Un pays encerclé et ligoté

L’environnement régional de l’Algérie se détériore. Mais ce n’est pas le plus grave. Ce qui est révoltant, c’est que le pays est désarmé avant d’être poussé sur le champ de bataille.

Par Abed Charef, (lanation.info, 16 janvier 2013)

Avec l’intervention militaire française au Mali, l’environnement régional de l’Algérie se détériore encore un peu plus. Il n’y a désormais plus de frontière apaisée, plus de pays voisin avec lequel on peut parler de relations « normales ». L’impression d’un pays assiégé se renforce, un pays sur lequel se resserre un étau invisible, mais bien réel.

Même la frontière du Niger montre des signes de fièvre. Des patrouilles de l’armée y ont abattu, lundi dernier, trois terroristes. Que faisaient ces terroristes dans cette zone où se rencontrent les frontières de l’Algérie, de la Libye et du Niger, près de 300 kilomètres au sud-est de Djanet, au lendemain de la rencontre qu’avaient tenue un peu plus au nord, à Ghadamès, les chefs de gouvernement d’Algérie, de Tunisie et de Libye, précisément pour mieux contrôler leurs frontières ? Mystère.

Plus au nord, les frontières  de la Tunisie et Libye sont toujours sous haute surveillance, avec des pays qui subissent encore le contrecoup de leurs révolutions respectives. La Tunisie, où de premiers groupes de djihadistes commencent à apparaitre, balance entre une agitation post-révolutionnaire et une expérience démocratique non encore aboutie. Quant à la Libye, elle tente tant bien que mal de mettre sur pied de nouvelles institutions, mais l’instabilité y est inquiétante. Après la mort de l’ambassadeur américain, le 11 septembre dernier, à Benghazi, la grande métropole de l’est, au cours d’une opération controversée qui a secoué l’establishment américain, c’est au tour du consul d’Italie qui a, cette fois-ci, échappé à un attentat, lorsque sa voiture a été attaquée à l’arme automatique, toujours dans la même ville.

A l’ouest de l’Algérie, la frontière marocaine est toujours fermée. Aucun frémissement n’y est perceptible, malgré quelques fausses promesses en 2011. Plus au sud, les zones frontalières avec le Sahara Occidental et la Mauritanie apparaissent comme des zones militaires où personne ne s’aventure. Mais même là, le MUJAO a tenté, il y a un peu plus d’un an, de s’infiltrer en enlevant des travailleurs humanitaires dans un camp de réfugiés sahraouis.

Pour boucler la boucle, l’Algérie vient d’annoncer qu’elle a pris les dispositions nécessaires pour fermer la frontière avec le Mali. Il ne reste donc plus que la mer, au nord, pour voyager. Mais là, la frontière est fermée de l’extérieur.  Et ce n’est pourtant pas fini. Car depuis cette semaine, le ciel s’est à son tour obscurci. L’aviation militaire française a en effet obtenu l’accord de l’Algérie pour survoler le territoire algérien pour rallier le Mali. Cela fait un demi-siècle que l’aviation militaire française en opération n’a pas, du moins officiellement, survolé l’espace aérien algérien.

Un pays englué dans un tel environnement devrait avoir un pouvoir ultra-dynamique, réactif, capable de fonctionner à un rythme inouï pour répondre à toutes les sollicitations ; un pouvoir qui s’appuierait aussi sur des institutions crédibles, efficaces, parfaitement rôdées, utilisant une expertise de haut niveau, capables de produire des études, de réaliser des simulations,  de faire des propositions à un rythme très rapide, et d’assurer le suivi de toutes ces initiatives. En un mot comme en cent, un pouvoir qui serait à l’inverse de ce qu’offre l’Algérie aujourd’hui.

Il serait loisible de rappeler tous ces verrous qui empêchent le pays de fonctionner, tous ces responsables qui n’en sont pas, et ces institutions qui ont abdiqué. Comme ce premier ministre qui n’a pas de pouvoir, ce Conseil des ministres qui ne se réunit plus, ou ces hauts conseils nationaux dont on n’entend plus parler. On se limitera à un homme, celui supposé gérer ces crises du fait de son poste de ministre des affaires étrangères, M. Mourad Medelci.

Adoptant un profil de fonctionnaire sans épaisseur, plutôt que celui d’un homme politique développant une vision du pays et du monde, M. Medelci offre le portrait type de celui qui ne devrait jamais être nommé ministre des affaires étrangères. Homme sans envergure, sans idées politiques connues, n’ayant jamais tenu un discours politique pour définir des choix et des options convaincantes, il n’offre même pas la technicité dont peuvent se prévaloir les diplomates de carrière et les énarques, qui peuvent compenser leur faiblesse politique par leur maitrise des dossiers et des procédures.

Sa prestation devant le tribunal de Blida, lors de l’affaire Khalifa, a montré un personnage sans étoffe, se défendant difficilement, admettant qu’il n’a pas fait preuve d’intelligence dans la gestion du dossier. Et c’est cet homme qui a la charge, aujourd’hui, de rompre l’encerclement de l’Algérie, de répondre aux critiques concernant le survol de l’espace aérien algérien par l’aviation militaire française ! Et au-dessus de lui, il y a le président Abdelaziz Bouteflika,  lui aussi incapable de faire face à la charge que représente les lourdes responsabilités de gérer le pays, et de le doter d’une politique étrangère. Il n’en a ni l’aptitude conceptuelle, ni la possibilité d’assurer la présence nécessaire qu’impose de tels dossiers, ni les capacités physiques.

Continuer à gérer le pays avec les mêmes hommes et les mêmes méthodes signifie dès lors qu’on le ligote avant de l’envoyer sur le ring. Pour quel gain ? Un quatrième mandat ? Quelle blague !

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