En piste pour 2014

Par petites touches, la scène politique algérienne se prépare pour 2014. Ahmed Ouyahia, invité à se faire discret, en a fait les frais. Mais que réserve cette échéance des présidentielles sur laquelle toute l’Algérie est désormais fixée ?

 

Par Abed Charef

Ahmed Ouyahia doit se sentir bien seul. Depuis qu’il a annoncé sa démission du RND, l’ancien premier ministre n’a guère trouvé de soutiens. Pas de manifestations spontanées pour exiger son maintien, pas de mouvements de foule pour demander son retour. Rien. A peine si quelques apparatchiks du RND, inquiets de leur propre avenir, ont timidement protesté contre son départ forcé, lui renouvelant leur fidélité et demandant qu’il reste à la tête de ce parti si particulier.

Mais que pense M. Ouyahia lui-même  de cette situation inédite pour lui ? Est-il surpris, déçu, ou soulagé, de voir que la période difficile qu’il traverse suscite si peu de compassion au sein de son propre parti ? Pensait-il que les gens qu’il croisait dans les travées des plais officiels lui seraient plus attachés et, peut-être, reconnaissants ? Quel sentiment lui inspire l’indifférence, voire l’hostilité, qu’il va rencontrer auprès de ses anciens ministres, et de ces responsables du RND dont beaucoup lui doivent une partie de leur carrière?

Pour le reste, on ne fera pas injure à M. Ouyahia de penser qu’il ignorait son impopularité, ni qu’il se faisait des illusions sur les valeurs en vigueur dans le monde politique algérienne de ce début du siècle. Il devait savoir que l’opinion publique était loin de le considérer comme l’homme le plus sympathique du pays. Il passait même pour le symbole d’un pouvoir arrogant, hautain, indifférent au sort des autres, particulièrement les plus humbles, imbu de sa science et de son savoir, se considérant comme au-dessus de la mêlée et, à ce titre, détenteur naturel d’un pouvoir qui ne saurait être l’affaire de la populace.

L’ancien chef du RND ne devait pas non plus se faire d’illusions sur la fidélité et la loyauté du personnel politique. Il sait que les ministres le plus proches, s’il en a, les collaborateurs qui se montraient les plus fidèles, peuvent, du jour au lendemain, lui tourner le dos s’ils sont convaincus qu’il est fini. Pour l’heure,  M. Ouyahia réussit d’ailleurs à se maintenir à flots grâce à l’incertitude qui plane sur son avenir. On ne sait pas encore si son départ du gouvernement puis du RND constituent une simple étape dans son parcours, ou s’il s’agit d’une mise à l’ écart définitive. Les rares soutiens qui lui restent en cette phase incertaine n’ont pas encore trouvé de réponse, et attendent que les choses soient plus claires pour prendre position de manière définitive.

Leur attente risque d’être longue. Probablement jusqu’à l’élection présidentielle de 2014. Car tout ce qui se fait et se décide aujourd’hui dans le pays est en liaison directe avec l’échéance de 2014. Et en premier lieu ce qui arrive à M. Ouyahia, qui était devenu un élément important du dispositif du pouvoir algérien, du moins dans son interface visible, celle de l’exécution.

En prévision de l’échéance de 2014, M. Ouyahia, très visible, trop visible même durant la décennie écoulée, pendant laquelle il a été deux fois chef du gouvernement, est invité à se faire plus discret. En homme discipliné, il s’est plié aux règles du jeu. Il sait qu’il n’ pas d’alternative. A ses partisans qui le priaient de revenir sur sa décision, il a répondu qu’il n’en était pas question. Ce qui montre clairement que la décision n’est pas la sienne. Et s’il réussit à se mettre en selle au RND, il le fera dans la discrétion, en attendant des jours meilleurs.

S’il se confirme, dans cette logique, que M. Ouyahia est prié de se mettre en retrait, M. Abdelaziz Belkhadem doit sentir le sol lui brûler les pieds. Il est, avec M. Ouyahia, l’homme le plus présent dans la vie politique du pays depuis l’accès de M. Abdelaziz Bouteflika au pouvoir. A eux deux, les deux hommes ont été de tous les choix, bons ou mauvais, se relayant à la tête du gouvernement. De la réconciliation à la révision de la constitution qui a ouvert la voie à un troisième mandat, ils ont participé à tout ce qui s’est fait. Même s’ils n’avaient probablement pas la possibilité de décider, et que leur rôle se limitait à celui d’exécutant de décisions prises ailleurs.

Il reste à savoir pourquoi on veut faire place nette pour 2014. Est-ce pour imputer à des « fusibles », devenus très impopulaires, la gestion des années passées, et faire passer plus facilement la pilule d’un quatrième mandat ? Ou, au contraire, y aurait-il une autre volonté, allant dans le sens inverse, pour dire à M. Bouteflika que le pays fait semblant de se renouveler, que le personnel politique se change, et que son maintien freinerait cette impression de mouvement?

Le fonctionnement politique de l’Algérie, jusqu’ici, pousse à la première hypothèse. Et fige déjà l’Algérie dans un quatrième mandat qui paralyse tout l’édifice.

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