Je veux être maire

Aller aux élections ? La belle affaire. Mais ne pas y aller ? Eternel dilemme, face à un scrutin qui dévoyé.

Par Abed Charef

Le FLN a fièrement annoncé, dès le lancement de la campagne électorale, sa victoire dans quatre communes aux prochaines élections municipales. Le vieux parti est en effet seul à présenter une liste dans ces communes, où ni les autres partis ni les indépendants n’ont réussi à présenter des candidatures pour lui contester le droit de gérer la municipalité. Dans ces contrées, « il y a Dieu, le peuple et le FLN », a déclaré un membre du bureau politique du parti. C’est donc une victoire par défaut, remportée sans livrer bataille, faute d’adversaire.

En fait, dans ces communes, le FLN est allé au bout de sa logique. Il a démontré qu’il est plus fort que le vide. Plus présent que le néant. Après avoir œuvré méthodiquement à démolir toute alternative crédible, il fête sa victoire sur un champ de ruines. Il célèbre un triomphe qui constitue une terrible défait politique d’une Algérie, incapable d’organiser un débat politique digne de ce nom. Avec Abdelaziz Belkhadem dans le rôle de Pyrrhus. Mais un Pyrrhus à la tête d’une armée de brigands et de mercenaires.

Le secrétaire général du parti lui-même l’a reconnu. Dans son parti, règnent des règles sans rapport avec la politique. On achète désormais des postes de député et de maire aussi facilement qu’un élu FLN passe au RND ou un dirigeant du Hamas passe chez le « Tedj » de Amar Ghoul. Son alter-ego du RND a fait un aveu similaire au lendemain des législatives du 10 mai, en déclarant publiquement que le pays était désormais géré par la mafia. Laquelle, celle du RND ou du FLN ? Ou bien, ce qui est plus probable, les deux ?

Dans un cas comme dans l’autre, ceci confirmerait que les deux formations se sont transformées en une sorte d’annexe, où des candidats mafieux doivent faire leurs preuves avant de postuler à des postes de décision. Des candidats qui font preuve d’une énorme voracité, après s’être dépouillés de tout sens politique, pour ne conserver que leur appétit de pouvoir et de privilèges.

Dans un tel décor, l’élection change de nature. Elle perd tout son sens. Elle se transforme en une étrange opération, sans rapport avec ce qui en était attendu. Elle n’est plus cette apothéose de la vie démocratique d’où émerge l’élite politique du pays. Elle ne donne plus lieu à une compétition entre programmes, choix politiques, options économiques ou divergences idéologiques.

C’est désormais une course où les coups tordus sont la règle, en vue de départager des candidats intéressés d’abord par leur carrière, et soucieux d’entrer dans le monde des privilèges. C’est une compétition dont le vainqueur obtient un droit d’accès aux arcanes du système.

Ceci explique le peu d’intérêt que les citoyens accordent aux élections locales du 29 novembre. En fait, seuls quelques cercles, très limités, se sentent concernés par le scrutin. Ceux qui constituent les appareils des partis, d’autres qui vivent dans la périphérie immédiate de l’administration, et un petit monde de curieux et d’opportunistes qui prospectent pour voir s’il n’y a pas un coup à tenter à cette occasion. Pour le reste, les Algériens sont partagés face à la campagne électorale. Ils sont pris entre un amusement, provoqué par un spectacle souvent proche du ridicule, et un sentiment d’agacement, mêlé de colère et d’impuissance, en voyant se mobiliser les mêmes groupes, qui reconduisent les mêmes comportements et les mêmes réflexes, pour aboutir au même résultat.

Pourquoi faire ? De quoi dispose l’APC pour agir ? Comment veux-tu battre les candidats de l’administration et ceux parrainés par le wali ? Est-ce utile ? Pourquoi vouloir à tout prix nager à contre-courant ? A-t-on vraiment une chance face aux détenteurs d’argent, de plus en plus puissants au niveau local ? Autant de questions parfaitement fondées mais qui, au bout du compte, servent à justifier une forme d’immobilisme et d’inaction.

Mais ce comportement ne résout pas le problème de l’Algérie. La même équation reste en effet posée depuis des années. Si la situation n’évolue pas, offrant des ouvertures, des opportunités d’organisation et de débat libre, les citoyens ne se mobiliseront pas. Mais dans l’autre sens, si les citoyens ne se mobilisent, la situation ne changera pas. Eternel dilemme sur lequel butent les militants depuis des générations, en luttant d’abord contre le grand ennemi, la tentation de se laisser tirer vers le bas. Car il ne suffit pas de vouloir être maire. Il faut surtout être un maire sans pouvoir, sans moyens, sans prérogatives, sans ressources, soumis à la pression du wali et des citoyens, et malgré tout cela, garder son intégrité et sa probité. Dure épreuve, d’autant plus dure qu’il est tellement plus agréable de devenir maire comme première étape avant d’accéder au statut de sénateur.

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