Abdelaziz Bouteflika fait preuve de reconnaissance

 

Nouveau parlement, nouveau gouvernement, nouveaux partis. Et au parlement, il y a plein de femmes. En Algérie, tout est neuf.

 

Par Abed Charef

Le cadeau de l’Aïd El-Adha est déjà. Il ne s’agit pas de moutons cédés à bas prix, ni de fournitures scolaires gracieusement offertes aux élèves. Cette fois-ci, c’est le ministère de l’Intérieur qui fait preuve de générosité. Il a agréé quatre nouveaux partis en une seule journée, à moins de deux mois des élections locales. Ce qui promet une effervescence politique inégalée lors du scrutin de novembre prochain.

Mais il faut rendre justice à M. Daho Ould Kablia, car le ministre de l’Intérieur a déjà fait preuve de la même disponibilité au printemps, à la veille des législatives du 10 mai. Après une décennie de disette totale, M. Ould Kablia avait agréé une quarantaine de partis en quelques jours, transformant la scène politique algérienne de fond en comble. Il est désormais impossible de connaitre tous les partis et leurs dirigeants, tant M. Ould Kablia s’est montré disponible.

Un traitement particulier a été réservé au désormais célèbre Tadj de M. Amar Ghoul qui, en moins d’un mois, a créé son parti, tenu son congrès et obtenu son agrément, avant de s’en aller, dans un mois, à la conquête des collectivités locales. Le ministre des Travaux publics s’est révélé habile manœuvrier, tout en faisant preuve d’un activisme débordant, pour mener de front toutes ces batailles et les remporter haut la main.

Mais là encore, il faut reconnaître que le président Abdelaziz Bouteflika sait être reconnaissant. Les hommes et les partis qui ont montré leur disponibilité ont été récompensés au-delà de toute mesure. Ainsi, après avoir fait défection de Hamas, M. Amar Ghoul a, coup sur coup, obtenu une députation, un ministère et un parti. Un succès rare pour être souligné, mais M. Ghoul n’est pas le seul à bénéficier de la reconnaissance de M. Bouteflika. M. Amara Benyounès a, lui aussi, obtenu un parti et un ministère, après avoir été ministre RCD dans une autre vie.

M. Mohamed Saïd, qui a fait preuve d’une patience rare depuis qu’il a fait campagne pour M. Taleb Ibrahimi en 1999, a lui obtenu un parti et un ministère, après avoir pris ses distances avec son mentor. Les regrets des dernières législatives, lorsque M. Mohamed saïd avait émis des doutes sur l’utilité de créer un parti, ont été vite balaysés.

A ces bouleversements, il faut ajouter des évènements majeurs, insuffisamment commentés : les chefs des partis qui constituaient l’alliance présidentielle depuis une décennie ne sont plus au gouvernement. MM. Abdelaziz Belkhadem, Ahmed Ouyahia et Bouguerra Soltani vont retrouver la douceur de la vie partisane, après avoir longtemps gravité dans les cercles du pouvoir.

Pour boucler la boucle, il faudra aussi rappeler que le pays a un nouveau chef du gouvernement, ni chef du RND ni chef du FLN. Un homme neuf, malgré ses soixante-cinq ans et ses quinze années passées au gouvernement. Pas d’affiliation politique particulière, pas d’appartenance idéologique connue, un simple technocrate qui a trouvé deux crédos comme priorité de son gouvernement : nettoyer les villes et dynamiser le service public.

La nomination de M. Sellal elle-même vient consacrer un autre changement important, réalisé lors des législatives du 10 mai 2012 : l’Assemblée Nationale a été réellement renouvelée, ce qui a donné lieu à l’émergence d’une nouvelle génération de députés, dont près de 150 femmes, un fait unique dans l’histoire du pays.

Et à tous ces changements, M. Abdelmalek Sellal a ajouté une promesse, une seule : il va poursuivre les réformes. Ce qui signifie clairement que l’Algérie a désormais droit à un bouleversement total : changement de personnel politique, réformes politiques, bientôt une nouvelle constitution. Plus rien ne sera comme avant.

Rien ne garantit cependant que ce sera mieux qu’avant, selon une des formules préférées des Algériens. Car si les députés changent en pire, si le parlement évolue pour mieux abandonner la politique, si les ministres sont nommés en fonction de leur capacité à trahir leurs partis, si les institutions sont amendées pour mieux répondre aux désirs conjoncturels du chef, dans ce cas, le changement devient un handicap pour le pays. Et il est dès lors préférable s’accrocher aux lambeaux de politique encore disponibles au Parlement, ainsi qu’à ces ministres, peut-être caciques, mais tenants d’une vieille idéologie nationaliste, qui permettra peut-être un jour au pays de revenir à des règles politiques acceptables.

Ce qui est nouveau, ou jeune, n’est pas forcément meilleur. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir ces nouveaux partis, dont les réunions sont intellectuellement aussi riches que des assemblées générales des clubs de supporters ou des négociations autour d’un chargement de pastèques.

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