Ne touchez pas à Benbouzid

Un énarque docile remplace un énarque obéissant à la tête du gouvernement. Des ministres seront remplacés par leurs clones : le changement est en route

Par Abed Charef

Amar Ghoul a quitté le gouvernement, mais la frénésie autoroutière n’a pas quitté l’Algérie. Elle semble même solidement enracinée, à en croire le nombre de projets qui seront lancé dès le début de l’année prochaine. Selon le secrétaire général du ministère des travaux publics, huit grands projets seront lancés en 2013 pour relier les principaux ports du pays et les grandes villes de l’intérieur à l’autoroute est-ouest.

Pourquoi une telle envie de construire des autoroutes ? Parce que c’est une démarche d’une grande simplicité. Elle ne nécessite aucun effort, ni aucune forme d’organisation. Il suffit de publier un appel d’offres, et ensuite, de signer des chèques. Chinois et japonais se font forts de livrer tous les ouvrages qu’on veut. Y compris en faisant planer de forts soupçons de corruption qui accompagnent inévitablement ce genre de projets.

C’est le secret de la réussite de M. Ghoul, qui a acquis fortune et gloire en gérant des marchés liés à l’autoroute, des marchés qui représentent l’équivalent du PIB de la Tunisie. Aujourd’hui, M. Ghoul veut lancer un nouveau parti pour couronner une carrière brillante. Même si son conflit avec la direction de Hamas risque de lui coûter cher, l’homme reste en effet sûr de lui, et ne désespère pas de faire partie du nouveau gouvernement que s’apprête à constituer M. Abdelmalek Sellal.

M. Ghoul sera toutefois confronté à une rude concurrence. Le ministère des Travaux publics, qu’il a longuement occupé, dispose en effet de beaucoup d’argent, de trop d’argent, et sera, à ce titre, très courtisé. C’est un ministère qui représente une véritable manne financière, dans un pays où un ministre fait à peu près ce qu’il veut, sans jamais être inquiété. A la seule condition de faire preuve d’une obéissance aveugle, de ne jamais contester ce qui lui arrive, ni de faire mine de choisir son poste d’affectation.

A partir de là, tout est possible. Et la fortune guette dans tous les secteurs, pas uniquement aux Travaux Publics. Les ministères dépensiers sont en effet légion : ressources en eau, routes, autoroutes, infrastructures, logement, mais aussi tous ceux liés à l’import-import : commerce, automobile, médicaments, céréales, lait, etc., ou à la gestion de l’argent, des banques et des entreprises publiques. Sans oublier le ministère de l’intérieur qui, lui, distribue directement du pouvoir et de l’influence, particulièrement à l’approche des élections locales prévues en novembre, et les présidentielles qui devraient se tenir en 2014. Même le peu esthétique ministère de l’agriculture, qui gère la paysannerie et ce qui reste du monde rural, s’est avéré très lucratif : on y a révélé des scandales portant sur des milliers de milliards, dans lesquels étaient impliqués de hauts responsables de l’état.

Que M. Ghoul fasse partie du nouveau gouvernement ou non a, au bout du compte, peu d’importance. Le gouvernement n’est pas composé selon des règles politiques ou institutionnelles. Ce n’est pas le parti vainqueur des législatives qui dirige le gouvernement. M. Abdelaziz Bouteflika a même poussé le bouchon très loin dans cette direction, pour discréditer les institutions. Quand le FLN a gagné les élections, il a choisi un premier ministre RND. Et inversement. Et quand le FLN a remporté ce qui a été considéré comme une victoire écrasante, M. Bouteflika a choisi un fonctionnaire à la tête du gouvernement. Ce qui montre l’estime qu’il a pour les institutions, dont il est pourtant supposé être le gardien.

Que faut-il, dès lors, comprendre dans le remaniement décidé par le chef de l’Etat ? Faut-il d’abord retenir l’arrivée de M. Sellal, ou insister sur le départ de M. Ouyahia ? Faut-il y voir le lancement de la préparation de l’après Bouteflika, ou une simple étape destinée à gérer la lassitude qui s’est emparée du pays ? Faut-il voir un changement quelconque dans le fait qu’un énarque très obéissant remplace un autre énarque particulièrement docile ? Assurément non.

Dès lors, tout le reste relève de l’anecdote. Que M. Amar Ghoul soit de nouveau ministre pour construire de nouvelles autoroutes, ou que ce pactole soit géré par quelqu’un d’autre n’a guère de signification particulière. Que M. Ould Abbès soir reconduit dans son poste, ramené au ministère de la solidarité, ou remplacé par un de ses clones, n’est pas important non plus. Après une ou deux semaines d’adaptation, le pays retombera dans la même apathie, les mêmes travers et les mêmes émeutes.

Un seul détail aura tout de même son importance: Abou Bakr Benbouzid fera-t-il partie du nouveau gouvernement ? Car il faut avouer que sans lui, on risque de se sentir dépaysé.

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1 commentaire

  1. Kameld

     /  4 septembre 2012

    il suffirait de fouiller les origines tribales des uns et des autres pour reconstituer le puzzle du pouvoir algérien

    Réponse

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