Jean-François Copé ferait un bon député au RND

Jean-François Copé ferait un bon député au RND

Immense scandale en France, où des élections internes à un parti ont visiblement été truquées. Mais en Algérie, où le trafic électoral est la règle, l’exception serait plutôt une élection normale, sans truquage.

Par Abed Charef

François-Copé n’est pas militant du RND. Ni du FLN. Ce qu’il a réussi, la semaine dernière, lors des élections du président de l’UMP, le place pourtant comme un excellent candidat pour conduire une liste dans l’un de ces deux partis.
Donné largement battu dans tous les sondages qui ont précédé le vote, M. Copé a utilisé les moyens du parti comme M. Ahmed Ouyahia utilisait les moyens de l’Etat. Il s’est appuyé sur l’appareil du parti comme M. Abdelaziz Belkhadem s’appuie sur les mouhadefh et sur l’administration lors des élections. Et comme tout ceci risquait de ne pas suffire, il a utilisé une commission qui a oublié des votes, une commission qui a d’ailleurs reconnu cet « oubli ». Comme si, demain, les votes de deux ou trois wilayas pouvaient être « oubliés » dans le décompte final d’un quelconque scrutin.
Au final, M. Copé a réussi à renverser une situation désespérée. Il a réalisé un vrai miracle : se faire élire alors qu’il était mathématiquement battu. Son score rappelle celui du RND de 1997, lorsque le parti de M. Ouyahia avant remporté les législatives quelques mois à peine après sa création.
Les origines algériennes de M. Copé (sa grand-mère est de Miliana) n’expliquent pas, à elles seules, ce succès. L’homme a aussi bénéficié d’un coup de main de l’ancien président Nicolas Sarkozy, alors que son rival, François Fillon, peut-être trop confiant, et faisant preuve d’une certaine naïveté, s’est rendu compte trop tard que l’élection ne serait ni propre ni honnête. Il n’a pas mesure à quel point M. Copé avait de l’appétit, et jusqu’où la soif de pouvoir de cet homme arrogant, à la limite du racisme, pouvait l’amener.
Ce vote, qui a ridiculisé la droite, marquera durablement la vie politique française. Et s’il est encore difficile d’en prévoir toutes les retombées politiques, il est, par contre, possible d’afficher quelques certitudes. Ainsi, le montage d’un parti unique de la droite, prouesse réussie par Jacques Chirac et Alain Juppé, ne devrait pas résister au temps. La France devrait aller vers une scission, sous une forme ou une autre, entre une droite plutôt modérée (sociale, chrétienne, humaniste, etc.) proche du centre, et une droite dure (identitaire, radicale), apte à s’allier avec le front National. Le fameux débat sur l’identité, l’affaire des Roms, celle du « pain au chocolat » de M. Copé, en ont dessiné les contours.
Mais c’est la défaite morale de la droite qui a marqué les esprits. Et qui devrait avoir le plus d’effet sur le long terme. Voilà en effet un parti dit démocratique, avec des dirigeants distributeurs de bons points et de certificats de vertu, en France comme en Libye, en Syrie et partout ailleurs, voilà ce parti surpris en flagrant délit de vol de suffrage. Ce n’est pas une Ligue des Droits de l’Homme ou un quelconque observateur étranger venu d’un pays nordique qui le dit, c’est la moitié des dirigeants du parti qui l’affirment. Et demandent à M. Copé de dégager.
Autre conséquence directe de cette élection ratée de l’UMP : à moins d’éliminer rapidement à la fois et M. Copé et son rival François Fillon, la droite française semble avoir d’ores et déjà perdu l’élection de 2017. Il semble en effet impossible à la droite française d’aller au combat en trainant cette affaire. M. Fillon, accusé de mollesse, semble décidé cette fois-ci à ne pas se laisser faire. Ayant compris qu’il ne sera pas président en 2017, il a décidé de tout faire pour empêcher M. Copé de le devenir.
Mais il y a un autre malentendu : en quoi cette affaire, somme toute franco-française, peut-elle intéresser l’Algérie en ce jour de vote ? Pourquoi l’évoquer ?
Pour trois raisons. D’abord pour noter que la démocratie n’est jamais aboutie. Ce n’est jamais un acquis définitif. Elle est toujours en projet, qu’il faut reconstruire à chaque étape. Chaque génération apporte sa contribution, en imposant sa touche, pour tenter de préserver le fonctionnement démocratique des institutions, de l’améliorer si possible.
Ensuite, pour rappeler qu’on est souvent tenté de parler de démocratie pour les autres, mais sans en faire une ligne de conduite pour soi-même. En truquant de manière « industrielle » le vote, Jean-François Copé en a offert un modèle saisissant, à la manière du RND de 1997. Mais ce comportement ne peut occulter d’autres réalités plus dramatiques encore : la France coloniale se considérait comme une démocratie pendant plus d’un siècle alors que toutes les populations des colonies n’avaient pas le droit de vote. Le système colonial a même inventé le concept de deuxième collège, qui donnait une curiosité qu’aucun colon « humaniste » de l’époque n’a dénoncée : un Français valait dix Algériens. Aux Etats-Unis aussi, la démocratie a longtemps cohabité avec l’esclavage !
Troisième et dernier point : l’affaire de l’UMP a une morale, celle des élections, fabriquées ou truquées, en Algérie, n’en a pas. M. François Copé est politiquement et moralement fini. Mais en Algérie, le rapport sur la fraude de 1997 a disparu, l’élection préfabriquée de 1999, l’organisation des second et troisième mandats, la révision de la constitution pour permettre à M. Bouteflika de se maintenir au pouvoir, n’ont pas donné lieu à une réaction morale, ni politique. C’est ce qui explique le désintérêt des Algériens pour le scrutin de ce jeudi.

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