Sawiris prouve que l’affaire Khalifa n’a servi à rien

Nadjib Sawiris veut le pactole. Pourquoi pas ? En face de lui, il n’y a que le néant.

 

Abed Charef

Nadjib Sawiris est un homme qui ose, et ça lui rapporte. L’ancien patron d’Orascom a ramassé une fortune en Algérie, et veut aujourd’hui le pactole. Pourquoi pas, se dit-il, dans un pays où tout est permis ? Pourquoi se priver quand il suffit de se baisser pour amasser des milliards de dollars ? Pourquoi ne pas tenter le coup face à un système si faible et des hommes aussi incompétents ?

Bénéficiant d’une conjoncture favorable, qu’il a exploité à fond, le milliardaire égyptien avait non seulement fait fortune, mais il avait réussi à devenir un homme d’influence en Algérie, une influence qui, par ricochet, assurait son succès dans les affaires qu’il entreprenait. Avec une mise de départ de deux cent millions de dollars, et des complicités à plusieurs niveaux, l’homme a réussi à créer un empire qui vaut entre cinq et huit milliards de dollars.

Quand M. Sawiris avait débarqué en Algérie, le pays cherchait à encourager l’investissement étranger. A n’importe quel prix. Y compris en fermant les yeux sur les situations les plus absurdes, comme celle qui a débouché sur l’affaire Khalifa. En plus de toutes les facilités qui lui ont été accordées, Orascom a obtenu une sorte de gel des investissements de Mobilis, ce qui lui a permis de prendre une longueur d’avance, que personne ne pouvait rattraper.

Qui pouvait s’opposer à Orascom ? Qui pouvait oser la moindre critique ? Les anciens chefs de gouvernement, Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem, témoigneront peut-être un jour des facilités exorbitantes dont bénéficiait cette entreprise, comme le fait de vendre des lignes téléphoniques plusieurs mois avant leur mise en service, les injonctions aux banques algériennes pour financer ses projets, ainsi que les facilités de transfert et le non-paiement des impôts pendant plusieurs exercices.

Mais M. Sawiris était insatiable. Si insatiable qu’il s’est porté candidat pour le rachat de cimenteries algériennes, qu’il a revendues ensuite en faisant un joli bénéfice, prouvant qu’il savait saisir toutes les opportunités.

Il n’y a pas grand-chose de nouveau dans ces rappels, serait-on tenté de dire. En effet. Tout ceci est du réchauffé. Jusqu’à ce que M. Sawiris, qui a vendu ses parts dans Orascom au russe Vimplecom, se sente en mesure d’échapper à toute forme de pression algérienne, et annonce son intention d’attaquer l’Algérie en justice, pour lui réclamer cinq milliards de dollars. Pourquoi ? Parce que l’homme avait un rêve, il voyait grand, si grand qu’il voulait construire un empire qui s’étendrait de l’Atlantique au Golfe, selon la formule consacrée, un empire que l’Algérie aurait, hélas, anéanti, détruisant toutes les ambitions de ce grand bâtisseur.

Résumons. M. Nadjib Sawiris est arrivé en Algérie avec deux cent millions de dollars. Il a gagné, approximativement, un demi-milliard de dollars par an à partir de la troisième année, avant de tout revendre, en faisant un bénéfice non dévoilé. Il a aussi empoché un joli pactole dans l’affaire des cimenteries.

Ce volet financier est toutefois secondaire. Après tout, on peut dire que Nadjib Sawiris s’est révélé comme un homme d’affaires redoutable, opportuniste, peut-être un peu plus malin, plus retors, mais sans plus. Ce genre d’homme est banal dans le monde des affaires.

Par contre, c’est le volet non visible du dossier qui fait le plus mal. Car en parallèle, cet homme s’est joué des institutions algériennes, il a humilié les uns et les autres, il a ridiculisé l’Algérie, ses lois et son gouvernement, il a révélé l’incurie de dirigeants, montré du doigt l’ineptie des textes, ainsi que l’indigence de la pensée économique chez ceux qui sont sensés gérer les affaires du pays. Des hommes ont géré des contrats énormes, ont négocié des affaires portant sur des milliards de dollars, avant que le pays ne découvre qu’ils n’auraient jamais du dépasser la fonction de chef de bureau dans une administration de seconde catégorie.

Mais était-ce simplement de l’incompétence ? Peut-on affronter un homme de la puissance de Nadjib Sawiris avec un système de décision obsolète, des structures qui ont fait faillite, et des hommes qui ont fait la preuve de leur incompétence ? Peut-on défier une puissance financière de cette envergure, avec ses avocats, ses réseaux, ses soutiens institutionnels et occultes, avec autant de légèreté ? Peut-on maintenir les mêmes structures, les mêmes hommes et le même fonctionnement après avoir subi l’affaire Khalifa ?

Tout ceci ne peut être le résultat de la seule incompétence. Il y a autre chose. Probablement un mélange d’irresponsabilité, d’arrogance, d’incompétence et de corruption. Qui a débouché sur des situations humiliantes, avec tous ces gens qui, au détriment des intérêts de l’Algérie et de la dignité des Algériens, se pliaient en quatre pour se mettre au service de M. Sawiris, pour le servir. Des gens encore en poste, comme en témoigne un journaliste : il a écrit un article dans lequel il citait Orascom. L’article n’a pas été publié, mais il a reçu par mail une mise au point d’Orascom, signée d’une plume algérienne très en vue!

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