islamistes de manière générale, brandissent depuis bientôt un siècle. L’Egypte pourra alors faire l’expérience d’une « régression féconde ». A moins que d’ici là, les militaires ne leur donnent de quoi justifier leur échec.

مشاريع وثرثرة حول المشاريع

 

عابد شارف

سونالغاز مؤسسة طموحة جدا. إنها تسطر لمشاريع كبرى، لا تكتفي من خلالها أن تضمن توفير الطاقة للبلاد على المدى القريب، بل إنها تفكر في المدى البعيد على أحسن الصور. وقد أكدت الشركة أنها ستعمل لإنتاج الطاقة من مصادر متجددة للحفاظ على مخزون البلاد من المحروقات، في إطار مخطط طموح بعيد المدى يجعل من الجزائر بلدا رائدا في ميدان الطاقات المتجددة.

وقد أعلنت سونالغاز أنها ستستثمر ما يقارب 74 مليار دولار إلى غاية سنة 2030 لضمان حاجيات البلاد في ميدان الطاقة. وأكدت الشركة أن نصف هذا الاستثمار سيخصص للطافات المتجددة، خاصة منها الشمسية. ويدخل هذا الاستثمار الكبير في إطار مخطط مدروس يشمل كل الجوانب، من التمويل إلى التكوين، مرورا بالتعاون وتحويل التكنولوجيا وغيرها من الجوانب التي يتقن البخراء الكلام عنها في الملتقيات والمؤتمرات الصحفية.

وأكدت سونالغاز أنها ستنتج أكثر من 4.200 ميغاوات من الطاقة من مصادر متجددة خلال العشرية القادمة. وقد انطلق الاستثمار الأول الذي يبلغ 250 مليون دولار لإنجاز مشروع أول لإنتاج التجهيزات الضرورية للطاقة الشمسية. وأكدت الشركة المكلفة بالملف أنه سيتم استيراد 60 بالمائة من التجهيزات في بداية الأمر، لكن سرعان ما تنقلب الأمور لتتكفل الشركة بإنتاج تلك المكونات محليا، خاصة وأن وزارة المناجم ستشرع قريبا في استغلال السليسيوم الموجود بكثافة في بلادنا…

ولتؤكد عزيمتها، أعلنت سونالغاز أنها ستطلق مشروعا لإنتاج ألف ميغاوات من الكهرباء الشمسية مع شركائها في مشروع « ديزارتاك » Desertec. وقد قررت سونالغاز أن تدخل المغامرة بعد أن فرضت شروطها المتعلقة بإدماج المؤسسات الوطنية في المشروع وتحويل التكنولوجيا واقتسام التمويل وفتح السوق الأوربية للطاقة.

هذا عن الكلام… أما الواقع، فإنه يختلف جذريا. ولنسمع ماذا يقول مسؤولون وخبراء من نفس القطاع لنتأكد أن هذه المشاريع ثرثرة لا أكثر ولا أقل، وأن التخطيط والمشاريع المعلنة ليست إلى كلام يباع غي السوق…

وقد قال السيد نور الدين بوطارفة، المدير العام لشركة سونالغاز نفسه، أن الإجراءات المفروضة حاليا تكاد تشل عمل الشركة. وقال أن الإطار القانوني الحالي وتصرف مصالح الجمارك والعدالة يدفع إلى اعتبار إطارات سونالغاز كمجرمين يقضون وقتهم بين مكاتب الجمارك والعدالة. وقال السيد بوطارفة أنه لا يمكن العمل في ظروف تسيطر فيها الشكوك.

وكان المدير العام لشركة سونالغاز نفسه في ماض قريب يرفض رفع قدرة إنتاج الشركة لما كان الوزير يعارض الفكرة، مما أدى إلى الانقطاعات المتكررة للكهرباء في الأيام التي يرتفع فيها الاستهلاك. ثم رفض السيد بوطارفة الانضمام إلى مشروع « ديزارتاك » لما كانت السلطات الجزائرية لم تحدد موقفا واضحا من المشروع، فكاد أن يغيب في مشروع يقال أنه سيعمل لتجنيد 500 مليار دولار للاستثمار، وسيضمن جزء هاما من استهلاك أوربا من الطاقة بعد خمسين سنة.

ومن جهته، قال السيد مسعود بن مهور، رئيس جامعة تطوير السيليسيوم، أن الجزائر لا تكسب المحيط الضروري لتحقيق المشاريع المسطرة في ميدان الطاقات الجديدة. وذكر على سبيل المثال البيروقراطية التي تشكل حاجزا لم تستطع مؤسسته أن تجتازه لشراء الأجهزة العلمية الضرورية للجامعة. وقال أنه حصل على تمويل لبعض الأجهزة العلمية منذ سنة 2007، لكنه لم يتمكن لحد الآن من شراء هذه الأجهزة بسبب تعقيد الإجراءات، ولن يحصل عليها قبل سنة 2014، وقال أن هذا الوضع غير مقبول إطلاقا.

وأكد السيد مسعود بن مهور إنه من المستحيل أن نحقق هذه الأهداف في الوضع الحالي. وقال إننا لا نملك القواعد الضرورية لذلك، وأن المحيط غير ملائم. واعتبر أنه طبيعي أن نستورد أغلبية الأجهزة في بداية المشوار ، بشرط أن نستولي على التقنيات بصفة تدريجية، لكن ما يحدث اليوم لا يشير إلى أن الجزائر تأخذ هذه الاتجاه.

ونكتفي بهذا الكلام الصادر من مسؤولين سيلعبان دورا أساسيا في تحقيق طموحات الجزائر في الطاقات الجديدة، لنلاحظ أن كلاهما يعتبر من المستحيل تحقيق هذه المشاريع. لكن ذلك لا يمنعهما من الكلام وتسطير المشاريع من أجل غزو القمر واحتلال المريخ… وكيف نصدق السيد بوطارفة لما يقول أنه سيشارك في مشروع ضخم لتمويل أوربا بالطاقات الجديدة وهو الذي عجز عن توقير الطاقة للجزائريين رغم أن كل بترول وغاز الجزائر تحت تصرفه؟

وأخيرا يمكن أن نبدل شركة سونالغاز بأية شركة أخرى، ونغير السيد نور الدين بوطارفة بأي مسؤول في مؤسسة كبرى لنلاحظ الفارق الكبير بين كلام المسؤولين وما يمكن أن يحققوه ميدانيا…

Quand la force d’inertie paralyse les forces du changement

 

La crise révèle les archaïsmes, tous les archaïsmes. Y compris dans les courants les plus démocratiques, et au sein des franges les plus aptes au changement. L’expérience du FFS avec les législatives du 10 mai a montré que la force d’inertie a tout paralysé.

 

Par Abed Charef

La formule était osée. En plaidant pour la participation du FFS aux élections législatives du 10 mai, qu’il savait pourtant ni propres ni équitables, Hocine Aït-Ahmed a utilisé deux formules célèbres. Les candidats du FFS ne vont pas à la « mangeoire », avait-il dit, pour prévenir à l’avance toute critique sur ce thème. Et il fallait la caution et le poids de cette personnalité d’envergure pour convaincre de la sincérité des futurs élus FFS, dans un climat où la course au râtelier était devenue un sport national.

Mais la sentence la plus lourde de sens était celle relative à la situation politique du pays, marquée par un statuquo mortel. Pour y remédier, M. Aït-Ahmed affirmait vouloir « introduire du mouvement dans le statuquo ». Un jeu de mots, pour faire joli, et un peu savant, avaient moqué les uns. Une formule alambiquée, pour justifier l’injustifiable, avaient rétorqué d’autres. Jusqu’à ce le temps révèle à quel point l’analyse était juste, y compris quand le FFS a reçu en pleine figure l’onde de choc de sa décision de participer aux élections. Il s’est rendu alors compte que lui-même était largement contaminé par la force d’inertie, devenue la principale arme, souvent inconsciente, du pouvoir.

Cette ambition de mettre du mouvement pour faire bouger les lignes répond à une question centrale : par où faut-il commencer s’il y a volonté de changement ? Où se trouve le pouvoir à qui il faut s’adresser ? Et en fait, pourquoi cet immobilisme, alors qu’un consensus national semble se dégager sur la nécessité du changement ?

Abderrahmane Hadj Nacer se demandait récemment, lui aussi, qui exerce le pouvoir, où se trouve l’autorité. Il n’a pas pu apporter de réponse. Le DRS ? l’armée ? les clans ? les nouveaux capitalistes ? Ahmed Ouyahia a tenté d’apporter sa réponse: c’est l’argent qui commande le pays, ou la mafia. Peut-être les deux. En fait, la réponse de M. M. Ouyahia révèle la pauvreté politique du personnage : il est aux commandes du pays depuis deux décennies pour réaliser en fin de compte que la mafia et les forces de l’argent auraient pris le pouvoir !

Le système en place n’est plus capable de quoi que ce soit. Il ne peut ni avoir un projet, ni piloter un programme, ni avoir une ambition quelconque pour le pays. Il se contente d’être là, de gérer au jour le jour, par la seule force d’inertie. Il sait réagir, pas agir. Il est incapable de construire un petit bout de rue au bon moment, mais il peut construire une très belle route au lendemain d’une émeute, qu’il aura durement mâtée. Il ne peut pas organiser une évolution harmonieuse des salaires, avec des augmentations régulières, qui tiennent compte de la maitrise de l’inflation, de l’évolution de la masse monétaire et des priorités accordées à tel ou tel secteur. Mais il peut décider de fortes augmentations de salaires au profit de nombreuses catégories sociales le lendemain d’une émeute, juste pour avoir la paix. Il utilise alternativement la matraque et le chèque pour assurer sa survie, mais il est incapable d’organiser une réunion entre partenaires sociaux pour engager de vraies discussions.

Addi Lahoauri notait que l’armée et le DRS pensent que la démocratie menace l’unité du pays. Une pensée figée crée ce sentiment de peur, cette crainte de l’inconnu, et renforce ce conservatisme qui veut que « el moualfa khir mene ettalfa » (le danger que tu connais est préférable à celui que tu ne connais pas). Le pouvoir se croit dès lors contraint de combattre toute innovation, tout changement, y compris dans ses propres rangs.

Ce système politique, qui est dans l’impasse la plus totale, a horreur du mouvement. Toute initiative nouvelle crée un déséquilibre tel qu’il risque de détruire l’édifice. Pour organiser une élection susceptible de séduire des observateurs internationaux, il ouvre la télévision pour quelques semaines. Suffisant pour que les gens entendent parler du rôle de l’armée, du DRS, des walis qui trafiquent les élections pour leurs candidats, de la corruption au niveau local et national. C’est trop pour lui. Il faut vite fermer la parenthèse.

C’est cet ordre-là que M. Aït-Ahmed voulait bousculer. Il a voulu y introduire du mouvement. Il a tenté d’ébranler un statuquo absolu, une situation totalement figée. Il voulait que le FFS soit l’instrument qui ébranle cet édifice. Le résultat est là, limpide : c’est le FFS qui a reçu le coup en pleine figure. C’est lui qui a été ébranlé. Pour une raison inattendue : le statuquo, l’immobilisme, la force d’inertie ont conquis des espaces qu’on ne soupçonnait pas, des lieux qu’on croyait à l’abri. Et puis, on découvre brutalement que le FFS lui-même était dans l’immobilisme, dans une situation confortable d’opposant professionnel, où le risque de se tromper était égal à zéro parce que parti prenait zéro initiative !

Feu Dahmane Aïssat, un proche d’Aït-Ahmed, avait mené le débat sur les élections il a cinq ans déjà. La même question se posait déjà : fallait-il participer ou non ? Evoquant la question du boycott, Dahmane Aïssat disait que cette option le dérangeait, non par ce qu’elle impliquait, mais parce qu’elle était vieille, ancienne, alors que lui voulait être dans un parti d’initiatives, offensif, à l’avant-garde du débat d’idées et des luttes politiques. Comment mobiliser les Algériens pour le boycott, quand le boycott est assimilé à ne rien faire, disait-il.

Et voilà qu’aujourd’hui, le FFS a tenté de sortir du boycott, de prendre des risques. Il ne s’agit pas de compromis, ni de compromissions. Le FFS n’a pas abdiqué, il n’a pas cédé, il n’a conclu aucun accord secret, ni aucun arrangement. Mais dans l’autre bord, Karim Tabou n’est pas un traitre, les partisans du boycott ne sont pas des casseurs de parti. Ils sont même plus proches de la ligne traditionnelle du FFS, en ce sens que leur parti est plus enclin à boycotter qu’à aller explorer d’autres chemins plus complexes ! Mais dans ces situations, il est tellement plus facile d’être radical ! C’est si confortable de prôner la pureté des sentiments, la radicalité des positions, la conformité aux dogmes et principes qui ont fait le parti.

On trouve ces situations dans tous les moments historiques importants : quand un mouvement choisit d’abandonner les armes pour aller aux négociations et tenter le parti de la paix, par exemple. Ou quand un mouvement sort de la clandestinité, laissant ses courants les plus radicaux dénoncer les traitres qui ont abandonné le terrain de la lutte. Ce sont des schémas classiques qui se sont souvent répétés à travers l’histoire. Les accords d’Evian ont été dénoncés par quatre dirigeants algériens de premier plan, dont Houari Boumediène, et Mandela lui-même a été violemment attaqué par des militants qui le soupçonnaient de vouloir brader la lutte anti-apartheid.

Plus prosaïquement, un chroniqueur relevait récemment le radicalisme total qui s’exprime à travers les réseaux sociaux. Ceux qui font la révolution virtuelle tous les joueurs, par le biais d’un clavier et d’une connexion internet, promettant le grand soir, affichent une radicalité à toute épreuve. Ils vont pendre les généraux, juger les dirigeants du RND et du FLN et instaurer le paradis. La même promesse tenue par Abassi Madani en juillet 1991 : il menaçait les généraux, affirmant que les jeunes du FIS allaient « bouffer les chars comme des sandwiches ». C’est l’Algérie qui a été transformée en sandwich, alors que Abbassi Madani remettait les généraux en selle, leur offrant le meilleur alibi du monde pour rester au pouvoir.

Mais en attendant, nos blogueurs dénoncent. Haut et fort. Nos radicaux sont encore plus radicaux. Ils veulent tout, ils n’acceptent aucun compromis. Sans se rendre compte que leur attitude est devenue un élément qui renforce la force d’inertie qui paralyse le pays. Et que le statuquo n’est tenable que grâce à deux partenaires : ceux qui ne veulent pas le changement, et les autres, qui ne font pas ce qui est nécessaire pour que ça change.

L’affaire Tabou a révélé ce que déclenche une volonté de changer les ordres des choses au sein d’un parti, certes démocratique, dirigé par une personnalité de très grande envergure, mais qui est loin d’être la première force politique du pays. Qu’est-ce qui va se passer alors quand se manifestera une volonté de changer les choses à l’échelle du pays ?

Les exportations massives de devises jettent un doute sur les importations algériennes

 

Le scandale des surfacturations met en cause des entreprises au-dessus de tout soupçon, utilisant des réseaux très officiels. On y trouve du beau monde : Sandoz, Sanofi Aventis, et l’inévitable OTA.

 

Par Abed Charef

Du temps de la splendeur de Abdelmoumène Khalifa, on utilisait le bon vieux sachet en plastique pour transférer illégalement l’argent à l’étranger. Par sacs entiers. Entre un et dix millions de dollars par envoi, selon des révélations faites lors du procès de l’affaire Khalifa devant le tribunal de Blida. Des convoyeurs, des hommes de confiance, transportaient cet argent de Khalifa, collecté par la banque Khalifa, à bord des avions de Khalifa, pour le planquer dans de prestigieuses banques européennes.

Mais la méthode Khalifa est trop primaire, trop vulgaire, pas assez chic ni suffisamment subtile. Et c’est alors que de nouveaux réseaux se sont mis en place, pour transférer les devises d’une manière beaucoup plus soft, proche de la légalité, du moins dans la forme. Et les clients sont, cette fois-ci, autrement plus respectables. Pour l’heure, on trouve dans la liste la puissante OTA, filiale d’Orascom, des laboratoires pharmaceutiques renommés, au-dessus de tout soupçon, qui ont mis en place un système de transfert ingénieux.

OTA en offre un modèle. L’entreprise, lancée puis revendue par le célèbre Nadjib Sawiris, agissait en terrain conquis. Donnant des leçons de citoyenneté pendant des années, par le biais d’employés algériens particulièrement zélés, OTA ne payait ses pas impôts, et transférait illégalement des devises, selon des accusations de l’administration du fisc et des douanes. Cette semaine encore, était jugée une affaire dans laquelle OTA est accusée d’avoir transféré illégalement 189 millions de dollars.

Pour OTA, pas question de « chkara », ni de convoyeurs clandestins traversant la frontière à la nuit tombée. On passe par une vénérable banque, une institution au-dessus de tout soupçon, CitiBank. C’est elle qui réalise les transferts, qui ont valu à OTA une condamnation en première instance, conformée en appel, à une amende faramineuse de 93 milliards de dinars (1,3 milliard de dollars), alors que son directeur pour l’Algérie, le puissant Tamer Mahdi, était condamné à deux ans de prison ferme et six milliards de dinars d’amende. Inutile de dire que M. Tamer Mehdi, qui s’est fait porter malade, n’est pas près de revenir en Algérie.

L’affaire OTA apporte une autre révélation importante. Les banques, selon l’accusation, sont complices de l’opération. Elles sont, elles aussi, poursuivies. Et si Citibank a échappé à la condamnation, l’accusation avait demandé une révision de la sentence, pour punir la banque incriminée. Un moyen, peut-être, de faire pression sur les banques et de freiner quelque peu un argent qui circule en dehors de tout contrôle.

Dans la foulée, on découvre une autre filière qui transférait d’importantes sommes d’argent de manière illégale : celles de produits pharmaceutiques. Là, la technique est simple. L’entreprise concernée procède à des surfacturations, pour exporter l’argent de la manière la plus licite. Le groupe Sanofi-Aventis été le premier à être sanctionné. Son directeur pour l’Algérie, Thierry Lefèbvre, a été condamné à un an de prison avec sursis et deux milliards de dinars (près de 20 millions d’euros) d’amende.

Aussitôt après, c’est le déferlement. Les douanes algériennes ont annoncé qu’une douzaine de laboratoires faisaient l’objet de poursuites similaires. Le ministre de la santé, Djamel Ould Abbès, promettait à son tour de sévir, et d’exclure les entreprises incriminées du marché du médicament. Les surfacturations de matières premières destinées à la production des médicaments auraient atteint 153 milliards de dinars, soit 1,53 milliards d’euros. Le laboratoire suisse Sandoz et l’entreprise italienne Saipem figurent sur la liste des entreprises incriminées.

Les chiffres laissent songeur, mais ils révèlent l’ampleur du gâchis. Ils confortent l’analyse d’un ancien chef de gouvernement, qui estimait « impossible », au début de l’année, que les importations algériennes aient atteint ou dépassé le seuil des 50 milliards de dollars. « Ce qui se passe relève d’une exportation massive de devises, et non d’importations », avait-il dit, affirmant que « des telles sommes transforment un pays ». Un économiste, interrogé, estimait, de son côté, que « le marché algérien ne peut pas absorber autant d’importations. Il y a forcément de l’argent qui sort sans qu’il y ait des marchandises en contrepartie », estimait-il.

Les surfacturations faussent également toute la sphère d’activité concernée. Pour les médicaments, elles poussent les prix artificiellement vers le haut, ce qui va à l’encontre des intérêts des malades, elles augmentent sans raison le coût de la santé, déséquilibrent la sécurité sociale, et empêchent l’émergence d’une industrie du médicament.

Mais c’est un véritable séisme économique qui va secouer l’Algérie si les services des douanes continuent leurs investigations. Elles vont découvrir que la plupart des grandes filières d’importation font l’objet de surfacturations. A titre d’exemple, la filière automobile, dont les importations frôlent les cinq milliards de dollars, n’a aucune raison d’échapper au même phénomène. Ce qui ne va sans rappeler l’histoire des fameux 26 milliards de dollars, et qui nous rappelle cette vérité très simple : au moment où l’Algérie est devenue une immense entreprise d’importation, sans institutions de contrôles ni contre-pouvoirs, elle devient une cible parfaite pour ce genre d’opérations.

أحمد أويحيى يفشل ويعترف، لكنه لا يستقيل

عابد شارف

قيل عنه الكثير… قيل عنه أنه رجل دولة، وأنه من المرشحين الأوائل للانتخابات الرئاسية المقبلة لخلافة السيد عبدالعزيز بوتفليقة… قيل أنه مقرب من الجيش ومن مراكز القرار الحقيقية في البلاد، وأنه لا يتحرك إلا بأمر منها، وأن كل ما يقوم به ويقوله يصدر في الحقيقة عن المراكز الحقيقة للسلطة.

ولتأكيد هذا الكلام، توجد قرائن كثيرة تشير إلى أهمية الرجل والمكانة التي يتميز بها في صفوف السلطة. فقد دخل الرجل الحكومة منذ أكثر من خمسة عشر سنة، ولم يغادرها منذ ذلك الوقت. وقد احتل منصب رئيس الوزراء ثلاث مرات، كما شغل منصب وزير الاقتصاد ووزير العدل، وهي المناصب الأساسية في كل الحكومات.

لكن في انتخابات 10 ماي الماضي، انهزم حزبه شر هزيمة. ولم يتحصل التجمع الوطني الديمقراطي إلا على ثلث المقاعد التي حصل عليها الحزب الفائز بالانتخابات وهو جبهة التحرير الوطني. ولا يمكن للسيد أويحيى أن يتكلم عن التزوير ولا أن يقول أن السلطة قامت بتزوير الانتخابات لصالح أي حزب آخر، لأن السيد أويحيى كان رئيسا للحكومة ورئيس اللجنة الوطنية المكلفة بتنظيم الانتخابات…

وبعد هذه المغامرة الأخبرة، ظهرت أصوات في صفوف الأرندي تطالب باستقالة السيد أويحيى من قيادة الحزب، وتندد بطريقته في تسيير اأرندي، في محاولة انقلابية من نفس النوع التي ظهرت في صفوف جبهة التحرير الوطني منذ مدة. عند ذلك، اضطر السيد أويحيى إلى الكلام، حتى يؤكد أنه يتحكم في الأمور، وأنه لم ينته، وأن ما يحدث لا يشكل إلا نكسة عابرة لن تؤثر عليه ولا على مستقبله السياسي، وأنه يبقى في قلب اللعبة السياسية.

ماذا قال السيد أويحيى؟ تكلم الرجل عن ثلاث نقاط أساسية، فقال أن أصحاب المال استولوا على السلطة في الجزائر، وقال أن هذه الأموال من نوع مافياوي، كما قال أن الجزائر فشلت، وأن هذا الفشل جماعي. ولا يمكن أن نعتبر أن كلام السيد أويحيى عبارة عن ثرثرة رجل بدأ يحس أن وقته انتهى، وأن « جنانو طاب »… إنه الوزير الأول للجزائر، ولا بد من وزن كلامه وتحليله حتى نفهم ماذا يقصد وإلى ماذا يشير وما هي الأخطار التي تترتب عن كلامه لأن كلامه خطير جدا.

وفتح السيد أويحيى بابا، لكن لم يكن واضحا، وعليه أن يجيب عن سلسلة من الأسئلة: من هم أصحاب المال الذين استولوا على السلطة؟ كيف توصلوا إلى ذلك؟ هل بلغوا هدفهم بمساندة الحكومة، أم أن الحكومة كانت تعارضهم واستطاعوا أن يتغلبوا عليها؟ وما هي القوى السياسية والاجتماعية التي ساندت أصحاب المال هؤلاء؟ وهل قوى المال هذه جزائرية، أم أنها تعمل كوسيط لصالح قوى أجنبية، خاصة أننا نعرف أن الجزائر لا تنتج إلا القليل وأن ثلث إنتاجها الخام يذهب في الواردات؟

ولما يقول السيد أويحيى أن هذا المال ذات طابع مافياوي، عليه أن يحدد أكثر: ماذا يقصد بالمافيا؟ هل هي شبكات داخلية أم أنها مرتبطة بالخارج؟ هل تمكنت أن تتوغل في مؤسسات الدولة لقيادة البلاد بصفة مباشرة، أم أنها تعمل من خارج المؤسسات وتكتفي بالضغط أو بالرشوة لفرض مصالحها؟ ولماذا فشلت البيروقراطية التقليدية التي يمثلها السيد أويحيى، لماذا فشلت في مواجهة هذه المافيا؟

هذه النقاط تثير قلقا كبيرا، لأن الوضع حسب كلام السيد أويحيى خطير جدا. ولا بد له أن يعطي توضيحات أخرى حتى نفهم جيدا ما يحدث، نفهم كيف استطاعت أطراف خفية أن تتوغل إلى دواليب السلطة وتستولي عليها. ويجب أن نعرف: هل الوزراء والمسؤولون الكبار يعرفون أنهم لا يخدمون الجزائر، بل يخدمون أصحاب المال والمافيا، أم أنهم ليسوا واعين بهذا الوضع؟ ولا بد في الأخير أن نعرف هل أن السيد أويحيى نفسه يدرك تماما ما يقول: إنه يقول أن السلطة التي تحكم الجزائر فشلت، وسلمت البلاد للمافيا وأصحاب المال، مع العلم أن السيد أويحيى ينتمي إلى هذه المجموعة التي سلمت البلاد للمافيا…

و نذكر هنا أن السيد أويحيى لم يكن مدربا للفريق الوطني لكرة القدم، ولا نائب مدير الصحة في ولاية أدرار خلال السنوات الماضية… إنه كان يشغل منصب رئيس الحكومة، وهو مسؤول عن هذا الوضع، لأنه فشل في مواجهة المافيا وأصحاب المال. و كلام السيد أويحيى حول الفشل الجماعي غير مقبول إطلاقا، لأن الفشل فشله هو وجماعته، لا فشل الجزائريين…

وأخيرا، هل بقي كلام مع رجل، أو عن رجل، كان في قلب السلطة لمدة عشرين سنة، قبل أن يعترف أنه فشل في تسيير شؤون البلاد، وأن أصحاب المال والمافيا استولوا على دواليب الحكم…

أسرار الحرب المغربية على مبعوث الأمم المتحدة في الصحراء الغربية

أطلق المغرب النار على المبعوث الأممي في الصحراء الغربي بعد أن أعلن عن نيته في زيارة الصحراء الغربية… ويخشى المغرب أن ينفلت الوضع منه إذا تظاهر الصحروين…

عابد شارف

بعد ركود دام سنوات طويلة، عرفت قضية الصحراء الغربية تحركا منذ شهر لم ينتبه له الكثير بسبب الأحداث التي وقعت في المنطقة. وكان الرأي العام يتابع الانتخابات الرئاسية في فرنسا والانتخابات التشريعية في الجزائر، إلى جانب عدم الاستقرار في ليبيا والأزمة التي أدت إلى محاولة لإقامة خلافة إسلامية في شمال مالي. كل هذه الأحداث لم تسمح بالاهتمام بما يحدث في الصحراء الغربية، رغم أبعاد هذه التطورات في الملف الصحراوي.

وعادت قضية الصحراء الغربية إلى الواجهة بعد قرار المغرب بسحب الثقة من مبعوث الأمم المتحدة، الأمريكي كريسطوفار روص Christopher Ross. ووجهت السلطات المغربية تهمة للمبعوث الأممي، على أساس أنه يتخذ مواقف منحازة لصالح جبهة البوليزاريو، وأن تصرفه غير متوازن وغير محايد، وأنه يخرج عن إطار المهمة التي كلفه بها مجلس الأمن.

لماذا ذهب المغرب إلى هذا الحد، مع العلم أن الدبلوماسية الأمريكية تتعاطف تقليديا مع المواقف المغربية في قضية الصحراء الغربية؟ يجب هنا أن نذكر أن مجلس الأمن قام بتعيين السيد روص، مثل سابقه، وزير الخارجية الأمريكي الأسبق جيمس بيكر James Baker، كمبعوث خاص في الصحراء الغربية بعد أن اختار الطرفان تجنب السلاح وتسليم القضية للأمم المتحدة. ويقوم المبعوث الأممي الربط بين الطرفين والحفاظ على حد أدنى من الاتصالات بينهما للحفاظ على وقف إطلاق النار وتسيير قوات الأمم المتحدة التي تسهر على ذلك.

وفي نفس الإطار، ينظم المبعوث الأممي دورات من المفاوضات بين المغرب وجبهة البوليزاريو في منهاسات، قرب نيو يورك، بحضور ملاحظين من الجزائر ومن موريتانيا. ولم تفلح تلك اللقاءات لحد الآن، حيث أنها لم تسمح بتقدم يذكر في حل قضية الصحراء الغربية. رغم ذلك، استطاع المبعوث الأممي أن يحافظ على حد أدنى من الحوار والاتصالات بين الطرفين، وأن يتجنب تدهور الوضع، رغم المأزق الذي توصل إليه ملف الصحراء الغربية. واستطاع كذلك أن يحصر الملف تحت مسؤولية الأمم المتحدة، رغم التباين الواضح في موقف الطرفين، حيث يطالب البوليزاريو دائما بالحق في تقرير المصير والاستقلال، بينما يكتفي المغرب بفكرة الاستقلال الذاتي في إطار مغربي.

ويعمل السيد كريسطوفار روص في إطار يحاول من خلاله أن يقوم بمبادرات لا تتناقض مع قرارات الأمم المتحدة. ولا بد له من اتخاذ مبادرات جديدة جريئة لتجاوز المأزق الحالي، وهذا من طبيعة عمل الوسيط. لكن هذه المرة، قام المبعوث الأممي بمبادرتين أدت إلى حرج كبير في المغرب رغم أنها لا تبدو خارجة عن مهمته الأصلية. فقد طالب السيد كريسطوفار روص من المغرب أن يحترم الحريات وحقوق الإنسان في الأراضي الصحراوية، وهي النقطة التي تركز عليها كثيرا جبهة البوليزاريا لأنها تعرف أن صداها كبير لدى الرأي العام الدولي.

أما المبادرة الثانية التي أزعجت المغرب، فإنها تتعلق بالزيارة التي ينوي أن يقوم بها السيد كريسطوفار روص إلى الصحراء الغربية. ويعرف القادة المغاربة جيدا أن هذه الزيارة تشكل خطرا، حيث من المحتمل أن ينتهز أهالي الصحراء الفرصة ليخرجوا في مظاهرات شعبية للتعبير عن تمسكهم بفكرة الاستقلال ومساندتهم لجبهة البوليزاريو. وتعتبر السلطات المغربية أن زيارة السيد كريسطوفار روص تشكل مغامرة لا يمكن تحملها لأنها قد تؤدي إلى وضع لا تستطيع قوات الأمن المغربية أن تتحكم فيه، بعد أن تمكنت جبهة البوليزاريا أن تفرض نفوذها في المدن الصحراوية.

ولهذه الأسباب، شن المسؤولون المغاربة حربا كلامية ضد السيد كريسطوفار روص، لتحطيم مصداقيته والطلب بتغييره. وقالوا أن المبعوث الأممي تجاوز صلاحياته، وتدخل في الشؤون الداخلية للمغرب بصفة غير مقبولة، في حين كان من المفروض أن يبقى محايدا. لكن أليس من الطبيعي لمبعوث خاص أممي في منطقة ما أن يزور تلك المنطقة ويلتقي أهاليها بكل حرية؟ ولعل هذا ما دفع الأمين العام للأمم المتحدة بان كي مون إلى رفض الانتقادات المغربية وتأكيد ثقته في مبعوثه الخاص.

ويبقى أن يبرز موقف الولايات المتحدة وفرنسا، وهما الدولتان ذات النفوذ في الملف الصحراوي. ومن المعروف أن باريس وواشنطن تميلان تقليديا للطرح المغربي. لكن المعطيات تغيرت نوعا ما، لأن السيد كريسطوفار روص دبلوماسي أمريكي، ولا تستطيع واشنطن أن تتخلى عنه وتضحي به بسهولة. أما فرنسا، فإن الرئيس الجديد فرانصوا هولاند سيجد نفسه مضطرا لاتخاذ مواقف تكون منسجمة مع خطابه السياسي. فماذا يقول الرئيس الفرنسي اليوم، هو الذي كان ينادي بالحرية والديمقراطية، كما ينادي بتغيير طبيعة العلاقات بين فرنسا وإفريقيا؟

Mali, Libye, ou comment l’Algérie a été disqualifiée

 

Durant la crise libyenne, l’Algérie avait été paralysée par une opération de propagande d’envergure. Au Mali, elle est prisonnière à cause de l’affaire des otages. Un travail de pro.

 

Par Abed Charef

 

Une alliance très improbable s’est nouée au nord du Mali entre Ansar Eddine, une organisation islamiste aux contours vagues, navigant entre chariaa, nationalisme, et revendications socio-politiques ; et un Mouvement National de Libération de l’Azawed (MNLA), qui se présentait il y a encore un mois, comme un mouvement démocratique, laïc et moderne, résolument hostile aux idées théocratiques d’Ansar Eddine.

Alliés contre le pouvoir central de Bamako, les deux formations hésitent entre une alliance de fait, sur le terrain, et des rivalités idéologiques et politiques difficiles à surmonter. Ce qui n’a pas empêché de nouvelles tractations qui ont failli mener, la semaine dernière, à une abdication pure et simple du MNLA face à Ansar Eddine, qui veut imposer la chariaa dans un Etat islamique au nord du Mali, avant d’œuvrer pour la restauration du califat. Le MNLA a en effet accepté de discuter un accord pour la création d’un « Conseil transitoire de l’Etat islamique de l’Azawed », qui devait proclamer la création d’un Etat islamique dans l’Azawed.

Cet épisode a confirmé que, malgré ses efforts pour rassurer ses partenaires externes, le MNLA parait bien léger. Il s’est laissé doubler à chaque étape. A moins qu’il n’ait été, dès le départ, qu’un simple sous-traitant travaillant au profit d’autres parties, comme c’est souvent le cas dans ce type de situation. C’est en effet le MNLA qui a lancé l’offensive au nord du Mali, à la mi-janvier. C’est également lui qui a remporté les premières victoires, conquis les premières villes, laissant entrevoir une possibilité de prendre le contrôle de cette vaste partie du territoire malien qui constitue la terre traditionnelle des Touareg.

Mais le MNLA a rapidement perdu la main, au profit des « cousins » de Ansar Eddine. Iyad Ag Ghaly, qui dirige Ansar Eddine, est en effet un cousin de Mahmoud Ag Ghaly, chef du MNLA. Ces liens ont leur importance, dans ces régions où relations familiales et politiques s’entremêlent, et où il est aussi difficile d’identifier les vrais acteurs que de les différencier des simples figurants. A titre d’exemple, Mahmoud Ag Ghaly a été militant indépendantiste touareg, puis diplomate malien en Arabie Saoudite, avant d’effectuer un mystérieux séjour au Qatar. Son chef d’état-major est un ancien colonel de l’armée libyenne !

De cet imbroglio, émergent pourtant quelques certitudes, très inquiétantes pour l’Algérie. Avec un phénomène qui se répète : dans la crise malienne, l’Algérie se trouve paralysée alors qu’un pays frontalier subit une crise grave. En plus de la nature de son système, qui ne favorise pas l’initiative, l’Algérie s’est retrouvée ligotée dès le moment où le consul général à Gao et six fonctionnaires du consulat ont été enlevés, lors de la prise de la ville. Quel est ce mystérieux groupe qui se manifeste juste pour kidnapper les fonctionnaires du consulat algériens, le Mouvement pour l’Unicité du Jihad dans l’Afrique de l’Ouest (MUJAO), sous l’œil bienveillant, ou impuissant, du MNLA et de Ansar Eddine ?

En tout état de cause, on se retrouve face à une situation qui a déjà prévalu en Libye : dès le début de la crise libyenne, l’Algérie avait été disqualifiée, puis mise hors-jeu, par une opération de propagande de haute volée, relayée en Algérie même par de nombreuses parties. L’Algérie avait été accusée d’aider militairement Maammar Kadhafi, de transporter des mercenaires travaillant pour lui, ou de lui fournir des armes, pendant que les vrais acteurs de la crise faisaient leur boulot.

Acculée à une position défensive, mise sous pression, l’Algérie n’avait pas réussi à influer sur le cours de la crise libyenne, alors que la solution aurait du être imposée par une action commune algéro-égyptienne. Au final, l’Algérie s’est retrouvée, avec les pays du Sahel, contrainte à subir les conséquences de la crise libyenne, avec notamment ces armes qui circulent dans toute la région, alors que les Européens pavoisent pour le beau rôle qu’ils ont joué en Libye.

Au Mali, le même scénario est en train de se répéter. L’Algérie a été paralysée dès le premier moment. Elle ne peut prendre aucune initiative, tant que les otages ne sont pas libérés. Elle est contrainte de s’en tenir à de vagues déclarations de principe, comme l’appel au dialogue et la nécessité de préserver l’intégrité territoriale du Mali. Ce qui montre que l’enlèvement des agents consulaires de Gao n’est probablement pas une simple opération criminelle destinée à demander une rançon, mais une étape dans une opération d’envergure.

Ce qui pose une autre question : qui est de MUJAO, qui a revendiqué l’enlèvement du consul et des fonctionnaires du consulat de Gao ? Cette organisation affirme qu’elle est dissidente d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, que son champ d’action est l’Afrique de l’Ouest, mais jusque-là, ses opérations étaient toutes dirigées contre l’Algérie. Le MUJAO s’est manifesté uniquement pour kidnapper des humanitaires occidentaux travaillant dans les camps sahraouis, près de Tindouf, puis lors de l’attentat de Tamanrasset. En territoire algérien, dans une région traditionnellement inaccessible. Un tel acharnement et une telle efficacité révèlent un rare professionnalisme.