Le Sahara n’est pas désert

Le Sahara est le plus grand désert du monde, mais il n’est pas aussi désert. On y croise notamment nombre d’anciens barbouzes de nombreuses nationalités.

Par Abed Charef

Le ministre de l’Energie, M. Youcef Yousfi, a exclu le recours à une aide étrangère pour assurer la sécurité des sites pétroliers au Sahara. Au lendemain de la sanglante prise d’otages de la semaine dernière à Tiguentourine, près d’In-Amenas, cette affirmation parait bien dérisoire. Non seulement le mal est fait, avec des dégâts énormes, mais cette sanglante affaire a révélé d’étrangers pratiques dans le domaine de la sécurité au Sahara.

Première grande révélation, le Sahara algérien grouille d’anciens barbouzes, anciens membres de services spéciaux, de forces spéciales, de troupes de choc et d’unités d’élite provenant de nombreux pays étrangers. Employés par des entreprises de sécurité, dont quatre ont réussi à imposer leur forte présence dans le pays, ces spécialistes de l’action sillonnent le Sahara, utilisant leurs nombreux talents selon leur bon vouloir, après s’être reconvertis dans une activité très demandée dans les pays instables. Au détour d’un article de presse, on découvre qu’un ancien général figure dans l’effectif d’une de ces compagnies. Que fait un ancien patron du service action de la DGSE, les services spéciaux français, dans une entreprise au Sahara ? L’otage français mort dans la prise d’otages était, lui aussi, un ancien des forces spéciales.

Ces révélations ont quelque peu calmé les ardeurs des commentateurs et dirigeants occidentaux, fortement tentés, lors de la prise d’otages d’In-Amenas, de mettre en cause le dispositif de sécurité mis en place autour des installations pétrolières, notamment celles où sont présents des techniciens étrangers ou celles directement gérées par des entreprises étrangères. Car critiquer le dispositif de sécurité revient à critiquer ces entreprises occidentales dites spécialisées, et considérées comme leaders dans leur domaine. Ce sont elles qui définissent les normes de sécurité, fixent les procédures, mettent en place les dispositifs et assurent un complément de formation au personnel en cas de nécessité. Elles sont supposées être performantes, connaissant leur boulot et appliquant les meilleures procédures. Autre élément important, elles sont supposées mettre en confiance les ressortissants occidentaux travaillant dans les champs gaziers ou pétroliers, à l’inverse des entreprises de sécurité algériennes, qui peuvent être infiltrées, ou faire preuve de négligence, quand elles ne sont pas tout simplement incompétentes.

Les autorités algériennes avaient accepté ces concessions dans le domaine de la sécurité dans les années 1990, quand les techniciens se faisaient rares dans les champs pétroliers, quand les ingénieurs hésitaient à travailler au Sahara, alors que la situation sécuritaire se dégradait au même rythme que la situation économique. Le pays était prêt à fermer les yeux sur certaines choses, offrant à ces spécialistes une marge de manœuvre importante pour rassurer les techniciens dont le pays avait besoin.

Depuis cette époque, la situation de l’Algérie s’est considérablement améliorée dans de nombreux domaines, y compris sécuritaire, mais le pays s’est installé dans un confort qui n’imposait plus les mêmes exigences. On a fini par laisser s’installer une certaine routine, avec la lassitude qui l’accompagne. La vigilance est retombée, les réflexes sont devenus moins rapides, les réactions plus lentes et, pour tout dire, un nouveau climat s’est installé, dominé par la routine et l’insouciance.

Cela ne suffit pas pour autant à expliquer la prise d’otages d’In-Amenas. Car tout ce qui a été écrit sur les « défaillances » du dispositif de sécurité occulte deux éléments essentiels. D’une part, le terrorisme reste largement imparable. Quand il bénéficie des financements aussi importants, d’armements comme ceux de l’ancien arsenal de l’armée libyenne, quand les groupes terroristes disposent d’un fief inviolable, aussi immense que le nord du Mali, ils ne peuvent pas être contrés. Il est possible d’atténuer la portée de leur action, d’en réduire le rythme et l’intensité, de la circonscrire à certaines zones, à l’exclusion d’autres zones, mais il n’est pas possible de parler d’un risque zéro pour n’importe quel point du pays, comme il n’est pas possible d’en venir à bout sans en détruire les fondements.

D’autre part, le Sahara n’est pas un terrain découvert comme on le pense, mais il peut être aussi protecteur qu’une forêt pour celui qui sait en exploiter toutes les ressources. Certes, le Sahara ne peut pas abriter des groupes terroristes avec la même densité que les zones montagneuse ou boisées, mais il offre un refuge parfait pour des groupes qui savent s’y mouvoir, franchir des frontières impossibles à contrôler, et en exploiter les ressources, notamment en cohabitant avec les réseaux de contrebande et de trafic, et en se fondant parmi des populations habituées à des déplacements continus. Ce n’est pas un hasard si les éléments qui forment aujourd’hui Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), le MUJAO (Mouvement du Jihad en Afrique de l’Ouest) et le dernier, celui de Mokhtar Belmokhtar, auteur de la prise d’otages d’In-Amenas, si ce n’est pas un hasard si ces éléments ont une étonnante longévité, certains d’entre eux ayant réussi à survivre près de deux décennies.

Publicités

Ould Kablia battu à plate couture par les « spécialistes » du mensonge

M. Ould Kablia, qui a menti avec un aplomb remarquable pendant la prise d’otages d’In-Amenas. Mais cette fois-ci, il l’a fait pour la bonne cause. Mais quel que soit son mensonge, il ne peut rivaliser avec les spécialistes, qui ont trouvé un terrain béni pendant trois jours.

 Par Abed Charef

Ah ! Ces experts ! Squattant les salons d’Alger et les salles de rédaction du monde entier, principalement celles des chaines d’information en continu, des centaines de spécialistes ont expliqué, pendant trois jours, ce qui se passait à Tiguentourine, près d’In Amenas, où une sanglante prise d’otages avait été organisée par un groupe d’illuminés. Tinguentourine, c’est un endroit où ces spécialistes n’ont jamais mis les pieds, où ils n’iront probablement jamais. Aucun journaliste ne s’est approché à moins de 300 kilomètres de Tiguentourine durant la prise d’otages. Personne ne savait ce qui s’y passait vraiment. Le dispositif mis en place pour gérer le périmètre de la prise d’otages était totalement inaccessible.

Mais pour les spécialistes, tout ceci était secondaire. Ce qui compte, c’est leur parole. Eux savent. Ils savent tout. Ils ont des préjugés, une idéologie, ou, le plus souvent, des intérêts politiques et économiques à défendre. Et ils les défendent bien. L’assaut a-t-il été un succès ? Un échec ? On ne sait pas. On bafouille un peu, à Paris comme à Londres. Jusqu’à ce que la bonne parole tombe du Ciel. En l’occurrence, le ciel, ce sont les compagnies pétrolières qui décident. Et si elles disent que ce fut un beau succès, les experts appuieront, et expliqueront pourquoi, en hochant gravement la tête.

L’Algérie avait-elle raison de se montrer aussi ferme, en excluant toute idée de négociation avec les preneurs d’otages ? ça, c’est les Etats-Unis qui le décident. Les experts ont donc ont hésité un moment. Mais à partir du moment où le secrétaire américain à la Défense Léon Panetta a fait sa fameuse déclaration – « les terroristes doivent être avertis qu’ils ne trouveront aucun refuge et n’auront aucun endroit où se cacher »-, tout le monde a trouvé que l’Algérie a eu la réponse adéquate. On ne parlait plus de risques pour la vie des otages, ni de « méthode soviétique » utilisée par les forces spéciales algériennes, une formule qui avait fleuri, notamment en France et en Grande-Bretagne, avant que le silence ne soit rétabli dans les rangs.

Dans l’affaire d’In-Amenas, tout a été dit, sans que les choses ne deviennent plus claires. Certains points méritent pourtant qu’on y revienne, non parce qu’ils sont plus importants, ou parce qu’ils ont plus de signification, mais parce qu’ils contiennent un élément, un détail, qui tranche avec le reste. Comme par exemple les déclarations faites le premier jour de la prise d’otages par le ministre de l’intérieur, M. Daho Ould Kablia. Celui-ci avait affirmé que les terroristes étaient de la région d’In-Amenas,  et qu’ils ne venaient pas de l’étranger. Deux mensonges grossiers, apparemment. Mais deux mensonges proférés pour la bonne cause. En fait, le ministre ne s’adressait pas à l’opinion, encore moins aux citoyens algériens, pour satisfaire leur droit à être informés. Il s’adressait plutôt aux terroristes, ou aux dirigeants des pays qui avaient des ressortissants parmi les otages. Probablement aux deux. Il voulait délibérément induire les uns et les autres en erreur, minimisant la portée de la prise d’otages, pour atténuer la pression et avoir la marge nécessaire pour gérer la situation. Le coup a été très bien réussi, et sur ce point, M. Ould Kablia mérite l’hommage nécessaire.

Ceci renvoie immédiatement à un autre aspect, la communication, qui a révélé une Algérie ringarde, archaïque, hors du temps, totalement dépassée, travaillant selon des méthodes héritées d’un autre temps. Mais pouvait-il en être autrement ? Pour le pouvoir algérien, l’affaire In-Amenas a immédiatement provoqué un chamboulement, une transformation qui a totalement inversé les priorités. Le pouvoir s’est replié sur lui-même, autour de son noyau dur, constitué d’un nombre de personnes très restreint, des responsables de l’armée et de différents corps de sécurité. Aucun civil n’y avait accès. Peut-être même pas le président de la république, pour des raisons pratiques. On l’informait en temps réel de l’évolution de la situation, mais la décision se trouvait entre les mains de ce groupe, qui a géré seul l’opération. C’est ainsi que l’Algérie a retrouvé, pendant trois jours, un vrai pouvoir, qui décide, agit, et assume sa responsabilité ; un pouvoir ferme, déterminé, agissant sur un terrain qu’il connait le mieux.

Mais ceci ne pouvait durer que le temps d’une crise. Entretemps, les civils, membres du gouvernement et autres hauts responsables à différents niveaux de la hiérarchie, pouvaient être informés, voire consultés sur des aspects techniques. Mais pas plus. Ils se mettent naturellement à la disposition du vrai pouvoir, attendant ses choix, et appliquant avec la dextérité nécessaire les directives que ces choix impliquent.

Il est évident que dans ce cercle restreint qui a pris les choses en main, la communication n’est pas une préoccupation centrale. C’est là un euphémisme. Il s’agit de militaires. Ni leur formation, ni leur itinéraire, ne les prédisposent à s’occuper de ce volet. Pour eux, la seule question posée était : comment régler la question de manière radicale, avec le minimum de dégâts possible, mais en donnant un message tel que ce type d’incident ne se répète plus jamais.

C’est la réponse à cette question qui a déterminé le dénouement de la prise d’otages. Plus tard, bien plus tard, quand la crise a été réglée, sont venus les autres, les civils, pour expliquer, animer la scène, organiser des conférences de presse, parler de nif, et essayer d’aiguillonner l’opinion algérienne vers le football, et orienter les entreprises pétrolières vers les promesses de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, opportunément votée par l’Assemblée Nationale au lendemain de la crise des otages. Ce qui a nous a rapidement ramené à la véritable Algérie, celle de tous les genres, avec des dirigeants incompétents, menteurs, irresponsables. Il était temps.

عين أم الناس تفرض تغييرا شاملات للمعادلة الأمنية

 عملية اختطاف الرهائن في عين أم الناس تفرض إعادة النظر في الإجراءات الأمنية. حيث يجب التعامل مع وضع جديد يتمثل في ظهور معقل جديد للمجموعات الإرهابية في شمال مالي.

 عابد شارف

أعلن وزير الطاقة، السيد يوسف يوسفي، أن الجزائر لن تطلب أية مساعدة خارجية لحماية المحطات النفطية في الصحراء. وجاء هذا الإعلان بعد عملية اختطاف الرهائن التي تمت بالقرب من عين أم الناس، والتي قامت بها جماعة إرهابية ذات تكوين دولي انتهت بقتل 34 رهينة، بينما تمكنت القوات الخاصة للجيش من القضاء على كل أعضاء المجموعة الإرهابية. وأشار وزير الطاقة بتصريحه هذا إلى قضية الأمن في الصحراء بعد أن أصبحت محل جدال منذ بداية عملية اختطاف الرهائن، إلى أن تصدر بعض التحاليل المتخصصة التي أشارت إلى حقائق لم يكن ينتظرها أحد.

وجاءت أول مفاجأة لتشير إلى أن عددا كبيرا من الخبراء الأجانب في ميدان الأمن، من جواسيس سابقين ورجال القوات الخاصة وغيرهم، يجوبون الصحراء الجزائرية بكل حرية في إطار عملهم الحالي. هؤلاء الخبراء يعملون في شركات أجنبية مختصة في الأمن، منها أربع شركات كبرى فرضت نفسها في السوق الجزائرية. وأشارت الصحافة إلى أن جنرالات وضباط سابقين في أجهزة مخابرات غربية يعملون في هذه الشركات، ويشكلون العمود الفقري لتأطيرها. واتضح كذلك أن الرهينة الفرنسية الذي راح ضحية عملية الاختطاف كان ينتمي في السابق إلى القوات الخاصة.

وكانت الجزائر قد أعطت بعض التسهيلات في التسعينات لدخول هذه الشركات الخاصة إلى الجزائر، لما كان الوضع الأمني صعبا، وكان الخبراء الأجانب في ميدان التنقيب واستغلال المحروقات يترددون قبل العمل في الجزائر بسبب الوضع الأمني وتهديدات المجموعات الإرهابية. وكانت هذه الشركات الأمنية الأجنبية تعطي ضمانات أكبر بفضل خبرتها، وكان المهندسون الغربيون يفضلون الهمل تحت حمايتها لأنهم كانوا يعتبرونها أكثر مهنية واحترافية، كما كانوا يعتبرون أن الشركات الجزائرية لا توفر الخبرة والكفاءة الضرورية.

وعند بداية عملية الاختطاف في عين أم الناس، بدأت الصحافة الغربية تنتقد الإجراءات الأمنية التي يتم تطبيقها في الصحراء، مشيرة بوضوح إلى إخفاق جزائري في الميدان. وقال الكثير: كيف يمكن حدوث عملية بهذا الحجم في منطقة تخضع لحراسة مشددة؟ وعندها نشرت الصحافة الجزائرية أخبارا تؤكد أنه لم يكن هناك تقصير ولا خطأ في الميدان الأمني، وإذا كان هناك خطأ فإن الشركات الغربية المختصة هي التي ارتكبته، حيث أن خبراءها هم الذين حددوا الإجراءات الأمنية المتبعة، والقواعد التي يجب تطبيقها، كما أنهم يقومون بالمراقبة الضرورية ويخططون لعمليات التدريب الإضافية إذا كان اعتبروا ذلك ضروريا.

واستطاعت الجزائر أن تتجنب الأعمال الإرهابية في منشآتها النفطية في أصعب مرحلة، ولم تسجل لأية عملية تذكر خلال التسعينات. واعتبر الجميع أن الطرق المستعملة كانت ناجعة، إلى أن جاءت عملية عين أم الناس لتؤكد أن الإرهاب ظاهرة أكثر تعقيدا، تفرض اتخاذ كل الإجراءات لمحاربتها لكن ذلك ليس كافيا ليضمن أي طرف أنه استطاع أن يقضي على الإرهاب. ولا مجال للكلام عن خلل في الإجراءات الأمنية لأن الإرهاب بطبيعته يحاول دائما أن يفاجئ ويقوم بجريمته حيث لم يكن منتظرا.

ومن جهة أخرى، يجب الإشارة إلى نقطة أخرى: إذا كانت التنظيمات الإرهابية تحصل على كميات من السلاح مثل تلك التي جاءت من ليبيا بعد سقوط القذافي، وتحصل على تمويل لا حد له يأتي سواء من الفدية بعد اختطاف الرهائن أو من الشرق الأوسط أو من ضريبة مفروضة على السكان، وإذا كانت تلك المنظمات الإرهابية تكسب معقلا لا يستطيع أحد أن ينافسها فيه مثلما هو الحال في شمال مالي، فإنه من الصعب، بل من المستحيل القضاء عليها بمجرد عمليات عسكرية، مهما كان حجمها.

وفي نفس السياق، ارتكب الكثير خطأ بالقول أن الصحراء منطقة صعبة لا تسمح بتحرك المجموعات الإرهابية، وأنه من السهل مراقبتها لأنها عارية ولا توفر الملاجئ الضرورية مثل المناطق الجبلية التي تشكل المعاقل التقليدية للإرهاب. لكن هذا خطأ، ورغم أنه لا يمكن وجود مجموعات إرهابية في الصحراء بنفس الكثافة التي تعرفها مناطق أخرى، إلا أن الصحراء توفر ميدانا هائلا لمن يعرف استعماله. وبالنسبة لشمال مالي، يمكن عبور الحدود دون أية مراقبة، والتحرك في مساحات شاسعة، والتعامل مع شبكات التهريب والجريمة الموجودة في المنطقة، وهذا ما يؤكده تواجد المجموعات الإرهابية وشبكات التهريب في شمال مالي منذ سنوات. ولا يمكن القضاء عليها إلا بتغيير الوضع السائد في مالي، لأن إخفاق الدولة المالية وعجزها عن التحكم في جزء من التراب الوطني لهذا البلد أصبح يشكل بدوره عاملا أساسيا لانتشار الإرهاب.

Une bonne analyse, mais de piètres résultats dans la crise malienne

 La crise malienne s’est brusquement accélérée cette semaine, avec le raid du mouvement Ansar Eddine vers le sud, l’intervention française et la décision algérienne d’autoriser le survol de son territoire par l’aviation française. L’Algérie, qui avait adopté une position très forte, a progressivement perdu la main. Six erreurs y ont contribué.

Par Abed Charef

Comme dans la crise libyenne, l’Algérie a fait, au début de l’affaire malienne, une analyse aussi solide qu’argumentée. Elle a proposé une démarche cohérente, elle l’a défendue bec et ongles, elle s’y est accrochée contre vents et marées, et elle a réussi à convaincre une partie des partenaires régionaux et internationaux de la justesse de son point de vue. C’est ce qu’on a appelé une « solution politique », basée sur le respect de l’intégrité territoriale du Mali, le dialogue, la négociation, en vue de prendre en charge certaines revendications légitimes des mouvements rebelles. La démarche a été accueillie avec scepticisme dans un premier temps, mais elle a fait a fait du chemin, et de hauts responsables américains en ont finalement validé le contenu. La France, quant à elle, s’est trouvée contrainte de s’y résoudre, à défaut d’avoir d’autres alternatives plus crédibles.

Pour l’Algérie, il s’agissait aussi d’éviter la guerre, et d’épargner à la région un nouveau foyer de tension. D’autant plus que personne ne peut prévoir comment le conflit pouvait évoluer, et que l’Algérie aurait forcément à en subir les frais, quel qu’en soit le résultat. En cas de guerre, il était évident qu’elle se trouverait en première ligne, à apporter l’aide humanitaire, à panser les plaies, à renouer le fil du dialogue, à reconstruire les institutions du Mali, à financer le développement, etc. Les pays occidentaux, quant à eux, annonceraient des décisions spectaculaires destinées à calmer leur opinion publique quand les projecteurs seraient braqués sur la région, mais ils oublieraient vite, quand le conflit serait terminé.

Mais comme dans l’affaire libyenne, la position algérienne s’est progressivement détériorée, pour se trouver dépassée, et évoluer vers quelque chose d’inattendu. De cette guerre, de ses drames et de ses conséquences pour toute la région, l’opinion risque en effet de retenir d’abord que des avions militaires français, en mission de guerre, ont survolé l’espace aérien de l’Algérie, pour la première fois depuis un demi-siècle. Ce symbole, très fort, pèsera lourdement sur l’Algérie, pour longtemps.

Comment en est-on arrivé à dilapider les acquis d’une bonne analyse, et à perdre le bénéfice d’une excellente démarche ? Six erreurs ont conduit à cet échec algérien au Mali.

  1. L’Algérie n’a pas tenu compte du facteur temps. Sa démarche nécessitait visiblement de longs mois, voire des années, pour donner des résultats probants. Dans cet intervalle, n’importe quelle force était susceptible de faire capoter la démarche. Il a suffi d’une offensive du mouvement Ansar Eddine vers le sud pour bousculer tout l’écheveau et créer une succession d’évènements qui ont détruit ce beau montage. En outre, pendant que des négociations, laborieuses, étaient entamées, les mouvements djihadistes présents au nord du Mali, AQMI et MUJAO, avaient tout le loisir de fortifier leurs positions, de recruter, de se constituer des stocks et, au bout du compte, de se constituer un fief imprenable.
  2. L’Algérie a mis tous ses œufs dans un même panier. Elle a joué à fond la carte du mouvement Ansar Eddine, l’imposant comme acteur incontournable dans toute solution à la crise malienne. Elle lui a donné sa caution, le présentant comme un mouvement politique différent d’AQMI et du MUJAO. Malgré les mises en garde et les doutes qui commençaient à apparaitre sur l’orientation de ce mouvement et de son chef présume, Iyad Ag Ghali, l’Algérie a continué à traiter avec lui, jusqu’au jour où il est devenu évident que l’homme avait un agenda totalement différent ce que soutenaient les responsables algériens qui géraient le dossier. Mais  quand cette évidence s’est imposée, l’Algérie s’est retrouvée les mains vides. Elle a haussé le ton pour le rappeler à l’ordre, et lui imputer la responsabilité de ce qui pouvait arriver, mais cela n’a donné aucun résultat : l’Algérie n’avait pas d’alternative viable.
  3. Ces responsables algériens ont continué à traiter avec Ansar Eddine comme s’il s’agissait d’un mouvement touareg, alors qu’il avait fait sa mutation pour devenir un mouvement djihadiste. Son insistance sur la charia, le peu de place qu’il accordait aux revendications traditionnelles des Touareg, et surtout, les liens avérés qu’il entretenait avec AQMI et le MUJAO, montraient clairement que quelque chose avait changé chez Iyad Ghali. De plus, à chaque déclaration d’un dirigeant d’Ansar Eddine allant dans le sens de l’apaisement, répondait un autre dirigeant du même mouvement rejetant ce choix et réaffirmant une ligne radicale. Il y avait là de quoi se poser des questions sur la réalité de ce mouvement, qui comprend apparemment trois courants, mais qui vient d’être emporté dans une spirale radicale qui a mené à l’intervention française au Mali.
  4. Cette manière de gérer un dossier révèle, à son tour, une méthode figée, incapable de s’adapter. C’est typique de la gestion bureaucratique la plus éprouvée : un chef arrête une décision, il donne instruction aux subordonnés, qui tentent de l’appliquer sans tenir compte de l’évolution de la situation, ou de l’apparition de nouveaux éléments. Jusqu’à ce que la démarche définie devienne caduque, inopérante, totalement contre-productive.
  5. Autre point faible : l’Algérie n’a pas de politique envers le Sahel ; elle n’a pas une démarche visant à briser ce cercle vicieux, à lancer des initiatives multiples et cohérentes pour imposer des solutions qui lui soient favorables. Elle se contente de subir les coups, de tenter de les amortir ou d’en atténuer les effets, mais elle n’arrive pas à les anticiper, ni à définir une grande politique pour imposer ses choix. La crise libyenne a révélé cette cruelle vérité : l’Algérie avait été tétanisée, sous la pression externe, mais aussi sous la pression interne, de peur de voir la contestation s’étendre à l’Algérie.
  6. Dernier point, peut-être le plus contestable, et c’est celui qui est le plus souvent cité au sein de l’opposition et dans les critiques : la crainte que l’attitude adoptée dans cette crise malienne ne serve des objectifs internes, entre autres un quatrième mandat au profit de Mr Abdelaziz Bouteflika. Dans les réseaux sociaux et chez les contestataires de tous bords, ce point constitue, avec l’autorisation accordée aux avions français pour survoler l’Algérie, le premier facteur de mécontentement.

Une bonne analyse, mais de piètres résultats dans la crise malienne

 La crise malienne s’est brusquement accélérée cette semaine, avec le raid du mouvement Ansar Eddine vers le sud, l’intervention française et la décision algérienne d’autoriser le survol de son territoire par l’aviation française. L’Algérie, qui avait adopté une position très forte, a progressivement perdu la main. Six erreurs y ont contribué.

 

Par Abed Charef

 

Comme dans la crise libyenne, l’Algérie a fait, au début de l’affaire malienne, une analyse aussi solide qu’argumentée. Elle a proposé une démarche cohérente, elle l’a défendue bec et ongles, elle s’y est accrochée contre vents et marées, et elle a réussi à convaincre une partie des partenaires régionaux et internationaux de la justesse de son point de vue. C’est ce qu’on a appelé une « solution politique », basée sur le respect de l’intégrité territoriale du Mali, le dialogue, la négociation, en vue de prendre en charge certaines revendications légitimes des mouvements rebelles. La démarche a été accueillie avec scepticisme dans un premier temps, mais elle a fait a fait du chemin, et de hauts responsables américains en ont finalement validé le contenu. La France, quant à elle, s’est trouvée contrainte de s’y résoudre, à défaut d’avoir d’autres alternatives plus crédibles.

Pour l’Algérie, il s’agissait aussi d’éviter la guerre, et d’épargner à la région un nouveau foyer de tension. D’autant plus que personne ne peut prévoir comment le conflit pouvait évoluer, et que l’Algérie aurait forcément à en subir les frais, quel qu’en soit le résultat. En cas de guerre, il était évident qu’elle se trouverait en première ligne, à apporter l’aide humanitaire, à panser les plaies, à renouer le fil du dialogue, à reconstruire les institutions du Mali, à financer le développement, etc. Les pays occidentaux, quant à eux, annonceraient des décisions spectaculaires destinées à calmer leur opinion publique quand les projecteurs seraient braqués sur la région, mais ils oublieraient vite, quand le conflit serait terminé.

Mais comme dans l’affaire libyenne, la position algérienne s’est progressivement détériorée, pour se trouver dépassée, et évoluer vers quelque chose d’inattendu. De cette guerre, de ses drames et de ses conséquences pour toute la région, l’opinion risque en effet de retenir d’abord que des avions militaires français, en mission de guerre, ont survolé l’espace aérien de l’Algérie, pour la première fois depuis un demi-siècle. Ce symbole, très fort, pèsera lourdement sur l’Algérie, pour longtemps.

Comment en est-on arrivé à dilapider les acquis d’une bonne analyse, et à perdre le bénéfice d’une excellente démarche ? Six erreurs ont conduit à cet échec algérien au Mali.

  1. L’Algérie n’a pas tenu compte du facteur temps. Sa démarche nécessitait visiblement de longs mois, voire des années, pour donner des résultats probants. Dans cet intervalle, n’importe quelle force était susceptible de faire capoter la démarche. Il a suffi d’une offensive du mouvement Ansar Eddine vers le sud pour bousculer tout l’écheveau et créer une succession d’évènements qui ont détruit ce beau montage. En outre, pendant que des négociations, laborieuses, étaient entamées, les mouvements djihadistes présents au nord du Mali, AQMI et MUJAO, avaient tout le loisir de fortifier leurs positions, de recruter, de se constituer des stocks et, au bout du compte, de se constituer un fief imprenable.
  2. L’Algérie a mis tous ses œufs dans un même panier. Elle a joué à fond la carte du mouvement Ansar Eddine, l’imposant comme acteur incontournable dans toute solution à la crise malienne. Elle lui a donné sa caution, le présentant comme un mouvement politique différent d’AQMI et du MUJAO. Malgré les mises en garde et les doutes qui commençaient à apparaitre sur l’orientation de ce mouvement et de son chef présume, Iyad Ag Ghali, l’Algérie a continué à traiter avec lui, jusqu’au jour où il est devenu évident que l’homme avait un agenda totalement différent ce que soutenaient les responsables algériens qui géraient le dossier. Mais  quand cette évidence s’est imposée, l’Algérie s’est retrouvée les mains vides. Elle a haussé le ton pour le rappeler à l’ordre, et lui imputer la responsabilité de ce qui pouvait arriver, mais cela n’a donné aucun résultat : l’Algérie n’avait pas d’alternative viable.
  3. Ces responsables algériens ont continué à traiter avec Ansar Eddine comme s’il s’agissait d’un mouvement touareg, alors qu’il avait fait sa mutation pour devenir un mouvement djihadiste. Son insistance sur la charia, le peu de place qu’il accordait aux revendications traditionnelles des Touareg, et surtout, les liens avérés qu’il entretenait avec AQMI et le MUJAO, montraient clairement que quelque chose avait changé chez Iyad Ghali. De plus, à chaque déclaration d’un dirigeant d’Ansar Eddine allant dans le sens de l’apaisement, répondait un autre dirigeant du même mouvement rejetant ce choix et réaffirmant une ligne radicale. Il y avait là de quoi se poser des questions sur la réalité de ce mouvement, qui comprend apparemment trois courants, mais qui vient d’être emporté dans une spirale radicale qui a mené à l’intervention française au Mali.
  4. Cette manière de gérer un dossier révèle, à son tour, une méthode figée, incapable de s’adapter. C’est typique de la gestion bureaucratique la plus éprouvée : un chef arrête une décision, il donne instruction aux subordonnés, qui tentent de l’appliquer sans tenir compte de l’évolution de la situation, ou de l’apparition de nouveaux éléments. Jusqu’à ce que la démarche définie devienne caduque, inopérante, totalement contre-productive.
  5. Autre point faible : l’Algérie n’a pas de politique envers le Sahel ; elle n’a pas une démarche visant à briser ce cercle vicieux, à lancer des initiatives multiples et cohérentes pour imposer des solutions qui lui soient favorables. Elle se contente de subir les coups, de tenter de les amortir ou d’en atténuer les effets, mais elle n’arrive pas à les anticiper, ni à définir une grande politique pour imposer ses choix. La crise libyenne a révélé cette cruelle vérité : l’Algérie avait été tétanisée, sous la pression externe, mais aussi sous la pression interne, de peur de voir la contestation s’étendre à l’Algérie.
  6. Dernier point, peut-être le plus contestable, et c’est celui qui est le plus souvent cité au sein de l’opposition et dans les critiques : la crainte que l’attitude adoptée dans cette crise malienne ne serve des objectifs internes, entre autres un quatrième mandat au profit de Mr Abdelaziz Bouteflika. Dans les réseaux sociaux et chez les contestataires de tous bords, ce point constitue, avec l’autorisation accordée aux avions français pour survoler l’Algérie, le premier facteur de mécontentement.

Un pays encerclé et ligoté

L’environnement régional de l’Algérie se détériore. Mais ce n’est pas le plus grave. Ce qui est révoltant, c’est que le pays est désarmé avant d’être poussé sur le champ de bataille.

Par Abed Charef, (lanation.info, 16 janvier 2013)

Avec l’intervention militaire française au Mali, l’environnement régional de l’Algérie se détériore encore un peu plus. Il n’y a désormais plus de frontière apaisée, plus de pays voisin avec lequel on peut parler de relations « normales ». L’impression d’un pays assiégé se renforce, un pays sur lequel se resserre un étau invisible, mais bien réel.

Même la frontière du Niger montre des signes de fièvre. Des patrouilles de l’armée y ont abattu, lundi dernier, trois terroristes. Que faisaient ces terroristes dans cette zone où se rencontrent les frontières de l’Algérie, de la Libye et du Niger, près de 300 kilomètres au sud-est de Djanet, au lendemain de la rencontre qu’avaient tenue un peu plus au nord, à Ghadamès, les chefs de gouvernement d’Algérie, de Tunisie et de Libye, précisément pour mieux contrôler leurs frontières ? Mystère.

Plus au nord, les frontières  de la Tunisie et Libye sont toujours sous haute surveillance, avec des pays qui subissent encore le contrecoup de leurs révolutions respectives. La Tunisie, où de premiers groupes de djihadistes commencent à apparaitre, balance entre une agitation post-révolutionnaire et une expérience démocratique non encore aboutie. Quant à la Libye, elle tente tant bien que mal de mettre sur pied de nouvelles institutions, mais l’instabilité y est inquiétante. Après la mort de l’ambassadeur américain, le 11 septembre dernier, à Benghazi, la grande métropole de l’est, au cours d’une opération controversée qui a secoué l’establishment américain, c’est au tour du consul d’Italie qui a, cette fois-ci, échappé à un attentat, lorsque sa voiture a été attaquée à l’arme automatique, toujours dans la même ville.

A l’ouest de l’Algérie, la frontière marocaine est toujours fermée. Aucun frémissement n’y est perceptible, malgré quelques fausses promesses en 2011. Plus au sud, les zones frontalières avec le Sahara Occidental et la Mauritanie apparaissent comme des zones militaires où personne ne s’aventure. Mais même là, le MUJAO a tenté, il y a un peu plus d’un an, de s’infiltrer en enlevant des travailleurs humanitaires dans un camp de réfugiés sahraouis.

Pour boucler la boucle, l’Algérie vient d’annoncer qu’elle a pris les dispositions nécessaires pour fermer la frontière avec le Mali. Il ne reste donc plus que la mer, au nord, pour voyager. Mais là, la frontière est fermée de l’extérieur.  Et ce n’est pourtant pas fini. Car depuis cette semaine, le ciel s’est à son tour obscurci. L’aviation militaire française a en effet obtenu l’accord de l’Algérie pour survoler le territoire algérien pour rallier le Mali. Cela fait un demi-siècle que l’aviation militaire française en opération n’a pas, du moins officiellement, survolé l’espace aérien algérien.

Un pays englué dans un tel environnement devrait avoir un pouvoir ultra-dynamique, réactif, capable de fonctionner à un rythme inouï pour répondre à toutes les sollicitations ; un pouvoir qui s’appuierait aussi sur des institutions crédibles, efficaces, parfaitement rôdées, utilisant une expertise de haut niveau, capables de produire des études, de réaliser des simulations,  de faire des propositions à un rythme très rapide, et d’assurer le suivi de toutes ces initiatives. En un mot comme en cent, un pouvoir qui serait à l’inverse de ce qu’offre l’Algérie aujourd’hui.

Il serait loisible de rappeler tous ces verrous qui empêchent le pays de fonctionner, tous ces responsables qui n’en sont pas, et ces institutions qui ont abdiqué. Comme ce premier ministre qui n’a pas de pouvoir, ce Conseil des ministres qui ne se réunit plus, ou ces hauts conseils nationaux dont on n’entend plus parler. On se limitera à un homme, celui supposé gérer ces crises du fait de son poste de ministre des affaires étrangères, M. Mourad Medelci.

Adoptant un profil de fonctionnaire sans épaisseur, plutôt que celui d’un homme politique développant une vision du pays et du monde, M. Medelci offre le portrait type de celui qui ne devrait jamais être nommé ministre des affaires étrangères. Homme sans envergure, sans idées politiques connues, n’ayant jamais tenu un discours politique pour définir des choix et des options convaincantes, il n’offre même pas la technicité dont peuvent se prévaloir les diplomates de carrière et les énarques, qui peuvent compenser leur faiblesse politique par leur maitrise des dossiers et des procédures.

Sa prestation devant le tribunal de Blida, lors de l’affaire Khalifa, a montré un personnage sans étoffe, se défendant difficilement, admettant qu’il n’a pas fait preuve d’intelligence dans la gestion du dossier. Et c’est cet homme qui a la charge, aujourd’hui, de rompre l’encerclement de l’Algérie, de répondre aux critiques concernant le survol de l’espace aérien algérien par l’aviation militaire française ! Et au-dessus de lui, il y a le président Abdelaziz Bouteflika,  lui aussi incapable de faire face à la charge que représente les lourdes responsabilités de gérer le pays, et de le doter d’une politique étrangère. Il n’en a ni l’aptitude conceptuelle, ni la possibilité d’assurer la présence nécessaire qu’impose de tels dossiers, ni les capacités physiques.

Continuer à gérer le pays avec les mêmes hommes et les mêmes méthodes signifie dès lors qu’on le ligote avant de l’envoyer sur le ring. Pour quel gain ? Un quatrième mandat ? Quelle blague !

Un quatrième mandat en cache un autre

 Après avoir quitté le gouvernement, M. Ouyahia quitte la direction du RND.  Mais qui est ce personnage dont la sortie intrigue l’Algérie ?

 Par Abed Charef

 Il a été un éradicateur forcené, puis un partisan résolu de la réconciliation, faisant campagne en faveur de ce choix dès lors que le vrai pouvoir en avait décidé ainsi. Il a imposé, d’autorité, une ponction sur les salaires des travailleurs, pour en payer d’autres, que leurs entreprises étaient incapables de payer à cause de la crise mais aussi à cause de sa mauvaise gestion. Dans la foulée, il a mené une campagne qui a abouti à l’incarcération de dizaines, certains parlent de milliers de cadres d’entreprises publiques.

Il a mené une politique ultra-libérale, appliquant scrupuleusement les directives du FMI, ce qui a conduit à liquider une bonne partie des entreprises publiques, avant de redécouvrir les vertus du patriotisme économique en faisant voter la règle bloquante du 51/49, qui constitue aujourd’hui un écueil important face aux rares opportunités d’investissement étranger dans le pays. Il a occupé les postes de ministre de la justice et des finances, au temps de Abdelmoumène Khalifa, mais il avait réussi à se faufiler entre les gouttes pour en sortir totalement indemne. Il a géré l’économie du pays, multiplié les virages hasardeux, les décisions approximatives et les volte-face étonnantes.

Il a remporté l’élection la plus controversée des vingt dernières années, celle de 1997, qui a donné à une fraude d’une ampleur inégalée. Il a aussi été chef de gouvernement ou ministre lorsque la création de partis était interdire, avant de voir son ministre de l’intérieur agréer une quarantaine de partis en un mois.

Mais dans cette période de sa vie, M. Ahmed Ouyahia était un homme discipliné. Très discipliné. Il faisait le boulot sans état d’âme, sans jamais protester. Il faisait preuve de l’assiduité nécessaire, ne laissant jamais ses sentiments transparaitre. Il savait qu’il n’avait de comptes à rendre à personne, du moment qu’il était dans la bonne voie, celle que décidait le vrai pouvoir. Pour cet homme qui avait fait son entrée dans les premiers cercles alors qu’il avait à peine quarante ans, et qui apparaissait plein d’avenir, il n’y avait guère de questions à se poser.

M. Ouyahia a aussi beaucoup appris. Il a appris à connaitre les rouages de l’Etat et les mécanismes du pouvoir. Fréquentant le sérail pendant deux décennies, il a parfaitement assimilé ce qui est « halal » et ce qui est « haram ». Il a toujours scrupuleusement respecté les lignes, jaune ou rouge. Aucun haut responsable à ce niveau n’a montré autant de rigueur dans la gestion de sa carrière, ni fait preuve d’une pareille efficacité pour rester strictement dans l’orthodoxie.

Il a acquis de l’expérience et, disent ses rares amis, pris de l’épaisseur. Cela s’est traduit par une certaine autonomie qu’il a commencé à prendre dans la gestion des affaires courantes. Ce n’est pas trahir un secret que de dire que ses entrevues avec le chef de l’Etat étaient rares, et qu’en l’absence de réunions structurées du conseil des ministres, il avait fini par maitriser la gestion informelle des affaires de l’Etat, en se contentant de contacts avec l’entourage du président et de certains cercles s’occupant de la sécurité.

Mais alors qu’il était proche du sommet, M. Ouyahia a commencé à se laisser aller. Comme si la machine s’était détraquée. Il a laissé percer quelques sentiments, révélateurs de sa pensée personnelle. Et l’Algérie a découvert, étonnée, que l’homme était resté un petit fonctionnaire, au langage dru. Les rares fois où il s’est exprimé spontanément, M. Ouyahia a en effet tenu un langage de charretier, révélant l’homme tout court sous l’habit de l’homme d’Etat qu’il voulait incarner.

Dans une sortie remarquée, il a comparé l’Algérie à un cabaret. Il a également déclaré, en mai, que le pays était gouverné par la mafia. « Le gouvernement a échoué devant les puissances de l’argent », a-t-il dit. Il a toutefois refusé de porter le chapeau, affirmant que « l’échec est collectif ».

Ces propos, pas très relevés pour un homme qui vit au cœur du pouvoir depuis décennies, lui reviennent comme un boomerang. Non seulement il est sorti de son rôle, qui est d’assumer l’action menée par le gouvernement, mais M. Ouyahia assume une large part du bilan de cette période, car il a occupé à trois reprises le poste de chef de gouvernement. Il est d’ailleurs le premier ministre qui a le plus longtemps occupé ce poste durant les deux dernières décennies.

Il ne peut même pas se prévaloir de cette qualité de dictateur ou de dirigeant populiste qui fait semblant de servir le peuple pour occulter son autoritarisme. Sous M. Ouyahia, sont apparues des fortunes colossales, alors que lui-même menait des politiques d’austérité aux effets terribles pour les plus bas revenus. Lui-même l’a reconnu. « L’argent commande en Algérie. Il commence à gouverner et à devenir un argent mafieux », a-t-il dit.

Aujourd’hui, alors que l’Algérie se prépare à des échéances majeures, et qu’elle semble incapable d’échapper au pire, il reste à savoir ce qui serait le moins grave pour elle: les dégâts seraient-ils plus élevés avec un quatrième mandant de M. Bouteflika, ou avec un quatrième mandat de M. Ouyahia qui, faut-il le rappeler encore, a déjà occupé, à trois reprises, le poste de chef de gouvernement ?

En piste pour 2014

Par petites touches, la scène politique algérienne se prépare pour 2014. Ahmed Ouyahia, invité à se faire discret, en a fait les frais. Mais que réserve cette échéance des présidentielles sur laquelle toute l’Algérie est désormais fixée ?

 

Par Abed Charef

Ahmed Ouyahia doit se sentir bien seul. Depuis qu’il a annoncé sa démission du RND, l’ancien premier ministre n’a guère trouvé de soutiens. Pas de manifestations spontanées pour exiger son maintien, pas de mouvements de foule pour demander son retour. Rien. A peine si quelques apparatchiks du RND, inquiets de leur propre avenir, ont timidement protesté contre son départ forcé, lui renouvelant leur fidélité et demandant qu’il reste à la tête de ce parti si particulier.

Mais que pense M. Ouyahia lui-même  de cette situation inédite pour lui ? Est-il surpris, déçu, ou soulagé, de voir que la période difficile qu’il traverse suscite si peu de compassion au sein de son propre parti ? Pensait-il que les gens qu’il croisait dans les travées des plais officiels lui seraient plus attachés et, peut-être, reconnaissants ? Quel sentiment lui inspire l’indifférence, voire l’hostilité, qu’il va rencontrer auprès de ses anciens ministres, et de ces responsables du RND dont beaucoup lui doivent une partie de leur carrière?

Pour le reste, on ne fera pas injure à M. Ouyahia de penser qu’il ignorait son impopularité, ni qu’il se faisait des illusions sur les valeurs en vigueur dans le monde politique algérienne de ce début du siècle. Il devait savoir que l’opinion publique était loin de le considérer comme l’homme le plus sympathique du pays. Il passait même pour le symbole d’un pouvoir arrogant, hautain, indifférent au sort des autres, particulièrement les plus humbles, imbu de sa science et de son savoir, se considérant comme au-dessus de la mêlée et, à ce titre, détenteur naturel d’un pouvoir qui ne saurait être l’affaire de la populace.

L’ancien chef du RND ne devait pas non plus se faire d’illusions sur la fidélité et la loyauté du personnel politique. Il sait que les ministres le plus proches, s’il en a, les collaborateurs qui se montraient les plus fidèles, peuvent, du jour au lendemain, lui tourner le dos s’ils sont convaincus qu’il est fini. Pour l’heure,  M. Ouyahia réussit d’ailleurs à se maintenir à flots grâce à l’incertitude qui plane sur son avenir. On ne sait pas encore si son départ du gouvernement puis du RND constituent une simple étape dans son parcours, ou s’il s’agit d’une mise à l’ écart définitive. Les rares soutiens qui lui restent en cette phase incertaine n’ont pas encore trouvé de réponse, et attendent que les choses soient plus claires pour prendre position de manière définitive.

Leur attente risque d’être longue. Probablement jusqu’à l’élection présidentielle de 2014. Car tout ce qui se fait et se décide aujourd’hui dans le pays est en liaison directe avec l’échéance de 2014. Et en premier lieu ce qui arrive à M. Ouyahia, qui était devenu un élément important du dispositif du pouvoir algérien, du moins dans son interface visible, celle de l’exécution.

En prévision de l’échéance de 2014, M. Ouyahia, très visible, trop visible même durant la décennie écoulée, pendant laquelle il a été deux fois chef du gouvernement, est invité à se faire plus discret. En homme discipliné, il s’est plié aux règles du jeu. Il sait qu’il n’ pas d’alternative. A ses partisans qui le priaient de revenir sur sa décision, il a répondu qu’il n’en était pas question. Ce qui montre clairement que la décision n’est pas la sienne. Et s’il réussit à se mettre en selle au RND, il le fera dans la discrétion, en attendant des jours meilleurs.

S’il se confirme, dans cette logique, que M. Ouyahia est prié de se mettre en retrait, M. Abdelaziz Belkhadem doit sentir le sol lui brûler les pieds. Il est, avec M. Ouyahia, l’homme le plus présent dans la vie politique du pays depuis l’accès de M. Abdelaziz Bouteflika au pouvoir. A eux deux, les deux hommes ont été de tous les choix, bons ou mauvais, se relayant à la tête du gouvernement. De la réconciliation à la révision de la constitution qui a ouvert la voie à un troisième mandat, ils ont participé à tout ce qui s’est fait. Même s’ils n’avaient probablement pas la possibilité de décider, et que leur rôle se limitait à celui d’exécutant de décisions prises ailleurs.

Il reste à savoir pourquoi on veut faire place nette pour 2014. Est-ce pour imputer à des « fusibles », devenus très impopulaires, la gestion des années passées, et faire passer plus facilement la pilule d’un quatrième mandat ? Ou, au contraire, y aurait-il une autre volonté, allant dans le sens inverse, pour dire à M. Bouteflika que le pays fait semblant de se renouveler, que le personnel politique se change, et que son maintien freinerait cette impression de mouvement?

Le fonctionnement politique de l’Algérie, jusqu’ici, pousse à la première hypothèse. Et fige déjà l’Algérie dans un quatrième mandat qui paralyse tout l’édifice.

أحمد أويحيى يخرج مرحليا من اللعبة السياسية

قرر النظام إقصاء السيد أويحيى مرحليا من اللعبة السياسية. لكن هل ستدزم هذه المرحلة إلى رئاسيات 2014 أم أنه إقصاء نهائي؟

 

عابد شارف

منذ أن غادر قيادة التجمع الوطني الديمقراطي، بدأ السيد أحمد أويحيى يشعر بالوحدة. ولم نسجل أية مسيرة شعبية عفوية للمطالبة ببقائه على رأس الحزب، ولا وقفة تضامنية من طرف الوزراء أو النواب الذين عملوا إلى جانبه. واكتفى بعض الإطارات في الأرندي بالطلب من السيد أويحيى أن يتراجع عن قراره خلال اجتماع أخير عقده في مقر الحزب، وذلك أضعف الإيمان…

ولا أعتقد أن هذا السلوك كان مفاجئا بالنسبة للسيد أويحيى، لأن الرجل يعرف قواعد اللعبة جيدا. إنه يعرف أن الأرندي ليس حزبا عاديا، ,انه ليس ملكا له، إنما يشكل الحزب بيتا أو مكتبا اكتراه السيد أويحيى لمرحلة معينة، وقد انتهت مرحلة الكراء، وعليه اليوم أن يعيد المفاتيح إلى أهلها. كما يعرف السيد أويحيى جيدا أن وصوله إلى المناصب التي تولاها، وأبرزها رئاسة الحكومة التي تكفل بها ثلاث مرات، إنه يعرف أن ذلك لا يعود إلى حنكته السياسية ولا إلى تحكمه في فن الاقتصاد ولا إلى معرفته الملفات الاقتصادية والقانونية، ولا إلى أفكارة أو مبادئه السياسية، إنما يعود أصلا قبوله لقواعد اللعبة المفروضة، واستعداده للقيام بكل ما هو مطلوب منه في هذا الإطار، مهما كانت طبيعة الطلب.

ويؤكد ذلك مسار السيد أويحيى منذ أن ظهر على الساحة السياسية، حيث ذهب يمينا ويسارا وشمالا وجنوبا ليتماشى مع طلبات النظام بسهولة أبهرت الجميع. فقد كان الرجل استئصاليا، من أشد الناس عداوة للإسلاميين. لكن لما تغيرت المودة وأصبحت المصالحة هي الهدف الأسمى، أصبح السيد أويحيى من أنصار المصالحة الوطنية، وقام بحملة من أجلها برفقة صديقه سعيد سعدي.

وفي ميدان آخر، قد منع السيد أويحيى معارضيه من تأسيس أحزاب لمدة عشر سنوات كاملة، قبل أن يتغير اتجاه الرياح، فتراجع هو كذلك، وتعامل مع الرياح الجديدة، واعتمدت حكومته ما يقارب أربعين حزبا في شهر واحد، وهو رقم عالمي في الحرية، من طرف رجل يقال عنه أنه متسلط يعادي الحرية إلى درجة أنه أصبح اختصاصيا في تزوير الانتخابات. وقد فاز السيد أويحيى بالعملية الانتخابية التي عرفت أكبر تزوير خلال الأربعين سنة الماضية، على رأس حزب قام بتأسيسه في الصبيحة وقاده إلى انتصار كبير في الانتخابات بعض الظهر…

وفي ميدان التسلط، فقد أبدع السيد أويحيى، لما فرض قرارا قام من خلاله باقتطاع جزء من رواتب العمال والموظفين، قبل أن يقوم بحملة دفعت عشرات المسيرين في المؤسسات العمومية إلى السجن. وبعدها مباشرة، تبنى توجها اقتصاديا ليبراليا يتماشى مع ما كان ينادي به صندوق النقد الدولي، وأدى ذلك إلى غلق وبيع العديد من المؤسسات في ظروف غامضة، أدت إلى تحويل الأموال العامة إلى الخواص، وإلى تسريح ما يقارب المليون عامل، حسب النقابة، قبل أن يعود السيد أويحيى ثانية ويكتشف الوطنية الاقتصادية، ويفرض قاعدة 51/49 في الاستثمار، وهي القاعدة التي حولت الاستثمار الأجنبي من صعب إلى شبه مستحيل.

وقيل عن السيد أويحيى أنه اكتسب حنكة كبيرة، وأنه تعلم كيف تسير شؤون الدولة، كما أنه يتحكم في دواليب السلطة ويعرف خباياها. وقال المقربون منه أنه أصبح رجل دولة، مؤهل لكل المناصب، بعد هذه التجربة الطويلة على رأس الحكومة.

وفجأة، انهار كل هذا البنيان… انهار ذات صبيحة لما تكلم السيد أويحيى بطريقة عفوية، وعبر عن أفكاره الحقيقة. واتضح عندها أن السيد أويحيى كان لا يمثل إلا آلة من خلق النظام، تعمل بانتظام إذا كانت الصيانة مضمونة، لكنها تضيع إذا غاب المهندس الذي صنعها. وفي وقت قصير، بدأ السيد أويحيى يقول كلاما لا يختلف عن كلام العامة، حيث انتقد وضع البلاد، فقال أن الجزائر أصبحت تشبه « الكاباري »، وقال كذلك أن المال أصبح يتحكم في شؤون البلاد، وأن هذا المال ينتمي إلى المافيا.

وقد جاءت هذه التصريحات قبل ستة أشهر، في وقت لم يكن واضحا أن النظام قد قرر التخلي عن السيد أويحيى. لكنها كانت تشير بوضوح إلى أن النظام سيتخلى في الفترة القادمة عن السيد أويحيى، ويضعه في عطلة سياسية إلى حين. وهذا ما يحدث اليوم، في انتظار تغير الأحوال، فسبحان مغير الأحوال…

اتفاق مع رونو في عهد حمزة ساسي

انتهت سنة 2012 بأسوأ اتفاق اقتصادي ممكن. إنه العقد مع شركة « رونو »، اتفاق توصلت إليه الجزائر يوم أصبح حمزة الساسي نجم الجزائر الجديد.

 عابد شارف

أبرز الاتفاق الذي أبرمته الجزائر مع شركة « رونو » Renault الفرنسية تحالفا بين انعدام الكفاءة، وسوء التسيير، وتراكم الأخطاء، وانعدام روح المسؤولية، وهي الخصال التي ظهر بها الطرف الجزائري، حيث أعطى أسوأ صورة، وأكد أنه لا يعرف ماذا يفعل، فتصرف مثل الطفل الصغير الذي أعطته أمه مالا فأراد أن يشتري به أي شيء، مهما كان، فاشترى لعبة خطيرة، وهو ما قام به الطرف الجزائري الذي صرف أموالا ليبرم عقدا خطيرا لاقتصاد البلاد.

وفي بداية الأمر، كان العقد مع شركة « رونو » يعبر عن طموح الجزائر في العودة إلى النشاط الصناعي، بعد أن تراجع هذا القطاع ليمثل خمسة بالمائة فقط من الإنتاج الوطني. كمل يعبر عن رغبة الجزائر في التحكم في سوق السيارات الذي أصبح يشكل عائقا على الاقتصاد الوطني. وستبلغ واردات الجزائر من السيارات ما يقارب 550 ألف وحدة خلال السنة الجارية، وستفوق الواردات مبلغ 6.5 مليار دولار. وإذا تواصل نمو السوق الجزائرية على نفس الطريقة، فإنها ستبلغ مليون سيارة سنويا قبل سنة 2020، بمبلغ 12 مليار دولار سنويا.

ولا بد للجزائر من رفع هذا التحدي. وتساءل أهل الحل والربط: كيف يمكن للجزائر التي تنطلق من العدم في هذا الميدان، كيف يمكن لها أن تدخل عالم السيارات، وتتعلم كيف تصنع عددا قليلا في مرحلة أولى، ثم توسع طاقتها تدريجيا، مستغلة الأوراق التي يمكن استغلالها مثل اليد العاملة والطاقة، إلى أن تصبح بلدا يتميز بميزانية متكافئة في لميدان السيارات بعد عشرة سنوات أو خمسة عشر سنة؟

كان السؤال مطروحا، وجاء الجواب: إنه أسوأ جواب يمكن انتظاره، إلى درجة أن الوزير الأول الأسبق أحمد أويحيى، الذي لم يكن معروفا بحسن التسيير، اضطر إلى أن يتبرأ منه. وبدأت الأخطاء منذ مدة طويلة، ويمكن حصرها في النقاط التالية:

–          وقع الخطأ الأول قبل سنوات لما عجز المتفاوضون الجزائريون من الوصول إلى اتفاق بسرعة مع « رونو »، مما دفع الشركة الفرنسية إلى أن تستقر في المغرب حيث استثمرت مليار دولار لتنتج 400 ألف وحدة أو أكثر إذا تطلبت السوق ذلك. وبدل أن تكون الجزائر قاعدة إفريقية لإحدى أكبر الشركات العالمية في ميدان السيارات، ضيعت هذه المكانة وأصبحت تجري وراء القليل.

–          بدأت المفاوضات مع « رونو » في مرحلة كانت السوق الجزائرية لم تبلغ 200 ألف وحدة. وكان الهدف إنتاج 75.000 سيارة، أي تغطية نصف حاجيات السوق الجزائرية. لكن بسرعة فائقة جاء الطريق السيار وجاءت الأموال فتجاوزت السوق الجزائرية نصف المليون سيارة ابتداء من السنة الجارية. غير أن المفاوضين الجزائيين لم يأخذوا هذه التغيرات بعين الاعتبار، ومازالوا يتكلمون عن 75 ألف سيارة، وأبرموا اتفاقا لصنع 25.000 سيارة فقط، وهو ما يشكل اليوم أقل من خمسة بالمائة من حاجيات السوق الجزائرية، ومن المحتمل أن هذا الرقم سيشكل 2.5 بالمائة من السوق الجزائرية بعد خمس سنوات…

–          قال السيد شريف رحماني أن الاستثمار سيبلغ مليار أورو لإنتاج 25.000 سيارة. لكن نفس المبلغ تم استثماره في المغرب لإنتاج 400 ألف سيارة، أي 16 مرة ما ستنتجه الجزائر… وفي سلوفاكيا كذلك تم استثمار مليار أورو لإنتاج 300 ألف سيارة فاخرة، فأين الخطأ؟ بعد ذلك، قال مسؤول في « رونو » أن الاستثمار من جانب الشركة الفرنسية سيبلغ 50 مليون أورو، أي عشر مرات أقل مما قاله السيد رحماني.

–          تصريحات السيد رحماني أثارت دهشة الكثير، فقد تكلم الرجل وكأنه لا يعرف محتوى الاتفاق مع « رونو » رغم أنه وزير الصناعة. وأعطى أرقاما لا معنى لها، مما أثار سخط الطرف الفرنسي الذي يعتبر اليوم أن المفاوضين الجزائريين ليسوا مؤهلين ولا يعرفون الاستراتيجية الصناعية ويمكن بالتالي التلاعب بهم بكل الطرق.

–          الجانب الجزائري لم يكن يعرف ما يريد، ولم تكن له أهداف ولا استراتيجية تفاوض، فتعامل مع القضية وكأنه يريد أن يمضي أي عقد ويكتفي بذلك دون أن يدرس عواقبه الاقتصادية والصناعية.

–          قررت الجزائر أن تعطي « رونو » مهلة ثلاثة سنوات لا تتعامل خلالها مع شركة أخرى. وإذا أرادت الجزائر أن تبرم عقدا آخر، فإنها لن تبدأ المفاوضات قبل سنة 2016. وإذا حدث ذلك، فإن المفاوضات ستدوم سنتين أو ثلاثة، أي سنة 2018. وإذا بدأ إنجاز المصنع الجديد بعد ذلك، فإنه سيبدأ الإنتاج حوالي سنة 2022. يعني هذا أن الاتفاق مع شركة « رونو » لإنتاج 25.000 سيارة سنويا سيمنع الجزائر من دخول عالم صناعة السيارات قبل عشر سنوات من الآن… وفي هذه الفترة من الزمن، ستبلغ واردات الجزائر حوالي ثمانية ملايين سيارة، بمبلغ يتجاوز 120 مليار دولار.

هذه هو العقد الذي أبرمته الجزائر يوم أصيد حمزة الساسي رمزا وطنيا.