Avec le contrat Renault, l’Algérie confirme sa reddition sur le front économique

Le contrat avec Renault est un condensé d’erreurs et d’approximations. Dans les négociations qui l’ont précédé, dans son annonce comme dans son contenu, c’est un accord, au mieux inconsistant, au pire dangereux. Mais comme en Algérie, on est plutôt dans le pire…

 

lanation.info, 27-12-2012

Abed Charef

 

C’est bien une histoire économique très algérienne, basée sur l’incompétence, les approximations, la bêtise, le mensonge et un laisser-aller qui frise l’irresponsabilité. C’est une affaire qui montre un partenaire algérien sans consistance, préoccupé de dilapider son argent pour signer, à n’importe quel prix, un contrat dangereux pour l’économie algérienne : il s’agit évidemment du contrat Renault, signé lors de la visite du président François Hollande à Alger.

Au départ, ce contrat devait consacrer la volonté de l’Algérie de relancer son industrie, d’une part, et, d’autre part, de se doter d’une industrie automobile digne de ses ambitions. En effet, le marché algérien devrait dépasser le demi-million de véhicules importés en 2012, pour atteindre 550 à 560.000 véhicules. Si la tendance des derniers mois se maintient, avec une augmentation de 40% en une année, le marché algérien devrait atteindre le million de véhicules par an à l’horizon 2020. La facture, qui dépasse 400 millions de dollars par mois,  devrait atteindre 6.5 milliards de dollars en 2012, près du double en 2020.

Répondre à une demande d’une telle ampleur est un immense défi. Comment, partant de rien, parvenir à entrer dans ce monde industriel, apprendre à monter des véhicules, à en fabriquer certains composants, comment parvenir à répondre partiellement à la demande dans un premier temps, avant d’envisager une balance commerciale équilibrée, à terme, pour finalement s’installer parmi les constructeurs sur le long terme, en jouant sur les avantages de l’Algérie, sa main d’œuvre et son énergie bon marché notamment?

C’était un vrai test pour le pays. Il se termine par un lamentable fiasco, avec lequel même le très contesté Ahmed Ouyahia a pris ses distances. D’abord à cause des approximations et de l’amateurisme des négociateurs algériens. Ceux-ci étaient en relation avec Renault depuis des années, mais ils n’ont jamais réussi à faire avancer le dossier, car ils ne savaient pas ce qu’ils voulaient. Résultat : Renault s’est implanté au Maroc où il compte, à terme, produire 400.000 véhicules par an. A partir de ce moment, demander à Renault de venir en Algérie était une fausse solution. Mais les négociateurs algériens ont persisté, jusqu’à atteindre le ridicule.

Quand les pourparlers avaient commencé, le marché algérien se limitait à moins de 200.000 véhicules par an. L’idée en vogue alors était d’arriver à satisfaire la moitié de la demande interne, en produisant 75.000 véhicules. Des années plus tard, alors que le marché avait explosé, les négociateurs algériens parlaient toujours du même objectif. Pour arriver au bout du compte à un accord sur une production de départ de 25.000 véhicules, soit moins de cinq pour cent du marché actuel, 2.5% du marché algérien en 2020.

L’investissement de départ s’élèverait à un milliard de dollars, selon le ministre de l’industrie, M. Cherif Rahmani. Un responsable de Renault a aussitôt corrigé : il s’agit de 50 millions d’euros. Vingt fois moins que le chiffre avancé par M. Rahmani. Dans la banlieue d’Alger, ce serait à peine le prix du terrain. Ce qui pose évidemment la question de la consistance du contrat : sur quoi porte-t-il ? Le ministre de l’industrie est-il informé du contenu de l’accord ? Où ira le milliard de dollars ? Les responsables algériens savent-ils de quoi ils parlent ? Un milliard de dollars, c’est l’investissement de Renault au Maroc pour produire 400.000 véhicules. Le même montant a été investi par le coréen KIA en Slovaquie pour produire 300.000 véhicules.

Plus grave encore, l’Algérie accorde une exclusivité de trois ans à Renault. Ce qui signifie que l’Algérie s’engage à ne pas négocier avec un autre partenaire dans l’immédiat. Pour sa bonté, Renault pourra donc s’installer, prendre de l’avance si l’enjeu l’intéresse, et aucun concurrent ne viendra troubler ses bonnes affaires.

Si des négociations avec un nouveau partenaire devaient avoir lieu, elles ne débuteraient pas avant 2016. Avec le temps nécessaire pour négocier, mener le projet à maturation et le réaliser, on peut dire, sans risque de se tromper, qu’aucun nouveau projet n’entrera en production avant une dizaine 2020. Ce qui signifie que l’Algérie aura les mains liées, et ne pourra rien faire dans le domaine de l’automobile à cause d’un investissement de 50 millions de dollars de la part de Renault jusqu’en 2020, année où son marché sera proche du million de véhicules, et dépassera le montant fabuleux de 12 milliards de dollars par an!

Dans l’histoire récente de l’économie algérienne, il y a eu une exclusivité : celle accordée de facto à Orascom pour lancer Djezzy. L’opérateur historique Mobilis avait alors été interdit d’investir. Orascom avait pris une longueur d’avance impossible à rattraper.  C’est l’objectif de Renault, déjà première marque en Algérie, et qui veut accentuer son avance. Pour le constructeur français, c’est de bonne guerre. Ce n’est pas de sa faute si, en face de lui, il a trouvé des responsables prêts à dire et à faire n’importe quoi.

Quant aux négociateurs algériens, ils peuvent revendiquer une autre palme. Entre l’incompétence et la bêtise, ils ont le choix. A moins que ce ne soit autre chose de plus grave, car rien ne peut expliquer, ni justifier, un tel contrat.

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