Jeune loup et vieilles pratiques

Quand M. Ould Kablia fait une intrusion en économie, il piétine la loi. Mais il faut se rassurer : sur ce terrain, la relève est assurée. Les ministres de la nouvelle génération font aussi bien, sinon mieux. Ou pire, on ne sait plus.

Par Abed Charef

Quand M. Daho Ould Kablia se met à improviser, en politique ou en économie, il vaut mieux oublier ses classiques. Ce dirigeant à l’ancienne, qu’on croyait à cheval sur la loi et solidement attaché à la suprématie absolue de d’Etat, dans la grande tradition du MALG, a de nouveau réussi une sortie remarquée, cette semaine, en évoquant le change parallèle par lequel transite une partie du commerce extérieur de l’Algérie.

Mettant de côté son costume de ministre de la loi et l’ordre, M. Ould Kablia a favorablement commenté le change parallèle. Il a trouvé des vertus à ces cambistes qui travaillent dans l’illégalité la plus totale. Ils ont un rôle à jouer, a-t-il dit. Il a trouvé « normale » leur présence, tant que l’Etat n’a pas mis en place des bureaux de change officiels. Il est vrai que malgré les besoins énormes de la société algérienne, qu’il s’agisse de financer de simples voyages à l’étranger, d’effectuer des achats de produits non disponibles, ou de fuite de capitaux, les banques n’offrent aucune solution. Ni au taux officiel ni au taux du marché noir.

Mais de là à trouver des vertus à cette activité, il y a un pas que M. Ould Kablia a franchi avec une facilité déconcertante pour un ministre de l’intérieur. Il s’est même institué en défenseur des animateurs de ce marché, car pour lui, non seulement ils assurent une fonction délaissée par l’Etat, mais ils contribuent à contrôler le marché. « Ils sont connus et identifiés », et leur activité contribue à lutter contre le trafic de fausse monnaie, a-t-il dit, ajoutant que « les citoyens trouvent leurs comptes ».

Début 2011, quand des émeutes avaient éclaté dans plusieurs villes d’Algérie, M. Ould Kablia avait tenu un discours tout aussi décalé. Dans un souci d’éviter l’embrasement, il était intervenu à la télévision pour déclarer que les pouvoirs publics n’avaient nullement l’intention de s’attaquer aux matchés informels qui avaient envahi les rues de  toutes les villes du pays.

Cette fois-ci, il récidive, alors que le premier ministre Abdelmalek Sellal a défini comme première action de son gouvernement, l’éradication du marché informel. Une action largement entamée, et dont le gouvernement annonce l’achèvement au milieu de l’année prochaine. Après les marchés informels, le gouvernement menaçait de s’attaquer aux parkings, aux vendeurs à la sauvette, pour imposer progressivement une domination de l’économie légale.

Pourquoi M. Ould Kablia prend-il le contre-pied de cette démarche ? Y a-t-il une crainte de voir le marché noir de la devise déstabilisé, avec ce que cela comporte comme risques dans une économie fragile et une société en ébullition ? En tous les cas, M. Ould Kablia n’est pas seul à briller par ce genre de déclarations. Sur ce terrain, la concurrence est rude, et il serait difficile de dire qui est le plus performant en la matière.

M. Mustapha Benbada s’est lui aussi illustré à la veille de l’Aïd. Il a fait adopter une circulaire interministérielle, pour contraindre les commerçants à assurer une permanence durant les fêtes de l’Aïd, menaçant les récalcitrants de sanction pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’établissement pour un mois. La décision relève d’un populisme primaire, mais elle est impossible à appliquer sur le terrain. Elle permet au ministre de dire qu’il a pris les mesures nécessaires, que l’administration locale n’a pas suivi.

M. Benbaba se situe dans une longue tradition de ministres algériens qui ont réussi à tuer la loi en faisant adopter des textes inapplicables. Quelques exemples parmi des dizaines d’autres. L’ancien ministre de l’habitant a fait adopter une obligeant les Algériens à achever leurs constructions. Elle est restée sans aucun effet. On se demande même si elle a été adoptée pour être appliquée, sous simplement pour permettre au gouvernement de se justifier.

Une autre, imposant une amende à toute personne traversant la rue en dehors des clous, a été adoptée. Plus problématique encore, le gouvernement algérien a décidé de contraindre les opérateurs économiques à utiliser le chèque pour le paiement des transactions portant sur des montants supérieurs à 500.000 dinars. La mesure trouvait toute sa justification dans de nombreux domaines : lutter contre le blanchiment d’argent imposer une certaine transparence dans la circulation de l’argent, moderniser l’économie, utilisation plus large de la monétique, lutte contre la corruption, etc. Mais aussitôt la décision annoncée, le ministère des finances s’est rétracté, pour en reporter l’application une première fois, puis une seconde fois. Et la mesure est toujours en suspens. Ce qui montre qu’en Algérie, on peut dire des choses approximatives quand on appartient à la vieille école, à l’instar de M. Ould Kablia, comme on peut avoir un look moderne, faire semblant de connaitre les rouages de l’économie et de l’urbanisme, mais agir en parfait incompétent, comme M. Karim Djoudi, Mostefa Benbada ou Noureddine Moussa.

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