Non, je ne signerai pas de pétition

Non, je ne signerai pas de pétition pour Ghaza

 

Non, mon frère, je ne dirai plus aux palestiniens que je les soutiens, que je suis de tout cœur avec eux, que je signerai des pétitions, que je participerai à des manifestations et à des marches, que je défierai les force de sécurité de mon pays pour aller manifester devant l’ambassade des Etats-Unis, dénoncer le silence des Arabes et le silence des Occidentaux.

Non, je ne dirai rien des Palestiniens de Cisjordanie, qui regardent, impuissants ou indifférents, leurs frères de Ghaza se faire massacrer, ne sachant quel comportement adopter, ne sachant s’il faut déclarer la guerre et détruire le fragile confort acquis, ou rester tranquille en espérant que la vague ne emportera pas.

Je ne critiquerai pas non plus Mahmoud Abbas qui, dans une attitude pathétique, attend que Barack Obama lui offre un banthoustan, alors que lui-même, qui n’a existé que par la résistance, a décidé de se renier, de ne plus résister, et passe son temps à rassurer l’ennemi quant à ses intentions pacifiques, alors que la Palestine a cessé d’être un projet, et n’est même plus un rêve.

Non, je ne chercherai pas de mots forts et des expressions bien façonnées pour décrire l’horreur de de l’agression israélienne, la sauvagerie, la guerre asymétrique, ni pour dire à quel point il est illusoire d’affronter une des meilleures armées du monde avec des roquettes, fussent-elles iraniennes.

Non, je ne défendrai pas le droit des Palestiniens de Ghaza à se défendre, à utiliser leurs roquettes comme Larbi Ben M’Hidi avait défendu le droit des Algériens à utiliser les couffins pour transporter leurs bombes parce qu’ils n’avaient pas d’avion pour les larguer.

Non, je ne dénoncerai pas les ministres arabes des affaires étrangères, leur impuissance, leur silence complice, leur lâcheté, leurs échecs ; je ne dirai pas un mot de leur voyage touristique à Ghaza, ni comment ils sont allés se faire bonne conscience et constater à quel point ils sont faibles et inutiles.

Non, je ne dénoncerai pas la chaine Al-Jazeera, ni l’Emir de Qatar. Je n’établirai pas de lien entre la visite de l’Emir de Qatar à Ghaza et l’agression israélienne, ni entre les dirigeants qu’il a rencontrés et le fait que certains d’entre eux aient été assassinées ensuite par les Israéliens.

Non, je ne vais pas déplorer le silence coupable, sinon complice, de l’imam médiatique Kardhaoui. Je ne relèverai pas le contraste entre sa disposition à dégainer si vite pour prononcer des fetwas contre Kadhafi, et l’absence de fetwas pour promouvoir, en Palestine, ce qui pourrait apparaitre comme un jihad, une guerre juste, une guerre de libération, peu importe, pourvu qu’il s’agisse d’offrir aux palestiniens le droit d’avoir des droits, comme les autres peuples de la terre.

Non, je ne dirai rien de la duplicité de « l’islamiste modéré » Mohamed Morsi, de la gifle qu’il a reçue des Israéliens quand il a voulu entrer par effraction dans le conflit, en annonçant une trêve, alors que rien n’avait été conclu. Je ne parlerai pas des autres pays du printemps arabe, supposés être devenus libres, donc plus sensibles à la liberté que les autres.

Non, je n’appellerai pas à la solidarité arabe, je sais qu’elle n’existe pas. Je n’appellerai pas à la solidarité de la société civile et des humanistes occidentaux, je sais qu’ils sont impuissants, et qu’ils servent souvent à donner bonne conscience à leurs pays.

Je n’appellerai pas non plus à une solidarité islamique ou musulmane, je ne sais plus. Je sais, depuis la bataille du Chameau, que c’est une fiction ; que si les chiites soutiennent la Palestine, les sunnites s’y opposeront, et inversement ; que la plupart des « héros » arabes avaient plus peur du voisin que de l’ennemi envahisseur.

Non, je ne lirai pas de poème dénonçant la fourberie des dirigeants arabes, je ne supporterai plus ces caricatures de dirigeants arabes gros et gras, assis sur des barils de pétrole, regardant la palstine se faire violer. Je ne resterai plus jamais en admiration devant un poète qui dénonce la trahison des frères et l’impuissance des amis.

Je ne ferai rien de tout cela. Je me contenterai de dire à mon frère palestinien : libère-toi de tous ces soutiens. Admets une bonne fois pour toutes que tu seul, tout seul. Que tu dois combattre tout seul, pour ta terre, ta Palestine. Tu es condamné à sacrifier tes enfants, tes petits-enfants, tes arrière-petits enfants, pendant des générations, ça peut même durer mille ans, mais quand tu seras libéré de tes amis et des démocrates du monde entier, tout deviendra très facile pour toi.

Abed Charef

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