Avec le contrat Renault, l’Algérie confirme sa reddition sur le front économique

Le contrat avec Renault est un condensé d’erreurs et d’approximations. Dans les négociations qui l’ont précédé, dans son annonce comme dans son contenu, c’est un accord, au mieux inconsistant, au pire dangereux. Mais comme en Algérie, on est plutôt dans le pire…

 

lanation.info, 27-12-2012

Abed Charef

 

C’est bien une histoire économique très algérienne, basée sur l’incompétence, les approximations, la bêtise, le mensonge et un laisser-aller qui frise l’irresponsabilité. C’est une affaire qui montre un partenaire algérien sans consistance, préoccupé de dilapider son argent pour signer, à n’importe quel prix, un contrat dangereux pour l’économie algérienne : il s’agit évidemment du contrat Renault, signé lors de la visite du président François Hollande à Alger.

Au départ, ce contrat devait consacrer la volonté de l’Algérie de relancer son industrie, d’une part, et, d’autre part, de se doter d’une industrie automobile digne de ses ambitions. En effet, le marché algérien devrait dépasser le demi-million de véhicules importés en 2012, pour atteindre 550 à 560.000 véhicules. Si la tendance des derniers mois se maintient, avec une augmentation de 40% en une année, le marché algérien devrait atteindre le million de véhicules par an à l’horizon 2020. La facture, qui dépasse 400 millions de dollars par mois,  devrait atteindre 6.5 milliards de dollars en 2012, près du double en 2020.

Répondre à une demande d’une telle ampleur est un immense défi. Comment, partant de rien, parvenir à entrer dans ce monde industriel, apprendre à monter des véhicules, à en fabriquer certains composants, comment parvenir à répondre partiellement à la demande dans un premier temps, avant d’envisager une balance commerciale équilibrée, à terme, pour finalement s’installer parmi les constructeurs sur le long terme, en jouant sur les avantages de l’Algérie, sa main d’œuvre et son énergie bon marché notamment?

C’était un vrai test pour le pays. Il se termine par un lamentable fiasco, avec lequel même le très contesté Ahmed Ouyahia a pris ses distances. D’abord à cause des approximations et de l’amateurisme des négociateurs algériens. Ceux-ci étaient en relation avec Renault depuis des années, mais ils n’ont jamais réussi à faire avancer le dossier, car ils ne savaient pas ce qu’ils voulaient. Résultat : Renault s’est implanté au Maroc où il compte, à terme, produire 400.000 véhicules par an. A partir de ce moment, demander à Renault de venir en Algérie était une fausse solution. Mais les négociateurs algériens ont persisté, jusqu’à atteindre le ridicule.

Quand les pourparlers avaient commencé, le marché algérien se limitait à moins de 200.000 véhicules par an. L’idée en vogue alors était d’arriver à satisfaire la moitié de la demande interne, en produisant 75.000 véhicules. Des années plus tard, alors que le marché avait explosé, les négociateurs algériens parlaient toujours du même objectif. Pour arriver au bout du compte à un accord sur une production de départ de 25.000 véhicules, soit moins de cinq pour cent du marché actuel, 2.5% du marché algérien en 2020.

L’investissement de départ s’élèverait à un milliard de dollars, selon le ministre de l’industrie, M. Cherif Rahmani. Un responsable de Renault a aussitôt corrigé : il s’agit de 50 millions d’euros. Vingt fois moins que le chiffre avancé par M. Rahmani. Dans la banlieue d’Alger, ce serait à peine le prix du terrain. Ce qui pose évidemment la question de la consistance du contrat : sur quoi porte-t-il ? Le ministre de l’industrie est-il informé du contenu de l’accord ? Où ira le milliard de dollars ? Les responsables algériens savent-ils de quoi ils parlent ? Un milliard de dollars, c’est l’investissement de Renault au Maroc pour produire 400.000 véhicules. Le même montant a été investi par le coréen KIA en Slovaquie pour produire 300.000 véhicules.

Plus grave encore, l’Algérie accorde une exclusivité de trois ans à Renault. Ce qui signifie que l’Algérie s’engage à ne pas négocier avec un autre partenaire dans l’immédiat. Pour sa bonté, Renault pourra donc s’installer, prendre de l’avance si l’enjeu l’intéresse, et aucun concurrent ne viendra troubler ses bonnes affaires.

Si des négociations avec un nouveau partenaire devaient avoir lieu, elles ne débuteraient pas avant 2016. Avec le temps nécessaire pour négocier, mener le projet à maturation et le réaliser, on peut dire, sans risque de se tromper, qu’aucun nouveau projet n’entrera en production avant une dizaine 2020. Ce qui signifie que l’Algérie aura les mains liées, et ne pourra rien faire dans le domaine de l’automobile à cause d’un investissement de 50 millions de dollars de la part de Renault jusqu’en 2020, année où son marché sera proche du million de véhicules, et dépassera le montant fabuleux de 12 milliards de dollars par an!

Dans l’histoire récente de l’économie algérienne, il y a eu une exclusivité : celle accordée de facto à Orascom pour lancer Djezzy. L’opérateur historique Mobilis avait alors été interdit d’investir. Orascom avait pris une longueur d’avance impossible à rattraper.  C’est l’objectif de Renault, déjà première marque en Algérie, et qui veut accentuer son avance. Pour le constructeur français, c’est de bonne guerre. Ce n’est pas de sa faute si, en face de lui, il a trouvé des responsables prêts à dire et à faire n’importe quoi.

Quant aux négociateurs algériens, ils peuvent revendiquer une autre palme. Entre l’incompétence et la bêtise, ils ont le choix. A moins que ce ne soit autre chose de plus grave, car rien ne peut expliquer, ni justifier, un tel contrat.

L’année Hamza Sassi

L’année 2012 s’achève dans la confusion. Entre Hamza Sassi et le controversé contrat Renault, il sera difficile de trancher.

Par Abed Charef

(Le Quotidien d’Oran , 27-12-2012)

Engagée dans la fièvre de l’augmentation des salaires, l’année 1012 s’achève, en Algérie, sur le fiasco du contestable contrat conclu avec Renault lors de la visite du président François Hollande. Entretemps, le pays a raté ses « réformes », organisé deux élections qui ont confirmé la stérilité politique du pays, et résisté au printemps arabe. Un cheminement qui confirme une tendance vers le bas, et qui s’est conclu en apothéose, en faisant de Hamza Sassi une star nationale.

Au départ, pourtant, les choses se présentaient de manière différente. Soumis à la pression de la rue, dans la foulée du printemps arabe, le gouvernement s’était fait philanthrope. Profitant de l’embellie financière, il avait ouvert les vannes, distribuant des sommes colossales sous forme d’augmentation de salaires. Les résultats ont bouleversé les équilibres économiques du pays, avec des importations qui ont franchi le cap des 60 milliards de dollars, des importations de véhicules qui dépassent le demi-million d’unités, une inflation qui frôle les dix pour cent.

Le gouvernement confondait entre dépenser l’argent du pétrole et gérer un pays. Car dans le même temps, le taux de croissance restait désespérément bas, avec à peine 2.5%. Les folles dépenses d’équipement de l’Etat n’arrivent pas à relancer une machine grippée, incapable de créer des richesses, malgré les discours pompeux du gouvernement et les incroyables facilités accordées aux entreprises. Les résultats économiques ont été si faibles que le chef de la mission du FMI, en visite en Algérie en novembre, s’est montré à la limite de la correction : l’Algérie doit faire un taux de croissance à deux chiffres, a-t-il dit, sans susciter le moindre commentaire ou la moindre réplique d’un gouvernement algérien inexistant.

Mais l’apothéose a été atteinte avec la signature du contrat Renault : avec cet accord, l’Algérie produira moins de cinq pour cent de ses besoins, et s’engage à ne pas lancer de nouveaux projets dans l’automobile, ce qui aggrave sa dépendance alors que ses importations de véhicules devraient dépasser les dix milliards de dollars en 2020 ! De plus, le ministre de l’industrie a déclaré qu’il s‘agissait d’un investissement d’un milliard d’euros, avant que Renault n’apporte les précisions nécessaires : l’investissement sera dix fois moins élevé. Et quand François Hollande est reparti, et que la ferveur était retombée, on découvrait une autre réalité : le contrat Renault est au partenariat ce que Hamaz Sassi est à la politique.

Ce ratage économique avait son pendant politique, comme le montrent les deux compétitions électorales de l’année. En mai, grâce à une habile manœuvre qui a permis d’agréer une trentaine de partis en un mois, le FLN a remporté une confortable majorité, profitant de l’éparpillement des voix. La cerise sur le gâteau fut cette déferlante féminine sur l’Assemblée Nationale, elle aussi obtenue grâce à l’obligation imposée de présenter des femmes dans des positions éligibles.

Six mois plus tard, le FLN a récidivé, même si sa victoire fut moins imposante lors des élections locales. Il a réussi à maintenir les écarts avec le RND et les islamistes. Mais sur le fond, les deux élections ne changent rien à la situation politique du pays. Elles confirment seulement la dégradation de la pratique politique, le recul des idées, des convictions et des programmes, au profit d’un opportunisme érigé en règle.

Dans l’intervalle, la nomination de M. Abdelmalek Sellal au poste de premier ministre confirmait la disparition du gouvernement : le nouveau premier ministre déclarait d’emblée qu’il n’avait pas de programme, qu’il se contenterait de celui du chef de l’Etat, et que son rôle se limiterait à nettoyer l’environnement et à améliorer les services publics.

Cette aptitude du pays à rester figé, incapable de se mettre dans le sens de l’histoire, est paradoxalement célébrée comme une victoire par le pouvoir. Celui-ci répète à l’envie que l’Algérie a échappé au « printemps arabe », grâce aux « réformes » qu’elle aurait menées. Lesquelles ? Difficile à dire. Mais c’est sur la base de ces réformes que se prépare l’avenir du pays, alors qu’il aborde un virage décisif, celui de l’année 2013. Durant l’année prochaine seront, en effet, prises des décisions qui auront des conséquences majeures sur le destin de l’Algérie. En premier lieu cette décision centrale : l’Algérie s’engagera-t-elle dans le changement nécessaire, ou bien va-t-elle rester dans l’impasse, se contentant de vendre ses hydrocarbures pour tout importer, alors que le pays subit, impuissant, une destruction de ses institutions et des valeurs qui ont fait sa grandeur ?

L’émergence de la nouvelle star nationale, Hamza Sassi, donne une indication sur l’orientation préférée de l’Algérie. Même si un sursaut, très hypothétique, n’est pas totalement exclu.

اتفاق مع رونو في عهد حمزة ساسي

انتهت سنة 2012 بأسوأ اتفاق اقتصادي ممكن. إنه العقد مع شركة « رونو »، اتفاق توصلت إليه الجزائر يوم أصبح حمزة الساسي نجم الجزائر الجديد.

الشروق 27-12-2012 

 عابد شارف

أبرز الاتفاق الذي أبرمته الجزائر مع شركة « رونو » Renault الفرنسية تحالفا بين انعدام الكفاءة، وسوء التسيير، وتراكم الأخطاء، وانعدام روح المسؤولية، وهي الخصال التي ظهر بها الطرف الجزائري، حيث أعطى أسوأ صورة، وأكد أنه لا يعرف ماذا يفعل، فتصرف مثل الطفل الصغير الذي أعطته أمه مالا فأراد أن يشتري به أي شيء، مهما كان، فاشترى لعبة خطيرة، وهو ما قام به الطرف الجزائري الذي صرف أموالا ليبرم عقدا خطيرا لاقتصاد البلاد.

وفي بداية الأمر، كان العقد مع شركة « رونو » يعبر عن طموح الجزائر في العودة إلى النشاط الصناعي، بعد أن تراجع هذا القطاع ليمثل خمسة بالمائة فقط من الإنتاج الوطني. كمل يعبر عن رغبة الجزائر في التحكم في سوق السيارات الذي أصبح يشكل عائقا على الاقتصاد الوطني. وستبلغ واردات الجزائر من السيارات ما يقارب 550 ألف وحدة خلال السنة الجارية، وستفوق الواردات مبلغ 6.5 مليار دولار. وإذا تواصل نمو السوق الجزائرية على نفس الطريقة، فإنها ستبلغ مليون سيارة سنويا قبل سنة 2020، بمبلغ 12 مليار دولار سنويا.

ولا بد للجزائر من رفع هذا التحدي. وتساءل أهل الحل والربط: كيف يمكن للجزائر التي تنطلق من العدم في هذا الميدان، كيف يمكن لها أن تدخل عالم السيارات، وتتعلم كيف تصنع عددا قليلا في مرحلة أولى، ثم توسع طاقتها تدريجيا، مستغلة الأوراق التي يمكن استغلالها مثل اليد العاملة والطاقة، إلى أن تصبح بلدا يتميز بميزانية متكافئة في لميدان السيارات بعد عشرة سنوات أو خمسة عشر سنة؟

كان السؤال مطروحا، وجاء الجواب: إنه أسوأ جواب يمكن انتظاره، إلى درجة أن الوزير الأول الأسبق أحمد أويحيى، الذي لم يكن معروفا بحسن التسيير، اضطر إلى أن يتبرأ منه. وبدأت الأخطاء منذ مدة طويلة، ويمكن حصرها في النقاط التالية:

–          وقع الخطأ الأول قبل سنوات لما عجز المتفاوضون الجزائريون من الوصول إلى اتفاق بسرعة مع « رونو »، مما دفع الشركة الفرنسية إلى أن تستقر في المغرب حيث استثمرت مليار دولار لتنتج 400 ألف وحدة أو أكثر إذا تطلبت السوق ذلك. وبدل أن تكون الجزائر قاعدة إفريقية لإحدى أكبر الشركات العالمية في ميدان السيارات، ضيعت هذه المكانة وأصبحت تجري وراء القليل.

–          بدأت المفاوضات مع « رونو » في مرحلة كانت السوق الجزائرية لم تبلغ 200 ألف وحدة. وكان الهدف إنتاج 75.000 سيارة، أي تغطية نصف حاجيات السوق الجزائرية. لكن بسرعة فائقة جاء الطريق السيار وجاءت الأموال فتجاوزت السوق الجزائرية نصف المليون سيارة ابتداء من السنة الجارية. غير أن المفاوضين الجزائيين لم يأخذوا هذه التغيرات بعين الاعتبار، ومازالوا يتكلمون عن 75 ألف سيارة، وأبرموا اتفاقا لصنع 25.000 سيارة فقط، وهو ما يشكل اليوم أقل من خمسة بالمائة من حاجيات السوق الجزائرية، ومن المحتمل أن هذا الرقم سيشكل 2.5 بالمائة من السوق الجزائرية بعد خمس سنوات…

–          قال السيد شريف رحماني أن الاستثمار سيبلغ مليار أورو لإنتاج 25.000 سيارة. لكن نفس المبلغ تم استثماره في المغرب لإنتاج 400 ألف سيارة، أي 16 مرة ما ستنتجه الجزائر… وفي سلوفاكيا كذلك تم استثمار مليار أورو لإنتاج 300 ألف سيارة فاخرة، فأين الخطأ؟ بعد ذلك، قال مسؤول في « رونو » أن الاستثمار من جانب الشركة الفرنسية سيبلغ 50 مليون أورو، أي عشر مرات أقل مما قاله السيد رحماني.

–          تصريحات السيد رحماني أثارت دهشة الكثير، فقد تكلم الرجل وكأنه لا يعرف محتوى الاتفاق مع « رونو » رغم أنه وزير الصناعة. وأعطى أرقاما لا معنى لها، مما أثار سخط الطرف الفرنسي الذي يعتبر اليوم أن المفاوضين الجزائريين ليسوا مؤهلين ولا يعرفون الاستراتيجية الصناعية ويمكن بالتالي التلاعب بهم بكل الطرق.

–          الجانب الجزائري لم يكن يعرف ما يريد، ولم تكن له أهداف ولا استراتيجية تفاوض، فتعامل مع القضية وكأنه يريد أن يمضي أي عقد ويكتفي بذلك دون أن يدرس عواقبه الاقتصادية والصناعية.

–          قررت الجزائر أن تعطي « رونو » مهلة ثلاثة سنوات لا تتعامل خلالها مع شركة أخرى. وإذا أرادت الجزائر أن تبرم عقدا آخر، فإنها لن تبدأ المفاوضات قبل سنة 2016. وإذا حدث ذلك، فإن المفاوضات ستدوم سنتين أو ثلاثة، أي سنة 2018. وإذا بدأ إنجاز المصنع الجديد بعد ذلك، فإنه سيبدأ الإنتاج حوالي سنة 2022. يعني هذا أن الاتفاق مع شركة « رونو » لإنتاج 25.000 سيارة سنويا سيمنع الجزائر من دخول عالم صناعة السيارات قبل عشر سنوات من الآن… وفي هذه الفترة من الزمن، ستبلغ واردات الجزائر حوالي ثمانية ملايين سيارة، بمبلغ يتجاوز 120 مليار دولار.

هذه هو العقد الذي أبرمته الجزائر يوم أصيد حمزة الساسي رمزا وطنيا.

De jolis mots pour accueillir M. Hollande

De très belles formules sont apparues pour saluer l’arrivée de François Hollande. Des mots qui veulent cacher l’évidence : l’Algérie n’est pas près de se doter d’une industrie automobile.

Par Abed Charef

C’est la nouvelle mode. A Alger, on ne jure plus que par le « partenariat stratégique gagnant-gagnant », qu’on veut instaurer grâce à la « co-localisation». Tout responsable, ou « khabir » (expert), qui intervient dans une conférence ou dans un média quelconque, se sent obligé de vous en parler. A peine si on ne vous dit pas que l’invention sera bientôt brevetée, et que le monde entier nous sera redevable d’avoir inventé ces nouveaux concepts.

Mais dans les faits, le pays continue à naviguer entre l’illusion et le mensonge. L’illusion, d’abord, quand des dirigeants et des experts en vue continuent de confondre leurs vœux avec les projets économiques ; quand des responsables ayant la lourde charge de gérer les affaires du pays n’arrivent pas à admettre que le système économique algérien n’est capable ni de relocaliser, ni de délocaliser, encore moins de colocaliser quoi que ce soit.

Pourtant, ces hommes sont là depuis des années ; ils ont tourné en rond, ils ont essayé diverses formules, ils ont lancé différentes tentatives qui ont coûté au pays des fortunes, sans déboucher sur quoi que ce soit, mais ils veulent, une fois encore, tenter les mêmes expériences, pour aller inévitablement au-devant des mêmes échecs. Ce n’est plus de l’illusion, mais de l’aveuglement. Ou tout simplement du mensonge.

Le projet Renault en est une illustration parfaite. Les responsables politiques voulaient leur gadget, une usine dont sortiraient des véhicules. Ils ont donné des instructions : signez. Faites ce que vous voulez, mais on veut une signature. Résultat : on débouche sur un projet absurde, sans consistance économique, sans contenu technologique.

Tous les experts indépendants le disent : tel que conçu, le projet Renault n’est pas viable. La plupart de ceux qui ont participé aux négociations le disent, en privé. L’ancien premier ministre, M. Ahmed Ouyahia, l’a dit, publiquement. Les dirigeants de Renault eux-mêmes le reconnaissent, et ils ne s’y sont engagés que lorsqu’on leur a forcé la main. Mais voilà : il fallait un cadeau à offrir lors de la visite de M. François Hollande à Alger, et ce cadeau, le voilà.

Ceci dit, l’Algérie a besoin de développer l’industrie automobile. C’est même devenu vital, avec l’explosion de son marché d’abord, et son ambition de se placer, ensuite, sur le marché international, au moins africain. Il est même possible de faire de l’industrie automobile une locomotive pour la relance industrielle, dans un processus long, quand le pays aura réappris à produire.

Mais l’Algérie est devenue « sarkozienne », en ce sens qu’elle prend une bonne idée, elle l’étudie, la déforme, pour finalement en faire un échec, et passer à autre chose, en pensant que l’amnésie effacera le passé. C’est douloureux, mais dans un passé récent, on a pensé que l’investissement interne pouvait relancer le pays. On a eu Khalifa. On a ensuite misé sur l’investissement externe : on a eu Orascom. On a pensé aux privatisations : on a eu les cimenteries Lafarge, etc.

Aujourd’hui, c’est donc le « partenariat stratégique gagnant-gagnant », avec comme navire amiral Renault. Quelques données pour montrer à quel point le projet Renault, tel qu’envisagé, est anachronique. Il frise l’absurde. L’usine de montage devrait produire 25.000 véhicules, et on envisage ensuite d’augmenter la production. Cela représente 5% du marché actuel, et 2.5% du marché algérien à l’horizon 2020, quand l’usine aura démarré. Il est absurde de vouloir faire d’un projet aussi modeste le point de départ d’une industrialisation du pays.

Mais cela n’empêche pas les dirigeants de présenter cela comme une grande victoire, ni de  mobiliser les « spécialistes » de service pour en vanter la grandeur. Mais plus grave encore, l’Algérie a, en parallèle, pris une série de mesures qui l’empêchent de lancer une industrie. Elle a pratiquement supprimé les barrières douanières, qui pourraient favoriser le produit local. Résultat : à l’heure actuelle, l’industrie ne représente plus que cinq pour cent du PIB, selon un « expert ».

Un produit algérien coûte plus cher qu’un produit étranger, sans parler du volet qualité. Par quel miracle est-on arrivé à ce résultat ? Comment veut-on industrialiser le pays alors que tout est fait pour favoriser les importations ? Les mêmes ministres FLN-RND-MSP sont au gouvernement depuis au moins 1999. Ils ont pris les mesures pour décourager la production locale. Comment peuvent-ils aujourd’hui prétendre enclencher un mouvement inverse ?

Le problème n’est pas chez Renault, ni chez Lafarge. Il est à Alger. Il réside d’abord dans le système de décision, qui a perdu les deux qualités requises : il n’est pas crédible, et il n’est pas légitime. Aujourd’hui, le gouvernement algérien n’est pas en mesure de penser à une solution efficace, en mesure, par exemple, de doter l’Algérie d’une industrie automobile dans dix ou quinze ans.

Et si ce miracle se réalisait, si le gouvernement y arrivait, il ne peut pas mettre son plan à exécution, car cela nécessite une série de mesures : obligation d’investissement pour les concessionnaires, mesures décourageant l’importation, donc hausse des taxes, parallèlement à d’autres mesures incitant à la production, formation de techniciens, etc. Cela suppose que l’auteur de ces décisions est suffisamment légitime pour affronter les concessionnaires et leur puissance médiatique et financière, qu’il soit en mesure de convaincre les partenaires politiques et syndicaux, qu’il est suffisamment légitime pour aller à contrecourant de ce qui se fait aujourd’hui.

Le gouvernement ne peut pas mener cette tâche aujourd’hui. Les monstres qu’il a créés le dévoreront bien avant. Les lobbies sont devenus trop puissants ; ils sont en train de dépecer le pays, sous le regard impuissant du gouvernement, quand ce dernier ne leur sert pas la soupe.

بين الجزائر وفرنسا، نقاش حاد في طريق مسدود

 هذا هو العائق الأساسي الذي يمنع الجزائر وفرنسا من إقامة علاقات جديدة: إنه الفارق المخيف الذي يفصل بين النظام السياسي الذي يحكم كلا منهما.

 عابد شارف

بعد التجربة المريرة التي عاشتها الجزائر مع كل من جاك شيراك ونيكولا صاركوزي، تشكل زيارة الرئيس الفرنسي فرانصوا هولاند فرصة تنتظرها الجزائر لتنسى خيبة الماضي والطعنات في الظهر التي تلقاها الرئيس بوتفليقة. فقد كان الرئيس جاك شيراك قد أعطى وعودا بإقامة علاقات ممتازة بين البلدين، قبل أن يأتي قانون 23 فيفري الذي يمجد الاستعمار ليقضي على طموحات بوتفليقة وشيراك… ومع نيكولا ساركوزي، جاء وقت الثرثرة والكلام الفارغ والمشاريع الخيالية التي ذهبت أدراج الرياح، خاصة لما اختار ساركوزي أن يزايد على اليمين المتطرف لأغراض انتخابية، فجعل من الفرنسيين من أصل جزائري خاصة والمغاربة عامة أول عدو يجب أن تحاربه فرنسا…

أما فرانسوا هولاند، فإنه خطابه كان معتدلا، إنسانيا، يحترم الآخرين ويعطي عهودا من أجل إقامة علاقات عادية. وكان في الماضي يتبنى مواقف إنسانية كثيرا ما تتطابق مع مطالب الجزائر. وكان تعاطف الجزائر مع فرانسوا هولاند واضحا خلال الانتخابات الفرنسية، وكانت زيارته منتظرة فور فوزه بالانتخابات.

ورغم كل هذا، لا يمكن أن تؤدي زيارة السيد فرانسوا هولاند إلى نتائج تذكر، رغم الإرادة التي يبديها الطرفان، ورغم عزمهما على تطوير العلاقات بين البلدين. لماذا لا يمكن أن تؤدي الزيارة إلى التغيير المنتظر؟

كان التخوف يتعلق بالماضي الاستعماري الفرنسي، حيث كانت أطراف كثيرة في الجزائر تطالب فرنسا بالتوبة، وتعتبر ذلك شرطا أساسيا لإقامة علاقات ودية. ورغم أن لا أحد في الحكومة الجزائرية تكلم عن هذا المطلب، فإن أطرافا كثيرة كانت تزايد في الموضوع، مما اثار ردا من الطرف الفرنسي الذي أصبح يعتبر ذلك إهانة. لكن يبدو أن الطرفين تجاوزا هذه العقبة، ولن تكون قضية التاريخ حاجزا في العلاقات بين البلدين.

ولا تشكل أطماع الشركات الفرنسية التي تريد نصيبها من الغنيمة، لا تشكل حاجزا طالما أن الجميع أصبح يعتبر احتياط الجزائر من العملة الصعبة غنيمة للجميع، مادامت الجزائر تثير أطماع الجميع بسبب سوء التسيير والتبذير والفساد الذي يسيطر على المعاملات الاقتصادية في البلاد.

إن المشكل الأساسي الذي يمنع تطور العلاقات الجزائرية الفرنسية يتمثل في الاختلاف الجذري بين النظام السياسي والاقتصادي الذي يحكم الجزائر والنظام الذي يحكم فرنسا. وإذا نظرنا إلى هذا الجانب، نجد أن فرنسا بلد عصري، يعمل وفق قواعد واضحة، وله دور أساسي في بناء أوربا. ويتم تعيين قادته وفق عمليات شفافة تحترمها كل الأطراف، ولا يمكن الخروج عنها. ويبقى هذا النظام ينظر دائما إلى الأمام، نحو المستقبل، في محاولة مستمرة لتحضير البلاد لتحديات السنوات والعشريات القادمة. أما النظام الاقتصادي الفرنسي، فإنه قوي في تنظيمه، يتميز باستقلالية شبه تامة عن المسؤولين السياسيين، وليس لهؤلاء دور إلا لمساندة الاستثمار، دون فرض رقابة قاتلة على المؤسسات. وفي هذا النظام، يستطيع كل طرف أن يدافع عن مصالحه بكل شفافية وحرية، ويستطيع صاحب المؤسسة، خاصة كانت أو عامة، أن يبرم الاتفاقيات التي تخدم مصالحه، دون أن تأتيه الأوامر من الوزارة أو الرقابة.

أما النظام الجزائري، فإنه مبني على قواعد بالية، ينظر إلى الماضي، ويحلل العالم وفق قواعد كانت موجودة قبل عقود طويلة. وفي هذا النظام، يفكر الحاكم أساسا في الحفاظ على منصبه، دون تحضير البلاد لتحديات المستقبل. ويعتبر الحاكم أن دور المؤسسات الاقتصادية يقتصر على تطبيق قراراته، والاكتفاء بأوامره في كل كبيرة وصغيرة. وليس للمؤسسات الاقتصادية أن تبادر وتدخل السوق وتنافس غيرها، لكن عليها أن تقوم بما يضمن طمأنينة الحاكم واستقرار سلطانه.

وفي فرنسا، يوجد رجل عصري، على رأس نظام يحاول أن يصنع أوربا الجديدة، ويضمن مكانا لائقا لبلاده في هذا العالم المتقلب الذي يتميز بظهور الصين والقوى الاقتصادية الجديدة. أما في الجزائر، فإن الحاكم هو نفسه الذي كان في السلطة ايام كينيدي وخروتشاف، ولم يدرك أن ذلك العهد مضى منذ ثلاثة قرون، قرن سقوط جدار برلين، وقرن 11 سبتمبر، وقرن وصول الصين التي أصبحت ثاني قوة اقتصادية في العالم.

هذا هو العائق الأساسي الذي يمنع الجزائر وفرنسا من إقامة علاقات جديدة: إنه الفارق المخيف الذي يفصل بين النظام السياسي الذي يحكم كلا منهما. وتكون نتيجة هذا الوضع أن الجزائر وفرنسا لا تتكلمان نفس اللغة، ولا يمكنهما دخول مسالك جديدة ميدان التعاون. أما الاتفاقيات التي من الممكن أن يتوصل إليها الطرفان، فإنها ستؤدي فقط إلى تحويل جزء من خزينة الجزائر إلى فرنسا، وهذا شيء عادي ومعتاد، لم يتغير عبر العصور…

Algérie-France, Palabres dans une impasse

Volonté d’aboutir, d’engager de nouvelles relations et de lancer un partenariat d’envergure. Les conditions semblent réunies pour relancer les relations algéro-françaises. Il n’en sera rien.

Par Abed Charef

 

Trois raisons de se féliciter de la visite de M. François Hollande en Algérie : elle a permis à Alger de faire un brin de toilette ; elle offrira aux parlementaires algériens, députés et sénateurs, d’écouter un discours du chef de l’Etat français, eux qui n’ont jamais reçu la visite du président Abdelaziz Bouteflika ; et puis, François Hollande n’a jamais pensé se faire accompagner par Enrico Macias.

Pour le reste, la visite du chef de l’Etat français aura peu d’impact. Elle n’influera ni sur l’Algérie, ni sur les relations algéro-françaises. Malgré les discours élogieux et l’enthousiasme qu’une partie de la presse tente de susciter, il faudra bien se rendre à l’évidence : cette visite ne marquera pas l’histoire, car elle réunit des partenaires inadaptés l’un à l’autre, presque incompatibles. Deux pays qui évoluent dans des trajectoires si divergentes qu’ils semblent condamnés à ne rien faire ensemble de significatif avant longtemps.

La visite de M. Hollande avait été décidée avant même son élection. Elle allait de soi, pensait-on des deux côtés. Après les amères expériences avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, l’avènement de M. Hollande était perçu comme un soulagement. Voilà enfin un président français capable de faire preuve d’ouverture pour aborder les problèmes autrement que comme l’héritier des anciens colons. Malgré l’accumulation des contentieux, les deux parties pensaient avoir le temps d’aplanir les différends. Et ce n’est pas la volonté qui a manqué. Une réelle envie d’aboutir à quelque chose a animé les dirigeants des deux pays.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Plusieurs éléments ont contribué à créer une situation ingérable. Y compris la personnalité de M. Hollande. Certes, l’homme est un adversaire déclaré de la pensée coloniale, et il a affiché de vraies dispositions à assainir les relations bilatérales. Mais M. Hollande pose une énigme en Algérie, comme l’attestent les commentaires très contrastés qu’il suscite. Les Algériens ne savent de quoi il est le précurseur, et de qui il est héritier. Est-il héritier des lumières ou de la guerre d’Algérie, de De Gaulle et de la Françafrique, ou de Mitterrand et ses ambiguïtés ? Héritier de mai 68 ou représentant du CAC 40 ? Est-ce, comme le suggère son look, un homme de la IVème république, celle que détestent les Algériens, en raison de son indécision et des tâtonnements qui l’avaient amenée à voter les pouvoirs spéciaux ? Ou est-ce un homme de son temps, vivant au carrefour de l’humanitaire et de la finance internationale, plus sensible aux pressions de l’Allemagne et de l’Europe que des aspirations du sud ?

Il y avait une crainte de voir sa visite prise en otage par les questions de mémoire. Elle a été détournée par le CAC 40. C’est de bonne guerre. On ne fait jamais autant d’affaires que dans la confusion entre sentiments et diplomatie.

Mais le principal obstacle qui empêche les relations algéro-françaises de décoller réside dans le décalage entre les systèmes politiques des deux pays, et leur nature profondément divergente, qui les empêche de se comprendre. La France, malgré ses archaïsmes et la tourmente de la crise, est dans son monde, en pleine construction de l’Europe. Mondialisée, soumise aux phénomènes économiques et sociaux propres à l’ère moderne, elle tente de conserver une stature que son envergure économique ne lui permet plus. Mais elle se débat, elle agit, elle tente de s’imposer, et, à défaut, de faire illusion.

En face, elle a comme partenaire un système politique du passé, dépassé, incapable d’anticiper, d’aller de l’avant. Ce n’est pas lié à l’âge des dirigeants, mais à leur façon d’appréhender le monde. M. Bouteflika était au pouvoir à l’ère de Khroutchev et Kennedy. Il a brillé avec la guerre froide et le non-alignement. Depuis, plusieurs siècles se sont écoulés, dont celui de la chute du mur de Berlin, celui du 11 septembre et celui du printemps arabe. Mais il n’en tient pas compte, comme s’il ignorait le temps.

Ce n’est pas seulement un décalage de génération. C’est toute une perception du monde qui sépare MM. Hollande et Bouteflika, et qui sépare également les systèmes politiques qu’ils dirigent. L’un ramène des chefs d’entreprises qui vont signer des contrats pour gagner de l’argent, en espérant qu’au bout du compte, cela créera de la richesse et des emplois en France ; l’autre amènera des chefs d’entreprises pour leur donner des instructions en vue de signer des contrats pour prouver qu’il garde la haute main sur les décisions économiques. L’un amorce, pour son pays, une tentative de l’inscrire au mieux dans le monde qui s’annonce, avec l’émergence de la Chine et des pays émergents, en essayant de voir dans quelle mesure il peut contribuer à booster l’économie de son pays; l’autre tente de voir comment de nouveaux accords politiques et économiques avec la France pourraient servir son pouvoir et lui assurer de se maintenir. D’un côté, on cherche la meilleure formule pour élargir la présence de l’industrie automobile française, et comment servir le CAC 40 ; de l’autre côté, on affiche une grande satisfaction parce qu’on va produire quelques milliers de véhicules dans un marché qui atteindra bientôt le million d’unités.

C’est ce contraste qui empêche les deux pays d’avancer. Le reste n’est qu’un habillage. Et tant qu’il n’y aura pas deux systèmes capables de se faire face, avec les mêmes armes et le même langage, le dialogue algéro-français restera un dialogue de sourds ; un dialogue durant lequel un sourd piquera tout de même l’argent de son partenaire.

François Hollande, pour oublier Sarkozy

 

François Hollande arrive en Algérie en ami. Il rend visite à des amis qui ont de l’argent, et  qui ne savent pas quoi en faire.

 

Par Abed Charef

François Hollande aura bien de la peine à débloquer des relations algéro-françaises figées depuis des décennies. En débarquant à Alger, mercredi, pour sa première visite en Algérie en tant que chef d’Etat, il tentera de faire mieux que ses prédécesseurs, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, qui s’étaient cassés les dents sur ce dossier. Le premier avait laissé entrevoir une relation forte entre les deux pays, avant de voir sa démarche torpillée par la loi du 23 février ; le second avait promené son arrogance entre Alger et Constantine, après avoir fait miroiter une illusoire Union pour la Méditerranée. Mais il avait fini par sombrer, révélant une effrayante inconsistance qu’il avait réussi à camoufler grâce à un volontarisme particulièrement brouillon.

François Hollande tentera, à son tour, d’accomplir un miracle sur ce même dossier. A priori, il dispose d’un avantage important sur ses prédécesseurs: il n’a pas fait l’armée coloniale, ni défendu l’Algérie française, comme Jacques Chirac. Il n’ pas chassé de l’immigré, ni attisé la haine de l’islamophobie, en faisant campagne sur « l’identité française », comme Nicolas Sarkozy. Bien au contraire, le parcours de François Hollande, du moins jusqu’à son accès à l’Elysée, peut amener à le considérer comme un ami de l’Algérie, d’autant plus que ses proches aiment à rappeler qu’il « s’est construit » par opposition à un père qui était plutôt Algérie Française.

Mais est-ce suffisant pour dénouer le dossier algéro-français ? Rien n’est moins sûr. M. Hollande risque en effet de buter sur des difficultés insoupçonnées, des obstacles qu’il aura d’autant plus de mal à comprendre qu’il est convaincu d’avoir fait preuve de beaucoup de bonne volonté. Les bonnes dispositions de M. Hollande, et le préjugé favorable dont il peut bénéficier à Alger, ne peuvent en effet occulter une autre réalité : le contentieux algéro-français ne relève pas de la simple gestion des relations bilatérales ou d’une coopération complexe, mais c’est un champ de mines, que les dirigeants des deux pays doivent traverser sous un feu nourri.

En effet, chaque pan des relations bilatérales constitue un enjeu à part. Et chaque volet est pris en otage par des acteurs acharnés à défendre leur terrain de chasse, refusant que quiconque empiète sur leur terrain. Le champ de la mémoire est le plus symbolique de cette confrontation, le plus difficile à maitriser aussi. A un point tel qu’il apparait hors de portée des dirigeants politiques, car il est supposé fonctionner exclusivement sur l’émotionnel, donc l’irrationnel.

Pour l’aborder, l’Algérie se présente avec ses armes traditionnelles: d’un côté, un pouvoir qui propose de tourner la page sans la déchirer, et de l’autre côté, une périphérie qui exige repentance et reddition morale de l’adversaire. Sans qu’il soit possible de savoir si cette périphérie exprime sa propre position, ou celle du pouvoir.

En face, François Hollande s’est débarrassé de l’arrogance sarkoziste et de ses relents d’extrême-droite. Mais le chef de l’Etat français n’a aucune marge. En difficulté en France, il ne peut aller loin sur ce dossier, de peur de réactions défavorables dans son pays; mais d’un autre côté, il ne peut se rendre en visite en Algérie sans faire un geste. Résultat : M. Hollande sera particulièrement surveillé sur ce terrain de la mémoire. Son discours et son attitude conditionneront le reste. C’est comme si M. Hollande était soumis à un premier test, celui de la mémoire, qu’il doit réussir avant d’aborder les autres problèmes.

Ceux-ci sont pourtant d’une grande importance. La situation au Mali, la coopération économique, le déplacement des personnes, le Sahara Occidental, autant de sujets explosifs, sur lesquels les positions divergent de manière tranchée. Au Mali, la France souhaite une intervention militaire pour rétablir l’autorité de l’Etat malien sur tout le territoire. L’Algérie ne veut pas de troupes étrangères à ses frontières sud, et ne veut pas d’intervention qui risque de créer une nouvelle Somalie dans le Sahel. Pour l’heure, c’est la position algérienne qui semble s’imposer, grâce aux …Etats-Unis, qui mettent en doute l’efficacité d’une force africaine supposée stabiliser le Mali.

Sur le terrain économique, le dossier Renault est le plus symptomatique des relations algéro-françaises, basées sur le malentendu, parfois sur le mensonge. Renault, en surproduction, ne veut pas investir en Algérie. Le constructeur français a choisi le Maroc pour y implanter une usine qui produira, à terme, 400.000 véhicules par an. L’Algérie, dont le marché devrait atteindre le million de véhicules en 2020, veut coûte que coûte se doter d’une industrie automobile, mais elle s’est enfermée dans un tête-à-tête meurtrier avec Renault. Elle a dépêché des amateurs pour négocier un dossier qui représente cinq milliards de dollars par an. Comment dépasser ce malentendu entre deux partenaires dont l’un triche, alors que l’autre n’a aucune maitrise de l’enjeu ?

La solution risque, encore une fois, d’être trouvée sur le dos de l’Algérie. En échange de quelques phrases prononcées par François Hollande, les entreprises françaises veulent décrocher la timbale. Elles seraient tentées de rééditer le coup réussi par Thalès, qui a été virtuellement sauvée grâce à des contrats décrochés en Algérie. Qui seront les bénéficiaires cette fois-ci ? Peu importe,  du moment qu’on pourra oublier Sar

Mohamed Morsi, le frère de Moubarak

L’Egypte s’enfonce une crise, née de décisions incohérentes de M. Mohamed Morsi. Des décisions qui confirment l’indigence de la pensée politique des Frères

 

Par Abed Charef

Mohamed Morsi est un président à la légitimité incontestable. Il bénéficie de l’appui de la majorité des Egyptiens, qui en ont fait le premier président librement élu de leur histoire. Avec la moitié des députés qui lui sont favorables, et un autre quart, les salafistes, qui lui apportent un soutien critique, M. Morsi dispose d’une marge exceptionnelle pour mener à terme ses projets.

Pourtant, l’homme accumule les erreurs. Il prend des initiatives incohérentes, des décisions à l’emporte-pièce, qui disqualifient son pouvoir, ainsi que le courant politique qu’il incarne. Sa gestion met à nu l’indigence de la pensée politique de l’organisation des Frères musulmans qui l’a porté au pouvoir, une organisation qui a longtemps vécu sous le mythe protecteur de l’Islam, avant que l’accès au pouvoir n’en révèle la vérité : c’est un courant ultra-conservateur, techniquement incompétent, politiquement hors-jeu, socialement primaire, soucieux de contrôler les mœurs et d’imposer des restrictions sur le plan sexuel, mais incapable de gérer une cité et relever les défis de la modernité.

M. Morsi, qui a vécu aux Etats-Unis, dont il a fréquenté les universités avant de travailler dans une prestigieuse institution, était supposé au-dessus de ces contingences. Préféré au principal dirigeant des Frères musulmans comme candidat à la présidence, il était supposé apporter la caution et la méthode américaines. Il s’est révélé comme un simple Boudjerra Soltani, un homme que le savoir a frôlé, sans le pénétrer.

Les décisions de M. Morsi montrent qu’il a d’abord pour consolider son pouvoir. Il a commencé par limoger de hauts responsables militaires, déjà fragilisés par la période de troubles qu’a connue le pays. Comme ses amis de l’AKP turque, il a réussi à écarter des hommes qui risquaient de lui faire de l’ombre.

Peut-être que son succès face aux militaires l’a quelque peu enivré. Après tout, dans un pays arabe, si on sort vainqueur d’un bras de fer avec la hiérarchie de l’armée, tout le reste apparait facile. Mais M. Morsi s’est visiblement trompé. L’armée est le pion le plus fragile dans la situation  de l’Egypte. Elle peut s’avérer moins puissante que les juges, auxquels le président égyptien a décidé de s’attaquer.

Contrôlant l’exécutif et le législatif, dont il s’était accaparé le pouvoir, M. Morsi a voulu interdire à la justice de se prononcer sur ses propres décisions. Mais un pouvoir qui cumule ainsi l’exécutif et le législatif, et qui élimine le pouvoir judicaire, s’appelle une dictature. Ainsi, en une année, M. Morsi aura bouclé la boucle. Arrivé au pouvoir par les urnes, il met en place un système qui nie une règle de base de la démocratie, la séparation des pouvoirs.

Dans son élan, il veut tout imposer, et tout de suite. Il annonce, fin novembre, la tenue d’une référendum sur la constitution pour la mi-décembre. Là, il est dans l’absurde. Comment peut-on organiser un référendum en deux semaines ? Comment, dans ces conditions, organiser le débat, la campagne électorale, donner les garanties de transparence et d’équité du vote ? L’Algérie, qui n’est pas un modèle de démocratie, se donne un délai de soixante jours pour convoquer le corps électoral. C’est dire si M. Morsi a dérapé.

Pour l’Egypte, la situation est encore plus complexe. C’est la première expérience de constitution adoptée après le printemps arabe. En raison de la sociologie de l’Egypte, cette constitution doit tenir compte des nécessités d’ouverture et de respect des droits des minorités. Et, plus que tout, dans les conditions qui sont celles de l’Egypte, une constitution ne doit pas seulement être adoptée à la majorité. Elle doit faire l’objet d’un consensus national. Et c’est au pouvoir d’obtenir ce consensus. Il doit mettre le temps qu’il faut et les moyens qu’il faut, mais le texte ne doit pas apparaitre comme l’expression de la volonté des uns, même si c’est une majorité, imposée aux autres.

Ceci révèle le principal handicap des « Frères », qui agissent comment les islamistes dans la plupart des pays où ils accèdent au pouvoir. Ils ne bâtissent pas des institutions sur la durée, mais tentent d’imposer des textes qui consacrent leur domination conjoncturelle. Ils veulent seulement consolider leur pouvoir, et mettre en place des règles qui les favorisent. Sur ce terrain, M. Morsi ne diffère en rien de M. Hosni Moubarak ou de M. Abdelaziz Bouteflika. C’est un vrai frère.

Le comportement de M. Morsi montre, à contrario, les priorités pour un pays arabe soucieux d’avancer. Avant de consolider son propre pouvoir, un dirigeant, dans les conditions de l’Algérie, de l’Egypte ou de la Tunisie, doit d’abord se soucier de construire des contre-pouvoirs, de mettre en place des règles et des institutions qui fonctionnent. Les expériences récentes ont montré que les armées, le sentiment de puissance, le soutien des occidentaux, les dollars, tout est éphémère quand manquent les valeurs, les règles qui codifient ces valeurs, et les institutions en mesure de faire respecter ces règles.

المهندس محمد مرسي وأسطورة الإخوان

قرر الرئيس المصري محمد مرسي تنظيم استفتاء حول الدستور في ظرف أسبوعين. هل هذا مجرد خطأ، أم أنه يعبر عن عدم احترام الرئيس مرسي للدستور؟

عابد شارف

محمد مرسي رجل عصري ومتحضر. إنه يجمع بين القيم التي يوصي بها الإسلام، والتي تعلمها في صفوف منظمة الإخوان المسلمين، وبين ما أتت به الحضارة الغربية من تقدم اجتماعي وعلمي وتقني. وقد درس الرجل في بيت العلم، في الولايات المتحدة، وتخرج من جامعاتها كمهندس، وعمل في أرقى المؤسسات الأمريكية، وتعلم من أساتذتها العلم والحكمة وفن التسيير.

ولما سقط فرعون مصر، في أعز أيام « الربيع العربي »، أراد الإخوان المسلمون أن يرشحوا زعيمهم خيرت الشاطر، لكن هبت العاصفة لأن الشاطر لم يكن ممن ترضى عنهم الإمبراطورية العظمى. واكتشف الإخوان المسلمون أن زعيمهم غير مؤهل قانونا للترشح، فجاء مكانه محمد مرسي، ليفرض عودة الإسلام إلى الأرض التي حكمها عمرو بن العاص. واستبشر أهل غزة بانتخابه لأن قادة حماس وعلى رأسهم الوزير الأول الفلسطيني ينتمون إلى نفس التنظيم.

وفاز محمد مرسي بالرئاسة بطريقة عصرية، إثر انتخابات كانت مقبولة شكلا ومضمونا. ولم يجد المراقبون الدوليون ما يقولون عن هذه التجربة الجديدة، التي تزامنت مع التجربة التونسية، وهي تجربة أخرى فاز فيها الإسلاميون بفضل حزب النهضة. ولما قامت السلطة الانتقالية في مصر بتنظيم انتخابات مجلس يتكفل بتحضير الدستور الجديد، اتضح أن الإسلاميين اكتسحوا الساحة السياسية، حيث حصل الإخوان على نصف المقاعد بينما عاد ربع المقاعد للسلفيين، ولم يبق للباقي من عصرانيين ويساريين وتقدميين ولائيكيين إلا ربع المقاعد.

وبدأ محمد مرسي عهدته الرئاسية بطريقة مقبولة، حيث طمأن الجميع، وقال أنه سيحترم حقوق الآخرين، خاصة منهم الأقباط الذين يشكلون عشرة بالمائة من سكان مصر، وقال كذلك أن بلاده بحاجة إلى التفتح على العالم، وأنها ترفض الانغلاق على نفسها.

لكن سرعان ما اكتشف محمد مرسي صعوبة الحكم العصري المبني على الفصل بين السلطات، واحترام صلاحيات المؤسسات. وبدأ أول هجوم له ضد الجيش، حيث قام بتغيير في قياداته ليعين ضباطا قد يكونون أقرب إليه. وعكس ما كان يظن الكثير، فإن الجيش أسهل مؤسسة يمكن التلاعب بها في مصر، وتمكن السيد مرسي فعلا من إبعاد الضباط الذين كانوا يحرجونه، وصفق العالم، وقال الخبراء أن السيد مرسي فرض رأيه على الجيش، مثلما فعل الحزب الحاكم في تركيا الذي خرج منتصرا من مواجهة مع الجيش بل استطاع أن يحيل عددا من الضباط على العدالة.

وقام السيد مرسي بكل هذه المبادرات دون أن يرتكب خطأ واحدا. وعندها اعتقد السيد مرسي أن الأبواب مفتوحة أمامه، وأنه سيتمكن من فرض رأيه في كل المجالات بما أنه انتصر على الجيش، فاتخذ قرارات تغير ميزان القوى بصفة جذرية في مصر. وقام بما لم يكن معقولا لما ألغى سلطة القضاء، ثم استدعى الهيئة الانتخابية لاستفتاء حول الدستور الجديد في أجل لا يتعدى أسبوعين. وارتكب السيد مرسي ثلاثة أخطاء أكدت أنه رجل ينهج سلوكا سياسي بدائيا، لا فرق بينه وبين مبارك، ولا فرق بينه وبين من كان ينتقدهم سنوات طويلة.

ويتمثل خطأه الأول في منع القضاء من النظر في قراراته ومراقبة مطابقتها للدستور. ومهما كانت هوية القضاة واتجاههم السياسي، ومهما كانت عداوتهم تجاه السيد مرسي، فإن هذا القرار أكد أن السيد مرسي لا يراعي القواعد الدستورية الأساسية، ولا يحترم القوانين إذا كانت تعارض مصالحه، ولا يحترم صلاحيات المؤسسات الأخرى.

أما الخطأ الثاني، فإنه يتمثل في إعلانه عن تنظيم استفتاء حول الدستور في ظرف أسبوعين. وليس من المعقول أن يقوم بلد بحجم مصر بعملية من هذا النوع حول موضوع بهذه الأهمية في مرحلة قصيرة كهذه. ونحن نعرف مثلا أن استدعاء الهيئة الانتخابية في الجزائر يتم قبل شهرين على الأقل من موعد التصويت، فكيف تستطيع مصر أن تقوم بنفس العملية في أسبوعين؟

ولما يتعلق الأمر بالدستور، فإن العملية أصعب وأكثر تعقيدا، وتتطلب تحضيرا طويلا، ونقاشا أطول، خاصة وأن التجربة المصرية  ستكون الأولى من نوعها. والحقيقة كذلك أن المصادقة على الدستور لا تتم بالأغلبية فقط، بل من المفروض أن تسهر السلطة المصرية على تحقيق إجماع وطني حول القضية، ليكون النص الدستوري ملكا لجميع المصريين ويدافع عنه الجميع بنفس القناعة. ومن هذا المنظور، فإن محاولة مرسي أن يفرض دستورا ولو بالأغلبية يشكل خطأ سياسيا.

وتؤكد أخطاء السيد مرسي هذه أن الإخوان المسلمين والإسلاميين بصفة عامة مازالوا لم يستوعبوا الدرس الأساسي من التجارب العصرية، وهي أن احترام المؤسسات يجب أن يكون فوق كل اعتبار، وأن بناء المؤسسات، والسهر على الفصل بين السلطات، واحترام الحاكم للمعارضة، تشكل أولويات العمل السياسي. هذا ما يدفعني إلى القول أن أول عمل يجب على الحاكم أن يقوم به في بلداننا هو تأسيس وتعزيز السلطة القضائية والسلطة التشريعية وتحرير الصحافة قبل التفكير في تطبيق برنامجه.

En attendant un prix Nobel pour le Maghreb

 Le prix Nobel décerné à l’Europe ? Une belle blague, à priori. Pourtant, le bilan n’est pas si mauvais. Et que l’Europe nous montre précisément ce que le Maghreb n’a pas pu faire.

 

Par Abed Charef

La paix, c’est comme la santé. Tant qu’elle est là, on ne s’en soucie guère. On se permet tous les abus, et on a tendance à penser qu’elle va de soi, qu’elle fait partie de l’ordre naturel des choses. Mais dès qu’elle est menacée, on se rend compte à quel point elle est essentielle. Elle redevient alors centrale dans la préoccupation des personnes et des nations. C’est elle qui préserve l’équilibre de la vie

Le prix Nobel ne garantit pas la paix. Il couronne plutôt une action, un processus, un itinéraire, une idée ou un acte militant pour la paix. Il peut même être décerné à un homme qui n’a rien fait pour la paix : Barak Obama l’a obtenu avant même que ne soit engagé la partie la plus importante de sa carrière politique. Mais après le belliqueux George Bush, le simple fait de ne pas faire l’apologie de la guerre semblait justifier un Nobel de la paix. C’était donc un symbole, une promesse, qui était récompensé, non une action précise.

Mais il y a eu pire lauréat dans l’histoire. Henry Kissinger et Menahem Begin ont obtenu le Nobel de la paix. C’est le signe qu’on pouvait tout faire, aller à toutes les dérives, à tous les excès, et qu’il suffit de faire semblant de se racheter, d’afficher un vague sentiment repentir,  pour remporter ce prestigieux prix. De ce point de vue, le Nobel apparait comme un fourre-tout politique grâce auquel le monde occidental voulait imposer une pensée dominante. Il est à la politique ce qu’une ONG est à la diplomatie : on peut lui faire dire ce qu’on veut, sans risque de représailles.

En décernant le prix Nobel de la paix à l’Union européenne, l’académie norvégienne a cependant suscité sarcasmes et critiques. Comment, en effet, récompenser un ensemble régional dont des piliers, comme la France, étaient engagés dans la construction européenne alors même qu’ils massacraient des populations entières dans leurs empires coloniaux ? Comment associer au Nobel de la paix à des pays dont les stars ont été le menteur Tony Blair, le petit guerrier Nicolas Sarkozy, le bouffon Silvio Berlusconi, la dame sans cœur Margaret Thatcher ? Comment récompenser un ensemble, un des plus riches au monde, où il y a pourtant 18 millions de chômeurs, et 64 millions de personnes, soit l’équivalent de toute la population de toute la France, en situation précaire?

Mais entre l’annonce du choix de l’Europe comme lauréat du Nobel de la paix 2012, il y a deux mois, et sa remise à des représentants européens, en présence d’une vingtaine de chefs d’Etats, le 10 décembre, la réflexion s’est apaisée. La décision apparait, aujourd’hui, moins incongrue. Elle a permis au monde de se rappeler quelques banalités, des choses « qui ne vont pas de soi », et qui ont changé le monde. L’ambassadeur d’Espagne à Alger, M. Gabriel Busquets, a ainsi rappelé que « l’Europe a permis la réconciliation entre la France te l’Allemagne », deux pays qui se faisaient la guerre de manière cyclique depuis des générations. Aujourd’hui, « il n’y a plus de peuples opprimés en Europe », a-t-il dit.

M. Michal Radlicki, ambassadeur de Pologne, a déclaré que grâce à l’intégration européenne, la Pologne et l’Allemagne se sont réconciliés, ce qui prouve que la réconciliation « est possible partout dans le monde ». Il a donné un tableau saisissant de ce qu’a instauré l’Europe : « pendant des siècles, le voisin était une menace, un danger. Mais pour la première fois dans l’histoire, nous ne sentons pas de menace », a-t-il dit. « Avant, on construisait des murs et on barricadait les frontières. Aujourd’hui, on abat les frontières ».

L’Europe apparait dès lors sous un visage différent. Pour ce qu’elle a fait, peut-être, mais, surtout, pour ce qu’elle a probablement épargné à l’humanité ; et aussi pour nous révéler, à nous, Maghrébins, ce que nous n’avons pas su faire. La construction européenne a banni la guerre dans l’espace des pays membres. Elle a progressivement introduit de nouvelles règles, de nouvelles valeurs et de nouvelles normes, bonnes ou moins bonnes, qui ont permis d’imposer la négociation comme ultime recours, quel que soit le conflit. La construction européenne a même permis de digérer des conflits aussi inextricables que ceux d’Irlande du Nord et du pays basque. Elle forcé des organisations, l’ETA et l’IRA, nées dans la violence, à se remettre en cause et à basculer progressivement vers de nouvelles formes de lutte. Elle a imposé et consacré des concepts comme les Libertés, les Droits de l’Homme, l’état de droit, l’égalité devant la loi.

Enfin, l’Europe nous rappelle que la proclamation du 1er novembre fixait l’édification du Maghreb comme objectif ultime de la lutte de libération nationale. Mais un demi-siècle après l’indépendance, les pays maghrébins sont en pleine turbulence, et la frontière algéro-marocaine est l’une des dernières frontières au monde à être encore fermée.

Quand on en est là, il est difficile de trouver à redire quand le Nobel est attribué à l’Europe.