Et si Sellal s’attaquait au pouvoir informel ?

 

Le nouveau premier ministre marque un point. Il veut débarrasser les cités de ce commerce informel qui les encombre et fausse le jeu économique. Il doit aller plus loin, pour s’attaquer à tout ce qui est informel.

 

Par Abed Charef

 

La circulation est étonnamment fluide, en cette belle matinée de septembre 2012. La rue qui longe le stade de Kouba donne l’impression d’être immense. Elle parait également vide et propre. Aucun véhicule ne bloque la circulation. Aucun commerçant n’est installé sur le trottoir. Aucune camionnette n’encombre la voie.

A El-Afia, sur le plateau des Anassers, il n’y a pas d’embouteillage non plus. En venant du ministère des Affaires étrangères, on trouve habituellement une longue file de véhicules. Là, ça roule correctement. Les marchands qui proposaient leurs fruits et légumes sur le trottoir, puis en pleine rue, ont disparu.

Les services de la DGSN triomphent. Plus de 1.000 étals, 200 montages faits de bric et de broc, des dizaines de charrettes et divers « commerces » ont été démantelés à Alger depuis le lancement d’une campagne contre le commerce informel. Le tout s’est passé sans incident majeur. L’opération a même trouvé un écho favorable auprès des habitants, fortement incommodés par la présence de commerçants qui ont illégalement squatté les rues.

Le nouveau premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait donné le ton dès sa nomination. Nos villes ont besoin d’un coup de balai, avait-il dit. Aussitôt, une grande campagne contre le commerce informel a été lancée. Les grands marchés « illégaux » ont été visés, à Alger, mais aussi dans les autres villes du pays. Abdelmalek Sellal marque un point.

Mais l’opération lancée par le premier ministre suscite un peu de scepticisme. Au moins sur trois points. En premier lieu, une opération similaire avait été lancée fin 2010. Elle avait donné lieu à des affrontements, parfois violents, entre forces de sécurité et commerçants. A Badjarah, un policier avait perdu un œil dans les violences, selon des informations qui avaient circulé à l’époque.

Mais le contexte politique était différent. On était alors en plein printemps arabe. Des manifestations avaient éclaté dans la plupart des villes d’Algérie. Le gouvernement, auquel appartenait M. Sellal, avait décidé qu’il s’agissait d’émeutes causées par la hausse des prix. Des mesures avaient été annoncées pour maitriser les prix de certains produits, dont l’huile et le sucre.

Mais le fait le plus remarqué alors fut la décision du gouvernement de mettre fin à l’opération devant éradiquer les marchés informels. Et, comble de maladresse, le ministre de l’intérieur de l’époque et d’aujourd’hui, M. Daho Ould Kablia, est intervenu personnellement à la télévision pour déclarer que le gouvernement n’avait aucunement l’intention de combattre ces commerçants qui travaillent dans l’informel, et qu’il n’était pas non plus dans ses projets de les empêcher de squatter les rues.

Cette fois-ci, la conjoncture semble plus favorable pour le gouvernement. Le chômage a atteint un niveau très bas, à un point tel que le pays commence à enregistrer des pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs. L’argument selon lequel tous ces commerçants qui occupent la rue le font pour survivre est dépassé. Il ne tient pas la route.

En second lieu, l’opération de lutte contre le commerce informel fait-elle partie d’une politique, ou bien s’agit-il d’une simple opération conjoncturelle ? Le premier ministre a-t-il une démarche politique et économique dont l’élimination de l’informel fait partie, ou bien va-t-on oublier cette initiative dans une semaine ou deux, pour laisser les marchands reconquérir progressivement l’espace public ?

Dans le passé, le pays a connu des velléités similaires. Elles se sont souvent achevées en queue de poisson, malgré leur utilité reconnue. Pourtant, le citoyen a montré qu’il était prêt à s’adapter, à respecter la loi, s’y conformer. Y compris quand elle est contraignante. A condition que l’Etat fasse preuve de fermeté, et travaille sur la durée. Ainsi, quand le nouveau code de la route a été adopté, le port de la ceinture de sécurité, devenu obligatoire, s’est rapidement généralisé.

Les autorités sont donc face à une véritable épreuve. Non seulement elles doivent poursuivre cet effort, mais l’élargir. Tout ce qui est informel doit progressivement disparaitre. Comme les parkings par exemple. Là, ce sera plus difficile, parce que cela pose des questions de sécurité, peut-être aussi d’emploi. Mais est-ce si difficile que cela, au bout du compte ? Si la mesure est appliquée pour tout le monde, avec des règles claires, sans laisser place au favoritisme ni aux passe-droits, il y a fort à parier qu’elle sera acceptée. Et si les personnes directement touchées risquent de montrer leur mécontentement, le discours sur ces pauvres bougres que l’Etat empêche de gagner leur vie ne trouvera pas de supporters. Une mesure ferme et juste trouvera l’approbation nécessaire auprès des citoyens pour être imposée de force.

Et c’est là que se situe le nœud du problème. Car un pouvoir qui veut liquider l’économie informelle, nettoyer les rues, et imposer la loi, finira tôt ou tard par se retrouver face à sa propre réalité : il devra, au final, s’attaquer au pouvoir informel. Là, c’est toute l’architecture du système politique algérien qui risque d’être remise en cause, car mettre fin au pouvoir informel, c’est établir des règles publiques, connues de tous, et les respecter. Cela revient à respecter la lettre et l’esprit de la constitution, et à soumettre le pouvoir à la loi. Cela revient à faire fonctionner les institutions, de manière à ce que le détenteur du pouvoir réel se confonde avec celui qui a le pouvoir apparent.

L’Algérie est-elle prête pour cet exercice ?

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أويحيى وبلخادم يتفرغان للانتخابات الرئاسية

 

احتفل عادل صياد بإبعاد عبد العزيز بلخادم من الحكومة…. لكن هذه النظرة قد تكون خاطئة لأن عبد العزيز بلخادم وأحمد أويحيى لم يبتعدا من السلطة… إنهما قد تفرغا للانتخابات الرئاسية التي ستجري بعد سنة ونصف…

 

هل سيتم تعيين رئيس جديد ليحافظ على النظام القائم، ويجمد البلاد إلى أن يحدث الانفجار، أم أن الاتفاق سيضمن عملية سياسية تسمح للجزائر بالتغيير بصفة منظمة ومنتظمة لدخول العالم المعاصر في أحسن الظروف

 

عابد شارف

قرر الرئيس عبد العزبز بوتفليقة إبعاد زعماء أكبر الأحزاب الجزائرية من قائمة الحكومة التي يرأسها السيد عبد المالك سلال. وحسب وتم الإعلان عن تشكيل الحكومة الجديدة في ظرف قصير جدا، مما يوحي أن الوزير الأول الجديد لم يكن له الوقت الكافي لاستشارة زعيم جبهة التحرير الوطني عبد العزيز بلخادم ولا زعيم التجمع الوطني الديمقراطي أحمد أويحيى.

وقد جاء هذا الإقصاء الشكلي رغم أن حزب السيد بلخادم قد حقق فوزا واسعا في الانتخابات التشريعية، بينما تمكن حزب أحمد أويحيى أن ينقذ الموقف حيث استطاع أن يحتل المرتبة الثانية. وتجد هذه الأحزاب نفسها موضوع إقصاء لأنها لا تتحكم في الحكومة ولا في رئاسة البرلمان. ولا يعرف فعلا عن السيد سلال أن له ارتباط حزبيا يذكر، بينما عادت رئاسة البرلمان إلى رجل ينتمي إلى جبهة التحرير لكن اختياره جاء بفض علاقاته الشخصية مع أهل السلطة لا بسبب انتمائه لجبهة التحرير.

كل هذه القرائن تشير إلى أن أحمد أويحيى وعبد العزيز بلخادم خسرا معركة أساسية، وأنهما أبعدا من دوائر السلطة. ولم يتردد عدد من العلقين ومنشطي صفحات على الأنترنات من القول أن الجلين انتهيا، وأن حياتهما السياسية قد انتهت. غير أن الواقع يشير إلى اتجاه آخر، وهو أن الرجلين تحررا من الحكومة من أجل تحضير خلافة الرئيس بوتفليقة والاستعداد للانتخابات الرئاسية القادمة.

وقد أبدى الرجلان نيتهما، بطريقة أو أخرى، للترشح للانتخابات الرئاسية. ويظهر السيد أويحيى كمرشح مفضل للبيروقراطية التي تريد التسلط والحفاظ على النظام القائم في ظل المنظومة العسكرية والأمنية. أما السيد بلخادم، فهو يمثل تلك الشريحة التي تنادي بالوطنية مع الوطنيين وبالإسلام مع الإسلاميين وتتبنى الديمقراطية إذا اقتضى الأمر، وهي شريحة يمكن أن تواجه الإسلاميين الذين يريدون أن يجتاحوا الجزائر في ظل الربيع العربي.

ومن المنتظر أن ينطلق الرجلان في حملة مسبقة ابتداء من الأشهر القادمة، ليزوروا المدن الداخلية والقرى، ويلتقوا الجزائريين ويعطوهم وعودا. وسيكتشف الرجلان الشعب وخصائله، وسيواجهون الحركات التصحيحية بالتهديد بالعودة إلى القاعدة النضالية، ويمجدون دور الشعب الجزائري العظيم الذي سحق الاستعمار ووقف صامدا ووجه العدو الداخلي والخارجي، ويرددون « قسما » مع الكشافة ويقسمون أنهم مازالوا واقفين…

ولا بد لهم من هذا التصرف ليصنعوا لأنفسهم صورة، وسيكلم الرجلان عن المؤسسات وحرية المواطن، وضرورة إقامة قواعد تسيير جديدة تضمن حقوق المواطن، وأنه لا بد للمسؤول أن يبقى دائما قريبا من الشعب. وسينتجون هذا النوع من الخطاب خلال أشهر طويلة، وسيرددون كلاما غريبا حول المواطنة وضرورة استشارة الجزائريين في الصغيرة والكبيرة، في عملية ستدوم إلى عشية الانتخابات الرئاسية التي ستعين خليفة الرئيس بوتفليقة.

لكن كل كلامهم يتعلق بالصورة التي يريدون أن يصنعوها لأنفسهم فقط. أما الحقيقة، فإنها تختلف جذريا. وقد عاش الرجلان ما يكفي في دواليب النظام ليعرفوا أن تعيين رئيس الجمهورية قضية لا يفصل فيها الصندوق، وأن تعيين حاكم البلاد لا يتم عن طريق الاقتراع، وأن هذا الخيار لا يمكن أن يترك للأحزاب، وأنه لا يكفي أن يقوم المسؤول السياسي بحملة انتخابية ليصبح رئيسا.

كل هذا النشاط سيغطي العملية الكبرى التي ستفصل في مستقبل البلاد. والعملية لا تتعلق بتعيين شخص سيكون رئيسا للبلاد، إنما تتعلق بمحتوى الاتفاق الذي سيتم معه: هل سيتم تعيين رئيس جديد ليحافظ على النظام القائم، ويجمد البلاد إلى أن يحدث الانفجار، أم أن الاتفاق سيضمن عملية سياسية تسمح للجزائر بالتغيير بصفة منظمة ومنتظمة لدخول العالم المعاصر في أحسن الظروف؟

Ouyahia et Belkhadem, en embuscade pour la présidentielle

 

Ejectés du gouvernement ? Peut-être. Mais en attendant, Abdelaziz Belkhadem et Ahmed Ouyahia sont plutôt libérés pour préparer la présidentielle.

 

Par Abed Charef

Les dirigeants des deux principaux partis du pays, Abdelaziz Belkhadem du FLN, et Ahmed Ouyahia du RND, ont été éjectés du gouvernement. A priori, ils n’ont même pas été consultés pour la formation de la nouvelle équipe, dirigée par M. Abdelmalek Sellal, qui n’a pas pris la peine de les associer dans sa démarche.

Pourtant, le parti de M. Belkhadem est supposé avoir remporté une victoire historique lors des législatives de mai 2012. Le RND, de son côté, et sans pouvoir résister au raz-de-marée FLN, a sauvé les meubles en se maintenant en deuxième position. Quant au Président de l’Assemblée nationale, il a, certes, été choisi parmi les députés FLN, mais il doit visiblement son poste à d’autres atouts, sans rapport avec son appartenance au parti dirigé par M. Belkhadem.

Le nouveau premier ministre n’a pas d’activité partisane connue. Il appartient à un autre profil : énarque, ministre docile, cultivant ses relations avec tout le monde, n’affichant jamais une position qui risquerait de le situer dans un courant ou dans un clan plutôt qu’un autre. Ministre sans interruption depuis une quinzaine d’années, il a cohabité avec des chefs de gouvernement aussi différents que Ahmed Ouyahia, Abdelaziz Belkhadem, Ahmed Benbitour et Ali Benflis. C’est dire si l’homme a fait preuve de la souplesse nécessaire pour entrer puis rester au gouvernement.

Est-ce suffisant pour supplanter MM. Ouyahia et Belkhadem ? Faut-il en conclure que les chefs du FLN et du RND ont été éjectés, et que leurs carrières sont derrière eux ? Nombre de commentateurs et de blogueurs se sont enthousiasmés pour cette explication, mais il semble bien que la réalité soit différente. Car tout indique que MM. Ouyahia et Belkhadem se sont libérés pour se préparer à la véritable échéance politique qui se prépare, la succession de M. Abdelaziz Bouteflika.

Même s’ils le font de manière timide, les deux hommes se sont longuement préparés à cette éventualité. M. Ouyahia se verrait bien comme le candidat de la bureaucratie et de l’autoritarisme, gérant le pays sans état d’âme, en coordination avec l’appareil militaire et sécuritaire qui le mandaterait à cet effet. Il a montré les dispositions nécessaires en ce sens.

Abdelaziz Belkhadem serait, quant à lui, une caution parfaite pour contrer une éventuelle velléité islamiste. Avec un zeste de nationalisme et une pincée d’islamisme, arborant sa barbe de la main droite et un drapeau de la main gauche, l’homme permettrait de couper l’herbe sous les pieds des uns et des autres. Et tout comme Ouyahia, il serait, lui aussi, d’une docilité parfaite, la couverture rêvée pour un pouvoir qui veut continuer à tirer les ficelles sans jamais s’afficher.

Il est fort probable que les deux hommes vont donc bientôt partir à la conquête de l’Algérie profonde, pour rencontre les vrais gens, ces Algériens qui triment et qui souffrent, ceux qui travaillent et qui ont l’Algérie au cœur. Ils se rendront dans les douars et les villages, ils serreront des mains, écouteront des gens, montreront de l’intérêt pour des choses insignifiantes, hocheront la tête pour bien montrer à quel point ils sont fascinés. Cela fait partie du jeu, pour se fabriquer une image qu’ils pensent nécessaire pour accéder à la magistrature suprême.

Ceci pour l’image. Car les deux hommes savent que tout n’est qu’un jeu, une manière d’habiller une réalité très différente. Tous deux ont suffisamment fréquenté les arcanes du pouvoir, vécu dans les coulisses et participé à des coups tordus pour avoir que les choses se passent autrement, que le choix d’un chef d’état en Algérie est une chose bien trop sérieuse pour être confiée à des partis ou à l’urne. Et qu’il ne suffit pas de battre la campagne pour gagner une élection présidentielle.

Ce sera d’ailleurs le grand sujet d’intérêt dans le pays durant les prochains mois : il faudra suivre comment MM. Belkhadem et Ouyahia feront semblant de croire à un jeu institutionnel, eux qui, après avoir réussi de « bons » résultats aux législatives de mai 2012, se trouvent éjectés du gouvernement. Il sera très instructif de voir comment ils affronteront des « redresseurs » au sein de leurs partis, comment ils jureront d’en remettre à la base et au peuple, et à quel point ils feront semblant de respecter le jeu institutionnel.

Toute cette activité de façade sera très utile pour occulter le vrai jeu qui décidera du sort de l’Algérie : le contrat entre le système et le prochain chef de l’Etat portera-t-il sur la préservation du statuquo, sur le maintien du système politique actuel, ou bien ouvrira-t-il une porte vers un changement en douceur, pour permettre à l’Algérie d’entrer dans le monde moderne ? MM. Belkhadem et Ouyahia, séparément ou ensemble, offrent une solution parfaite pour garantir le maintien de l’impasse actuelle. Car malgré un look très différent, ils sont parfaitement interchangeables, et ils partagent un trait de caractère essentiel : ils savent se mettre en embuscade pour une échéance politique, mais ils demeurent incapables de bâtir un avenir pour l’Algérie.

Quand la rumeur fait trembler l’Algérie

Depuis 1988, l’Algérie a appris à vivre avec la rumeur. Mais cette fois-ci, les choses sont allées trop loin.

Par Abed Charef

L’affaire a choqué. Non parce qu’elle vise l’Algérie, ni parce qu’elle serait le fait de quelque ennemi interne ou externe. Elle était choquante parce qu’elle portait sur l’annonce de la mort d’un homme relativement âgé, et dont l’état de santé est fragile. C’est une affaire morbide, indigne.

Mais la rumeur sur la mort du président Abdelaziz Bouteflika, lancée par un site internet, a aussi confirmé les avatars de la vie politique algérienne, tout en reposant l’éternel problème de la rumeur dans des pays plus connus pour l’opacité de leur système politique plutôt que par la transparence de la gestion des affaires publiques. Elle a, de manière plus précise, montré que face à cette rumeur, il n’y a pas de parade que la transparence et le recours à des pratiques saines.

Comme toujours, on passera de longs mois à tenter de comprendre ce qui s’est passé réellement: s’agissait-il d’un coup de pub réussi par le gérant d’un site anonyme ? Ou, au contraire, était-ce une opération de manipulation, lancée par des « sources » sûres d’elles, et relayées par des apprentis journalistes, heureux de se retrouver sous le feu des projecteurs ?

Tenter de chercher la vérité, dans cette affaire, pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Interviewer l’auteur du site, comme l’ont fait de nombreux médias, revient à aller à la quête de la vérité auprès de quelqu’un qui est soit un manipulateur, soit un manipulé ou, au mieux, quelqu’un qui n’a pas respecté les règles élémentaires du métier de journaliste ; un homme qui, en tous les cas, ne se soucie guère des implications de ce qu’il publie, et qui a continué à défendre la qualité de « ses » sources, même quand il était devenu évident que l’information était fausse. S’excuser, dans ce genre de situation, ne sert à rien. Il n’y a pas de réparation possible.

Mais au-delà de ces péripéties, on ne peut que s’interroger certains aspects de la vie publique algérienne, confirmés par cette rumeur de la fin des vacances. Avec une tradition qui s’est imposée en Algérie : chaque été apporte « sa » rumeur, depuis 1988. C’est devenu un rituel inévitable. Le Ramadhan, la longue absence du chef de l’Etat, la paralysie institutionnelle, en un mot, le fonctionnement « soviétique » de l’Algérie, offrent un terrain particulièrement favorable à ce genre de rumeur. On ne se demande plus si une rumeur va être lancée, on s’interroge sur sa nature, qui elle va viser, à quelle vitesse elle va se propager, quel degré d’adhésion elle va acquérir chez les Algériens et comment elle va être combattue.

On pourra aussi critiquer le pouvoir, mettre en cause son opacité et ses mœurs, et s’en prendre à ses bourdes répétées en matière de communication. Ce sont des faits établis depuis longtemps, depuis si longtemps qu’y revenir devient fatigant. Mais dans le même temps, on doit aussi se demander pourquoi la société algérienne est prête à tout accepter, à tout « gober », à admettre l’invraisemblable et le farfelu, qu’il s’agisse de solutions politiques miraculeuses véhiculées par des charlatans, ou de rumeurs les plus absurdes, en passant les miracles au quotidien véhiculés sur les réseaux sociaux et Internet de manière générale.

Certes, le pouvoir a réussi à brouiller les cartes et les concepts, il a créé la confusion dans tous les secteurs et dans les esprits. Mais il ne suffit pas d’insister sur le machiavélisme du pouvoir, sur sa capacité de manipulation, et sur son aptitude à organiser les coups tordus pour tout expliquer. Il y a aussi cette aptitude des Algériens, y compris dans les milieux politiques dits avertis, à avaler des couleuvres à chaque saison, et ériger des inepties en évidences ?

Sur ce terrain, l’Algérie a d’ailleurs réalisé de vrais miracles. Elle a longtemps considéré le Hamas comme un parti islamiste, Boudjerra Soltani comme un opposant, Abdelaziz Belkhadem comme un homme à conviction, Amar Ghoul comme un militant islamiste doublé d’un bon gestionnaire. Elle a même rangé le RND dans le rang des partis dits démocratiques, et considéré Ahmed Ouyahia comme un homme ferme, fidèle à ses principes.

Cette tendance à tout accepter révèle peut-être une grande fragilité au sein de la société. Mais la faiblesse inquiétante se trouve au sein des institutions. Comment, en effet, une simple rumeur, colportée par un site inconnu, a-t-elle pu prendre autant de consistance ? Comment a-t-elle pu prendre forme, se développer et devenir le sujet d’actualité de la semaine ? A-t-elle pris cette ampleur parce, d’une certaine manière, elle exprimerait un évènement auquel l’Algérie, dans une sorte de subconscient collectif, s’attend, un évènement qui est dans l’ordre du vraisemblable, ou bien parce qu’une société désespérée, qui attend son messie, son Mehdi, est disposée à être entrainée vers n’importe quelle issue ?

Voilà qu’on replonge dans le morbide. Pour l’éviter, et vaincre la rumeur, il y a une seule méthode : établir un pouvoir transparent, obéissant à des règles institutionnelles connues de tous et vénérées par chacun.

La guerre au Mali renforce l’encerclement de l’Algérie

 

Un pas supplémentaire a été franchi vers l’intervention « inéluctable » au Mali. Et l’Algérie se trouve, encore une fois, sous pression.

Par Abed Charef

Pendant que l’Algérie était branchée sur la fréquence du nouveau gouvernement, pour tenter de savoir qui seraient les gagnants et les perdants du nouveau remaniement, une guerre se préparait aux frontières sud du pays, menaçant de jeter toute la région dans un engrenage de type afghan pour de longues décennies. En effet, un nouveau pas a été franchi au Mali pour y légitimer une guerre devenue « inévitable », selon le ministre français de la Défense.

Le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, aurait formellement demandé à la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) d’intervenir dans son pays pour assurer « la stabilisation du pays et la reconquête du Nord », selon un émissaire français dans la région. La décision malienne n’a pas été rendue à Bamako même, mais les pays qui veulent à tout prix en découdre, notamment la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, sont pressés d’en finir, exprimant publiquement le souhait de la France de voir la CEDEAO intervenir en Afrique.

Ce changement intervient au mauvais moment pour l’Algérie. Il coïncide en effet avec des informations, non confirmées officiellement, sur l’assassinat de Tahar Touati, un employé consulaire algérien enlevé à Gao, au nord du Mali en avril dernier, par une organisation opaque, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Ce mouvement, qui occupe le nord du Mali, en liaison avec une autre organisation islamiste, Ansar Eddine, détient en otage des employés algériens du consulat depuis avril dernier.

Le MUJAO a transmis à une agence mauritanienne un communiqué annonçant l’exécution de Tahar Touati, mais le ministère algérien des affaires étrangères s’est contenté de dire qu’il procède à des vérifications pour s’assurer de l’authenticité du communiqué. Ce qui signifie clairement que l’Algérie met en doute la teneur de ce texte.

Les raisons de douter de ce communiqué sont en effet nombreuses. Avec, en premier lieu, le statut du MUJAO lui-même. Cette organisation affirme occuper le nord du Mali avec Ansar Eddine. Elle aspire à négocier avec les autorités maliennes, pour participer éventuellement à la gestion du pays. Elle a désormais des dirigeants qui s’expriment publiquement, et dont l’identité est connue. Comment une organisation qui aspire à jouer un tel rôle commencerait son parcours par assassiner des fonctionnaires de l’état voisin le plus proche ?

Ces données perturbent évidemment l’analyse algérienne de la situation au Mali. Car si la mort de Tahar Touati se confirme, cela signifierait que toute la stratégie algérienne, basée sur l’apaisement et la recherche d’une solution politique au Mali, serait remise en cause. Il serait en effet malvenu, et politiquement improductif pour n’importe quel pays, de continuer à plaider pour des négociations avec une organisation qui kidnappe ses fonctionnaires et assassine les otages.

Mais dans le même temps, l’annonce de la mort de Tahar Touati, au-delà du choc émotionnel qu’elle suscite, apparait comme une étape décisive pour affaiblir la position algérienne, et l’amener à cautionner une intervention militaire au Mali, à défaut d’y participer. Ce qui jette une ombre sur cette affaire : visiblement, il y a un élément qui manque. Comme si le MUJAO avait fait le choix délibéré d’amener l’Algérie à intégrer l’agenda de l’intervention militaire au Mali. Et ce n’est pas le très discret Mourad Medelci, reconduit aux Affaires étrangères, qui risque d’apporter des éclairages sur cette affaire.

L’Algérie n’est visiblement pas le seul pays auquel on voudrait forcer la main dans cette affaire. Le Mali se trouve aussi dans la même situation. La demande adressée à la CEDEAO n’a pas été annoncée par le Mali, mais par un représentant du gouvernement français. Et ce sont les deux grands clients de la France dans la région, le Burkina-Faso et la Côte d’Ivoire, qui mènent le jeu de l’intervention, en s’apprêtant à fournir la force de 3.500 hommes considérée comme nécessaire pour reconquérir le nord du Mali et en chasser les milices du MUJAO, de Ansar Eddine et d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique.

Et alors que les bruits de bottes deviennent assourdissants, on ne peut éviter ce parallèle avec ce qui s’est passé en Libye : une intervention militaire en Afrique du Nord, une zone où existe une influence algérienne, passe d’abord par l’élimination de l’Algérie, une mise à l’écart favorisée par une forte mobilisation d’acteurs médiatiques algériens qui appuient la solution militaire.

Ne touchez pas à Benbouzid

Un énarque docile remplace un énarque obéissant à la tête du gouvernement. Des ministres seront remplacés par leurs clones : le changement est en route

Par Abed Charef

Amar Ghoul a quitté le gouvernement, mais la frénésie autoroutière n’a pas quitté l’Algérie. Elle semble même solidement enracinée, à en croire le nombre de projets qui seront lancé dès le début de l’année prochaine. Selon le secrétaire général du ministère des travaux publics, huit grands projets seront lancés en 2013 pour relier les principaux ports du pays et les grandes villes de l’intérieur à l’autoroute est-ouest.

Pourquoi une telle envie de construire des autoroutes ? Parce que c’est une démarche d’une grande simplicité. Elle ne nécessite aucun effort, ni aucune forme d’organisation. Il suffit de publier un appel d’offres, et ensuite, de signer des chèques. Chinois et japonais se font forts de livrer tous les ouvrages qu’on veut. Y compris en faisant planer de forts soupçons de corruption qui accompagnent inévitablement ce genre de projets.

C’est le secret de la réussite de M. Ghoul, qui a acquis fortune et gloire en gérant des marchés liés à l’autoroute, des marchés qui représentent l’équivalent du PIB de la Tunisie. Aujourd’hui, M. Ghoul veut lancer un nouveau parti pour couronner une carrière brillante. Même si son conflit avec la direction de Hamas risque de lui coûter cher, l’homme reste en effet sûr de lui, et ne désespère pas de faire partie du nouveau gouvernement que s’apprête à constituer M. Abdelmalek Sellal.

M. Ghoul sera toutefois confronté à une rude concurrence. Le ministère des Travaux publics, qu’il a longuement occupé, dispose en effet de beaucoup d’argent, de trop d’argent, et sera, à ce titre, très courtisé. C’est un ministère qui représente une véritable manne financière, dans un pays où un ministre fait à peu près ce qu’il veut, sans jamais être inquiété. A la seule condition de faire preuve d’une obéissance aveugle, de ne jamais contester ce qui lui arrive, ni de faire mine de choisir son poste d’affectation.

A partir de là, tout est possible. Et la fortune guette dans tous les secteurs, pas uniquement aux Travaux Publics. Les ministères dépensiers sont en effet légion : ressources en eau, routes, autoroutes, infrastructures, logement, mais aussi tous ceux liés à l’import-import : commerce, automobile, médicaments, céréales, lait, etc., ou à la gestion de l’argent, des banques et des entreprises publiques. Sans oublier le ministère de l’intérieur qui, lui, distribue directement du pouvoir et de l’influence, particulièrement à l’approche des élections locales prévues en novembre, et les présidentielles qui devraient se tenir en 2014. Même le peu esthétique ministère de l’agriculture, qui gère la paysannerie et ce qui reste du monde rural, s’est avéré très lucratif : on y a révélé des scandales portant sur des milliers de milliards, dans lesquels étaient impliqués de hauts responsables de l’état.

Que M. Ghoul fasse partie du nouveau gouvernement ou non a, au bout du compte, peu d’importance. Le gouvernement n’est pas composé selon des règles politiques ou institutionnelles. Ce n’est pas le parti vainqueur des législatives qui dirige le gouvernement. M. Abdelaziz Bouteflika a même poussé le bouchon très loin dans cette direction, pour discréditer les institutions. Quand le FLN a gagné les élections, il a choisi un premier ministre RND. Et inversement. Et quand le FLN a remporté ce qui a été considéré comme une victoire écrasante, M. Bouteflika a choisi un fonctionnaire à la tête du gouvernement. Ce qui montre l’estime qu’il a pour les institutions, dont il est pourtant supposé être le gardien.

Que faut-il, dès lors, comprendre dans le remaniement décidé par le chef de l’Etat ? Faut-il d’abord retenir l’arrivée de M. Sellal, ou insister sur le départ de M. Ouyahia ? Faut-il y voir le lancement de la préparation de l’après Bouteflika, ou une simple étape destinée à gérer la lassitude qui s’est emparée du pays ? Faut-il voir un changement quelconque dans le fait qu’un énarque très obéissant remplace un autre énarque particulièrement docile ? Assurément non.

Dès lors, tout le reste relève de l’anecdote. Que M. Amar Ghoul soit de nouveau ministre pour construire de nouvelles autoroutes, ou que ce pactole soit géré par quelqu’un d’autre n’a guère de signification particulière. Que M. Ould Abbès soir reconduit dans son poste, ramené au ministère de la solidarité, ou remplacé par un de ses clones, n’est pas important non plus. Après une ou deux semaines d’adaptation, le pays retombera dans la même apathie, les mêmes travers et les mêmes émeutes.

Un seul détail aura tout de même son importance: Abou Bakr Benbouzid fera-t-il partie du nouveau gouvernement ? Car il faut avouer que sans lui, on risque de se sentir dépaysé.